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MYCÈNES
’Ett'i ô’ eyôoTJTirjaav ’A6-/ivaiY] ve xa\ "Hp-/] ,
Ti[xtocrai pacriV?ia Tzo'Xvxp'Jcyoïo Muxr^vv)?.
Homère, Iliade, XI, 45-46
Ilpbç -^[xtov
v.â.TiTztaz, xdcTÔave, xot xaxaOà'l'op-sv
OU)( ÛTTO x)va'j6p.fbv TOJV oîxwv.
Eschyle, Agamemnon, 1552-1554.
TOU (TTpaT-/)yv](7avToç £V Tpota ttote
’Aya[j.é[Ji.vovoi; tzoX, vOv Ixeîv’ e^eaTt cot
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"Hpaç O xXeivbç vaoç ' oi o’ !xàvo[X£V, _
^acrxstv Muxrjvaç xà; 7toXu'/pu(TOUç bpav ‘
TToXuïpOopoV X£ OCO[J(.a ITeXoTütûCÔV x6û£.
Sophocle, Electre, 1-10.
PARIS.
MPRIMERIE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2
Le Trésor près de la porte des Lions.
HENRY SCHLIEMANN
MYCÈNES
RÉCIT
DES RECHERCHES ET DÉCOUVERTES FAITES A MYCÈNES ET A TIRYNTHE
Avec une Préface de M!. GtIjADSTONE
OUVRAGE
TRADUIT DE L’ANGLAIS AVEC L’AUTORISATION DE L’AUTEUR
PAR J. GIRARDm
Professeui’ au Lycée de Versailles
ACCOMPAGNÉ DE 8 CARTES ET PLANS, ET ILLUSTRÉ DE GRAVURES SUR BOIS REPRÉSENTANT
PLUS DE 700 OBJETS TROUVÉS PENDANT LES FOUILLES
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C'
79, BOULEVARD S A I N T - G E R M A I N, 7 0
1871)
Tous droits réservés
JE DÉDIE A MA FEMME
SOPHIE
Ce récit de nos travaux communs à Mycènes et à Tirynthe
comme une faible preuve de mon admiration pour ses études
homériques, de ma reconnaissance pour son dévouement et son
zèle, et pour l’énergie avec laquelle elle a su soutenir mon courage
dans les temps de nos rudes épreuves.
H. SCHLIEMANN.
PRÉFACE
C’est k mon corps défeiidant et sur les pressantes instances
du D" Schliemann que j’ai entrepris d’écrire une Préface pour ce
volume consacré k Mycènes. Peut-être ai-je réussi, malgré les
longues interruptions qu’a dù subir un commerce plein de
charmes, k ne point me sentir trop dépaysé au milieu du texte
d’Homère ; et le but principal d’un commentaire sur l’ouvrage
du D" Schliemann est, sans contredit, d’établir nettement les
points de contact entre le texte d’Homère et les découvertes faites k
Mycènes. Mais j’ai en horreur tout spécialisme qui se hasarde k
voyager en dehors de son domaine légitime ; or, en cette matière,
je ne suis, k tout prendre, rien déplus qu’un spécialiste; peut-
être même un spécialiste sans grande autorité. Ce qui me manque,
c’est cette habileté que donne la pratique, c’est ce coup d’œil qui
embrasse dans son ensemble toute l’archéologie hellénique et
qui même s’étend bien au delk des limites de l’archéologie hellé-
nique, ce sont en un mot les qualités qui ont valu k M. Newton
une réputation si bien méritée. Comme conclusion logique de ces
prémisses, j’aurais dû, ce semble, me dérober au lardeau quod
ferre récusent himerl *. Mais il y avait, dans la poésie antique, une
1. Hor., Ars poet.,
MYCKNKS. I
2
PRÉFACE.
destinée plus forte que la volonté des dieux. Pour moi, dans la
circonstance présente, le D' Schliemann est le représentant et le
ministre de cette destinée. Quand je considère les services écla-
tants qu’il a rendus à la science classique, une puissance contre
laquelle il n’y a point de recours me force à comprendre que je
ne puis me dispenser de cédera son désir. Voilà le lecteur bien
prévenu ; il sait où et pourquoi il se doit tenir sur ses gardes ; autant
que possible, je me servirai, pour me guider, des jalons qu’ont
déjà plantés MM. Newton et Gardner; le premier, dans un compte
rendu qu’il a publié dans le Times à\\ 20 avril 1877, après avoir
vu de ses yeux les ruines de Mycènes ; le second, dans de remar-
quables articles insérés dans V Académie (21 et 28 avril). Je crois
que les savants adonnés à la lecture des classiques ne sont pas
les seuls chez qui les découvertes du D" Schliemann aient excité
de l’intérêt. Aussi j’essayerai d’être aussi peu technique que pos-
sible et d’écrire, autant qu’il sera en moi, pour un cercle plus
étendu que le cercle des personnes qui, chez nous, sont en état
de lire le grec.
Quand les découvertes de Tirynthe et de Mycènes furent
annoncées en Angleterre, ma première impression fut celle d’une
admiration extraordinaire qui allait jusqu’au ravissement ; j’étais
porté à croire et, malgré moi, plus porté à ne pas croire que
l’auteur pût avoir raison dans la question capitale qui domine
toutes les autres, celle des tombeaux de l’Agora. Il est de mon
devoir de dire que^la réflexion et une connaissance plus complète
du sujet ont eu bien vite raison' de mon scepticisme. Certes, il y a
non-seulement des lacunes à combler, mais encore des difficultés
à attaquer, soit pour les expliquer, soit pour laisser à l’avenir le
soin de les résoudre. En mettant dans la balance, je ne dis pas
l’évidence, mais au moins une présomption raisonnable, il semble
qu’on pourra finir par incliner à croire que cet éminent explorateur
a exposé à la lumière du jour, après trois mille ans, les monuments
et les restes d’Agamemnon et de ceux qui l’accompagnaient à son
retour de Troie. Nous allons tâter te terrain pas à pas pour
trouver le chemin qui doit nous conduire à aborder la question ;
PRÉFACE.
3
avançons-nous gTaduellement, avec précaution, comme un ?jon
général pousse ses approches vers une forteresse formidable.
En lisant le volume du D' Schliemann, je trouve les preuves qui
rattachent d’une manière générale ses découvertes aux poèmes
homériques plus nombreuses que je ne l’avais soupçonné d’après
la rapide esquisse dont il nous avait donné connaissance lorsqu’il
visita l’Angleterre au printemps.
i . 11 met sous nos yeux de grossières figures de vache et, sur une
bague à cachet (fig. 531) et ailleurs encore, des têtes de vache qu’il
est impossible de ne pas reconnaître pour ce qu’elles sont réelle-
ment. Alors il nous montre le culte, traditionnel dès la plus haute
antiquité, de Hèra en Argolide, et il nous demande de rapprocher
ces deux faits de l’emploi de hoôpis (aux yeux de vache) comme
épithète ordinaire de cette déesse dans les Poèmes ; il pourrait
ajouter : et de son rôle de protectrice spéciale d’Agamemnon, qu’il
s’agisse de ses intérêts ou de sa sûreté personnelle (//., 1, 194-222).
Cette demande me paraît raisonnable. Nous savons que sur quel-
ques monuments égyptiens la déesse Isis, la compagne d’Osiris, est
représentée sous la forme humaine avec une tête de vache. C’était
une manière de représenter la divinité conforme à l’esprit d’une
immigration égyj:)tienne * et compatible avec le texte d’Homère;
cette immigration pourrait avoir eu lieu quelques générations
avant les Troïka. D’autre part, c’était un mode de représentation
contre lequel protestait le génie tout entier de l’hellénisme, si l’on
se reporte au type authentique de ce génie, tel que nous le repré-
sentent les Poèmes. Nous trouvons dans ces Poèmes une Ilèra qui
portait, pour ainsi dire, le manteau d’Isis, sans compter qu’elle se
parait des dépouilles d’un ou même de plusieurs des personnages
inscrits au Livre d’or des vieilles dynasties pélasgiqnes. Rien de
plus naturel pour des Grecs que de décapiter Isis, non pour la
punir, mais pour lui faire honneur. Elle pouvait donc apparaître
1. Depuis que cette Préface a été mise sous presse, on a analysé les fragments d'un o?uf
d’autruche qui avait été considéré à tort comme un vase d’albàtre, et on en a constaté la nature;
l’extérieur de cet œuf est orné de six dauphins en porcelaine égyptienne de couleur verte. La
présence de cet objet semble fournir de nouvelles indications sur les relations préhistoriques entre
Mycènes et l’Égypte. Je rappelle ici que, selon Pausanias (III, 16), dans le temple d’Hilaira et de
Phœbè à Sparte était suspendu un des œufs de Léda. Probablement c'était aussi un œuf d'autruchc.
4
PRÉFACE.
chez eux avec une tête humaine; seulement, pour ne pas rompre
brusquement avec les traditions populaires, la tête de vache et
même la forme complète de la vache pouvaient être conservées
comme des symboles religieux. Et le grand poète, qui tient tou-
jours ces symboles à distance, pour les empêcher de déshonorer la
foi dont il était le grand docteur, pouvait cependant choisir, entre
les traits caractéristiques de la vache, celui qui convenait le mieux
à son dessein et donner à sa Hèra, qui n’a jamais passé pour une
divinité bien intelligente, le grand œil tranquille de la vache. Il est
certain que, dans Homère, l’emploi de cette épithète appliquée à
Hèra n’a rien d’exclusif, et j’admets qu’Homère n’en soit pas l’in-
venteur et qu’il l’ait reçue de quelque devancier. Mais, sans être
exclusive, l’épithète est très-spéciale, et cela seul suffit pour donner
une certaine autorité à la doctrine de notre célèbre explorateur.
2. Il y a longtemps que l’on connaît plus ou moins l’existence
dans l’Argolide des constructions appelées improprement cyclo-
péennes et encore plus improprement pélasgiques, en faisant de
cette seconde épithète un synonyme de la première; mais le
D’’ Schliemann a jeté quelque lumière sur ce qu’il me sera peut-
être permis d’appeler la distinction des styles. Il a trouvé et il
admet trois types de ce genre de constructions. J’ai fait des objec-
tions contre les noms généralement en usage : contre le premier,
parce qu’il n’apprend rien ; contre le second, parce qu’il enseigne
une erreur , car ces constructions n’ont aucun rapport réel avec les
tribus pélasgiques. Ce qu’ils désignent, c’est la main-d’œuvre de
la race des constructeurs par excellence, de cette race composée
de plusieurs éléments, qui, venant du Sud et de l’Est, émigra en
Grèce et sur d’autres points du littoral méditerranéen.
Cette race paraît, non pas invariablement, mais le plus ordinai-
rement, associée au culte de Poséidon. Or ce culte, dans V Odyssée,
a des rapports très-faciles à saisir avec le nom des Gyclopes, et il
est, comme j’en suis depuis longtemps persuadé, une des princi-
palesclefspour l’éclaircissement futur des mystères de l’antiquité
dans les régions helléniques et homériques. Les murs de Troie
furent bâtis par Poséidon, c’est-à-dire par une race qui pratiquait
PRÉFACE.
O
le culte de ce dieu. Jusqu’à quel point ces murs sont-ils conformes
à quelques-uns des détails minutieux de la description que fait le
D' Schliemann de l’architecture cyclopéenne (ch. ii et y), c’est ce
que je ne puis dire. Mais, s’il a raison, comme cela semble pro-
bable, de placer Troie à Hissarlik, il importe de remarquer que
cette œuvre de Poséidon était assez solide pour avoir peu souffert
de la rage de l’incendie et pour être demeurée inébranlable au
milieu de tous les changements qui l’ont ensevelie sous une colline
de décombres et de ruines de toute espèce. Naturellement, le mode
de construction, chez la même race, devait changer avec les cir-
constances particulières et surtout avec les matériaux que l’on
avait sous la main. Je suis tenté, du moins jusqu’à ce que l’on ait
imaginé un meilleur nom, d’appeler ce mode de construction
architecture poseïdonienne. Dans tous les cas, et quelque nom
qu’on lui donne, je note cette architecture comme un nouveau lien
entre les Poèmes et les découvertes; j’admets en meme temps
que le sujet n’est pas assez développé pour que je me croie auto-
risé à y attacher une trop grande importance .
3. L’édifice en forme de ruche désigné, sans raisons bien vala-
bles, sous le nom de Trésor d’Atrée, nous montre, au-dessus de la
porte (pl. IV), un linteau composé de deux énormes blocs, dont
l’un pèse, à ce que l’on suppose, de 130 à 135 tonnes. Si je parle
de ce linteau, c’est uniquement pour rappeler au lecteur que, selon
moi, nous devons être prêts à reconnaître franchement, dans ce cas
comme dans bien d’autres, la main et le travail d’une population
d’étrangers qui ont apporté avec eux, en Grèce, des éléments de
civilisation matérielle qui ne sont pas à mépriser. Je désire plus
particulièrement insister sur ce fait que, dans rintérienrdu Trésor,
à partir de la quatrième assise de pierres, en remontant, on voit
encore (p. 100) deux trous percés dans chaque pierre et, dans
beaucoup de ces trous, des restes de clous en « bronze ». On trouve
(p. 101), paraît-il, des trous semblables dans le Trésor de Minyas,
àOrchomène. Selon notre auteur, ces clous ne pouvaient servir
qu’à fixer le long du mur des plaques d’un métal qu’il appelle tan-
tôt de (( l’airain » et tantôt du « bronze », et dont tonte la paroi
G
PRÉFACE.
intérieure aurait été autrefois décorée. Sur la question secondaire,
à savoir quel était exactement le métal employé à la décoration, je
ferai observer qu’à cette époque on ne connaissait pas l’airain, et
que le bronze, particulièrement au point où en était alors le déve-
loppement matériel, était tout à fait impropre à faire des revête-
ments. Mais, si l’on se borne à la question d’architecture, on trouve
ici un remarquable rapprochement avec le texte homérique. En
effet, dans le palais d’Alkinoos, roi des Phaïakès, l’œil était ébloui
d’un éclat comparable à celui du soleil et de la lune, parce que
les murs étaient en khalkos (OcL, VII, 86), mot que je crois
désormais pouvoir traduire hardiment par car: P il s’agit
d’un métal qui, à la différence du bronze, est facilement mal-
léable ; 2° tout le long des Poèmes, on parle habituellement de
son éclat, et c’est un caractère que je ne crois pas qu’on puisse
assigner au bronze. D’un autre côté, justement parce que le cuivre
était comparativement doux et malléable, on ne pouvait en fabri-
quer des clous, et voilà pourquoi les clous étaient en bronze. D’ail-
leurs, la réunion des deux métaux, cuivre pur et bronze formé
d’un alliage de cuivre, dans la même œuvre d’art, ne nous éloigne
pas du texte d’Homère. Car, à Skhériè, le revêtement des plaques
de cuivre est surmonté d’une corniche faite du sombre kuanos,
qui, selon moi, est le bronze. Ce revêtement de plaques de cuivre
est un des caractères du palais suprême, celui de l’Olympe {IL, I,
426; 0(L, VIII, 321) construit par Hèphaïstos, l’habile artiste. Je
crois que je pourrais montrer aussi que le cuivre ornait également
les palais de Ménélaos et d’Odysseus ; je pourrais faire voir, de plus,
pourquoi toutes ces circonstances concordent avec le caractère
manifestement étranger et oriental de ce genre de décoration. Mais
je m’attarderais trop à déduire mes preuves; je note seulement,
en vue du but que je me propose aujourd’hui, la remarquable
concordance de l’archéologie et des Poèmes.
4. Passant de l’architecture aux objets meubles, je remarque
que le D‘’ Schliemann a trouvé à Mycènes des couteaux et des clefs
en fei', mais que, d’après leur forme, il les rapporte à une époque
postérieure et strictement historique. Ainsi donc, l’ancienne
PRÉFACE.
7
Mycèiies, en cela semblable à Hissarlik, ne nous a fourni jusqu’ici
aucun débris de fer. Les Poèmes en parlent couramment, mais
comme d’un métal rare et précieux, employé seulement pour les
objets qui exigent une grande dureté et qui sont comparativement
petits et faciles à transporter; il n’y a qu’une exception à cette
règle, c’est quand il s’agit des portes du Tartaros (//., VIII, 15),
pour lesquelles le poète pouvait disposer, dans sa fiction, d’autant
de fer qu’il lui plaisait. Il ne pouvait donc y avoir qu’une petite
quantité de fer, et il est vraisemblable que l’on emportait les instru-
ments de fer avec soi quand on abandonnait une cité ou qu’elle
venait à être détruite. L’absence du fer s’explique donc en partie
par la valeur même de ce métal, ensuite, plus particulièrement,
par la facilité avec laquelle il se corrode L Par conséquent, sans
pouvoir établir ici une concordance positive, nous n’avons pas
lieu non plus d’admettre un désaccord.
5. Nous n’avons pas non plus, je crois, à supposer un désaccord
entre le char que notre auteur a trouvé sur la seconde stèle de
l’Acropole (fig. 140) et la description homérique. La roue, il est
vrai, n’a que quatre rayons dans le char de Mycènes, et la roue du
char olympien de Hèra en avait huit (//., V, 723) ; mais le poète a
probablement introduit cette différence dans la construction,
comme il en avait introduit une dans les matériaux, uniquement
pour distinguer les dieux des hommes et pour montrer que le
char de la déesse était travaillé avec plus de soin et de solidité h
6. Agora ou lieu d’assemblée de Mycènes est en concordance
parfaite avec les Poèmes sur deux points: d’abord, elle est circu-
laire (ch. x) ; ensuite , le banc circulaire sur lequel siégeaient
1. Dans le remarquable musée de l’Académie royale d’Irlande, il y a deux épées que l'on fait
rcmonLcr à la période danoise et qui ont été retirées d’un lit de boue. Après y avoir été enfouies
pendant peut-être un millier d’années, elles ne présentent à l’œil aucune trace de corrosion.
Mais on est ici en présence d’un cas exceptionnel, du moins en ce qui concerne le métal ; et
l’Irlande, dans ses marais et ailleurs, fournit de remarquables exemples de propriétés anti-
septiques.
2. Je ne regarde pas comme démontré, comme le D" Scbliemann semble le croire (cli. iii ad
/tn.), que l’on enlevait le coffre du char et qu’on le remettait chaque fois qu'on a^aità s’en servir.
Les passages de VlUade (XXIV, 190 et 267) se rapportent au pe'irins de la charrette. Dans
VOdyssée (XV, 131), on en parle seulement comme de l’une des parties du char, sans dire qu'il
fût d’usage de le détacher.
8
PRÉFACE.
les Anciens est maintenu par des dalles horizontales et lisses. Je
ne m’arrête pas sur ces deux points qui sont l’objet d’un développe-
ment complet dans le texte ; mais je reviendrai sur ce sujet à propos
do remplacement choisi pour les tombeaux et des conséquences
que l’on peut tirer de cette importante circonstance.
Je hasarderai maintenant, avant de poursuivre mon énumération,
une ou deux remarques générales sur les objets d’art et d’orne-
mentation , en me reportant encore aux comptes rendus de
MM. Newton et Gardner, qui sont les commentaires les plus aiito-
risés de la partie du texte de l’auteur qui est consacrée à ces objets.
J’ai d’abord à présenter quelques réflexions sur le caractère
général des découvertes et sur sa relation avec l’état de l’art tel que
nous le montrent les Poèmes. 11 semble raisonnable de penser, sur-
tout après ce qu’a démontré M. Gardner à propos des quatre stèles
funéraires, que ces stèles étaient comme le sceau de l’époque même
apposé sur un grand dépôt. Il résulte, je crois, des témoignages que
nous avons sous les yeux qu’il est impossible de rapporter à une
seule école, à un même style ou h une même période de l’art tous
les objets qui ont été exhumés. Mais, sur ce point, je voudrais faire
observer d’abord que, déposés simultanément dans les tombeaux,
en riionneur des morts, ils pouvaient être cependant les productions
de plus d’une génération ; ensuite que, bien loin d’être forcés de
les rapporter dans leur ensemble à une origine nationale, nous y
serons à peine autorisés si nous étudions la question à la lumière
des poèmes homériques.
Je conclus du compte rendu de M. Gardner que l’art qui apparaît
dans la décoration de la poterie est généralement moins avancé
que celui que l’on constate sur les objets de métal. Faite au tour ou
modelée à la main, cette poterie, où l’on reconnaît une fabrication
d’une période primitive, était beaucoup plus vraisemblablement
nationale; tandis que les objets d’art en métaux précieux pouvaient
être d’importation étrangère, ou bien encore ils pouvaient être les
œuvres d’artistes étrangers attirés à la cour d’Agamemnon. C’est
ainsi que nous voyons Daïdalos, dont le nom, tout mythologique
qu’il est, représente une influence étrangère, exécuter en Crète
PRÉFACE. 9
pour Ariadne la représentation d’une danse, sur métal. Etudions
ce sujet un peu plus à fond.
La découverte ou l’examen des ouvrages doit, sans aucun doute,
suggérer tout d’abord l’idée de les rapporter à une école locale
d’orfévres. Mais, considérant les nombreux points de contact qu’il
y a entre les découvertes du D' Schliemann et les Poèmes homé-
riques, il est important de savoir si les Poèmes sont favorables à
l’hypothèse d’une école locale et dans quelle mesure ils y sont réel-
lement favorables. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner en détail
toutes les œuvres d’art mentionnées par Homère. Je doute qu’il y
en ait une seule dont on puisse prouver l’origine purement grecque
par des preuves tirées du texte, tandis qu’il y est souvent fait
mention d’objets fabriqués au dehors et importés. En même temps,
il y a certaines considérations qui tendent à prouver que s’il y avait
quelque part en Grèce des artistes indigènes capables de produire
des œuvres comme celles qui viennent d’être exhumées, c’est à
Mycènes que l’on devrait s’attendre à les trouver. Premièrement, à
cause de l’opulence de cette cité et de sa situation comme capitale
du pays ; deuxièmement, à cause de la richesse personnelle d’Aga-
memnon, de cette ardeur à acquérir, pour ne pas dire cette avarice,
qui le rendait toujours si empressé à dépouiller ceux qu’avait
tués sa lance, trait de caractère auquel il est fait plusieurs fois
allusion dans Ylliade. Il faut se souvenir qu’à cette époque les
œuvres d’art n’étaient pas de purs ornements, mais, comme l’in-
dique leur nom {liéimèlia) , la forme sous laquelle on se plaisait à
accumuler la richesse; Agamemnon, même dans la Troade, possé-
dait une grande quantité de ces œuvres d’art (//., IX, 330) ; troi-
sièmement, onpeuttirer une indication peut-être plus significative
du remarquable passage du onzième livre (15-46) où Homère décrit
l’armement d’Agamemnon au moment où il va partir pour le champ
de bataille. La première partie de l’armure qui attire rattention,
c’est la cuirasse artistement travaillée; or celte cuirasse a été
importée de Gypre, qui est une colonie phénicienne. Vient ensuite
l’épée, que je décrirai plus loin. Elle est suivie du bouclier, orné
de plusieurs bosses de métal, de l’image de la Gorgone et des têtes
10
PRÉFACE.
OU figures de la Peur et de la Panique. Ce bouclier doit être consi-
déré comme une véritable œuvre d’art; on en peut dire autant de
sa bande ou courroie, qui portait la figure d’un serpent à trois têtes.
Homère ne dit rien qui puisse faire attribuer ces objets à des artistes
étrangers. La famille d’Agamemnon était certainement d’origine
étrangère, et son apparition en Grèce était comparativement
récente ; mais on peut laisser pendante la question de savoir si, par
présomption, ces armes doivent être attribuées, oui ou non, à
un artiste indigène. ^
Les objets contenus dans les dépôts semblent, je le répète,
d’une valeur artistique très-différente. Je mets à part les objets
purement symboliques, parce que partout où la religion ou l’ido-
lâtrie est en jeu le mérite artistique n’est que secondaire, et l’on
cesse même d’y tenir. Parmi les autres objets, je mets en fait que
pas un seul ne montre des qualités tecbniques d’un ordre bien
relevé. Mais, autant qu’on en peut juger d’après des images photo-
graphiques, on y découvre de la vie, de la force, du mouvement,
même quelques éléments de noblesse et de beauté, et une certaine
fertilité d’invention ; cela est particulièrement vrai de l’ornemen-
tation, en tant qu’on la distingue de la représentation de la vie,
soit animale, soit végétale. Cette différence de mérite doit tenir en
partie à une différence de dates, en partie aussi, et beaucoup
peut-être, à la supériorité de l’artiste immigrant ou des ouvrages
importés. Qu’il y ait eu des étrangers fixés en Grèce à l’époque des
Troiha, nous avons toutes sortes de raisons de le croire d’après un
exemple frappant, celui d’Ékhépôlos, fils d’Aiikhisès , lequel fut
autorisé â présenter à Agamemnon la jument Aïthè, pour se
racheter de l’obligation de servir contre Troie (IL, XXIII, 296). S’il
y a quelque part dans les Poèmes une œuvre d’art qui ait été
exécutée en Grèce ou par un Grec, c’est le lit d’Odysseus^ qu’il
façonna lui-même (Or/., XXIII, 190-201); or, après mûre réflexion,
je suis porté à croire qu’Odysseus se rattachait de très-près â la
1. Il est fait mention dans VOdijssée (XIX, 57) d’un Ikmalios qui avait fabriqué un siège
incrusté d’or et d’ivoire. Je ne puis douter que ce siège n’eiit été fabriqué à l’étranger, car il est
indiqué comme l’œuvre d’un autre âge : yjv ttots xéxTWv 7rotY]a’ ’lxp.à)aoç, « fabriqué autrefois par
Ikmalios à la main artistique. »
PRÉFACE.
11
souche immigrante ou phénicienne. D’ailleurs, on pourrait lui
avoir attribué ce genre de talent, uniquement à cause de son incom-
parable habileté et de l’universalité de ses connaissances. Il y avait
certainement un kJirysokhoos ou doreur à la cour de Nestor
(Or/., 111,425); mais on retrouve le même personnage désigné sous
le nom de khalkeus ou chaudronnier {ibid., III, 432). Il semblerait
même que le travail des métaux n’ait pas été un art bien relevé
ni bien considéré dans une société achéenne ; en effet, aucun
artiste en ce genre n’est nommé dans le remarquable passage de
YOdîjssée (XVII, 384) qui contient une espèce de catalogue où l’on
trouve l’ouvrier en bois ou charpentier.
Le catalogue de ces objets précieux de Mycènes et de leurs orne-
ments est, dans son ensemble, plus riche et plus varié que les
Poèmes, en mettant à part le fameux bouclier d’Achille, ne nous
auraient donné lieu de nous y attendre. Il se peut que la connais-
sance des trésors de Mycènes ait aidé et excité une vigoureuse ima-
gination et lui ait fait deviner, par une merveilleuse intuition, des
perfections qui n’avaient pas encore été atteintes dans la pratique.
Le trait le plus remarquable, à mon avis, de toutes les descriptions
homériques d’œuvres d’art, c’est de donner la vie aux choses inani-
mées avec une force et une réalité incomparables. Et peut-être sera-
t-on frappé, en examinant les illustrations du livre du D‘’ Schlie-
mann, de l’intensité de vie et de mouvement qui se manifeste dans
un très-grand nombre des œuvres mycéniennes, alors même que le
dessin est le plus imparfait au point de vue technique. Mais nous
ne pouvons pas nous contenter de mettre le texte en regard de ces
objets seulement; nous sommes tenus aussi de nous éclairer de
toutes les lumières que nous pourrons tirer des fouilles d’Hissarlik,
quelque influence qu’elles puissent exercer sur nos préoccupations
et sur nos arguments. Quant à moi, je suis frappé de la richesse
de Mycènes et de la pauvreté relative de la ville que nous pouvons
raisonnablement supposer avoir été Troie ; je ne veux pas parler
seulement du petit nombre d’objets précieux qii’oii a retrouvés,
car c’est peut-être simplement un effet du hasard, quoique, en
vérité, la fortune, renonçant pour une fois à ses caprices, semble.
PRÉFACE.
n
dans les deux cas, avoir obéi aux arrêts de la justice archéologique
et avoir traité en enfants gâtés le D' et M"'" Schliemann. Ce que
je veux dire, c’est qu’il y a beaucoup moins de luxe dans l’orne-
mentation des ouvrages d’Hissarlik; je pourrais même ajouter
qu’ils n’olfrent aucune représentation de la vie, sinon sous la
forme la plus rude et la plus barbare. Les formes des objets d’or
et d’argent d’Hissarlik sont souvent très-bonnes, mais les objets
eux-mêmes sont toujours d’un travail tout uni ; on n’y trouve
aucune représentation d’animaux ou de plantes qui mérite d’être
citée au point de vue où nous nous plaçons ; point d’objets au re-
poussé,rien qui ressemble au cylindre qui paraît si beau (fig. 451),
ou encore aux anneaux d’un travail si soigné, reproduits dans le
volume d’après des photographies. Comment expliquer cette infé-
riorité? Y trouverons-nous la preuve que les ruines d’Hissarlik
appartiennent à une époque qui diffère de celle des ouvrages de
Mycènes et qui l’a précédée ? Pour rendre aussi péremptoire
que possible la réponse négative à cette question, souvenons-nous
qu’Homère, pendant qu’il indique Orchomène et surtout Thèbes
d’Égypte comme les plus riches cités de son petit univers, semble
assigner à dessein à Troie exactement le même degré d’opulence
qu’à Mycènes, car il applique une seule et même épithète, celle de
polljkhrysos, qui signifie (c abondante en or», à ces deux cités, et à
elles seules. Il la donne à Troie dans V Iliade {Wlll, 289). Pour
Mycènes, c’est presque une formule (voy. //., VH, 180; XI, 46;
0(L, ni, 305).
Nous avons maintenant sous les yeux, c’est assez probable, les
objets de premier choix parmi les trésors dont les deux cités pou-
vaient s’enorgueillir; la question est de savoir si nous sommes en
mesure d’expliquer en quoi elles différaient pour la richesse et le
degré de perfection dans l’art? J’ai dans l’idée que nous le pou-
vons, du moins dans une très-large mesure ; seulement il faut
admettre, ce que bien des gens ne sont pas encore disposés à faire,
qu’il y a une large veine de réalité historique dans les peintures de
y Iliade et de V Odyssée.
Trois passages de V Iliade, en particulier, nous montrent la ville
PRÉFACE.
13
de Troie considérablement appauvrie par la guerre. A coup sûr,
s’il y a un grain de vérité dans la légende de cette guerre, il n’en
pouvait être autrement. Pour trouver moyen de résister à l’attaque
vraiment nationale des Achéens, elle ne pouvait compter ni sur la
justice de sa cause ni sur une force militaire comparable à la
leur. Il lui fallait chercher des appuis au dehors, d’abord dans
l’alliance de la Dardanie, jalouse de sa puissance, ensuite parmi
les tribus voisines d’Europe et d’Asie. On pourrait même inférer
du texte que les neuf dixièmes de ses défenseurs (//., II, 123-33) ne
faisaient point strictement partie de sa population. Mais cet appui
du dehors, elle ne pouvait se l’assurer qu’à prix d’argent. Aussi,
Hector , dans le dix-septième livre , parle-t-il avec l’autorité
(220-32) d’un général qui s’adresse à des alliés dont les services
sont convenablement rétribués. De même aussi, nous savons que le
grand Eurypylos, et ses Kèteïens ‘ ou Hittites {Od., XI, 520) suc-
combent dans les plaines de Troie (c en se battant pour des
présents ». (( J’épuise les Troyens, dit Hector, pour vous faire des
présents et vous procurer des vivres. » D’un autre côté, dans le
vingt-quatrième livre, Achille, adressant à Priam des paroles de
compassion, lui dit : a Nous savons que vous étiez autrefois prospères
et que vous surpassiez toutes les contrées voisines par vos richesses
et par le nombre de vos fds (543-6). » La conclusion est évidente :
c’est que, à cette époque, bien que la ville ne fût pas encore prise,
elle devenait relativement pauvre. Mais le témoignage le plus
formel est celui qu’on trouve dans V Iliade (XVHI, 288-92), quand
Hector excite ses concitoyens à faire une sortie en leur rappelant
qu’ils sont déjà presque ruinés. Autrefois, dit-il, tous les hommes
avaient l’habitude de célébrer la richesse de Troie, (c mais mainte-
nant les beaux trésors ont entièrement disparu de nos maisons. »
Nüv 5' Y) è^zTTo'XwXa (5'oy.Mv 5Cîtu,rj>.'.a x.Y.Àâ*
Puis, pendant toute la durée de la colère de Zeus, une grande
quantité de leurs biens avaient été échangés en Phrygie et en
1. Synchronisme homérique, p. 171 et suivantes. Je ii’aborJc pas ici la curieuse question de
savoir quel est le sens exact de l’expression yuvaia otopa.
14
PRÉFACE.
Méonie ; je suppose qu’on les avait échangés contre des objets de
première nécessité. Le grand dépôt mycénien, au contraire, si le
D‘' Schliemann ne se trompe pas, avait été fait avant que la cité fût
mise h sac et dépeuplée. Dans un cas de vie ou de mort comme
celui où se trouvaient les Troyens, ils devaient tout naturellement
se séparer de leurs objets les plus précieux, puisque c’étaient ceux
dont ils pouvaient tirer le plus de ressources dans leur pressant
besoin (voy. Iliade, XXIV, 234-7) ; de sorte que si nous voulons
absolument comparer Troie à Mycènes, nous comparons Troie
ruinée à Mycènes en pleine prospérité.
Parmi les métaux précieux qui proviennent d’Hissarlik, nous ne
trouvons, je crois, la représentation d’aucun animal, soit gravée,
soit en ronde bosse. Mais les Poèmes nous offrent plusieurs exem-
ples d’ouvrages de ce genre qui étaient en la possession des Grecs;
cependant, d’une manière générale, il y a lieu de présumer que
c’étaient des productions étrangères, comme il serait facile de le
montrer.
Troie, il est vrai, en contact immédiat avec les régions vastes et
fertiles de l’Asie Mineure, pouvait accroître sa richesse matérielle
par le commerce de terre ; la Grèce ne le pouvait pas, divisée
qu’elle était par ses chaînes de montagnes en districts étroits où il
y avait peu de terres à cultiver. En revanche, il semble que, même
à cette époque, le commerce maritime, stimulé par les navires et
les établissements des Phéniciens, peut avoir compensé, et plus
que compensé, ce désavantage. Les Poèmes nous donnent des ren-
seignements très-précis sur le commerce des métaux et du blé au-
quel se livrait la race phénicienne {OcL, I, 183-4; XIV, 333-5). Il
est très-vraisemblable que les Grecs avaient suivi les Phéniciens
dans cette voie. Le voyage du navire Argo semble avoir eu un ca-
ractère mixte. Les vaisseaux de l’expédition contre Troie n’auraient
guère pu être fournis par un peuple qui n’aurait pas eu déjà fait
un apprentissage sérieux du commerce maritime. La navigation le
long des côtes, à des fins autres que celles de la guerre, est évidem-
ment une idée familière dans Y Odyssée. Dans V Iliade, au contraire,
la construction des navires de Paris est citée comme l’œuvre
PRÉFACE.
15
remarquable d’un homme qui était remarquable lui-même (//., V,
59-64) ; excepté dans cette occasion, qui devint si fatale à Troie,
nous u’euteudous jamais parler d’une marine troyenne.
Voici un autre point de comparaison. On nous donne à
entendre ^ qu’on a découvert à Hissarlik des traces de l’art d’écrire,
tandis que le nouveau volume ne nous offre rien de semblable à
propos de Mycènes. Mais j’ai bien peur que l’on ne puisse affirmer
que cet art ait existé, soit en Grèce, soit dans la Troade, à l’époque
homérique, sinon comme le secret de quelques' initiés. En Grèce,
l’art d’écrire était évidemment d’importation étrangère, et peut-
être en a-t-il été de même à Troie. Tant que les témoignages
demeurent aussi indécis, nous n’en pouvons tirer avec confiance
aucune conclusion importante pour comparer entre elles les deux
civilisations.
Je reprends l’énumération des points de contact entre les décou-
vertes faites à Mycènes et le texte des Poèmes, en notant ceux que
l’on trouve dans les objets autres que les monuments d’architec-
ture.
1 . Le premier de ces points, c’est l’usage courant du cuivre pour
les ustensiles de grande dimension (fig. 436-440). Nous avons aussi
l’analyse qu’a faite le docteur Percy d’une épée et d’une anse de
vase en bronze A mon avis, rien dans les Poèmes ne nous
signale l’art de fondre ensemble les métaux comme une industrie
indigène, tandis que nous y trouvons des preuves abondantes que les
œuvres d’art et les ustensiles de bronze se fabriquaient au dehors
et étaient d’importation étrangère. Le vase en question, par exem-
ple, peut avoir été importé du dehors. Il en est vraisemblablement
de même pour l’épée. Nous savons qu’il y avait importation et
exportation d’épées entre différents pays. LaTbrace était un centre
de fabrication tout à la fois pour les objets d’art proprement dits
(//., XXIV, 234) et pour les armes (//., XXIII, 808) ; nous trouvons
une épée « longue et belle », de fabrication thrace, en la posses-
sion du prince troyen Hélénos (//., XIII, 577). D’ailleurs, si le
1 . Troie et ses Ruines, p. 369, 37 1 .
2. Voyez, à la fin du volume, les n°® IV et V des Analyses du D" Percy.
16
PRÉFACE.
cuivre était alors un métal abondant, l’étain était rare : il en résulte
que les armes de bronze devaientcoûter très-cher. Par conséquent,
les épées de bronze trouvées dans les tombeaux, avec tant d’autres
objets précieux, sont juste à l’endroit où nous devions nous atten-
dre à les trouver. Il en est de même de deux haches d’armes trou-
vées à Hissarlik dans le Trésor; elles devaient probablement avoir
appartenu à des personnages d’un rang élevé, et elles étaient en
bronze b Mais on peut voir au musée de l’Académie irlandaise des
haches en cuivre pur, et la couche épaisse de scories de cuivre sans
aucun mélange d’étain qui a été découverte à Hissarlik est, ce
semble, une preuve matérielle que le cuivre était le métal ordinaire
de la période héroïque. Peut-être un jour nos archéologues auront-
ils à intercaler dans leur liste un âge de cuivre entre leur âge
de pierre et leur âge de bronze. Si l’on venait à constater la pré-
sence d’armes de cuivre dans les tombeaux de Mycènes, rien ne
pourrait donner plus d’autorité aux passages des Poèmes où l’on
voit que l’usage du cuivre était général ; car les armes trouvées dans
les tombeaux ont appartenu aux personnages vraisemblablement
les mieux en état de se permettre l’usage du bronze. J’espère que
l’analyse déjà commencée portera sur un nombre d’objets beau-
coup plus grand. En attendant, je trouve déjà un lien étroit entre
les découvertes et les Poèmes, pour tout ce qui concerne les usten-
siles de grande dimension.
2. Parmi les objets trouvés à Hissarlik, les plus remarquables
par eux-mêmes sont peut-être les deux coifïures en or, d’un travail
très-soigné, qui nous ont permis d’expliquer pour la première fois
dans son entier avec quelque confiance le passage de V Iliade (XXH,
468-72) où Homère décrit la coiffure que rejette Andromakliè dans
l’excès de sa douleur. On n’a pas oublié la gravure qui reproduit la
plektè anadesmè^\ C’était une série de tresses d’or qui pendaient sur
le front et sur les oreilles, attachées à une large bande (âpriv^) qui
faisait le tour de la tête et qui formait comme la base de l’orne-
1. Troie et ses Ruines, p. 361. Une de ces haches ne contenait que quatre pour cent environ^
d’étain. Ne se pourrait-il pas que le métal fût tout simplement un mélange naturel?
2. Troie et ses Ruines, p. 335.
PRËFACEc
17
meut. Le D'" Seliliemaim rapproche, avec raison selon toute appa-
rence, CCS objets de rornement représenté figure 357 ; cet objet
est un bandeau ou diadème, «décoré de rosaces et de croix. 11 a
deux trous dans le bord, à quelque distance de chacune des deux
extrémités; de chacun de ces trous pend encore le fragment d’une
chaîne très-fine ». La seule différence de forme qu’il y ait entre
ce dernier objet et les précédents, c’est que la série de tresses (ou
chaînes) n’a pas été continuée jusqu’au-dessus du front.
3. Les fouilles d’Hissarlik n’avaient jeté aucune lumière, pour
nous, sur l’ornement appelé Urédemnon; c’était une parure que
portaient sur la tête beaucoup de femmes, ou du moins un certain
nombre de femmes de l’àge héroïque, qui ne pouvaient pas y ajou-
ter les magnifiques ornements alors réservés aux princesses. Nous
trouvons dans les Poèmes des descriptions de cette parure ; il est
vrai que les détails en sont épars ça et là; néanmoins, nous en
pouvons tirer une idée assez nette. D’abord cette parure couron-
nait la tête, comme les créneaux couronnent les murs d’une place
fortifiée, car Homère dit de la destruction des murs de Troie que
c’est comme la ruine de ses krédemna sacrés (//., XVI, 100). Ce
n’était pas cependant un objet métallique ou solide, car Ino, deve-
nue déesse, pour sauver Odysseus de la fureur de la tempête, lui
jette son propre krédemnon et lui recommande de se l’attacher
autour de la poitrine (Or/., V, 346). Il était fait habituellement
d’une matière délicate et brillante (Or/., I, 334), et il était assez
précieux pour qu’Aphroditè l’offrît comme présent nuptial à la
fiancée d’Hector (//., XXH, 470). Enfin il avait en plus un orne-
ment que j’appellerai une -aile allongée, ou une queue, ou une
barbe, faute de connaître assez à fond ce vocabulaire spécial pour
être sùr de l’expression propre ; cette aile, queue ou barbe, descen-
dait par derrière ; il se peut même qu’il y en eût pins d’une. Le fait
est prouvé, sinon directement, du moins d’une façon conclnante,
parmi détail de XOd^jssée (VI, 100) : les suivantes de Naiisicaa,
an moment de jouer à la balle; commencent par ôter leurs hvc-
denina , évidemment pour avoir les mouvemenls des bras pins
libres et ne point se les embarrasser dans les longues barbes des
MVCENES.
18
PUÉ FACE.
krédenma.y oid une autre preuve : lorsque Pénélopè se sert de ses
krédemna pour se couvrir la face, elle doit ramener les barbes en
avant pour s’en faire un voile ; toute autre interprétation rendrait
l’emploi du pluriel à peu près inexplicable {Od.,l, 334). Voilà donc
cette partie de la toilette de la dame préhistorique aussi complète
qu’il m’est possible de la reconstituer d’après le texte des Poèmes.
Je reviens au volume du D"" Schlieniann et j’appelle l’atten-
tion du lecteur sur la bague à cachet représentée figure 530. Si elle
n’est pas le produit d’un art bien avancé, elle est intéressante pour
bien d’autres raisons. A l’extrémité gauche du tableau se tient un
personnage, enfant ou petite femme, qui cueille des fruits aux
branches d’un arbre. Derrière son dos pendent deux ornements
qui ressemblent à de longues tresses de cheveux. Et si, par hasard,
ces prétendues tresses, après un examen approfondi, se trou-
vaient être les barbes d’une coiffure que le personnage semble
porter sur la tête? A la droite de l’arbre, nous trouvons une grande
femme assise, coiffée d’un turban; cette femme, selon notre
auteur, porte un diadème sur le front et, par derrière, (c une tresse
de cheveux » qui descend de la pointe du turban. Je ne puis
m’empêcher de supposer que cette (( tresse de cheveux » est la
barbe du krédemnon. La femme offre des pavots à une autre grande
femme, coiffée également d’un turban qui se termine aussi en
une pointe ce d’où un long ornement lui pend derrière le dos )) ;
c’est encore cette fois, selon toute vraisemblance, la barbe du
krédemuoîi. Sous son bras droit étendu nous voyons encore une
petite figure, probablement celle d’une petite fille, encore coiffée
d’un turban (( avec une longue tresse de cheveux ou un ornement
qui lui pend derrière le dos ».
C’est, je conjecture, un quatrième exemple de la barbe du kré-
demnon indiqué par Homère. Il y en a un cinquième : en effet,
nous avons encore la figure qui est à la droite du tableau ; elle
aussi, elle porte un turban qui se termine en pointe, et de cette
pointe descend un long ornement en forme de ruban qui lui pend
aussi derrière le dos. Remontons dans le champ du tableau, et nous
y remarquerons une petite figure sur la droite. Cette figure, le
IMIÊFACE.
W)
ly Schliemaiiii la décrit coiiime une figure de leuirnc, à cause Vies
deux mamelles qui sont marquées sur le buste; et encore ici (c du
dos se projettent deux longues bandes ». Ainsi, dans ces six
exemples, il semble que nous retrouvions, comme partie principale
de la coiffure féminine, le même objet d’une forme si remarquable,
qui nous est aussi donné par Homère.
Cependant, si l’on considère le caractère et le costume des six
figures de femme de cet anneau, on peut dire qu’elles sont étran-
gères bien plutôt qu’belléniques. Mais justement, d’après le témoi-
gnage même des Poèmes, il est surabondamment prouvé que le
Jiredemnon était plus usité chez les étrangers que chez les Grecs.
Sans doute Homère nous parle des dePénélopè ; et Hèra,
quand elle songe à séduire Zeus, se pare du krédemnon {IL, XIV,
184). Mais, comme nous l’avons vu, le krédemnon est porté par
Andromakhè à Troie, par Ino, une divinité d’origine phénicienne,
et par les suivantes de Nausicaa à Skhériè.
4. Dans la région supérieure, dans le ciel du tableau pour ainsi
dire , il y a une esquisse assez grossière du soleil et du mince
croissant de la lunef Au-dessous des deux astres, il y a une
bande ondulée qui forme un grossier arc de cercle. Cette bande,
tout me porte à le supposer, est une indication de la terre, avec
son sol inégal et sa mer à la surface ondulée, représentée à sa vraie
place, c’est-à-dire au-dessous du soleil et de la lime. S’il en est
ainsi, la conjecture de M. Newton, à propos des six objets qui sont
sur le bord du tableau à droite, se Trouve justifiée. M. Newton, en
effet, se demande si ce ne seraient pas là les télréa (7/., XVHI, 485),
les étoiles du ciel, qui, dans la description d’Homère, se trouvent
1. Voici un point sur lequel je désire appeler l’allentiou : sur cet anneau, comme sur tous
les monuments égyptiens et assyriens (du moins à ce que je crois), la lune se distingue du soleil
non pas par sa dimension, mais par sa forme, qui est celle d'un croissant. En réalité, à Eœil nu,
la différence de grandeur entre le soleil et la lune est variable, et parfois la lune paraît plus
grande que le soleil. Deux globes d’un égal diamètre auraient présenté un tableau dont la com-
position eût été défectueuse et le sens obscur ; et l’art ancien, bien loin d’accepter ce mode de
représentation, s’est emparé, avec un sentiment plus poétique, à mon sens, du caractère indivi-
duel de chacun des deux astres. Homère, je le soutiens, s’est servi de ce mode de représentation,
quand il a dit : xs Tc>.r,0o'j(Tav. J’ose espérer que désormais on ne traduira plus, comme
on a fait jusqu’à présent, « la lune dans son plein », mais a la lune dans la période où elle grandit,
se remplit, s’accroît » ; en un mot, « le croissant de la lune ». {II., XVlll, dSi.i
20
PUÉFACE.
placées sur le bouclier d’Achille , avec le soleil , la lune, le ciel, la terre
et la mer. Le D" Schliemann attribue à ces six objets des têtes et des
yeux. M. Newton dit qu’on pense que ce sont des têtes de lion.
L’hypothèse qui en fait des êtres animés n’est pas, j’imagine, en
contradiction avec la conjecture qui les représente comme des
étoiles. L’esprit de l’hellénisme avait transformé l’ancien culte de
la nature et avait tout personnifié; nous avons dans Homère un
exemple de cette transformation : c’est Orion, qui est à la fois une
personne et un astre (//., XVÏII, 486 ; Oc/., XI, 572). Si ces conjec-
tures se confirmaient, le sujet qui nous occupe offrirait un intérêt
tout particulier, car alors nous aurions sous les yeux, réunis non
dans une description mais dans une reproduction réelle, les objets
mêmes qui remplissent le premier compartiment du bouclier
d’Achille, cette œuvre d’un dieu : la terre, comprenant la terre
proprement dite et la mer, le soleil, la lune et toutes les étoiles
du ciel. IJouranos^ le ciel lui-même, que le poète comprend dans
sa description, est très-vraisemblablement représenté ici par la
courbure du tableau.
5. La coupe représentée dans le volume, ligure 346, a, nous
dit-on, une colombe d’or ciselée sur chacune de ses deux anses. Le
]y Scbliemann fait remarquer que cette coupe ressemble à celle de
Nestor (I/., XI, 632-635). Il n’est pas dit que cette dernière fut en or,
il est même probable qu’elle était d’une autre matière, puisque
Homère ne fait mention de l’or que pour les ornements de détail.
Mais la coupe de Nestor avait quatre anses et sur chacune de ces
anses deux colombes. Nous savons aussi que ce n’est pas h Troie
([lie Nestor se l’était procurée; ce qui fait tout de suite penser à
rargunient que nous avons déjà présenté. Il l’avait apportée de
son pays; c’était probablement une œuvre d’art d’origine étrangère,
car Nestor devait avoir du sang phénicien dans les veines, puisqu’il
descendait de Poséidon (Od., XI, 254). C’est un point qu’on a le
droit de noter; c’est un exemple par où l’on voit que les découvertes
et les Poèmes nous montrent l’art arrivé au même degré de déve-
loppement.
6. Nous entendons souvent parler dans les Poèmes des objets
PRÉFACE.
‘21
d’or cil forme de boutons qu’on employait comme ornements. En
maint passage, nous trouvons l’épée aux boutons d’argent, xiphos
(OU phasganon) argijroèlon (IL, II, 45; III, 334 et ailleurs). C’est,
je le répète, une chose ordinaire. Nous voyons aussi des boutons ou
bosses d’or sur le sceptre d’Acbille (7/., I, 246), sur la coupe de
Nestor (//., XI, 632-635) et sur une épée ; il est vrai que pour l’épée
l’exemple est unique, mais il faut dire aussi qu’il s’agit de l’épée
d’Agamemnon, roi de Mycènes, la ville où l’or abondait (//., XI, 29).
Sur cette épée, dit le poète, il y avait des bosses en or ou dorées;
l’expression (pamphaïnon) dont il se sert pour les désigner vaut la
peine d’être notée. Il nous serait difficile de la traduire par un seul
mot : elle ne signifie pas seulement (c qui brille d’un vif éclat )), mais
(( qui brille de partout », c’est-à-dire, probablement, tout le long
du fourreau sur lequel ces bosses étaient fixées et de manière que
ce fourreau parût former une seule masse brillante. N’esl-ce pas
précisément l’effet que devait produire la rangée de boutons d’or qui
a été trouvée le long de l’épée représentée figure 460? En effet, très-
rapprochés l’iin de l’autre, ils sont plus larges que la lame de l’épée
et couvraient probablement d’un bout à l’autre toute la surface du
fourreau de bois qui est tombé en poussière. N’est-ce pas aujourd’bui
une sensation solennelle, que de descendre au fond des tombeaux
avec le D" Schliemann et d’y trouver, dans le silence de la mort,
encore disposés par rangées, ces boutons ou bosses d’or, quand les
fourreaux de bois auxquels ils étaient fixés sont presque entièrement
tombés en poussière ; mais, à côté meme des épées dont ils formaient
la parure, comme la reliure fait celle du livre, àcôlé aussi de la
cendre légère des guerriers dont la main avait manié ces épées?
Expende AnniJjalem : quoi libras in duce summo
luveniesi?
Ces boutons ou bosses se retrouvent encore sur les pommeaux
d’épée. Généralement on traduit le Iièlos d’Homère par clou ou
bouton à petite tète ; mais il est probable que le même mot désigne
encore les boutons plus larges et les bosses que fou retiHuive eu
l . Jnvénal, Sat., X, 147,
PRÉFACE.
lignes le long de quelques épées (voyez, h ce sujet, les figures 445,
446, 460, 46^2 et 466).
Je n’essayerai pas de poursuivre plus loin une énumération qui
deviendrait fastidieuse à force de minutie. Si l’on a trouvé des objets
en verre ou en porcelaine, je devrais leur assigner tout de suite une
origine étrangère. L’art de mouler des objets et de les polir, dont
les exemples sont fort rares, d’après notre auteur et d’après
M. Newton, devrait probablement aussi être rapporté à une source
semblable. Les seuls outils que semble connaître Homère, pour la
manipulation des métaux, sont le marteau et les pinces (//., XVIII,
477 ; 0^., III, 434-5). Pour ce qui regarde la poterie mentionnée par
notre auteur, si quelques-uns des gobelets d’argile étaient d’un vert
clair, c’est une couleur dont Homère n’avait certainement pas une
idée bien nette, parce qu’elle est le résultat d’un progrès (posté-
rieur à lui) dans la fabrication. Encore peut-on supposer, sans
invraisemblance, que, dans des œuvres d’art aussi bien que dans
des objets naturels, cette couleur a pu frapper ses regards.
A propos des balances recueillies dans le troisième tombeau, il
n’y a aucune raison plausible de douter que nous ne trouvions
rinterprétation de ce symbole en nous reportant aux idées et aux
doctrines égyptiennes sur la^vie future (fig. 301 et 302). Dans les
Livres des Morts, nous avons une représentation détaillée de la
salle du Jugement, où est citée h comparaître l’ame qui vient de
quitter le corps. Ici la balance forme un objet très-important \
et il paraît très-possible que le poète, qui, sur la vie future, avait les
idées d’un Grec et non pas d’un Égyptien, ait emprunté à l’Égypte
et transplanté du Iladès (égyptien) au Ciel (grec) l’image de la
balance, dont il tire de si beaux effets dans quelques circonstances
décisives de V Iliade.
En ce qui concerne l’emblème de la double hache ou hache à
deux tranchants, j’oserai me dispenser de la réserve et de la cir-
conspection du D" Scbliemann. Sur la forme ordinaire d’une arme
en usage a l époque, il ne semble pas qu’il y ait lieu de donner une
1. par rxomple, dans la Terre défi Pharaons do Manning-, la gravure de la page 129.
PRÉFACE.
23
explication spéciale (fig. 368). Mais, lorsque nous la trouvons jointe
à la tète de vache (fig. 329 et 330), ou bien, comme sur la grande
bague à cachet, rapprochée d’une figure qui représente évidemment
une divinité, je n’hésite pas à la regarder comme un symbole de
sacrifice. Nous n’avons qu’à nous rappeler le passage du troisième
livre de V Odyssée, où est décrit l’appareil du sacrifice; Thrasy-
médès, qui devait frapper la victime, apportait la hache (III, 442) :
nî'X£-.c’jv p.svs-irT&'Xsao; ©pacuar.cî'r,;
o^'jv I//OV £v 7,£pcFt T:ap:aTaro, p;ùv
Les dents de sanglier offrent un point de concordance clair
et significatif, encore qu’il ne soit que d’une importance secon-
daire : nous pouvons donc l’ajouter à notre liste (//.,X, 263-264).
Il y en a un autre à noter dans la manière d’attacher avec nn fil de
métal les couvercles des vases et des boîtes ou coffres. Sur ces
deux points, je renvoie le lecteur au texte même du volume.
Si je suis entré dans le détail qui précède, c’est pour essayer de
montrer qu’aucun obstacle préliminaire ne nous interdit d’aborder
la thèse capitale du livre : les tombeaux récemment découverts et
les restes exposés à nos regards, avec des masques d’or qui leur voi-
lent la face et des plastrons d’or qui couvrent la poitrine d’un ou
de plusieurs des morts, sont-ils réellement les tombeaux et les
restes du grand Agamemnon et de ses compagnons qui, grâce à
l’intervention d’Homère, ont joui d’une gloire si durable.
A propos du caractère général des trésors de Mycèiies, je m’en
tiens provisoirement aux conclusions deM. Newton (appuyées par
M. Gardner), à savoir que, dans son opinion, ces trésors remontent
à l’âge préhistorique ou héroïque, époque qui précède sa période
gréco-phénicienne; et, dans d’importantes esquisses de détail, j’ai
essayé de montrer que ces trésors ont beaucoup de points de con-
cordance avec les Poèmes homériques et avec les découvertes
d’IIissarlik. Mais cette Préface n’a nullement la prétention de don-
ner un catalogue complet des objets ou d’accompagner chacun
d’entre eux d’une interprétation. Nous rencontrons, en etfet, un
certain nombre de faits embarrassants : par exemple, la présence de
24
PRÉFACE.
plusieurs objets qui ressemblent h des visières. Nous désirerions h
ce sujet des explications plus satisfaisantes que celles du D' Scblie-
mann, qui les représente comme analogues aux masques des
tombeaux et croit pouvoir prouver non-seulement que ces objets
étaient portés par les vivants, mais qu’ils étaient aussi imposés
aux morts (ch. xi).
Sans aucun doute, à mon avis, ces masques sont pour nous une
grande énigme, quand nous avons à nous demander quels sont les
personnages qui occupaient les tombeaux maintenant ouverts?
Peut-être M. Newton a-t-il raison ; peut-être, en somme, devons-
nous nous en tenir ce sagement à présumer » que les quatre tom-
beaux contenaient des personnages royaux et laisser pendante la
question de savoir si ce sont bien là les tombeaux que la tradition
locale signalait à Pausanias, du moins jusqu’à ce que les ruines de
Mycènes aient été plus complètement explorées, conformément à
l’intention que l’on prête au gouvernement de la Grèce.
D’un autre côté, le cas qui nous occupe est tel, que, s’il est
hasardeux de creuser le problème, il est en même temps difficile
de le laisser de côté.
Il est évidemment difficile de trouver une explication simple,
claire et logique de l’étrange inhumation que nous ont révélée les
fouilles du D'’ Scliliemann. On pourra peut-être la trouver plus
tard : pour le moment, elle ne semble pas s’offrir d’elle-même.
Le chemin pour y arriver ne peut être frayé que par une soigneuse
et minutieuse exposition des faits et par une comparaison circon-
specte de ces faits avec tous les faits analogues fournis par d’autres
époques ef par d’autres pays, et qui pourraient sembler de nature
à les éclaircir. Quant à moi, comme j’ai abordé la question sans
aucune prédisposition à croire, j’éprouve d’autant moins de scru-
pules à avouer que l’évidence me porte, me force même à tirer cer-
taines conclusions et m’amène à certaines conjectures qui me sont
suggérées par ces conclusions. La première conclusion, c’est que
nous ne pouvons rapporter les cinq sépultures de l’agora de Mycè-
nes à aucune période de l’âge historique. La deuxième, c’est que ce
sont là des sépultures de grands personnages et presque certaine-
PRÉFACE.
^5
ment, en partie du moins, de personnes royales. La troisième, c’est
qn'on reconnaît à des signes certains que les rites de l’ensevelisse-
ment ont été pratiqués dans des conditions anormales, à raison de
circonstances qui leur ont imprimé un caractère irrégulier et inu-
sité. La conjecture, c’est que ces tombeaux pourraient très-bien
être ceux d’Agamemnon et de ses compagnons. Cette conjecture a
pour elle d’abord un certain nombre de présomptions, mais prin-
cipalement la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de trouver
une autre hypothèse aussi plausible que celle-là.
Les principaux faits que nous avons à noter sont les suivants :
1° L’emplacement choisi pour les sépultures;
Le nombre des personnes enterrées simultanément;
Les dimensions et le caractère des tombeaux;
4'’ L’application partielle du feu aux corps ;
5^" L’emploi des masques et aussi des plaques métalliques, pour
orner ou protéger les corps, ou peut-être pour servir aux deux
usages à la fois ;
6" Le dépôt considérable d’objets caractéristiques et précieux
sur les corps et auprès d’eux.
1. Sur la question d’emplacement, le D‘’ Schliemann pense que
les tombeaux n’étaient pas primitivement dans l’agora, mais que
l’agora a été construite postérieurement autour des tombeaux
(ch. x). Voici les raisons qu’il donne : le mur sur lequel se dres-
sent, sur une double rangée, les dalles qui sont debout, autrefois
recouvertes de dalles horizontales qui formaient des sièges pour les
Anciens, et dont six encore sont en place, est d’un travail négligé et
inférieur sous ce rapport au mur d’enceinte de l’acropole. Mais si
c’était un simple mur de soutènement, quel motif avail-on pour
prendre la peine de lui donner la solidité nécessaire à un ouvrage
de défense militaire? De plus, le docteur trouve dans l’entre-deux
des rangées de dalles, aux endroits où elles ne sont plus couvertes,
des fragments de poterie de la période préhistorique postérieure à
celle des tombeaux. Mais cette poterie n’aurait jamais pu être pla-
cée là au temps de la construction; avec les antres décombres aux-
quels elle se trouve mêlée, elle aurait compromis la solidité de la
26
PRÉFACE.
clôture au lieu de raccroître. Et, d’un autre côté, on se figure
malaisément comment elle aurait pu y venir avant que la con-
struction eût été ruinée par la disparition des dalles supérieures.
Dans ce cas, elle serait naturellement d’une date postérieure à
celle des dalles.
Un puissant argument contre l’hypothèse que l’agora aurait été
construite autour des tombes après avoir eu précédemment un
autre emplacement, c’est que le fait n’est pas probable. L’espace
semble très-limité dans l’intérieur de l’acropole. Tout autour des
clôtures de l’agora se trouvent des maisons et des citernes cyclo-
péennes ; quand des ouvrages de cette nature ont été une fois con-
struits, ce serait un travail très-difficile que de les changer déplacé;
et, dans le cas qui nous occupe, les architectes primitifs ont eu pour
successeurs des hommes dont les constructions étaient en déca-
dence plutôt qu’en progrès sous le rapport de la solidité. Outre ces
raisons, il y avait un lien entre l’agora et la religion du pays, et elle
se trouvait, comme on le montrera, dans le voisinage immédiat du
palais. Mais, à côté de ces avantages et de ces attraits matériels,
toutes sortes d’associations d’idées d’un ordre plus élevé devaient
naître et prendre racine autour de l’agora.
On peut montrer clairement que l’agora, chez les anciens, était
fixée à la place qu’elle occupait par des liens de toute espèce, en
dehors de la question de la solidité de sa construction. A Mycè-
nes, dit notre auteur (ch. x), l’agora est à l’endroit le plus beau
et le plus imposant de la cité, d’où l’on apercevait la ville tout
entière. C’était sur les hauts lieux que les hommes des âges préhis-
toriques érigeaient des édifices d’un caractère simple, dans bien
des cas probablement sans toit, et qui, avec les autels, servaient
au culte des dieux. A Skhériè, l’agora avait été construite autour de
ce que l’on pourrait appeler le temple de Poséidon iOd., VI, 266).
Dans le camp des Grecs, sous les murs de Troie, l’agora était au
milieu de la ligne des vaisseaux (//., XI, 5-9, 806-8). C’est là
que l’on administrait la justice, et c’est là qu’ cc avaient été con-
struits les autels des dieux ». De plus, il ressort clairement d’un
grand nombre de passages d’Homère que la place des assemblées
PRÉFACE.
-27
était toujours voisine du palais des rois. A propos de Troie, par
exemple, il est dit expressément que l’assemblée se tenait aux
portes de Priam (//., II, 788; VII, 345-6). A Skhériè, le palais
d’Alkinoos était près du bois sacré d’Athènè (Of/., YI, 291-3); et
nous ne pouvons guère douter que ce bois sacré ne fut dans le voi-
sinage immédiat du Posideïon, qui était lui-même dans l’enceinte
de l’agora. A Ithaque {Od., XXIV, 415 et suiv.), le peuple s’assem-
blait devant le palais d’Odysseus et ensuite se rendait en masse à
l’agora. L’agora était donc matériellement attachée aux points de
la cité qui avaient au plus haut degré le caractère de l’immobilité
et de la stabilité. En effet, quand on considère la vie politique de la
Grèce primitive, l’agora , ce n’est pas trop dire, a dû devenir, dans
le cours naturel des choses, un centre auquel se rattachaient les
souvenirs les plus chers et les traditions historiques du peuple. Je
ne me crois pas tenu d’aborder la question secondaire de savoir si
les dalles du pourtour sont ou ne sont pas une partie originale de
la construction primitive.
Mon opinion est que l’agora n’a pas changé de place ; l’opinion
contraire fût-elle vraie, l’honneur qu’on a rendu aux morts qui
reposent dans son enceiide n’en serait pas diminué, il n’y aurait
de changé que l’époque oû on leur a rendu cet honneur. Si nous
avons bien sous les yeux l’agora primitive, on les a honorés en les
y ensevelissant ; si elle est d’une époque postérieure à leur enseve-
lissement, on les a honorés en la déplaçant pour la reconstruire
autour de leurs tombeaux. Reste à savoir si on l’a fait en connais-
sance de cause. Gomment en pourrait-il être autrement, lorsque
nous constatons que les cinq tombeaux occupent pins de la moitié
de la superficie totale? Nous savons, par des témoignages de fage
historique, que c’était rendre un hommage public aux morts que
de les enterrer dans l’agora; nous ne pouvons douter, ayant ces
cinq tombeaux sous les yeux, qu’il n’eu ait été de même dans les
temps préhistoriques.
Si donc ces personnages ont été enterrés tout d’abord dans
l’agora, c’est un hommage public qifon leur rendait. Si nous
admettons l’hypothèse, bien moins probable, que l'agora a été
28
PRÉFACE.
transférée et construite autour d’eux, par la raison qu’ils étaient
déjà en cet endroit, l’hommage public prend, ce me semble, un
caractère encore plus solennel.
2. Le nombre des personnes enterrées simultanément, si l’on
rapproche de ce fait les autres particularités de l’inhumation, est
un nouveau problème à creuser. L’argumentation du docteur
(ch. x), pour prouver que les inhumations ont eu lieu simulta-
nément, semble absolument irréfutable. Le nombre des personnes
inhumées {ibid.) était de seize ou dix-sept. Parmi les corps, ^1 y en
a un qui semble désigné, avec une probabilité qui approche de la
certitude, comme celui du principal personnage. Ce personnage a
deux compagnons reposant avec lui dans le tombeau qui porte le
n^" i . Or Agamernnon avait deux maréchaux ou hérauts (//., I, 320)
à qui leur charge conférait un caractère sacré. Il n’y aurait
donc rien d’étonnant qu’on les eût déposés , en supposant qu’il
s’agisse ici de ces deux personnages, côte à côte avec leur maître.
Des trois corps, celui qui attire le plus l’attention c’est celui qui
est au nord des deux autres, tous les trois ayant la tête à l’est et
les pieds à l’ouest. Il était en meilleur état de conservation : cela
peut tenir, et cette supposition n’a rien d’invraisemblable, à ce
qu’on aurait pris, au moment de l’enterrement, des précau-
tions pour le préserver de la corruption. Outre un masque d’or,
il portait un grand plastron d’or de 15 pouces | (0'”,39) sur
9 pouces J (0™, 23 I); et on a retrouvé des feuilles d’or sur diffé-
rentes parties de sa personne ; un bandeau d’or de 4 pieds (i"',20)
de long sur 1 pouce | (0'”,04 ~) de large, lui entourait les reins. A
côté de lui il y avait deux épées qui, selon la constatation du
D' Schliernann, étaient en bronze (fig. 460) ; la décoration de l’ime
de ces épées rappelle d’une manière frappante la description de
l’épée d’Agamemnon dans VIliade {IL, XI, 29-31). Al pied (0“, 30)
du corps, il y avait onze autres épées; mais ce dernier détail ne
serait pas caractéristique, car le corps du côté sud avait quinze
épées, dont dix gisaient à ses pieds; et l’on trouva un grand amas
d’épées à l’extrémité ouest, entre ce corps et celui du milieu.
Le nombre total des corps dans les cinq tombeaux, qui est
l‘UEFACE.
!29
évalué à seize ou dix-sept, semble avoir compris trois lemmes
et deux ou trois enfants. La tradition locale, rappelée par Pausa-
nias (II, XYi, 6), parle d’une escorte d’hommes qui accompa-
gnaient Agamemnon, et de Gassandra, avec deux enfants, dont
elle aurait été, dit-on, la mère. Cette tradition n’a pas grande
valeur, cependant elle témoigne que l’on croyait très-anciennement
qu’il y avait des enfants enterrés dans ces tombeaux ; car Gassandra
ne peut être devenue captive qu’au moment de la prise et du sac
de Troie, et le meurtre suivit immédiatement l’arrivée en Grèce
d’Agamemnon et de son escorte. Mais il est aussi probable que ces
enfants pouvaient être nés d’une autre concubine, mise par Aga-
memnon à la place qu’avait dù occuper Briséis. Naturellement ce
ne sont là que de pures suppositions; mais ce que je veux dire,
c’est qu’il n’y a rien dans ces indications qui soit de nature à
amoindrir la valeur des présomptions légitimes que les décou-
vertes peuvent faire naître sous d’autres rapports.
3. De même que le choix de l’agora comme emplacement, le
caractère des stèles funéraires qui concorde si bien avec le style de
beaucoup des ornements ’ , et la profondeur même des fosses,
témoignent unanimement que l’on a voulu rendre un hommage
aux morts. Si je comprends bien les plans, ils accusent une pro-
fondeur maxima de 25 à 33 pieds (7“V50 à I0“) au-dessous de
la surface, dont la plus grande partie a été creusée dans le roc
vif. Mais voici que nous nous trouvons en face d’un fait de nature
à ébranler quelque peu l’opinion que nous avions pu nous former
jusque-là : des cadavres d’hommes faits, et qui semblent avoir
été d’une grande taille, ont été introduits de force dans un
espace qui n’a que 5 pieds 6 pouces (P, 65) de long; car il a
fallu recourir à une violence telle, qn’il en est résullé une sorte
de mutilation.
Nous voici donc, ce semble, en présence de circonstances qui
se contredisent. L’em])lacement des tombeaux, leur profondeur,
les stèles qui les recouvrent, nous conduisent dans une direction ;
1. JI. rci'cy Gaidiier, dans l'Acadeuiy, avril 1877.
30
PP.ÉFACE.
remploi de la violence et la mutilation des cadavres nous ramènent
dans une direction opposée. Mais, en outre, ce qu’il y a de bien
plus étrange, c’est qu’on ne voit pas qu’il y ait eu la moindre
nécessité de soumettre les cadavres à cette compression indécente
et révoltante. Les dimensions premières de la tombe étaient
de 21 pieds 6 pouces (6”, 45) sur il pieds 6 pouces (3“,45).
Elles ont été réduites dans tous les sens , d’abord par un mur
intérieur de 2 pieds (0“,60) d’épaisseur et, en second lieu, par
une saillie oblique de 1 pied (0“,30) d’épaisseur (au fond du
tombeau), de sorte que le tombeau n’a plus que 5 pieds 6 pouces
(i*%65) sur 15 pieds 6 pouces (4™, 65). Pourquoi alors n’avoir pas
déposé les corps dans le sens de la longueur, au lieu de les avoir
placés en travers? Le parti auquel on s’est arrêté n’est-il pas aussi
inutile que barbare? Quel motif donc peut-on assigner à une
barbarie qui semble aussi évidente qu’inutile? Il y a un fait que
j’ose à peine mentionner et sur lequel j’ose encore moins insister,
parce que la preuve à en tirer est trop insignifiante; ce fait, c’est
que les corps sont orientés à l’ouest, et que c’est aussi dans cette
direction qu’était orienté le Hadès des Égyptiens L Le conflit d’ap-
parences où nous sommes arrivés semble indiquer, ou bien que
ceux qui ont procédé à l’enterrement obéissaient à deux mobiles
différents, ou bien qu’il y avait eu dans la façon de procéder
quelque chose d’incomplet et d’incohérent que l’on s’était plus tard
efforcé de corriger, ou bien encore que ces deux suppositions
pourraient être vraies à la fois. Mais jetons un coup d’œil sur les
autres particularités de ces découvertes.
4. Nous avons à remarquer ensuite : P que ces restes humains
ont été soumis à l’action du feu; 2° que la crémation n’a été que
partielle; 3° que les objets de métal déposés portent, dit-on, des
traces^ de ce feu; il en est de même pour les cailloux. Nous voyons
donc que les objets furent déposés au moment même où l’on
allumait le feu, ou plus probablement, je suppose, avant qu’il fût
complètement éteint.
1. Sijnchronlsme homérique, p. 240.
2. Le D'’ Schliemann me fait savoir que ces traces se retrouvent sur tous les objets.
PRÉFACE.
31
Ce tait, que la crémation ne fut que partielle, mérite un examen
plus détaillé. Dans les cérémonies funèbres d’Homère, la crémation
est d’un usage général. C’était, d’après les Poèmes, la coutume
alors régnante chez les Achéens toutes les fois qu’une inhumation
se faisait dans des conditions régulières. Quant à la cérémonie de
rinhumation, il y avait, pour qu’on l’accomplit, une raison d’une
importance particulière; car, lorsqu’elle n’avait pas lieu, l’ombre
du mort ne pouvait se mêler aux autres ombres. Aussi Elpénor, qui
n’avait pas reçu les honneurs de la sépulture, fut-il le premier
à venir à la rencontre d’Odysseus (Of/., XI, 51), quand le héros
pénétra dans le monde souterrain; l’ombre de Patroklos supplie
Achille d’inhumer son corps le plus tôt possible , pour lui per-
niettre de franchir les portes d’Aïdès (//., XXIII, 71). Je regarde
comme prouvé d’une façon décisive qu’à cette époque on brûlait
toujours les morts dans les funérailles célébrées selon les rites.
Cela se passe ainsi non-seulement dans les grandes funérailles du
septième livre (429-32), dans celles de Patroklos (XXIII, 177)
et d’Hector (XXIY, 785-800), mais encore dans le cas particulier
d’Elpénor {Od., XH, ii-I3). Ses compagnons l’avaient d’abord
laissé sans sépulture; quand ils le brûlèrent enfin sur un bûcher,
nous devons supposer qu’ils ne firent rien de plus que ce que
demandait impérieusement l’usage établi. Une comparaison d’Ho-
mère rendra peut-être la preuve encore plus concluante. Achille,
nous dit-il, pleura pendant que le bûcher qu’il avait fait dresser
consumait, tant que dura la nuit, les os de Patroklos, (( comme
pleure un père quand il brûle les os de son jeune fils d (XXHI,
222-5). Cette comparaison témoigne d’une coutume générale.
Quand les morts étaient des personnages distingués, la créma-
tion n’était pas complète; car on recueillait avec soin, non pas
seulement les cendres, mais encore les os. Ceux de Patroklos, par
exemple, sont enveloppés de graisse et j)lacés dans un vase ou
coupe découverte {fhialè) ; on les y garde iirovisoirement (XXHI,
239-44) jusqu’aux funérailles d’Achille; alors, avec ceux d’Achille
lui-même, enveloppés aussi de graisse et lavés dans le vin, ils sont
déposés dans une urne d’or (0^/., XXIV, 73-7). Les os d’Hector
32
]‘RÉFACE.
sont pareillement recneillis et placés dans une cassette d’or, la
cassette est déposée dans une fosse, et l’on entasse par-dessus une
masse de pierres (//., XXIV, 793-8). Nous trouvons donc des
exemples de crémation incomplète à la fois dans Homère et dans
les tombeaux de Mycènes. Seulement, dans le premier tombeau de
Mycènes, non-seulement on n’avait pas recueilli les os pour les
déposer dans une urne, mais on n’y avait même pas touché ; il faut
excepter les os du corps du milieu ; encore les avait-on simplement
déplacés, probablement pour voler les objets précieux, puisque,
avec le corps, on n’a presque rien trouvé qui eût quelque valeur.
Quant au corps du côté du nord, la chair de la face n'avait même
pas été consumée.
Mais, si l’usage du feu était universel pour les funérailles, les
funérailles elles-mêmes n’étaient pas un honneur que l’on accordât
à tout le monde. Généralement on le refusait à ses ennemis. Aussi
voyons-nous dès le début de Vlliade que beaucoup de héros
devinrent la proie des chiens et des oiseaux {IL, I, 4). Ce traite-
ment, Priam, avant la lutte d’Achille et d’Hector, déclare qu’il le
ferait subir à Achille si cela était en son pouvoir (//., XXII, 42), et il
prévoit pour lui-même une destinée aussi cruelle(XXII, 66 etsuiv.).
Hans V Odyssée, on laisse aux amis des prétendants le soin d’en-
lever leurs cadavres (XXH, 448 ; XXIV, 4i7). Achille, il est vrai,
ensevelit Èétion, roi de la Thèbes d’Asie, avec ses armes, en
accomplissant les cérémonies habituelles. (( Une crainte religieuse
l’empêcha d’enlever ses dépouilles» {IL, VI, 417); et sa conduite
n’a rien qui doive nous surprendre. En effet Èétion, roi des Kilikès,
n’était pas un ennemi, car le nom des Kilikès n’est pas mentionné
dans le catalogue des alliés de Troie. On voit donc que la coutume
n’était pas toujours strictement observée, et il a pu se présenter tel
cas exceptionnel où l’on aura choisi une sorte de traitement inter-
médiaire entre les deux extrêmes, qui consistent, d’une part, l\
accorder au mort tous les honneurs de la sépulture, de l’autre,
à rahandonner aux chiens.
5. Quant à l’habitude de recouvrir de masques d’or les visages
des morts, j’espère que les découvertes de Mycènes jetteront un jour
PRÉFACE.
33
complet sur cet usage rare et curieux. Pour le moment, je me
borne aux observations suivantes :
P Puisque le D" Schliemann a découvert jusqu’à sept masques
d’or à Mycènes, l’usage des masques dans ces sépultures n’était
pas limité aux personnes de sang royal ; car il est impossible de
prouver que ces tombeaux en contiennent un si grand nombre.
^2^ Je ne sache pas que nous ayons pour le moment aucune
preuve que l’usage de masques semblables pour les morts ait été,
je ne dis pas général, mais simplement connu en Grèce. La litté-
rature grecque, dans les œuvres d’Homère et dans celles des
écrivains postérieurs, est pleine de renseignements sur les rites
funéraires ; néanmoins, pendant une période de plus de douze
cents ans, nous ne trouvons pas une seule allusion à la coutume
de mettre des masques aux morts. Il y a un passage sur les masques
dans les œuvres de Lucien, qui, comme on le sait, tlorissait dans
la seconde moitié du deuxième siècle ; mais on semble s’accorder
à penser que ce passage n’a aucun rapport avec les masques de
cette espèce. Nous pourrions donc être amenés à formuler la
conjecture suivante : partout où cet usage a pu être constalé,
c’était un reste de coutumes étrangères, un souvenir d’immi-
gration.
On a trouvé des masques dans les tombeaux, non pas en
Grèce, mais en Crimée, en Campanie, en Mésopotamie. Le dernier
renseignement, je crois, que nous ayons sur cette question se
trouve dans un compte rendu du D" Schliemann, daté d’Athènes,
et où il nous parle (p. 45) d’un masque d’or trouvé sur la côte de
Phénicie, juste en face de l’ile d’Arados; ce masque est si petit,
qu’il n’a pu s’appliquer que sur la figure d’un enfant nouveau-né.
Il est bon de se souvenir que la Grèce héroïque porte des traces
nombreuses de ce que je me permettrai d’appeler le pliénicia-
nisnie; beaucoup d’usages phéniciens devinrent ceux du pays et
contribuèrent à former comme la base de la vie hellénique. Il n’est
pas improbable que l’usage des masques de métal ait été une simple
appropriation pliénicienne de l’habitude égyptienne de reproduire
sur l’envelopjie de la momie les traits du mort ; et, encore une fois.
myckxes.
34
PRÉFACE.
nous ne devons jamais perdre de vue que Mycènes avait reçu de
fréquentes immigrations étrangères.
4"" Dans le cas qui nous occupe, ce ne sont pas seulement les
masques qui doivent solliciter notre attention, mais encore le
plastron d’or, qui évidemment n’avait jamais été destiné à servir
à la guerre. Enfin nous avons à tenir compte des autres feuilles ou
plaques d’or destinées à parer certaines autres parties du corps,
soit qu’on les ait trouvées sur ces parties, soit qu’on les ait
recueillies ailleurs.
6. Enfin, à propos du dépôt d’objets si caractéristiques pour l’ar-
chéologue et d’une si grande valeur intrinsèque, je me bornerai à
faire observer combien ce dépôt est considérable. Il est, j’imagine,
de nature à donner à ces objets, et surtout à ceux du premier tom-
beau, un rang exceptionnel parmi les dépôts funéraires de l’anti-
quité. J’apprends que le poids de l’or s’élève à 100 livres environ,
ce qui est presque le poids de cinq mille souverains anglais. On se
figure difficilement qu’il ait été d’usage de faire des dépôts aussi
considérables, même dans le tombeau d’un roi; aussi, sur ce point,
je suis forcé, pour ma part, de rejeter décidément et absolument
l’hypothèse en vertu de laquelle cette grande sépulture, dans l’état
où l’a trouvée le D‘’ Schliemann, serait celle d’Agamemnon et de
sa suite, telle que l’auraient fait établir Égisthe et Clytemnestre,
leurs meurtriers.
Jusqu’ici je me suis borné, presque sans discuter, à établir
nettement les faits. Je veux maintenant réunir en un faisceau
les fils épars du sujet et aborder la question capitale: Oui ou
non, ces débris, à moitié mutilés, à moitié brûlés, sont-ils les ceii-
dres d’Agamemnon et de ses compagnons ? Véritablement, c’est
le cas de dire a l’investigateur, au propre comme au figuré,
Incedis per ignés
Sujtposilos ciiieri doloso C
Relisons avec soin le passage du onzième livre de VOdyssée
1. Hoi-., üiL, 11, I, 8.
PRÉFACE.
35
(405-434), où l’ombre crAgamemnon raconte comment ce prince
a été mis à mort. Il est impossible d’imaginer une peinture plus
sombre. On y voit à la fois tous les raffinements de la cruauté et tous
ceux de la perfidie : à la table hospitalière, parmi les coupes écu-
mantes, Agamemnon fut tué comme un bœuf devant sa crèche, et
ses compagnons furent assassinés comme les pourceaux que l’on
égorge pour le banquet d’un homme riche; ce sont des morts plus
tragiques qu’il n’en avait jamais vu dans les combats singuliers ou
dans le choc des armées. La mort la plus lamentable de toutes est
celle de Kassandra, que la cruelle Glytemnestre acheva de sa propre
main, pendant qu’elle s’attachait à Agamemnon ; Glytemnestre ne
rendit même pas à son mari le dernier devoir que lui imposaient
la pitié et la compassion ; elle ne lui ferma ni les yeux ni la bouche
quand il fut mort.
Voici un détail assez singulier. Le D" Schliemann m’affirme que
l’œil droit, le seul que l’on pût clairement distinguer, n’était
pas complètement fermé (voy. fig. 454), et que les dents de la
mâchoire supérieure ne touchaient pas complètement celles de
la mâchoire inférieure (ihid.). Gette dernière circonstance, selon
lui, peut tenir au poids de la masse qui a pesé sur le cadavre.
Mais, si c’était le poids qui eût fait ouvrir les mâchoires, ne
seraient-elles pas alors plus largement ouvertes ?
Maintenant, comme nous savons qu’Egisthe régna jusqu’à
l’époque où Oreste atteignit l’âge viril, nous pouvons présumer
que le massacre fut de tous points un triomphe pour les meurtriers.
Gependant on ne peut guère admettre qu’il n’y eût pas dans le
peuple un parti favorable au roi qui revenait après avoir couvert
sa patrie d’une gloire sans égale. On pourrait donc trouver dans
les circonstances un certain antagonisme, une raison suffisante
pour un compromis, ce qui pourrait contribuer singulièrement à
expliquer le désaccord des tendances que nous trouvons dans
les inhumations.
Gette division de sentiments existait parmi les citoyens dans le
seul cas où, à notre connaissance, le retour d’un prince qui reve-
nait de Troie fut le signal d’une crise ou conflit, je veux parler de
36
JMIÉFACE.
ce qui se passa à Ithaque. Les assassins accomplirent leur crime
dans des circonstances telles, que, pour être jusqu’au bout d’accord
avec eux-mêmes, ils auraient dû jeter à la voirie, comme des
cadavres d’ennemis, les corps de leurs victimes. Mais la prudence
peut le leur avoir interdit. Dans le Jules César de. Shakespeare,
Brutus dit (III, i) : « Nous sommes contents que César soit inhumé
avec les rites consacrés et les cérémonies légitimes. Nous y pouvons
plutôt gagner que perdre. »
Égisthe n’était pas un Brutus. Aussi bien les moindres incidents
du meurtre témoignent-ils d’une sorte de fureur. Mais il peut se faire
qu’après coup on ait désiré sauver les apparences, en accordant aux
victimes un semblant d’inhumation décente. Si nous admettons
l’idée d’un double procédé, notre hypothèse sera corroborée par une
circonstance toute spéciale, c’est qu’il est facile ici de trouver
les auteurs des deux manières de procéder : en premier lieu, les
meurtriers, contraints par la nécessité et par la prudence à maî-
triser leur haine ; en second lieu, Oreste, qui, à son retour, était
poussé par des motifs de piété filiale et de vengeance.
Nous sommes maintenant dans le chemin non pas de l’histoire,
mais d’une conjecture raisonnable. Je cherche à expliquer une
inhumation qui, selon les présomptions les plus raisonnables,
appartient à l’époque héroïque et concerne des personnages
royaux et célèbres, mais une inhumation qui présente des carac-
tères contradictoires d’honneur et d’infamie. L’absence d’une autre
hypothèse plausible n’est pas une raison suffisante pour déterminer
une adhésion précipitée à riiypothèse que nous pouvons appeler
(( Agamemnonienne ».
Toute conjecture, pour être admissible, doit ne pas se démentir
elle-même ; elle doit concourir, sur les points principaux, avec les
faits connus et n’offrir aucun trait qui soit en contradiction flagrante
avec eux. C’est en conformité avec ces exigences que je présente
l’hypothèse d’un double procédé suivi par des auteurs différents,
et je fais observer qu’il n’y a rien de déraisonnable dans la chaîne
de suppositions qui suit, à propos du premier tombeau, tandis que
le même argument peut probablement s’appliquer h tous les autres.
PRÉFACE.
37
Les assassins usurpateurs, par déférence pour l’opinion publique,
auraient accordé à leurs victimes l’honneur d’être ensevelies dans
l’Agora ; ils auraient fait tailler dans le roc une fosse large et pro-
fonde, et auraient bâti tout autour le mur intérieur. En fait d’hon-
neurs, ils s’en seraient tenus à la préparation de la fosse ; le reste,
qui échappait aux regards du public, aurait été abandonné à la ran-
cune et accompli avec précipitation. En conséquence, les corps
auraient été déposés probablement de la façon étrange et indécente
que l’on a constatée en ouvrant le tombeau. Protégés par les
parois de rocher et par la profondeur du tombeau, ou par d’autres
causes physiques, les corps ne se seraient décomposés que lente-
ment. Oreste, à son retour, n’aurait pas manqué d’être instruit de
ces circonstances et, pour accomplir la mission qu’il avait reçue
des dieux, il aurait décidé de faire réparation aux morts. Il aurait
fait ouvrir les tombeaux et disposer des bûchers pour la crémation
des corps.
A cause de la profondeur des fosses, la crémation aurait été
incomplète, faute d’une ventilation suffisante; rappelons-nous en
effet que, quand il s’agit de brûler le corps de Patroklos, les vents
personnifiés sont particulièrement priés de favoriser l’opération
(IL, XXIII, 192-218). Quand je dis que la crémation fut imparfaite,
j’entends que l’opération s’arrêta avant que les os fussent brûlés,
aussi demeurèrent-ils en place. Les masques, les plastrons et les
autres feuilles d’or auraient probablement servi à deux fins :
d’abord, peut-être, les avait-on employés pour se conformer à la
coutume; ensuite, tous les autres ornements, à l’exception des
masques, comme moyens de rendre aux cadavres la bienséance et
la majesté delà nature et pour en déguiser l’altération. Les armes
et les objets précieux déposés â profusion auraient été une marque
de piété filiale. Le même sentiment aurait présidé à l’œuvre de
réparation tout entière, même au soin que l’on mit à sculpter
les quatre stèles (on en a trouvé d’autres (fig. 143 à I5th,mais sans
sculptures) ; on aurait cherché, en érigeant ces stèles, à désigner
à l’admiration et au respect le lieu oû reposaient les morts et à le
mettre à l’abri d’une rapacité sacrilège.
38
PRÉFACE.
Voilà sans doute une solution bien complexe ; du moins a-t-elle
le mérite d’expliquer des faits complexes et de reposer sur ces faits
mêmes. Si je l’offre, pour contribuera faire la lumière dans une
enquête très-intéressante, je n’ai nullement la prétention de la
soutenir contre toute autre solution qui semblerait avoir plus de
titres à remplir la place vacante.
AV.-E. Gladstone.
r
Hawardeii, novembre 1877.
Depuis que cette Préface a été mise sous presse, le D‘’ Schlie-
mann m’a donné communication d’une lettre qu’il a reçue de
M. Léonidas Deligeorges, frère de M. Épaminondas Deligeorges,
ancien premier ministre de Grèce. Dans cette lettre, M. Deligeorges
informe le docteur qu’il a passé, l’année dernière, deux mois dans
l’île de Kytbnos, une des Gyclades, et que les femmes du pays y
portent, de nos jours, des masques et des gants pour préserver la
blancheur de leur visage et de leurs mains des atteintes du soleil.
Masques et gants sont d’une grosse étoffe; les masques se com-
posent de deux parties : une partie supérieure, avec des trous
pour les yeux, qui couvre le haut du visage jusqu’au nez; cette
partie rappelle la visière de la grande femme qui est debout à la
droite du spectateur sur la bague à cachet de la figure 530 ; l’autre
partie du masque protège le bas du visage et le cou.
W.-E. G.
DESCRIPTION FAITE PAR LE DOCTEUR SCHLIEMANN
d’un tombeau découvert a spata, en attique
Athènes, U'' octobre 1877.
Depuis plusieurs mois, des voyageurs ont souvent répété dans les
journaux qu’il y a une grande ressemblance entre les antiquités de
Mycènes et celles que l’on a découvertes récemment dans un tom-
beau h Spata, en Attique. Après avoir visité ce tombeau avec mon
honorable ami le professeur Castorches, de l’université d’Athènes,
et avec son intelligente fille Hélène, après avoir examiné avec soin
les objets qu’on y a découverts, je crois agir dans l’intérêt de la
science en présentant les observations suivantes. Le village de
Spata, exclusivement habité par des Albanais, est situé à l’est
d’Athènes, sur l’autre versant du mont Hymette, à environ 9 milles
de la capitale, sur la route de Marathon. Près de ce village, il y a
un monticule dont le sommet circulaire a été évidemment nivelé
de main d’homme ; il est recouvert d’une couche de décombres
d’environ 3 pieds (O"", 90) ; on trouve çà et là, dans ces décombres,
des fragments de vases archaïques, où sont peintes des bandes
horizontales parallèles. Les gens du village affirment qu’il n’y a
pas encore bien longtemps le sommet du monticule était entouré de
murs en ruines, débris d’une forteresse; mais ces ruines, aujour-
d’hui, ont absolument disparu, parce qu’on en a pris les pierres
pour bâtir le nouveau village. Quel était le nom de l’établissement
qui existait en cet endroit dans l’antiquité? On n’en sait absolu-
ment rien. Le colonel Leake ‘ regarde le nom actuel, Spata, comme
1. Les Dèmes (Je l’ Attique, p. 125.
40
LA TOMBE DE SP A TA.
line corruption du nom de rancien dèmos de Sphettos (I(p7ÎTTog
ou icprjrzog), meutioiiiié par Aristophane \ Strabon Pausanias%
Étienne de Byzance ^ et autres auteurs.
Sur le côté S.-O. de ce monticule, dont la pente forme un angle
de 52 degrés, il s’est produit sur un point, l’hiver dernier, un ébou-
lement ; dans le creux qui en est résulté, on a découvert un tom-
beau taillé dans le rocher de grès. La Société archéologique a fait
explorer le terrain, et l’on a constaté qu’un chemin en pente de
74 pieds (22"h20) de long, taillé dans le roc, donnait accès au tom-
beau. Ce chemin a 8 pieds J (2“, 48) de large jusqu’à l’entrée du
tombeau ; l’entrée a 10 pieds (3 mètres) de long sur 3 pieds| (1™,05)
de large. Cette sépulture se compose de trois chambres quadran-
gulaires, reliées entre elles par deux passages qui ont 6 pieds ^
(i”h95) de long sur 3 pieds | (1 mètre) de large ; les plafonds de ces
chambres, taillés dans le roc, affectent la forme de toits à double
pente. L’architecte primitif avait évidemment l’intention de don-
ner à chacune de ces trois chambres la forme exacte d’une maison ;
en effet, les deux pentes du plafond, au lieu de se terminer au mur
vertical, plongent au delà dans le roc et y forment un enfoncement
à angle aigu qui présente la figure d’un larmier en creux ; l’ouver-
ture de l’angle est de 8 pouces (0™,20) au-dessus du mur vertical.
La première chambre a 16 pieds I (4™, 95) de haut, 15 pieds (4™, 50)
de large et 20 pieds (6 mètres) de long; les deux autres ont
12 pieds i (3'", 75) de haut, 12 pieds (3™, 60) de long et 11 pieds |
(3'", 45) de large. Il n’y a pas trace de portes en bois, excepté dans
le passage qui mène de la première chambre à la seconde. Vue de
l’extrémité du dromos, cette tombe nous rappelle les sépultui^s
égyptiennes
Dans chacune des trois chambres on a trouvé un squelette
humain avec une grande quantité de cendres et de charbon, ce qui
semble prouver que chacun des corps a été brûlé sur son bûcher à
1. Plutus, 720.
2. IX, p. 397.
3. II, XXX, 8.
4. Page 627.
T). Si parva Uc.el componere magnis.
1>A TOMBE DE SPATA.
41
reiidroit même où on l’a trouvé, mais si superficiellement, que les
os se sont conservés. Ces corps brûlés imparfaitement, et brûlés
dans le tombeau même, rappellent aussitôt le mode d’inhumation
qui a été employé dans les cinq tombes royales de Mycènes. Mais, à
Spata, les os sont tombés en poussière au contact de l’air. Ce tom-
beau évidemment avait été déjà pillé dans l’antiquité, car on n’a
retrouvé que fort peu d’objets avec les corps; la plupart même de
ces objets étaient dispersés au milieu des décombres, soit dans le
passage d’entrée, soit devant l’entrée. C’étaient des objets en os ou
en ivoire, en verre, en bronze, en pierre et en terre cuite. Comme
on n’a recueilli que quelques fleurs formées de feuilles d’or très-
minces, dont le poids total ne doit pas dépasser un huitième de
livre, il est évident que les pilleurs de tombeaux n’en voulaient
qu’aux ornements d’or et qu’ils ont jeté tout le reste.
Les quelques vases de terre cuite trouvés à Spata sont tous faits
au tour. Dans le nombre, il y en a un qui ressemble tout à fait au
vase que représente la figure 25; il est décoré de bandes circu-
laires rouges et noires, il a la forme d’un globe et repose sur un
pied plat; la partie supérieure se termine par un cou très-étroit et
très-élégant. Ce cou n’est pas percé, et deux anses d’une belle
forme, l’une à droite et l’autre à gauche, le relient au corps du
vase. L’orifice véritable du vase, qui est en forme d’entonnoir, se
trouve tout près du cou non percé. On a trouvé aussi la partie
supérieure d’un second vase semblable au premier. Je rappelle au
lecteur que quarante-trois vases exactement de la même forme oiû
été trouvés dans un tombeau à lalysos (lie de Rhodes) et sont
maintenant au Musée Britannique; que quelquefois, mais rare-
ment, on en rencontre de pareils en Attique et qu’on en a trouvé
quelques spécimens dans les tombeaux égyptiens et à Chypre.
Un autre vase, trouvé dans le tombeau de Spata, est décoré de
spirales noires.
Je mentionnerai aussi parmi les objets découverts à Spata une
grande quantité de petits ornements qui sont composés, comme
l’a prouvé l’analyse du professeur Landerer, d’une pâte de verre
mélangée de beaucoup de protoxyde de plomb; or, eetfe dernière
42
LA TOMBE DE SPATA.
substance ayant la propriété de briser les rayons de la lumière, les
ornements ont un éclat argenté et miroitant. Landerer fait obser-
ver que c’est du verre de soude (en allemand Natnm-Glas), et que
cette substance a la propriété de se diviser en petites feuilles ou
éclats. Circonstance très-digne de remarque : fous ces ornements
de verre ont été évidemment moulés ; beaucoup d’entre eux
ressemblent plus ou moins aux types que nous voyons gravés dans
les moules mycéniens (fig. 162 et 163). Au revers de la plupart
de ces objets, il y a un, deux ou trois petits trous, ou des anneaux
tubulaires, pour les fixer sur d’autres objets, probablement sur
des vêtements.
Un objet qui revient fréquemment à Spata est celui que nous
retrouvons dans le dessin gravé au bas de la figure 162. On ren-
contre enfin de petits cônes d’un verre très-altéré ; ils se rapprochent
considérablement du type que nous voyons sur le côté de la
figure 163, dans la rangée supérieure, à la droite du spectateur;
ils ressemblent aussi beaucoup au petit cône de la figure 164, dont
un grand nombre d’exemplaires ont été recueillis à Mycènes ; la
seule différence consiste en ce que, sur les cônes de Spata, c’est
une ligne spirale qui est imprimée, tandis que ce sont des cercles
concentriques sur les cônes de Mycènes. Cependant il est à remar-
quer que le moule de la figure 163 offre l’empreinte d’un cône de
cette nature avec une ligne spirale. Mais, d’un autre côté, la diffé-
rence est grande entre les substances qui entrent dans la composi-
tion de ces cônes ; tandis qu’à Spata les petits ornements sont en
verre, les cônes et les autres objets de Mycènes (voy. fig. 164, 165,
166 et 167) sont d’une argile très-cuite et enduite d’un vernis de
plomb ; on n’a pas trouvé trace de verre à Mycènes, sauf quelques
petites perles de verre, le petit objet représenté figure 177 et les
tubes presque microscopiques de verre de cobalt décrits dans les
pages suivantes. Gomme, d’un autre côté, on a recueilli une
grande quantité de petits ornements en argile très-cuite, enduits
d’un vernis de plomb, nous pouvons être sûrs qu’à Mycènes la
fabrication du verre était dans l’enfance; que jusqu’à la prise de
la ville (468 av. J. -G.) elle n’y fit aucun progrès, et que tous les
LA TOMBE DE SPATA.
43
types gravés dans les moules de Mycènes servaient uniquement
à mouler des ornements semblables en argile cuite, enduits d’un
vernis de plomb.
Mais on rencontre aussi dans la tombe de Spata des objets en
verre de cobalt bleu, dont quelques-uns ont la même forme que
l’objet de pierre représenté par la figure 172.
La présence de tous ces objets de verre nous mène à la con-
clusion que le tombeau de Spata est de beaucoup postérieur aux
tombes royales d€ Mycènes. Nous en trouvons une preuve encore
bien plus frappante dans les objets sculptés découverts dans le
tombeau de Spata ; on pense généralement qu’ils sont en ivoire,
mais les recherches du professeur Landerer démontrent qu’ils sont
en os ordinaire. Tous ces objets semblent appartenir à une période
relativement récente de l’art assyrien. Le plus remarquable de ces
objets est peut-être une tête d’homme sans barbe, coiffée d’une
mitre assyrienne très-élevée ; la partie inférieure de cette mitre est
décorée d’un diadème qui en fait le tour ; la partie supérieure est
divisée par trois doubles bandes en quatre compartiments. Gomme
il est d’usage dans les coiffures assyriennes, la chevelure pend sur
la nuque en trois tresses qui se recouvrent Tune l’autre. Je citerai
aussi un peigne de 5 pouces (0'“, 14 1) de long et de 3 pouces ^
(0"',08 ~) de large ; la partie supérieure est divisée par des bandes
étroites en deux compartiments ; le compartiment supérieur con-
tient au milieu une üeur accostée de deux sphinx femelles; le
compartiment inférieur contient trois sphinx femelles. Il y a aussi
deux plaques en os portant des sphinx femelles. Tous ces sphinx
ont les ailes longues et larges et d’un excellent style d’art assyrien.
Si on les compare aux sphinx d’or des tombeaux de Mycènes
(voyez un de ces sphinx à la figure 277), on verra que ces derniers
sont d’un style tout à fait archaïque et dénotent un art très-primitif.
Parmi les objets sculptés recueillis à Sjiata, il y en a un qui
mérite une attention particulière : c’est une plaque d’os où fou
voit un lion dévorant un bœuf; le corps tout entier du lion semlile
planer en l’air et ses jambes de derrière étendues dans toute leur
longueur nous rappellent très-nettement les lions représentés sur les
U
LA TOMBE i)E SPATA.
coupes et sur les plaques d’or de Mycèues. D’un autre côté, la tête
du lion et le bœuf qu’il dévore rappellent très-certainement le style
de l’art assyrien.
Je n’ai trouvé à Mycènes aucun objet semblable soit en ivoire,
soit en os.
On remarquera encore parmi les objets provenant du tombeau
de Spata un disque en os de 4 pouces ^ (0'", DU) de diamètre ;
avec une bordure formée par deux lignes doubles ; tout l’espace
intérieur présente l’apparence d’un réseau dont les mailles seraient
de petits triangles formés par de triples lignes ondulées.
Selon l’opinion formelle du professeur Landerer, ces grandes
plaques d’os et les disques prouvent jusqu’à l’évidence que l’art
d’amollir les os dans l’eau et de les mettre ensuite en presse, pour
obtenir de larges ^^surfaces, était connu en Attique dans une anti-
quité reculée.
Remarquons encore, parmi les objets trouvés à Spata, les petits
disques de pierre qui ont un petit tube au centre d’une des faces
et ont peut-être servi d’ornement pour les portes des maisons. Ils
ressemblent beaucoup aux objets que j’ai découverts à Mycènes’;
d’ailleurs, on en a trouvé de pareils dans le tombeau d’Ialysos,
qui sont visibles au Musée Britannique.
On a trouvé à Spata différents modèles de pointes de flèche
en bronze, tandis qu’il n’y en avait pas trace dans les tombeaux
de Mycènes. Au contraire, dans un de ces derniers tombeaux, j’ai
recueilli les trente-cinq pointes de flèche en obsidienne repré-
sentées figure 435, et des pointes de flèche de la même pierre
dans les décombres qui recouvraient les tombeaux; c’est seule-
ment dans les couches supérieures des décombres, à Mycènes, que
j’ai trouvé quelques pointes de flèche en bronze.
Il faut citer encore le fragment d’un vase de granit noir recueilli
à Spata ; ce fragment est percé de deux trous qui servaient pour
suspendre le vase ; on a rencontré des vases semblables à Mycènes.
Tout près de ce tombeau, on en a découvert un second, composé
1. Voyez la figure 126, dans la rangée supérieure, à «Iroite et à gauche.
J. A TOiMlŒ UE SPATA.
45
d’ulie seule chambre ; on y accède par un dromos ({m n’a que la
moitié de la longueur de celui du grand tombeau. Dans ce petit
tombeau on a trouvé le squelette d’un homme qui avait été brûlé
sur un bûcher, évidemment à l’endroit même oû il reposait. On y
a trouvé aussi le squelette d’un cerf, mais pas autre chose.
Selon toute probabilité, le colonel Leake a raison de voir dans
Spata l’ancien dème de Sphettos {^(^rixxoç, ou iffixxôq). Or, selon
Plutarque ‘, les cinquante Pallantides, fds de Pallas, le frère
d’Égée, partirent de Sphettos pour marcher contre Athènes; d’un
antre côté, le colonel Leake, s’autorisant d’une inscription publiée
par Finlay, place le dème de Pallenæ, habité par les Pallantides,
sur un éperon du mont Hymette, qui ferme la route de Probalinthos
et de Marathon, par conséquent dans le voisinage immédiat de
Sphettos; toutes ces raisons ont fait supposer que les tombeaux
de Spata pourraient être ceux des Pallantides mis à moid par
Thésée. Mais cette opinion est contredite par les objets mêmes que
l’on a découverts; en les étudiant avec soin, il nous est impossible
de faire remonter le grand tombeau plus haut que le huitième
siècle avant J. -G., tandis que les rois d’Athènes appartiennent
à une antiquité très-reculée et doivent être contemporains des
rois de Mycènes.
La question des masques dans l’antiquité est si importante pour
l’archéologie, que je ne puis terminer sans dire que mon honorable
ami le professeur A. Rhousopoulos, de l’université d’Athènes, me
rai)pelle un tout petit masque d’or, trouvé au printemps dernier
dans un tombeau, sur la côte de Phénicie, juste en face de l’ile
d’Arados. Il avait été acheté dans le pays par un mairhand d’anti-
({uités, qui le porta d’abord à Athènes; il me l’a montré de|)uis
à Boulogne-sur-Mer, en se rendant à Londres, oû il avait rintention
de le vendre. Il est fait d’une mince plaque d’or, et si petit, qu’on ne
pourrait l’appliquer que sur le visage d’un nouveau-né. Il représente
une figure humaine qui a les yeux clos; il est travaillé au repoussé,
mais d’une façon grossière.
1. Thésée, 13.
LA CHUTE DE MYCÈNES
RACONTÉE PAR DIODORE DE SICILE ^
Je donne ici une traduction littérale du récit de Diodore de
Sicile (XI, 65) touchant la fin tragique de Mycènes.
(( La soixante-dix-huitième Olympiade (468 avant J.-C.) éclata
entre les Argiens et les Mycéniens une guerre dont voici la cause.
Les Mycéniens, fiers de l’ancienne gloire de leur patrie, refusaient
de se soumettre aux iVrgiens comme les autres cités de l’Argolide ;
ils se gouvernaient par leurs propres lois sans dépendre en rien
des Argiens. Ils avaient avec eux des disputes sur le service du culte
de la déesse Hèra et prétendaient aussi revendiquer pour eux la
direction et radministration des jeux Néméens. Déplus, ils étaient
en dissentiment avec eux, parce que, quand les Argiens décrétèrent
de ne pas envoyer de secours aux Lacédémoniens campés aux
Thermopyles, à moins de partager le commandement, les Mycé-
niens, seuls de tous les habitants de l’Argolide, avaient envoyé des
troupes aux Lacédémoniens. En outre, les Argiens craignaient
d’une manière générale de voir leurs rivaux devenir un jour trop
puissants et leur disputer l’hégémonie, en faisant valoir la grandeur
passée de leur cité. Voilà ce qui poussa les Argiens à commencer
les hostilités ; aussi depuis longtemps cherchaient-ils une occasion
de prendre et de raser Mycènes; ils crurent que le moment était
enfin arrivé; en effet les Lacédémoniens, à la suite de leurs
malheurs, étaient hors d’état de secourir la ville. Ils rassemblèrent
donc une armée considérable, composée d’ Argiens et d’alliés, et
la conduisirent contre Mycènes. Les Mycéniens furent battus,
contraints de se réfugier derrière leurs remparts, et assiégés.
LA CHUTE DE MYCÈNES.
47
Pendant quelque temps, les Mycéniens se défendirent avec énergie;
mais à la longue, affaiblie par ses défaites précédentes, ne pouvant
compter sur les Lacédémoniens, qui avaient à faire la guerre pour
leur propre compte, éprouvée par plusieurs tremblements de
terre et n’ayant pas d’autres alliés, Mycènes fut prise d’assaut,
faute d’avoir été secourue du dehors. Les Mycéniens furent réduits
en esclavage par les Argiens ; la dîme du butin fut consacrée au
service du culte religieux, et la ville fut rasée. Ainsi périt à jamais
une ville qui avait été autrefois riche et puissante, qui avait
produit quantité d’hommes illustres et accompli tant de glorieux
exploits. Depuis lors elle est demeurée déserte jusqu’à notre
époque )) (c’est-à-dire jusqu’à l’époque d’Auguste).
Fig. 1. — Carte de l'Argolidc.
CHAPITRE PREMIER
FOUILLES A T I U V N T II E
Position de Tiryiithe. — Description de Pausanias. — Murs cyclopéciis ; ce que siguiiie celle
épithète. — La carrière. — Le rocher de Tiryntlie et le mur qui l’entoure. — Galeries, porte
et tour. — Murs et terrasses de l’acropole. — Traditions mythologiques et histoire de
Tirynlhe. — Tiryntlie détruite par les Argiens. — Rôle que joue dans son histoire le mythe
d’Hercule. — Marécages de la plaine d’Argos. — Les murs de Tiryntlie sont le plus ancien
monument de la Grèce. — Poterie, preuve d’antiquité. Commencement des fouilles. — Murs
de maisons et conduites d’eau de construction - cyclopéenne. — Objets découverts. — Vaches
de terre cuite, et idoles féminines à cornes de vache ; ce sont des représentations de la
déesse Hèra BoüPIS. — Idole à tête d’oiseau. — Figure de bronze; c’est le seul objet qui
soit d’un métal autre que le plomb, à Tiryntlie. — On n'y trouve aucun ustensile de pierre.
— ■ Poterie. — Débris helléniques en dehors de la citadelle, qui était la cité lu’imitive.
— Preuves que la ville a été habitée à différentes époques. — La dernière cité de Tiryntlie.
— La poterie archaïque de Tiryntlie ressemble à celle de Mycènes. — Comme formes et comme
décoration, elle dénote une civilisation plus avancée qu’on ne s’y attendrait en considérant la
grossièreté des murs. — Poterie plus ancienne sur le sol vierge, mais on n'y trouve ni
i
MVCÈNES.
50
FOUILLES A TIRYNTHE.
vaches ni idoles. — Date probable de l’époque où la seconde nation habita Tii ynthe, envi-
ron 1000 ou 800 avant J.-C. — Date probable de la construction des murs cyclopéens
environ 1800 ou 1600 avant J.-C. — Rien qui ressemble à la poterie des strata d’Hissarlik,
excepté les coupes. — Découverte d’un squelette humain. — Fusaïoles. — Quantité de ter-
rain qu’il faudra remuer à ïirynthe. — Importance supérieure de Mycènes.
Tirynthe, 6 août 1876.
Dans rangle S.-E. de la plaine d’Argos, un groupe de collines
pierreuses se dressent comme des îles au milieu du pays maré-
cageux. C’est sur la plus basse et la plus plate de ces collines, à
8 stades (i mille) seulement du golfe d’Argos, qu’était située l’an-
cienne citadelle de Tirynthe, appelée aujourd’hui Palœocastron* .
Tirynthe était célèbre comme patrie d’Hercule et renommée
h cause de ses gigantesques murailles cyclopéennes. Voici ce qu’en
dit Pausanias- : ce Le mur d’enceinte, seul débris qui reste (de
Tirynthe), fut construit par les Gyclopes. Il se compose de pierres
non taillées ; ces pierres sont si grosses, qu’un attelage de mules
ne suffirait pas pour faire bouger seulement la plus petite d’entre
elles ; on a intercalé de petites pierres entre les grosses pour les
consolider. »
Le plus ordinairement les grosses pierres mesurent 7 pieds
1. Voyez le plan A et la planche 1. 11 est difficile d’expliquer l’étymologie du nom de Tiryn-
the, qui est probablement un mot pélasgique. Il est très-probable qu’à l’origine cette cité
s’appelait Likymna; Strabon (VIII, p. 373) dit qu’il y avait une citadelle de ce nom à douze stades
de Nauplie ; c’est bien la distance qui sépare Tirynthe de Nauplie. Il est vrai qu’il ne dit pas
expressément que c’est à Tirynthe qu’il fait allusion ; c’est cependant très-probable, puisque
Pindare dit (Olymp., VU, 47) ;
xai yàp ’AXxp.rjVaç v.cir^^y'rr^xov voôov axocTCTip Ôevwv,
crxX'/ipaç IXai'aç ’sxxav’ èv Ti-
p'jvOi Aixyp,vtov, eXÔovt’ £x 6aXd[xo)v Mioéx?,
xaeôé Tioxe “/ôov'oç ocxuix^p ^oXwôst;.
(( Jadis, dans sa colère, le fondateur de ce peuple (Tlépolème), armé d’un rameau de noueuk
olivier, fit périr dans Tirynthe Likymnios, frère bâtard d’Alcmène, sorti de la couche de Midée. »
(Trad. Sommer). Apollodore (II, viii, 2) confirme le fait, mais il dit que Likymnios fut tué par
accident : TX-/]7i6X£p.o; oOv, xxeivaç oO*/ Ixwv Atxu[Jt,v'.ov xy) [îiaxxr,pia yàp aoxoO ôepaTreéovxa
7rXr,(7(7ovxo; •julôpap.s. « Tlépolème tua involontairement Likymnios, qui s’était approché de lui
pendant qu’il cliàtiait un esclave à coups de bâton. »
Eustathe (ad toc.) dit que le nom primitif de Tirynthe était Haliis ou Haleis, parce que les
premiers habitants de ce rocher avaient été des pécheurs. Le fait est confirmé par Étienne de
Byzance (v. ïtpuvç). Pausanias (II, xxv, 8) dit que la cité reçut son nom du héros Tiryns, fils
d’Argos.
2. Pausanias (II, xxv, 8) : Tb o-)] X£txoÇ> ô o-i] p-ovov xcov spsiTitwv Xetirexat, KuxXcotiwv p,év laxiv
epyov, TtsTiotrjXac oè aoycov XîOwv, p,éye6oç s'/wv â'xaffxo; Xtôo; (3; àu’ avxtov p,-riS’ av ocpxV^
x'.v/i6r,vat xbv p.txpoxaxov utco î^euyou; riaiovcov XtOia ôà £vr|p[j,oc7xai TiaXai to; p.àXi<7xa aOx&v
âxao-xov âpp.oviav xoîç [JLeyâXo;; XiOot; slvai-
LES MÜUS LVCLOLÉENS.
51
environ (^^'“,10) de long sur d pieds (0“\90) d’épaisseur. J’en ai
eependant mesuré un certain nombre qui ont 10 pieds (3 mètres)
de long sur 4 pieds (i“,20) d’épaisseur. A en juger par la quantité
des pierres qui sont tombées, il est probable que les murs, quand
ils étaient dans leur entier, ne devaient pas avoir moins de 60 pieds
(18 mètres) de hauteur. Si l’appareil du mur d’enceinte avait été
composé de pierres taillées, il est certain qu’il aurait disparu depuis
longtemps : on se serait servi des pierres dans les constructions des
villes voisines, Nauplie et Argos. Ce qui a sauvé la muraille d’une
entière destruction, c’est justement que les blocs qui la composent
sont énormes ; les populations qui ont eu à construire à des époques
plus récentes ont trouvé plus aisé et plus commode d’extraire les
matériaux dont elles avaient besoin du pied meme des rochers,
que de renverser la muraille et d’en débiter les pierres.
Je dois faire observer ici que l’expression de murs (( cyclopéens ))
repose sur une erreur; son seul fondement est la légende fabu-
leuse qui représente les Gyclopes comme d’excellents architectes.
Selon Strabon (VIII, vi), les Gyclopes, au nombre de sept, vinrent
de la Lycie et élevèrent en Argolide des murs et autres construc-
tions qui reçurent la dénomination de (( murs cyclopéens )). Selon
Apollodore (II, ii, 1) et Pausanias (II, xvi, 4), ce sont eux qui ont
bâti les murs de Tirynthe et de Mycènes. G’est probablement pour
cela que l’Argolide tout entière est appelée (( terre cyclopéenne » h
Il n’y a, bien entendu, aucune raison historique d’appeler (( cyclo-
péens )) ces murs de pierres non taillées, du nom de la race fabu-
leuse des géants nommés Gyclopes. Mais, comme le mot est devenu
d’un usage général, je ne puis me dispenser de l’employer.
Il est bien entendu, d’ailleurs, que l’on ne peut donner le nom de
cyclopéens a tous les murs construits en pierres sans mortier et
sans ciment. Sous cette dénomination ne peuvent être compris que
les suivants : P les murs formés d’énormes blocs non taillés, dont
les interstices sont remplis de pierres plus petites ; 2^' les murs
composés d’énormes pierres polygonales bien ajustées ensemble ;
1. râ xuxXœuia (Euripide, Oreste, 965).
52
FOUILLES A TIRYNTHE.
les murs très-anciens (comme nous les voyons à côté de la porte
aux Lions de Mycènes) composés d’énormes blocs quadrangulaires,
grossièrement taillés, posés par assises horizontales, mais dont les
joints ne sont pas tout à fait droits, de sorte qu’il reste de petits inter-
stices entre les pierres. Les murs de maisons ou de forteresses
construits de pierres quadrangulaires bien taillées et ajustées avec
précision, sans mortier, ne peuvent être appelés (( cyclopéens ».
Par exemple, les grands trésors souterrains de Mycènes et d’Orcho-
mène n’ont aucun titre à cette dénomination, encore qu’ils puissent
remonter à la plus haute antiquité*.
Ou reconnaît facilement, à 1 mille de là, au pied d’un rocher
surmonté d’une chapelle dédiée au prophète Élie, la carrière d’où
ont été tirés les matériaux de ces murailles. Mais cette carrière ne
forme pas un grand creux, comme celles que l’on voit à Syracuse,
à Baalbek ou à Corinthe. A Tirynthe et à Mycènes, les constructeurs
cyclopéens se sont contentés de détacher les blocs à fleur de
rocher.
Le rocher à plate-forme de Tirynthe a 900 pieds (270 mètres)
de long, sur 200 ou 250 pieds (60 ou 75 mètres) de large, et de
30 à 50 pieds (9 à 15 mètres) de hauteur. Il s’étend en droite ligne
du nord au sud ; il est bordé par le mur d’euceinte cyclopéen
dont nous avons parlé. Ce mur a de 25 à 50 pieds (de 7'“,50 à
i5 mètres) d’épaisseur; il est dans un très-bon état de conser-
vation. Seulement il n’est pas plein dans toutes ses parties ;
mais il est traversé par des passages intérieurs ou galeries à voûtes
ogivales; il y en a quatre que l’on distingue facilement. Dans une
de ces galeries, longue de 90 pieds (27 mètres), haute et large de
7 pieds 10 pouces (2‘",35), et qui n’est point obstruée de décombres,
1. Cf. ch. Il, p. 71). 11 faut observer aussi que l’emploi de ces différents modes de construction
ne correspond pas toujours à une suite régulière dans l’ordre des tem|is ni à un progrès continu
dans l’art de bâtir. Des constructeurs très-capables de mettre en œuvre des blocs quadrangulaires
ont souvent employé, pour leur convenance, des fragments de rocher, des pierres telles qu’elles
sortaient de la carrière, sans être dégrossies, et d’autres pierres qui présentaient naturellement
une forme polygonale; on peut citer comme exemples des murs où le plus ancien appareil se
trouve employé par-dessus l’appareil le plus récent. Voyez Les Débris cyclopéens de l'Italie
centrale, de M. E. II. Bunbury, dans le Musée classique, 1845, vol. II, p. 147 et suivantes.
Voyez aussi l’article Mürus, dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines du
l)>- Smith.
LA CITADELLE DE TIIIYNTHE.
53
la paroi extérieure est percée de six enfoncements que l’on peut
comparer soit à des portes, soit à des fenêtres qui descendent
jusqu’au niveau du sol de la galerie. Les voûtes de ces baies sont
ogivales comme celles de la galerie elle-même et construites par
le même procédé, chaque assise de pierres s’avançant en encor-
bellement au-dessus de l’assise inférieure b
Très-probablement ces niches étaient destinées aux archers;
quant aux galeries, elles doivent avoir servi de communications
couvertes avec les arsenaux, les salles de gardes ou les tours. Deux
des trois autres galeries sont dans l’angle S.-E. et suivent une
direction parallèle ; la troisième, qui traverse le mur de l’ouest
semble avoir servi de porte de sortie ; elle était probablement
dissimulée d’une manière ou d’une autreL
Du côté de l’est est la seule porte, qui a 15 pieds (4"", 50) de
large. On y accède par une rampe de 20 pieds (6 mètres) de large,
soutenue par un mur de construction cyclopéenneL A droite, cette
porte est flanquée d’une tour de 43 pieds (12'", 90) de haut et
de 33 pieds (Tl mètres) de large ; c’est peut-être cette tour qui a
valu aux Tirynthiens la réputation d’avoir été les premiers à con-
struire des toursL C’est à cet endroit que les murs sont le mieux
conservés. Ils s’élèvent de beaucoup au-dessus de la plate-forme
de la colline, à l’intérieur de l’acropole ou citadelle.
La citadelle se compose d’une enceinte supérieure, au sud, et
d’une enceinte inférieure, au nord. Ces deux enceintes sont à peu
près d’égale dimension et séparées par une pente abrupte de
14 pieds (4‘",20) de haut, qui était fortifiée d’un mur cyclopéen
de moindres dimensions. Dans ce mur je distingue des pierres
1. Voyez la marge du plan A.
2. DodweW ( Voyage classique et archéologique â travers la Grèce) et Ernst Curthm Péloponnèse)
considèrent cette galerie comme une seconde porte ; je crois que e’est impossible, par la raison
qu’elle débouche directement dans la plaine.
3. W. M. Leake dit (Voyages en Morée, vol. 11, p. 351) que la principale entrée de Tiryntlie
est du côté sud, tout près de l’angle S.-E. 11 a raison, s’il ne parle que de l’état présent des
choses ; en eflét, dans les temps modernes, on a pratiqué dans cet endroit une route eu lacet,
qui conduit au sommet de cette pente escarpée; mais, dans l’antiquité, il n’y avait certainement
ni porte ni entrée d’aucune espèce en cet endroit.
4. Aristote et Théophraste, dans Pline, Ilist. nat., VII, 56. Selon Pline, Aristote fait remonter
l’art de construire des tours aux Cyclopes, et Théopliraste aux Tirynthiens.
54.
FOUILLES A TIRYNTHE.
travaillées, quelques-unes sont même rectangulaires. Cette cir-
constance me porte à croire que ce mur est d’une époque
postérieure aux murs cyclopéens de l’enceinte. L’enceinte supé-
rieure contient un certain nombre de terrasses, soutenues par
des murs cyclopéens.
A travers toute l’antiquité, les Grecs eux-mêmes ont regardé les
murs de Tirynthe comme l’œuvre des démons. Pausanias^ les
regarde comme une œuvre d’architecture aussi étonnante que les
pyramides d’Égypte. Homère exprime toute l’admiration qu’ils lui
inspirent en appliquant à Tirynthe l’épithète de
Selon l’antique tradition, Tirynthe fut fondée (environ 1400
avant J.-C.) par Prœtos, qui en fut le premier roi, et dont le fds
Mégapenthès céda la ville à Persée, le fondateur de Mycènes.
Persée la donna à Électryon. Alcmène, fdle d’Électryon et mère
d’Hercule, épousa Amphitryon qui fut chassé par Sthénélos, roi de
Mycènes et d’Argos. Hercule conquit Tirynthe et habita longtemps
cette ville, ce qui fait qu’on l’appelle souvent le Tirynthien^ Au
retour des Héraclides (80 ans après la guerre de Troie), Mycènes
elle-même, aussi bien que Tirynthe, Hysiæ, Mideïa et plusieurs
autres cités, fut forcée de concourir à l’agrandissement du
pouvoir d’Argos et réduite à la condition de ville dépendante.
Tirynthe, néanmoins, demeura aux mains de sa population
achéenne, et, de concert avec Mycènes, prit part à la bataille de
Platées, où ces deux villes envoyèrent quatre cents combattants L
En souvenir de cet événement, le nom de Tirynthe avec celui des
autres cités grecques qui avaient pris part à la bataille fut gravé
sur la colonne de bronze que les Spartiates consacrèrent, en même
temps que le trépied d’or, à Apollon Pythien de Delphes, comme
dîme du butin. La gloire que Tirynthe venait d’acquérir excita la
jalousie des Argiens, qui n’avaient pas pris part à la guerre
médique, et qui commencèrent à trouver que cette ville était une
voisine dangereuse, surtout quand elle tomba aux mains des
1. Pansa n., IX, xxxvi.
2. Iliade, 11, 559 : 01' 6’ "Apyo? r’ el^ov Ttpuv6a xs Tet^ioeiTcrav.
Pind., OL, XI, 40; Ovid., MéL, VU. 410; Viro., Énéide, Vil, 062.
4. Hérodote, IX, 28.
AciiOIMH.E DK ÏIIIYMIIK.
S'
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F
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r
i
I
HISTOIRE DE TIDYNTHE.
esclaves insurgés d’Argos qui se maintinrent longtemps
derrière ses murailles cyclopéennes et furent pendant tout ce
temps maîtres du pays^ Les insurgés furent enfin forcés de se
soumettre; mais, peu de temps après (01. 78, 1 ; 468 avant J. -G.),
les Argiens détruisirent la cité, démolirent une partie de ses
murailles cyclopéennes et forcèrent les Tirynthiens à émigrer h
Al ’gos^. Mais, d’après Strabon^, ils s’enfuirent à Épidaure. Paii-
sanias^ signale, entre Tirynthe et le golfe, les ce Oakaiioi )> des filles
insensées de Prœtos; on n’en trouve pins trace aujourd’hui ; on ne
peut supposer que ces (c Oakaixoi » aient été des constructions
souterraines, le terrain est trop marécageux pour cela. Théo-
phraste^ parle des Tirynthiens comme d’un peuple si porté à rire,
qu’il était incapable de s’attacher à aucun ouvrage sérieux*^.
Le mythe de la naissance d’Iiercule à Tirynthe et des douze
travaux qu’il accomplit pour Eurysthée, roi de Mycènes, qui était
voisine, peut, je crois, s’expliquer facilement par sa double nature
de héros et de dieu-soleiF. N’est-il pas naturel que la* fable fasse
naître le plus puissant des héros derrière les plus puissantes
murailles du monde, que l’on considérait comme l’œuvre d’une
race de géants surnaturels? Gomme dieu-soleil, il devait néces-
sairement avoir de nombreux sanctuaires dans la plaine d’Argos
et un culte célèbre à Tirynthe. En effet, les plaines marécageuses
qui entourent Tirynthe et qui, même aujourd’hui, sont à peu près
improductives faute d’être desséchées, n’étaient, dans une hante
antiquité, que des marais et des bourhiers profonds. Gomme ces
1. Hérod., VI, 83.
2. Paus., II, XVII, 5 ; VIIl, xxvii, I.
3. VI, p. 373.
4. II, XV, 9.
5. Dans Atliénée, VI, 261.
G. Théophraste ajoute que, voulant se délivrer de leur propension à rire, les Tirynthiens
consultèrent l’oracle de Delphes. Le dieu leur répondit que s’ils pouvaient sacrifier un taureau
à Neptune et le Jeter à la mer sans rire, ils seraient immédiatement guéris de leur maladie.
Craignant d’échouer dans l’accomplissement des prescriptions du dieu, les Tirynthiens décidèrent
qu’aucun enfant ne pourrait assister au sacrifice. Un enfant qui avait entendu parler de cette
défense se mêla à la foule. On se mit à crier après lui pour le renvoyer. « Comment ! s'éeria
l’enfant, craignez-vous que je renverse votre sacrifice? » Cette réponse excita un rire universel,
et les Tirynthiens furent convaincus que le dieu avait voulu leur montrer par expérience que,
quand une mauvaise habitude est aussi invétérée, il n’y a pas de remède.
7. Max Millier, Rssais, 11, 79.
58
FOUIIJÆS A TIRYNTHE,
bourbiers et ces marais s’étendaient jusque dans l’intérieur des
terres, ils engendraient des fièvres pestilentielles ; or ils ne
pouvaient disparaître que graduellement sous l’effort incessant
du travail de l’homme et la bienfaisante influence du soleil.
L’existence de marécages immenses dans la plaine d’Argos nous
est attestée par Aristote lui-même, qui dit‘ : « A l’époque de la
guerre de Troie, le sol d’Argos, qui était marécageux, ne pouvait
nourrir qu’une population restreinte ; au contraire, le sol de
Mycènes était fertile et, par conséquent, très-estimé. C’est aujour-
d’hui le contraire : le sol de Mycènes est devenu trop sec et
demeure sans culture, tandis que le sol d’Argos, autrefois maré-
cageux et par conséquent inculte, est devenu une bonne terre
arable. )) Il paraîtra donc tout naturel que la fable ait attribué à
Hercule dieu-soleil les douze travaux qu’il accomplit au profit
d’Eurysthée, roi de Mycènes et possesseur de toute la plaine
d’Argos ; pendant longtemps, ces douze travaux ont été considérés
uniquement comme le symbole des douze signes du zodiaque, que
semble traverser le soleil dans la révolution annuelle de notre
globe.
Il ne semble pas que la topographie de la plaine qui est au sud
de Tirynthe ait changé depuis l’époque d’Aristote : le rivage, au
nord du golfe, se compose de profonds marécages qui s’étendent,
meme aujourd’hui, à pins d’un mille dans l’intérieur des terres.
Je partage complètement l’opinion généralement admise qui
considère les murs cyclopéens de Tirynthe comme le plus ancien
monument de la Grèce. D’un autre côté, convaincu qu’aucun mur
de cité ou de forteresse ne peut être antérieur aux plus anciennes
poteries du lieu qu’il entoure, j’avais un très-vif désir de contrôler
la chronologie des murs de Tirynthe par des fouilles systématiques.
Je me rendis donc à Tirynthe le 31 juillet dernier, en compagnie
de M”'"' Schliemann et de mes honorables amis, MM. Kastorkhès,
Pbendiklès et Pappadakès, professeurs d’archéologie à l’université
d’Athènes.
I. Aristote, MétéoroJ., l, lA.
COMMENCEMENT DES TDAVAUX A TÏRYNTHE.
59
Arrivé à Tiryiithe, j’engageai cinquante et un travailleurs, et je
fis ouvrir, dans la partie la plus élevée de la citadelle, une longue
tranchée, à la fois large et profonde; de plus, j’y fis percer treize
puits de 6 pieds (r’,80) de diamètre’ . Je fis percer en outre trois
puits dans la partie basse de la forteresse, et quatre autres puits
à une distance de 100 pieds (33 mètres) en dehors des murs. Dans
la partie haute de la citadelle, j’atteignis le roc vif à une profon-
deur qui varie entre 11 pieds I (3“,45) et 16 pieds ’ (4*", 95) ; dans la
Fig. 2. — Vaclie de terre cuite, trouvée à Tiryiithe (à grandeur réelle
partie basse, à une profondeur qui varie entre 5 et 8 pieds (l'",50 et
"2"',40) ; à l’extérieur de la citadelle, je touchai le sol vierge à une
|)rofondeur qui va de 3 à 4 pieds (O"', 90 à 1"‘,20).
Dans sept ou huit puits de la partie haute de la citadell(\ ji^
découvris des murs de maisons cyclopéens bâtis sur le roc vif; dans
trois autres puits, je trouvai des conduites d’eau cyclopéennes d’nn
travail primitif, composées de pierres non travaillées, sans aucun
lien de ciment ou de mortier. O^ioique ces conduites reposent sur
le roc, je ne puis néanmoins me figurer comment l’ean a pu les
suivre sans se perdre à travers les interstices des pierres.
Je ne trouvai pas une seule pierre, soit dans la grande tranchée,
1. Les profondeurs exactes sont indiquées par des nombres proportionnel annexés anx coupes
des fouilles, à la marge du plan A.
60
FOUILLES A TIRYNTHE.
soit dans les douze ou treize autres puits, malgré leur profondeur.
Fig. 7. — (à 3 met.).
Fig. g. — (à 2“, 50).
Fig. 3, 4, 5, 6, 7. — Vaches do terre cuite, trouvées à Tirynthe. Grandeur réelle.
J’en conclus qu’une partie des maisons étaient bâties en briques
IDOLES EN TERRE CUITE.
61
crues, comme le sont encore anjonrcriiui la plupart des villages de
l’Argolide. Vu les énormes masses de cendres de bois, je suppose
qu’il y a en ici aussi beaucoup de maisons en bois, et que même
Fio. 9. — (à 2™, 50). Fig. 11. — (à 1 met.).
Fig. 8, 9, 10, 11. -— Idoles de terre cuite, trouvées à Tiryathe. Grandeur réelle.
les murs de maisons cyclopéens n’étaient que des substruc lions
d’édifices en bois. Toutes mes fouilles à Tyriutbe demeurent, bien
entendu, ouvertes, et les visiteurs sont invités à les inspecter.
Parmi les objets découverts, je dois meulioniiei’ d’abord les
petites vaches de terre cuite, parce qu’elles semblent résoudre un
grand problème et sont, dans tous les cas, d’une importance capi-
tale pour la science. J’en ai recueilli ouzeb Presque toutes sont
I. Voyez les ligures 'i, 3, i, 5, G cl 7,
62
FOUILLES A TlllVNTHE.
couvertes crornements peints de couleur rouge ; une seule a des
ornements noirs.
En meme temps je trouvai neuf idoles féminines ; sept de ces
idoles sont peintes en rouge et deux ont des ornements de couleur
noire ou d’un jaune foncé L La face en est très-comprimée; elles
n’ont pas de bouche et portent un polos sur la tête. La tête de l’idole
de la figure 8 manque. L’idole de la figure 10 a la face moins com-
primée et la tête nue. Les mamelles de toutes ces idoles sont d’un
haut relief; au-dessous et de chaque côté il y a une longue corne
en saillie. L’ensemble de ces deux cornes était peut-être destiné
à représenter le croissant de la lune, ou des cornes de vache, ou
les deux choses à la fois. J’ai trouvé, il y a trois ans, dans les trente-
quatre puits qu€ je fis percer dans l’Acropole de Mycènes, des
vaches et des idoles qui offrent avec celles-ci une frappante ana-
logie. Or Mycènes se trouvait tout près du grand Hèræon et était
renommée pour son culte de Hèra. J’ai déjà suffisamment prouvé
que la vache est la représentation symbolique de Hèra, et que
cette divinité est identiquement la même que la déesse lunaire
pélasgique lo sous forme de vache, que la déesse béotienne Dèmèter
Mykalessia etque la déesse lunaire des Égyptiens, IsisL Mon opinion
est aussi celle d’une haute autorité, riionorable W.-E. Gladstone,
([ui dit dans son célèbre ouvrage intitulé Synchronisme homé-
rique (p. 249) : (( La déesse Isis, la compagne d’Osiris, est
représentée avec une tête de vache sur quelques monuments
égyptiens^. Hérodote établit son identité avec Dèmèter ; mais il y a
bien des rapports entre Dèmèter et Hèrè, et Hèrè semble être dans
Homère la forme hellénique qui avait largement dépouillé Dèmèter
de beaucoup de ses traditions et l’avait réduite à l’état d’insigni-
liaiice où nous la voyons dans les Poèmes. Il est par conséquent
L Voyez les figüi'es 8, 9, 10 et IL
2. Voyez la note A, « Hèra Boüpis, » à la fin du chapitre.
3. On peut ajouter à cette énumération l’Ashtoreth des Syriens et des Phéniciens ;
» Astarté, veine des deux, aux cornes en croissant^
A son image brillante, la nuit, au clair de lune,
Les vierges Phéniciennes offraient Phommage de leurs vœux et de leurs chants. »
(Milton, Paradis perdu, livre I, vers 439441.)
i Voyez Ÿl£(jijple de Bunsen, vol. I, p. 420. (Trad.j
IDOLES DE HEUA.
63
pos^sible que répithète boopis indique une manière de représentei*
Hère, empruntée aux Égyptiens et raffinée par le goût hellénique.
Ki II faut cependant se bien pénétrer de l’idée que la représen-
tation égyptienne de cette divinité consistait à lui donner, non pas
seulement les yeux, mais toute la physionomie et la tête d’un bœuf
ou d’une vache; de plus, que l’épithète homérique ne s’applique
pas seulement à lièrè, mais aussi à Klyménè, une des suivantes
d’Hélène b et à Philomédousa, femme d’Areïthoos On la donne
aussi à Haliè, l’une des nymphes néréides ^ On pourrait, ce semble,
en s’appuyant sur la probabilité a défaut de démonstration posi-
tive, inférer de là que, du temps d’Homère, cette épithète de boopis
avait fini par prendre sa signification postérieure d’une extension
1)1 us générale qui avait supprimé le souvenir de la vache. )>
En conséquence, je n’hésite pas à déclarer que les vaches et
les figures féminines à cornes de vache trouvées à Mycènes et à
Tirynthe doivent être nécessairement des idoles de Hèra , divinité
tutélaire des deux cités.
Tous les objets mentionnés plus haut, soit vaches, soit idoles
féminines à cornes de vache, ont été découverts à une profondeur
qui varie de 3 pieds à 11 pieds ; (de 0'",90 à 3“', 45) au-dessous de la
surface du sol , aucun à une plus grande profondeur.
J’ai trouvé plusieurs idoles de terre cuite d’une forme différente :
l’une d’elles à 8 pieds (^2"f40) au-dessous du sol. Celle-là aussi
semble être du sexe féminin; elle a les deux mains jointes sur la
poitrine, peut-être comme symbole d’abondance. La tête, qui est
nue, ressemble exactement à une tête d’oiseau. Au premier coiq)
d’œil, on est involontairement frappé de la ressemblance de cette
idole avec une des nombreuses figures peintes sur les vases
attiques à dessins géométriques que l’on conserve dans la petite
collection d’antiquités du Ministère de rinstrnction pnbli(|ne, à
Athènes ^ et que l’on a considérés jiisitn’ici comme la pins
1. Iliade, III, 144.
2. Iliade, VII, 10.
0. Iliade, XVIII, 40.
4. Publiée par le D" G, Hirschfeld (Vasi arcaici Ateniesi, o^l ratio dagli Aiiiiali dclT Isli-
liilo di Corr. ArcheoL, 1872. lloma).
64
FOUILLES A TIRYNTHE.
ancienne poterie de la Grèce. Mais j’espère prouver, dans les pages
qui vont suivre, que c’est là une grande erreur et que ces vases
doivent appartenir à une période plus récente.
De l’idole (fig. il) il ne reste que le cou et la tête, qui ressemble
beaucoup à une tête de chouette.
Si l’on en excepte le plomb, le seul objet de métal trouvé à
Tirynthe est une belle ligure d’homme en
bronze, d’un travail archaïque. Elle porte le
bonnet phrygien et semble dans l’attitude de
brandir une lance (fig. 12). Néanmoins, on
ne peut douter que le cuivre ou le bronze,
sinon le 1er, n’aient été d’un usage très-
répandu à Tirynthe, puisque je n’y ai pas
trouvé un seul ustensile de pierre.
De rares tessons du moyen âge jonchent
la surface de la citadelle. Ces débris remon-
tent probablement à l’époque de la domina-
tion franque; cette période semble, en effet,
indiquée par les aires de terre battue et de
chaux d’une villa et de ses dépendances. Ces
tessons, aussi bien que des vases entiers de
même fabrication, se trouvent quelquefois
jusqu’à 3 pieds (0"',90) de profondeur;
mais immédiatement au-dessous viennent
Fig. 12. - l ionne de bronze, des tessoiis arcliaïques, qui d’ordinaire se
Tirynllie (à 3 iiièt.). Grandeur
réelle. reiicoiitrent a quelques pouces au-dessous de
la surface; il est donc évident que rempla-
cement de la citadelle de Tirynthe n’a jamais été habité depuis la
prise de la ville par les Argiens (468 av. J.-C.) jusqu’à l’an 1200
environ après Jésns-Christ.
^lais, dans les quatre puits que j’ai fait creuser en dehors de la
citadelle, je n’ai rien trouvé que des débris helléniques de vaisselle
domestique; à en juger par les tessons, j’incline à faire remonter
cette vaisselle aux deuxième, troisième et quatrième siècles avant
Jésus-Christ. Ce qui me confirme dans cette conjecture, c’est qn’on
POTEIUES ET MONNAIES TROUVÉES A TlRYNTllE.
65
a trouvé, il y a quelques années, au pied de la eitadelle, un véri-
table trésor de petites monnaies tirynthiennes en cuivre, qui sont
évidemment de l’époque macédonienne. Ces médailles, qui sont
d’un très-beau travail, portent d’un côté la tête d’Apollon avec un
diadème, et, de l’autre, un palmier, avec l’exergue TIPÏN2. Ainsi,
il est hors de doute que la plus ancienne cité de Tirynthe était ren-
fermée dans le petit espace compris entre les murs de la citadelle,
et qu’une nouvelle cité, portant le même nom, fut bâtie en dehors
de la citadelle quelque temps après que les Argien§ s’en furent
emparés, probablement au commencement du quatrième siècle
avant Jésus-Christ. Cette cité nouvelle semble s’être étendue prin-
cipalement à l’est et encore plus au nord de la citadelle ; car on y
peut voir un certain nombre de murs de maisons, sur la route de
Mycènes. Comme ou n’y trouve point de poteries d’une époque pos-
térieure, j’en conclus que la nouvelle ville était déjà abandonnée
avant l’époque de la domination romaine en Grèce. Elle paraît
avoir été absolument insignifiante, car aucun auteur ancien n’en
fait mention.
La poterie archaïque de Tirynthe est absolument de la même
fabrication que celle de Mycènes, et elle est décorée de peintures
qui représentent la même ornementation. Ce sont les mêmes tré-
pieds, avec des trous dont le nombre varie de un à cinq à chaque
pied ; les mêmes grands vases , avec des anses percées et des trous
au rebord du fond, où l’on passait une ficelle pour les suspendre ;
les mêmes petits vases, aux formes fantastiques, cruches, pots,
plats et coupes. Tous faits au tour, généralement, sur un fond
rouge clair, ils présentent l’ornementation la plus variée, peinte
d’un rouge vif, et qui semble absolument inaltérable. Les milliers
de tessons dont est jonché le sol de Mycènes n’ont rien perdu de la
fraîcheur de leur coloris, et pourtant ils ont été exposés au soleil
et à la pluie pendant plus de deux mille trois cents ans.
J’ai déterré à Tirynthe une grande quantité de fragments de cou-
pes en terre cuite. Comme celles que j’ai trouvées à Mycènes, elles
sont d’une argile blanche, sans aucune ornementation peinte G
1. Par cxciiiplo, la coupc représentée ligure 83.
MYCKNF.S.
G(>
FOUILLES A TlUYA’TIlE.
mais 011 ne les trouve pas à plus de 8 pieds (^2"’, 40) au-dessous de la
surface. Entre 8 et 10 pieds (2"\40 et 3 mètres) de profondeur, je
n’ai plus trouvé que des coupes verdâtres ou d’un rouge foncé.
Elles ont toutes la forme de nos grands verres à bordeaux.
La beauté de cette poterie dénote un degré de civilisation au-
quel ont pu difficilement atteindre les hommes qui ont construit les
murailles cyclopéennes de la cité. En conséquence, ou bien toute
cette belle poterie a été importée du dehors, ou bien (ce qui semble
plus vraisemblable), elle a été fabriquée par la nation quia succédé
auxconstructeurscyclopéens. On peut attribuer à ces derniers toute
la poterie monoclirome, fabriquée à la main, que j’ai trouvée à
Tirynthe sur le sol vierge ou un peu au-dessus. La couleur de cette
poterie est celle de l’argile meme. Cette argile, dans la plupart des
vases de petite dimension, a été polie à la main, et la surface en
est luisante; presque tous les vases noirs ont été polis aussi bien
â l’intérieur qu’à l’extérieur et sont très-jolis. Toutes les grandes
jarres sont grossièrement faites, comme aussi la plupart des autres
vases de grande dimension. Beaucoup de ces vases ont, de chaque
côté, une poignée très-courte, placée horizontalement et percée
d’un large trou, où l’on passait probablement une ficelle pour les
suspendre. Dans cette couche de terrain, je n’ai pas trouvé d’idoles
sous forme de vache ou de femme. Outre des centaines de frag-
ments de cette poterie fabriquée à la main, j’ai été assez heureux
pour recueillir deux vases entiers (voy. fig. 13 et 14) b
Quant à la chronologie de la poterie de Tirynthe, si la date
approximative de 1400-1200 avant Jésus-Christ, généralement attri-
buée aux vases attiques les plus anciens, était exacte, nous pour-
rions peut-être assigner une date analogue â l’établissement de
la seconde nation dans les murs de Tirynthe ; car on doit rap-
porter à la même période l’idole â tête d’oiseau précédemment
1. Sous chaque dessin, on trouvera un chiffre qui indique, en mètres, avec une scrupuleuse
exactitude, â quelle profoiideur l'objet a été découvert; ainsi, par exemple, 3"’-j signifie 3'", 50
de profondeur ; le mètre aS pieds J’appelle avec insistance l’attention du lecteur sur ce point.
Pour conserver aux nombres toute leur précision, pour épargner au lecteur toute peine et toute
chance de sc tromper en convertissant les mètres en pieds et en pouces, nous avons placé en tète
de ce livre un tableau comparatif des mesures anglaises et françaises.
DATE DUODADIÆ DES POTERIES.
67
décrite (p.63) et une grande quantité de fragments de très-anciens
vases peints dont les dessins sont semblables. Mais, pour plusieurs
Fig, 13. — Vase de terre cuite, Tirynlhe (à 3 met.). A la moitié environ de la grandeur réelle.
raisons qui seront déduites plus loin, il m’est impossible de faire
remonter ces vases plus haut que huit cents ou mille ans avant
Fig. 14. — Vase de terre cuite, Tiryuthe (à 3“,50). Au.v deux tiers environ
de la grandeur réelle.
Jésus-Christ; je ne puis donc admettre que la seconde nation se
soit établie à Tirynthe h une époque antérieure. Il est probable
qu’on en sera toujours réduit aux conjectures quant a la date de la
couche de poteries fabriquées à la main que l’on trouve sur le sol
vierge ou très-peu au-dessus. Mais si nous supposons que les
68
FOUILLES A THIYNTHE.
plus anciens échantillons de cette poterie sont de 800 ans ante-
rieurs aux plus anciens vases peints de la seconde nation, et que,
par conséquentt,les murs cyclopéensdeTirynthe furent bâtis entre
1800 ou 1600 avant Jésus-Christ, je crois que nous nous rappro-
cherons beaucoup de la vraie date. J’ai vainement essayé de cons-
tater une affinité entre la poterie tirynthienne primitive et celle
d’une des quatre cités préhistoriques de Troie. Après mure ré-
flexion, je trouve qu’il n’y a absolument aucune ressemblance,
excepté pour les coupes dont la forme se retrouve dans la plus
ancienne cité préhistorique du mont Hissarlik.
Un des objets les plus intéressants quej’aie découverts àTirynthe,
c’est le squelette d’un homme, à une profondeur de 5 mètres.
Les os sont pétrifiés, mais j’attribue ce phénomène uniquement à la
nature du sol dans lequel le squelette s’est trouvé incrusté. Quel-
ques-uns des os se sont considérablement gonflés sous l’action de
l’humidité: c’est probablement ce qui est arrivé à la mâchoire infé-
rieure, qui est d’une épaisseur énorme. Malheureusement je n’ai
pu conserver qu’une partie du crâne.
Je dois ajouter que, dans la couche préhistorique, j’ai trouvé de
très-petits couteaux d’obsidienne; mais, comme je fai déjà dit, pas
une arme ou un ustensile de pierre. Dans la couche qui corres-
pond à l’existence de la seconde nation, il y avait une grande,
quantité de petites fusaïoles en pierre bleue ou verte ‘ et deux
seulement, d’un travail très-grossier, en argile cuite.
riG. 15. — Fusaïolc en pierre, trouvée à Mycènes (à 5 met.). Grandeur réelle.
En admettant que la profondeur moyenne du sol vierge, dans la
haute et dans la basse citadelle, comme je l’ai constaté en perçant
1. Elles sont absolument semblables aux fusaïoles trouvées à Mycènes.
NOTE son HÈÜA r.OOPIS.
09
les seize puits, soit de pieds (3*", 50), je trouve, par les calculs
les plus exacts, qu’il faudra déblayer à Tirynthe bien près de
30 000 mètres cubes dé débris. Il en faut déduire cependant la ca-
pacité cubique des murs de maisons de construction cyclopéenne,
des curieuses conduites d’eaux et d’une couple de citernes. (Je n’ai
pu encore en découvrir qu’une seule du côté sud.) J’espère bien
accomplir quelque jour ce travail ; mais il me faut d’abord mener à
bonne fin les fouilles plus importantes de l’acropole de Mycènes et
du trésor qui est près de la porte des Lions. J’ai l’intention de les
commencer tout de suite. Je sais qu’après avoir exploré Troie, je ne
saurais rendre de plus grand service à la science que de pratiquer
des fouilles à Mycènes. En effet, si, comme cela est probable, les
murs cyclopéens de son acropole remontent à une antiquité aussi
reculée que les murs de Tirynthe, l’architecture de ses trésors est
certainement plus moderne ; et l’on ne peut douter que ce ne fut
l’architecture généralement en usage du temps d’Homère, qui la
caractérise par l’expression Oakaiioi '^bgtoïg ItSoio (chambres de
pierre taillée et polie).
Mes honorables amis, les professeurs Kastorkhès, Phendiklès et
Pappadakès retournent aujourd’hui à Athènes.
NOTE A. — (( HÉRA BOOPÎS )> ,
J’extrais ce qui suit de mon discours sur Troie, prononcé le
24 juin 1875 devant la Société des Antiquaires de Londres :
((Un grand savant ‘ a dit que, quel que soit le sens que l’on at-
tache à l’épithète homérique , elle ne peut pas signifier :
(( à tête de chouette »; si l’on admettait ce sens, il faudrait ad-
mettre aussi que était représentée sous la forme d’un
monstre à tète de vache. J’ai trouvé dans mes fouilles à Troie trois
magnifiques têtes de vache, à longues cornes, en terre cuite-; je
crois qu’elles proviennent d’idoles de Hèra ; seulement je n’en ai
l. Le professeur Max Millier, dans le journal The Academij du 10 janvier 187-i.
^2. Voyez Troie et sen ruines, p.
70
FOUILLES A TIRYNTHE.
pas la preuve. Mais il n’est pas difficile de prouver que cette déesse
avait, dans l’origine, une figure de vache; c’est ce fait qui a donné
naissance à l’épithète Lorsque, dans la bataille entre les
dieux et les géants, les dieux se métamorphosèrent en animaux,
Hèrapritla forme d’une vache blanche, nivea Satiirnia vaccci ^. Nous
voyons une tête de vache sur les monnaies de file de Samos ; or
Samos possédait le plus ancien temple de Hèra et était célèbre pour
le culte qu’elle rendait à cette déesse^. Nous trouvons encore la tête
de vache sur les monnaies de Messène, colonie de Samos, en Sicilef
Les rapports entre Hèra et la vache sont encore démontrés par
le mot Eù'êota, qui était tout à la fois une des épithètes de Hèra'f
le nom d’une de ses nourrices^, celui de l’île où elle fut élevée et
le nom de la montagne au pied de laquelle était situé son temple le
plus célèbre, le Hèræon’. Or entre dans la composition du
mot Eù'êota. Hèra portait à Corinthe l’épithète de où l’on
retrouve également le mot ^ovg. On sacrifiait des vaches blanches
à Hèra La prêtresse montait dans un char traîné par des tau-
reaux blancs pour se rendre au temple de Hèra l’Argienne^^. lo,
fille d’Inakhos, premier roi d’Argos, fut changée en vache par
Hèra^L lo était prêtresse de Hèra^^, et elle est représentée comme la
déesse-vache Hèra Eschyle confirme ce fait qu’Io avait la forme
d’une vache La déesse égyptienne Isis était née à Argos, et on
la confondait avec lo, représentée sous la forme d’une vache
1. Ovid,, Mélam., V, 330.
2. Mionnct, üescript. des méd. ant., pl. LXl, G.
3. Millingen, Ane. monnaies des cités grecques, lab. II, 12
i. Paiisanias, II, xxii, 1, 2.
5. Plut., Quæst. conviu., III, 9, 2; Etijm. mag., 388, 56.
G. Plut., Fr. Dædal, 3.
7. Paus., II, xvn, 1.
8. Pans., II. IV, 7.
9. Paus., IX, III, 4; Ilcsych, s. v. xyav ^(aXxeîoç.
10. Hérod., I, 31.
11. Lucien, Oeiov Mil., 3 ; Diod. de Sic., I, 21, 25; Hérod., II, 41.
12. Esch., Suppl, 299 ; Apollod., II, i, 3 :
KXrjOoO'/ov "llpaç çaat ûa)[ji,àTa)v tcots
’lfb ysvicrôat xrio’ sv ’Apysi'a '/Oovu...
13. Creuzer, Symbolique, II, 576.
14. Prorn., 573 et suivants, et llygin., Fab., 145.
15. Diud.de Sic., I, 2i, 25; Apollod., II, i, 3; llygin., 115
.NOTE SUPx HÈRA DOOPJS.
7i
En Égypte, on représentait Isis comme une femme à cornes de
vache, de même qu’Io en Grèce*.
)) lo, sous la forme d’une vache, était gardée dans le bosquet sacré
de Hèra, à Mycènes, par Argus aux cent yeux, qui fut tué par Her-
mès sur l’ordre de Zeus ; ensuite Hèra fit tourmenter lo par un
taon, qui la força d’errer de place en place ^ Ainsi Prométhée dit :
(( Gomment n’entendrais-je pas la fille d’Inakhos pourchassée par
le taon ? » Mais les courses errantes d’Io ne sont pas autre chose
que le symbole du cours de la lune qui se meut dans son orbite sans
jamais se reposer. Cette interprétation est confirmée par le nom
même d’Io (’lw), qui est dérivé de la racine i je vais) .
Même dans l’antiquité classique, lo est fréquemment représentée
comme une vache, par exemple à iVmyclæ''^. On continua à donner
à la lune le nom d’Io dans les mystères religieux à Argosh Apis, roi
du royaume Argien, était fils de Phorôneus, par conséquent petit-
fils d’Inakhos et neveu d’Io. Du nomd’Apis,le Péloponnèse et aussi
Argos furent appelés Apia ; après sa mort. Apis fut adoré sous le
nom de Sérapis^. Suivant une autre tradition. Apis céda à son frère
sa souveraineté en Grèce et devint roi d’Égypte^; là, il fut adoré
sous le nom de Sérapis et sous la forme d’un bœuf. Eschyle fait
cesser en Égypte les courses errantes d’Io ; c’est là que Jupiter lui
rend sa forme première: elle met au monde Épaphos ; Épaphos est
un second nom du dieu-bœuf Apis. Les cornes de vache d’Io, la
déesse-lune pélasgique, qui devint plus tard l’Argienne Hèra et ne
forme qu’un avec elle, ainsi que les cornes de vache d’Isis, provien-
nent des cornes symboliques du croissant qui représente la lune
Sans aucun doute, lo, devenue plus tard Hèra, avait primitivement,
1. Hérod., II, 41.
'î. Apollocl., II, I, 3 ; FjScliyle, Prom., 585 : moc o’ou x)^u(o xr];; oiTxpoSivriXO’j xoprjç xr,:
’lvocyji'aç.
3. Pausan., III, xviii, 13.
4. Euslathe, dans Denys Périég., 92, 94: ’Iw yàp r, asXiqvY) xaxà x^ ’Apyiiwv StâXsxxov ;
à propos de ce passage Heyne, sur Apollod., p. 100, dit : « Je soupçonne que ce nom et que
cette tête de femme à cornes de vache a dû être un symbole très-ancien de la lune, chez les
Argiens. » Voyez aussi Jablensky, Pantli., II, p. 4, IT.
5. Apollod., II, I, 1 ; Schol. Lykophr., 177 ; Schol. Apoll. Rhod., IV, 2G3 ; Étienne de Byzance.
0. Eusèbe, Cliron., Pars I, pp.96, 127, 130, éd. Aucher ; Saint Augustin, de Civit. Dei,WUl, 5.
7. Diod. de Sicile,!, II; Plut., r/e ïs. et Os., 52, comparez, c. 39 ; Macrob., Sat.. T, xix : Élien.
Ilist. des anim., X, 27.
72
FOUILLES A TIRYNTHE.
lion pas seulement les cornes, mais encore la figure d’une vache.
Hèra, sous son nom d’Io ou déesse-lune, avait un temple célèbre à
Byzance, et l’on disait que cette cité avait été fondée par sa fille
Kéroessa, autrement dit ce celle qui porte des cornes ))h Le crois-
sant, symbole de Byzance dans l’antiquité et pendant tout le moyen
Age et qui est maintenant le symbole de l’empire turc, est un héri-
tage direct du personnage mythique qui fonda Byzance, Kéroessa,
fille de la déesse-lune lo (Hèra) ; car il est certain que les Turcs
n’ont pas apporté le croissant d’Asie, mais qu’ils l’ont trouvé déjà
existant comme emblème de Byzance. Hèra, lo et Isis doivent,
dans tous les cas, être identifiées aussi avec Dèmèter-Mycalessia.
Cette épithète, qui signifie « beuglante )), provient de ce qu’elle
était représentée sous la forme d’une vache ; son temple était à My-
calessos, en Béotie. Elle avait pour gardien de sa porte Hercule,
dont la fonction était de fermer son temple le soir et de le rouvrir
le matin-. Sa fonction est donc la meme que celle d’Argus, qui le
matin détachait la vache lo, et le soir la rattachait à l’olivier^ qui
était dans le bosquet sacré de Mycènes, tout près du
L’Argienne Hèra avait, comme symbole de fertilité, une grenade ;
cette grenade, avec les fleurs dont sa couronne était ornée, lui don-
nait le caractère d’une déesse protectrice de la terre
» De meme qu’en Béotie, l’épithète Mycalessia (( la beuglante »,
dérivée de ixvxôcGOai, était appliquée à Dèmèter, parce qu’elle était
représentée sous la forme d’une vache ; de même, dans la plaine
d’Argos, le nom de Mux-^vaj, dérivé du même verbe, était donné à
la cité la plus célèbre pour son culte de Hèra; et cela ne peut
s’expliquer que parce qu’on lui attribuait la forme d’une vache. Je
puis ajouter ce fait, c’est que Mvy.oc'kri était le nom de la montagne
et du promontoire qui faisaient directement face à file de Samos,
et qui en étaient très-rapprochés. Or l’île de Samos était célèbre
pour son culte de Hèra.
1. O. Millier, Dorier,\, 121 ; Ét. de Byz., s.v. B'jî^dvriov.
2. Pausan., IX, xix, 4.
3. Ovide, Métam., I, C30.
4. Apollod., II, I, 3.
5. Panofka, Argos Panoptes, tab. II, 4; Cadalvène, Recueil de Méd. gr.,\A. IIl, i ; Millier,
DenkmiiJer, XXX. 132; duc de Luynes, Étudea 7iumismat.,\). 22-25.
NOTE SUE IIÈUA 15001‘IS.
73
» En tenant compte de ce long enchahiement de preuves, on ne
pourra pas douter un instant que l’épithète homérique
appliquée à Hèra, ne prouve que la déesse a été représentée à une
certaine époque avec une figure de vache; de meme que l’épithète
homérique 7 Xaoy/Timg, appliquée à Athènè, montre que cette déesse
fut à une certaine époque représentée avec une figure de chouette.
Mais, dans l’histoire de ces épithètes, il y eut évidemment trois
périodes différentes où elles ont eu des sens également différents.
Dans la première période se placent la conception idéale et la
désignation de la déesse par un nom, et, dans cette désignation,
comme me l’a fait justement observer mon honorable ami le pro-
fesseur Max Millier, les épithètes étaient figuratives ou idéales,
c’est-à-dire naturelles. Hèra (lo), comme divinité de la lune, rece-
vait l’épithète de poôonîg, à cause des cornes symboliques du crois-
sant de la lune et des taches sombres de cet astre qui le font
ressembler à une figure avec de grands yeux ; de même, il est hors
de doute que c’est comme déesse de l’aube qu’ Athènè a reçu
l’épithète de qui indique la lumière du jour naissant.
» Dans la seconde période de l’histoire de ces épithètes, les divi-
nités étaient représentées par des idoles dans lesquelles la pre-
mière intention figurative avait été oubliée, et les épithètes étaient
traduites par des formes matérielles, la figure d’une vache pour
représenter Hèra et celle d’une chouette pour représenter Athènè.
J’affirme sans la moindre hésitation qu’il n’est pas possible de
décrire de semblables personnages féminins à figures de vache
ou de chouette en se servant d’une autre épithète que [^o'^rug et
ylc/jjyy^nig. Le mot npÔ7c^nov^ dans le sens de figure, si souvent
employé dans Homère, et probablement antérienr an poète de
plusieurs milliers d’années, ne se retrouve jamais dans aucun com-
posé, tandis que les mots terminés par le suffixe sionç marquent
l’expression ou la ressemblance en général ; de sorte (pie si nous
avions trouvé l’épithète de appliquée à Hèra et celle de
ylc/.vyoEi^og à Athènè, nous n’aurions pu comprendre autre chose,
sinon que la première avait la forme et la figui'e d’une vache, et la
seeonde eelles d’une chouette.
74
FOUILLES A TJIIYNTHE.
)) A cette deuxième période se rattachent toutes les ruines
préhistoriques d’Hissarlik, de Tirynthe et de Mycènes.
)) Troisième période de l’histoire des deux épithètes : Hèra et
Athènè ne sont plus représentées avec des figures de vache ou de
chouette , on leur a donné des figures de femme ; la vache et la
chouette sont devenues des attributs de ces déesses, et comme
telles, placées à leurs côtés ; et ^/'kocvy.ùmg continuent à être
employés comme des épithètes consacrées par l’usage des siècles,
et probablement avec le sens : « déesse aux grands yeux » et
(( déesse aux yeux de chouette ». A cette troisième période appar-
tiennent les rhapsodies homériques. »
Fig. 16. — Ruines du pont cyclopden, à Myccnes .
CHAPITRE II
TOPOGRAPHIE DE MYCÉNES.
PORTE DES LIONS ET TRÉSOR d’aTRÉE,
La route d’Argos à Mycènes. — La plaine d’Argos ; rivières et collines, chevaux et végétation.
— Mythe relatif à l’aridité de son sol. — Marais dons le sud et fable de l’hydre de Lcrne. — Le
développement social y commence de bonne heure. — Légende de Phoroneus. — L’Argos
pélasgique. — Les États achéens d’Argos et de Mycènes. — Situation de Mycènes. — La
citadelle et ses murs cyclopéens. — Définition de ce terme. — « Porte des Lions ». - La
poterne. — Citernes. — Confusion poétique entre Argos et Mycènes.
La hanse ville: murs de maisons, pont, trésors et poterie. — Mur qui ne l’entoure qu’en partie.
— Le faubourg non fortifié et ses grands édifices. — Son étendue. — Les deux seuls puits de
1. A l’arrière-plan se trouve le second pic du mont Eubœa, 2000 pieds (000 mètres de haut),
qui s’élève immédiatement au sud de l’acropole de Mycènes.
TOPOGRAPHIE HE MYCÈNES.
7()
Mycènes. — Trois trésors dans le faubourg. — Trésors dans la basse ville. — Description du
« trésor d’Atrée ». — Argumentation de Dodwell pour prouver que cet édifice doit être
regardé comme un trésor. — Ces édifices sont d’une construction dont on ne retrouve pas
d’exemple. — Fouilles exécutées dans le trésor par Véli-Pacha.
Mycènes, 19 août 1876.
Je suis arrivé ici le 7 courant par la même route que décrit Pau-
sauias‘. La ville est seulement à 50 stades d’Argos, ou 5 milles
mesure anglaise. Pausanias vit, du côté d’Argos qui regardait vers
Mycènes, le temple de Lucine {^lldOviv) et, tout près, un autel du
Soleil, qui semble avoir été sur la rive de l’Inakhos. Après avoir
passé cette rivière, il vit, à sa droite, le temple de la Dèmèter
Mysienne, et plus loin, à sa gauche, le mausolée de Thyeste, frère
d’Atrée et oncle d’Agamemnon. Ce monument était surmonté d’un
bélier de pierre, en commémoration de l’adultère de Thyeste avec
la femme de son frère. Plus loin encore, il vit, à sa droite, le temple
de Persée, fondateur de Mycènes. Mais de tous ces monu-
ments, il ne reste pas un vestige.
La première rivière que je traversai, en venant d’Argos, fut l’an-
cienXo'pd^pog, aujourd’hui Rema^ un des affluents de l’Inakhos, sur
les bords duquel, comme nous l’apprend Thucydide ", les Argiens
avaient l’habitude de tenir une cour martiale, quand leurs troupes
revenaient du dehors, avant de leur permettre d’entrer dans la cité.
Bientôt après, je passai le fameux Inakhos (aujourd’hui
dont le lit est très-large et qui traverse la plaine d’Argos dans toute
sa longueur. Les lits de ces deux rivières sont à sec, excepté quand
il tombe de grosses pluies dans les montagnes ; il en était probable-
ment de même du temps de Pausianas qui dit avoir trouvé les
sources de rinaklios sur le mont Artémision, en ajoutant que
l’eau était en quantité insignifiante et que le cours en était tari à
peu de distance de la source. Ce fait prouve clairement que déjà, à
cette époque, les montagnes de l’Arcadie étaient aussi complète-
ment dépouillées d’arbres qu’elles le sont aujourd’hui.
1 II, xviii. Voyez la carte-croquis, p. 4-9.
2. V, 60.
3, II, XXV, 3.
ROUTE Ü’AUGOS A MYUENES.
77
11 est hors de doute que, dans les temps préhistoriques, Tliiakhos
a été une rivière de quelque iuiportauee, si l’on considère le
rôle qu’il joue dans les légendes mythiques de l’Argolidc ; car-
ies légendes fout de lui l’époux de Mélia, le père de Phorôneus,
premier roi d’Argos, et delà déesse-lune lo (plus tard Hèra).
Mais, pour admettre cette importance, il faut supposer que les
moiitaa'ues de l’Arcadie étaient alors couvertes de forets. Que
riiiakhos ait été autrefois et pendant des siècles une rivière con-
sidérable, c’est ce qui est encore prouvé par ce fait que toute la
plaine d’Argos a été formée par les alluvions de ses rivières, et
principalemeut par celles de l’Inakhos.
Plus loin, sur la route d’Argos à Mycèues, je traversai le lit d’une
autre rivière plus petite, qui semble être le Géplnse, men tionné par
Pausanias h Puisque je parle des rivières de la plaine d’Argos, je
dois mentionner encore deux cours d’eau, l’Eleuthérion et l’Asté-
rion, entre lesquels était situé le célèbre IIèræon,sur les dernières
pentes du mont Eubœa. Tous les deux sont maintenant à sec et
n’ont d’eau que quand les pluies sont abondantes et prolongées ;
mais il semblerait que tous les deux, dans l’antiquité classique,
avaient encore de l’eau en abondance tout le long de l’année, car
c’est dans rÉleutbérion que l’on puisait l’eau sacrée, employée dans
le temple, pour les cérémonies religieuses; quant à l’eau de l’Asté-
rion, elle nourrissait Vastérion (espèce (ï aster) ^ plante consacrée a
Hèra. iVvec les feuilles de cette plante, on tressait des couronnes et
des festons pour la déesse. Le nom meme du mont Eubœa semble
indiquer qu’il abondait autrefois en pâturages, tandis que de nos
jours il est absolument dépouillé de toute végétation, comme les
lits et les bords des deux rivières.
La plaine d’Argos est fermée à l’ouest et au nord par les hauteurs
de l’Artémision ; à l’est, par celles de rAraclmæon. Partant de
l’Artémision, plusieurs chaînes de collines parallèles s’avancent à
une certaine distance dans la plaine ; la plus septentrionale est le
mont Lycônè, qui se termine par le mont Larissa (900 pieds,
1. Ko^ktoç, II, XV, 5 ; la carte-croquis de la page 19 ne reproduit pas les petits cours
d’eau.
1
78 TOPOGRAPHIE HE AlYGÈNES.
270 mètres d’élévation), surmonté de l’acropole d’Argos; la ville
elle-même est située au pied de la montagne', en plaine. La seconde
chaîne est le Khaon, du pied de laquelle sort FErasinos, cours
d’eau abondant qui se jette dans le golfe Argolique, après avoir mis
en mouvement un grand nombre de moulins. Dans toute l’anti-
quité, on a fait une seule et même rivière de FErasinos et du Stym-
phale, qui disparaît par deux canaux souterrains sous le mont Apé-
laiiros, en Arcadie. La troisième chaîne parallèle est le Pontinos.
A l’est, des collines beaucoup moins importantes et plus détachées
viennent, par des pentes douces, se confondre avec la plaine. Au
nord, les montagnes sont très-rudes et très-abruptes. Au nord et
au siid~est de Facropole de Mycènes sont les deux pics les plus éle-
vés du mont Eubœa ‘ : celui du nord, couronné par une chapelle
ouverte du prophète Élie, a 2500 pieds de haut (750 mètres).
Dans toute l’antiquité, la plaine d’Argos fut renommée pour les
chevaux qu’on y élevait, et Homère sept fois dans V Iliade, fait
Féloge de ses magnifiques pâturages en lui appliquant l’épithète
innô^GTOç.
La terre y est aujourd’hui si sèche, qu’on ne récolte du vin etdu
coton que dans les parties basses et fertiles de la plaine ; les terrains
plus élevés ne produisent qu’un peu de blé et de tabac. Sans remon-
ter plus haut que la guerre de Fliidépeiidaiice de la Grèce (1821),
le pays devait être plus humide. En effet, à cette époque, la plaine
tout entière et même une grande partie des hauteurs étaient cou-
vertes d’abondantes plantations de mûriers, d’orangers et d’oli-
viers, qui ont aujourd’hui complètement disparu.
L’épithète « très-altérée », qu’Homère applique à la
plaine d’Argos, concorde parfaitement avec son état présent et
aussi avec le mythe raconté par Pausanias^ : « Poséidon et Hèrase
disputaient la possession de cette terre (la plaine d’Argos) ; Phorô-
1. Paiisanias confirme la justesse de ce nom (II, xxîi, 2).
2. 7/., II, 287; III, 75 et 258; VI, 152; IX, 246; XV, 30, et XIX, 329. Cf. Horace, Carm.
I, VII, 8, 9 :
3, 11, XV.
(( Pluriimis, in Jimonis honorcm
Aptnm dicet equis Argos, ditesque Mycenas. »
I.A PI. AINE Ü’APvGOS.
79
nous, lils du neuve luakhos, Géphisc, Astériou etluakhos liii-uieuie,
étaient chargés de décider entre eux; ils adjugèrent la plaine à
Hèra ; là-dessus Poséidon fit disparaître toutes les eaux. Depuis
lors, riuakhos et les autres rivières dont nous venons de parler
ii’outplus d’eau que quand Jupiter envoie de la pluie (Zcig vu) ; eu
été, toutes les rivières sont à sec, excepté (les sources de) Lerne. »
Cependant, l’épithète est en contradiction avec le passage
précédemment cité d’Aristote^qui affirme qu’au temps de la guerre
de Troie la terre d’Argos était marécageuse, tandis que celle de
My cènes était bonne.
La partie la plus méridionale de la plaine d’Argos a toujours eu
de l’eau en grande abondance, mais l’agriculture en tire peu ou
point de profit. La côte est bordée de vastes marécages presque
impraticables, et la rivière Erasinos, qui descend du mont Khaon,
se jette presque tout de suite dans le golfe de Nauplie. En outre, les
sources qui sortent du pied du mont Pontinos forment les fameux
marais de Lerne, où, selon la fable, Hercule tua l’hydre. Proba-
blement ce mythe est un souvenir symbolique de quelque tentative
faite anciennement pour dessécher les marais et les transformer en
terres labourables.
Grâce à son exubérante fertilité et à sa situation exceptionnelle
sur ce golfe magnifique, cette plaine a été le centre naturel et le
point de départ de tout le développement politique et social de la
contrée, et mérite pour cette raison d’être appelée cc l’antique Ar-
gos » L C’est là que Phorôneus, fils du fleuve Inakhos et de la
nymphe Mélia, avec son épouse Niobè, réunit, dit-on, dans nue
seule communauté les habitants jusque-là dispersés et fonda nue
ville qu’il appela aoro 4>opwvr/ov^; Argos , son petit-fils, donna
son nom à cette ville, qui devint le centre d’un puissant Etat
pélasgiqueL On trouve des preuves irréfutables de cetétablissenient
pélasgique dans les deux noms d’Argos et de Larissa, qui sont pé-
lasgiques, et signifient le premier ((plaine » et le second (( forte-
1. MéléorùL, i, 14.
2. Sophocle, Electre, 4.
0. raus., II, XV, 5 ; cf. Platon, Timèe.
1. Cf. Eschyle, Suppl, “250.
81)
TOl’OGllAPlllE UE MYCÈNES.
resse » ; en outre, dans le mythe de rancienne lune et déesse-vache
pélasgiqne lo, qui, comme nous l’avons dit plus haut, était née du
fleuve Inakhos, dans cette plaine même. Cet État pélasgiqne passe
ensuite sous la domination des Pélopides, sous lesquels le pays se
partage en deux États, et c’est ainsi que nous le trouvons encore
dans V Iliade; la partie nord, avec Mycènes pour capitale, est sous
la sceptre d’Agamemnon; la partie sud, dont la capitale est x\rgos,
est sous la domination de Diomède, qui n’était d’ailleurs qu’un
vassal du premier. Quoi qu’il en soit, à l’époque de l’invasion des
Doriens dans le Péloponnèse, Argos était le plus puissant État de
la péninsule ; aussi la tradition rapporte-t-elle que ce fut le lot de
l’héraclide Téménos, fds aîné d’Aristomakhos.
Homère donne une description exacte de la situation de My-
cènes \ (c dans renfoncement d’Argos où l’on élève des chevaux »;
en effet, elle est dans l’angle nord de la plaine d’Argos, dans un
enfoncement entre les deux pics majestueux du mont Eubœa, d’où
elle commandait la partie supérieure de la grande plaine et ce pas-
sage resserré qui avait tant d’importance parce qu’il était traversé
par les routes de Phlioute, de Kléônès et de Corinthe. L’acropole
occupait une forte position sur un rocher élevé, qui se détache du
pied de la montagne, derrière elle. Ce rocher a la forme d’un
triangle irrégulier qui descend en pente vers l’ouestL La partie
escarpée domine une gorge profonde, qui défend tout le flanc sud
de la citadelle. A travers cet abîme serpente le lit d’un torrent,
généralement presque à sec, car il n’est alimenté que par l’eau de
rabondante foidaine Perseia, qui esta environ un demi-mille au
sud de la forteresse. Cette gorge s’étend d’abord de l’est à l’ouest,
et prend ensuite la direction du sud-ouest. Du côté nord aussi le
rocher tombe presque à pic dans un vallon qui s’étend en droite
ligne de l’est à l’ouest. C’est entre ces deux gorges que s’étendait
la basse ville. Le rocher de la citadelle est aussi plus ou moins
escarpé du côté de l’est et de l’ouest, où il forme cinq ou six ter-
rasses naturelles ou artificielles.
I. 0(/., III, 263 : ’'Apy£OÇ IJITloêoTOtO.
2 Voyez la grande planche II, et les plans B, C, D de l’acropole.
. >5
IM. Il
■UKUPOtt UL iCJlt Ot£ST).
SITUATION DE MYCÊNES.
81
L’acropole est entourée de murs cyclopéens, dont la hauteur
varie de i3 h 35 pieds (3“h90 à i0'”,50), et qui ont en moyenne
16 pieds (4"h80) d’épaisseur. Ils existent encore dans tout le pour-
tour, mais il est évident qu’ils ont perdu beaucoup de leur éléva-
tion. Ils sont formés d’une belle brèche dure, qui abonde dans les
montagnes voisines. Ils suivent les sinuosités du roc, et on y
Fig. 17. — Murs delà première pe'riode.
remarque trois modes de construction différents. La partie de
beaucoup la plus considérable est d’une architecture exactement
semblable à celle des murs de Tiryntbe, mais moins massive.
Comme l’opinion générale est que ce mode de construction est le
pins ancien, je l’ai désigné dans la figure 17 sous le nom de ce murs
Fig. 18. — Murs de la seconde période.
de la première période ». Dans la figure 18, j’ai reproduit un
pan considérable du mur de l’ouest sous la désignation de ce murs
de la deuxième période », parce que ce pan de muraille se compose
de polygones ajustés avec un si grand art, qn’en dépit de la
variété desjoints, cespolygonesformaient,pourainsi dire, une paroi
de rocher parfaitement unie et lisse; or ce mode de construction,
dont on peut voir de nombreux échantillons en beaucoup d’en-
MYCÈNES. 0
82 TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
droits de la Grèce et de l’Italie méridionale, est considéré univer-
sellement comme appartenant en général à une période plus
récente que le premier. J’ai appelé (fig. 19) ce murs de la troisième
période » les murs qui se trouvent à droite et à gauche de la grande
porte; ils se composent de blocs à peu près quadrangulaires, dis-
posés par assises horizontales ; mais les joints ne sont pas tout à
fait verticaux et présentent des lignes plus ou moins obliques.
Si j’ai établi cette division en trois périodes, c’est uniquement
pour montrer les différents modes de construction des murailles ;
mais je n’ai nullement l’intention d’établir que l’un de ces modes
Fig. 19. — Murs de la troisième période.
de construction soit plus ancien que l’autre. Au contraire, après
mûre réflexion, je ne puis penser qu’un des genres d’architecture
soit plus ancien que l’autre; une fois les murs d’enceinte bâtis en
énormes pierres brutes, il n’est guère possible que, dans la suite,
on en eût détruit une partie pour la remplacer par des murs d’un
autre type. Ou bien, à supposer qu’une partie des murs primitifs
eût été rasée par l’ennemi, il n’y aurait pas eu de raison de ne pas
les reconstruire dans le même style, car il était aussi solide que
l’autre; il était, en outre, beaucoup plus commode etmoins coûteux.
En effet, en détruisant les murs, l’ennemi n’aurait pas détruit les
pierres, que l’on aurait eues toutes prêtes sous la main pour refaire
le mur. On remarque aussi que les constructeurs primitifs avaient
l’habitude de se préoccuper un peu plus de la symétrie et de la
régularité dans les parties les plus monumentales de leur œuvre.
En conséquence, et comme conclusion, les trois modes de con-
struction ont existé simultanément à l’époque reculée oû furent
TROIS SORTES DE MURS PRIMITIFS.
83
bâtis les murs de Mycènes; mais, plus tard, le style d’architecture,
dit (( style de la première période », tomba en désuétude, et les deux
autres seuls demeurèrent en usage. On continua, en Grèce, à élever
des murs de pierres polygonales jusqu’à l’époque de la domination
macédonienne ; on en peut citer comme preuves, par exemple,
la maçonnerie des sépulcres qui sont près de la Sainte-Trinité à
Athènes, aussi bien que les fortifications que l’on voit dans l’île de
Salamine; or nous savons avec certitude que ces constructions
sont du quatrième et du cinquième siècle avant Jésus-Christ h
Depuis les seize dernières années, les murs de pierres poly-
gonales sont devenus d’un usage très-fréquent en Suède et en
Norwége, particulièrement pour les substructions des ponts de
chemins de fer.
La première terrasse de l’ouest est bordée, sur son côté ouest,
sur une longueur de 166 pieds (50 mètres), d’un mur cyclopéen de
30 pieds (9 mètres) de haut. Ce mur est couronné par les ruines
d’une tour et suit une direction parallèle à celle du grand mur
d’enceinte ; il n’est pas douteux qu’il n’appartienne à une
seconde enceinte^. On voit encore les restes de plusieurs autres
enceintes, un peu plus haut sur la montagne, à gauche, et aussi du
côté de l’est. Il semble qu’il y a eu une seconde tour intérieure à
l’angle sud-ouest du sommet.
Près de l’angle nord-ouest, le mur d’enceinte est traversé par
un passage voûté en ogive, de 16 pieds I (5 mètres) de long, sem-
blable à ceux de Tirynthe (voy. fig. 20). On peut voir des traces
de murs de maisons cyclopéens et des fondations de même nature
sur toutes les terrasses, excepté les premières de l’est et de l’ouest.
Malgré la haute antiquité de Mycènes, ses ruines sont en bien
meilleur état de conservation que celles de toutes les villes
grecques visitées par Pausanias au moment où elles étaient llo-
rissantes, et dont il décrit les somptueux monuments (environ vers
170 après Jésus-Christ). Si l’on considère que Mycènes est dans
I. Voyez Émile Burnouf, la Ville el l'acropole crAthènes.
On a une bonne vue de ce mur admirable à l’arrièrc-plan de la idanchc Vl, qui reproduit
l’ichnograpliic des tombes decouvertes dans l’acropole (voyez au chapitre V).
84
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
1111 site retiré et solitaire, si l’on tient compte de la dureté, de la
grandeur et de la solidité de ses mines, on se figure malaisément
qu’il ait pu se produire des changements dans l’aspect de cette
ville, depuis la visite de Pausanias.
Dans l’angle nord-ouest du mur d’enceinte est la grande «porte
des Lions )),qui est construite en belle brèche dureb L’ouverture,
qui va en s’élargissant à partir du linteau jusqu’au seuil, a 10 pieds
8 pouces (3"’, 20) de haut, 9 pieds 6 pouces (2’“,85) de large au
Fig. âi. — Porte des Lions.
sommet et 10 pieds 3 pouces (3"g07)^ à la base. Dans le linteau
(15 pieds (4‘“,50) de long sur 8 pieds (2"', 40) de large), il y a des
trous ronds de 0 pouces (0"5i5) de profondeur pour les gonds,
et, dans les deux montants ({u’il recouvre, il y a quatre trous
(juadrangulaires pour les verrous. Au-dessus du linteau de la porte.
I. Vovez le plan C, planche 111, et les ligures 21, 22,
11!
Porte des Lions. — Entrée PH!NEir.\LE de l’acropole de Mycènes.
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PORTE DES LIONS.
87
il y a dans la maçonnerie du mur une niche triangulaire formée
par les assises de pierres qui se recouvrent en encorbellement.
Cette disposition architecturale avait pour objet de détourner du
linteau plat la pression de la partie de la muraille qui est
au-dessus.
Cette niche est remplie par une plaque triangulaire d’un beau
basalte; elle a 10 pieds (3 mètres) de haut, 12 pieds (3"", 60) de
long à la base, et 2 pieds (O"™, 60) d’épaisseur. Sur cette plaque sont
représentés deux lions en relief, debout, en face l’un de l’autre, sur
leurs jambes de derrière étendues dans toute leur longueur; ils
appuient leurs pattes de devant sur les deux côtés de la table d’un
autel. Du milieu de l’autel s’élève une colonne, dont le chapiteau
se compose de quatre cercles séparés par des fdets horizontaux.
On croit généralement, et c’est à tort, que si les têtes des lions
ont disparu, c’est parce qu’elles ont été brisées; en y regardant
de près, je remarque qu’elles n’étaient pas taillées dans la
même pierre que le reste du corps ; elles avaient été exécutées à
part, et ajustées sur le cou avec des chevilles. En effet, les cous
étant coupés net et percés de trous, il ne peut rester aucun
doute sur ce point. Comme l’espace est très-étroit, ces têtes
devaient être très-petites; elles étaient probablement en saillie,
faisant face au spectateur. Je suis porté à croire qu’elles étaient
en bronze doré. Les queues des lions, au lieu d’être grosses
et terminées par des touffes de poil , sont minces comme
celles que l’on rencontre dans les plus anciennes sculptures
égyptiennes.
On pense généralement que cette sculpture a un sens symbo-
lique ; mais quel est ce sens ? On a fait sur ce point bien des conjec-
tures. Les uns pensent que la colonne fait allusion au culte que
les Perses rendaient au Soleil ; les autres y voient le symbole du
feu sacré, un ou Sutel du feu, dont les lions sont
les gardiens ; d’autres conjecturent qu’elle représente Apollon
Agyieus, c’est-à-dire Apollon « gardien de la porte ». Je partage
cette dernière opinion, et je crois fermement que c’est là justement
le symbole qu’invoquent, dans Sophocle, Oreste et Electre, quand
88
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
ils entrent dans la maison de leur père‘. En ce qui concerne les
lions, l’explication est encore plus simple. Pélops, fds du roi phry-
gien Tantale^, quand il émigra à Mycènes, venait de la Phrygie,
où l’on rendait un culte célèbre à la mère des dieux, Rhéa, dont
l’animal sacré est le lion. Donc, selon toute probabilité, Pélops
apporta avec lui le culte de la divinité protectrice de sa première
patrie, et fit de son animal sacré le symbole des Pélopides. Eschyle
•r
(a) Mur de l’acropole (coté de l’est). — {b) Façade de maçonnerie en saillie (côté de l’ouest).
(c) Entrée et loge du gardien. — (d) Porte intérieure.
r
compare Agamemnon lui-même à un lioiP; dans un autre endroit,
il compare encore Agamemnon à im lion et Égistbe à un loup b
Ainsi, au-dessus de la porte, les deux lions, qu’on les considère
comme les animaux sacrés de Rhéa ou comme le symbole de la
puissante dynastie des Pélopides, ont été unis au symbole d’Apollon
Agyieus, gardien de la porte. A gauche des deux lions sculptés, il y
a dans la muraille une grande fenêtre' quadrangulaire.
La grande porte est à angle droit avec le mur de la citadelle qui
y est attenant; on y accède par un passage de 50 pieds (15 mètres)
1. Sophocle, Electre, 1374.
2. Schol. d’Eurip., Oreste, 5; Apollod., III, v, G ; Soph., Anfig., 818.
3. Agnin., 1259 : 'kiovToç S'jysvoOç à.Tzo'jmot..
4. fhid., 1258.
LA PORTE DE DERRIÈRE.
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Fig. 22rt. — Los deaxmonlaïUs de droite et de gniiclio
de la porte des Lions.
de long sur 30 pieds (9 mètres) de large, formé par ce premier mur
et par uu autre mur extérieur, presque parallèle au premier.
Ce mur extérieur appartient lui-
méme à nue grande tour qua-
draiigulaire, élevée pour défen-
dre l’entrée'. Entre ces deux
murs, les euuemis ne pouvaient
guère s’avancer plus de sept de
front, et ils étaient exposés de
trois côtés aux flèches et aux
pierres des assiégés. Une route
eu zigzag, soutenue par d’énor-
mes substructious cyclopéeuues, donnait accès à l’entrée de la
porte ; elle est maintenant couverte
de gros blocs qui se sont détachés du
mur. Leake dit avec raison que les
premiers constructeurs de citadelles
prodiguaient, plus que ne l’ont fait
leurs successeurs, les travaux aux
approches des portes, et s’ingéniaient
h trouver des moyens de prolonger la
défense à l’intérieur, en multipliant
les clôtures et en compliquant les
communications.
La poterne - se compose également
de trois grandes dalles, deux qui
servent de montants et une troisième
qui les couvre et forme le linteau
(fig. 23). La baie de cette poterne
s’élargit de meme de liant en bas; au linteau, la largeur est de
5 pieds 4 pouces (l'“,60) et de 5 pieds 1 1 pouces à la
base. Sur le linteau, il y a une pierre ti'iaugnlaire ; en la compre-
Li
Fig. 23. — Elévation et plan do la polorno.
1. Voyez, au chapitre V, le compte rendu des travaux oxéiMilés pour mettre à découvert la hase
et l'énorme seuil de la porte des Lions.
2, Voyez le plan C et la figure 23,
1
90 TOPOGHAPHIE DE MYCÈNES.
luinL dans la mesure, la porte a 14 pieds (4"\20) de haut. Les trous
pratiqués pour les verrous dans les jambages sont carrés et de
grande dimension. Cette porte était mal placée, car les ennemis
qui l’auraient attaquée auraient eu le côté gauche, celui que couvre
le bouclier, tourné du côté de l’acropole. Sur la pente ouest, il y a
plusieurs citernes souterraines.
Selon Plutarque, le premier nom de la montagne où est située la
citadelle fut Argion‘. C’est un fait significatif que cette citadelle
n’ait jamais été désignée sous le nom à' acropole \}diV aucun tuteur
de l’antiquité. Sophocle {Electre, iO) l’appelle n£);07rî^ô5v ou
(( résidence des Pélopides », et ailleurs oùpivia a murailles
célestes ». Euripide l’appelle aussi « murailles de pierre cyclo-
péennes, élevées jusqu’aux deux »^, et encore « murailles cyclo-
péennes célestes »^; ces expressions font sans doute allusion à
l’énorme hauteur des murs et des tours. Strabon fait justement
observer qu’à cause du voisinage des deux villes, les poètes tra-
giques ont très-souvent confondu les noms d’Argos et de Mycènes,
et les ont continuellement employés l’un pour l’autre. Mais cette
confusion est excusable, parce que dans l’antiquité les voyages
étaient à la fois difficiles et très-dangereux. D’ailleurs les anciens
n’étaient point archéologues, et quoique chaque Grec prît un très-
sérieux intérêt à l’histoire de son pays, aucun d’eux n’était disposé
à subir des dérangements et des difficultés, ou à affronter des
dangers, pour visiter meme les lieux qui avaient été le théâtre
des exploits les plus glorieux pour la Grèce. Pden ne le prouve
mieux que ce fait que pas un seul auteur ancien ne mentionne la
reconstruction de Mycènes, après qu’elle eut été prise et détruite
en 468 avant Jésus-Christ.
Homère lui-même semble s’être rendu coupable d’une pareille
confusion, relativement aux noms d’Argos et de Mycènes, lors-
qu’il place dans la bouche d’Agamemnon les paroles suivantes au
sujet de Chryséis : rc Je ne te rendrai point ta fdle qu’elle n’ait
1. De Fliiv. : t'o oooç, 18, 7.
2. Troyennes, 1088 : XâVva KuxXwtii’ oùpavia.
3. Electre, 1158 : KuxXcoTreià t’ oùpavia T£i)(ea.
i. Vin, p. 377.
MYCÈNES ET ARGOS.
91
vieilli loin de sa patrie, clans mon palais en Argos, où elle tis-
sera ma toile et partagera ma couche »
Mais, par le mot Argos, Homère entend ici le territoire de l’Ar-
golide, peut-être même le Péloponnèse tout entier; c’est un sens
sur lequel le passage suivant ne peut laisser aucune hésitation- :
c( Afin qu’il gouvernât de nombreuses îles et l’Argolide entière. »
Les tragiques qui vinrent après lui peuvent se trouver plus ou
moins dans le même cas ; cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour
Euripide : il connaissait trop bien Mycènes pour la confondre avec
Argos. Ainsi il appelle Mycènes^ « les autels des Cyclopes »,
(( Mycènes la Cyclopéenne '' » et « l’œuvre des Cyclopes •’ » :
(( Appelles-tu la cité de Persée l’œuvre des Cyclopes? »
Dans d’autres passages, il dit : ce O demeures des Cyclopes, ô mon
pays, ô ma chère Mycènes î » Ailleurs : (c Debout, sur les degrés
de pierre (ou yrès des degrés de pierre), le héraut crie h haute voix :
((A V agora! à V agora! vous, peuple de Mycènes, pour voir les pré-
sages et les signes effrayants des rois bienheureux’^. » Ailleurs :
(( O ma patrie, ô Pélasgie, ô ma demeure, Mycènes^! » Ailleurs :
(( Chères femmes de Mycènes, vous qui occupez le premier
1. Iliade, I, 29-31.
Tr|V ô' eyo) o-j Xvirw Trpiv [jLtv xa yTipot; £7ts'.7iv
r,tx£Tlpt{) è'A olxa) lv’'Apy£V T-/]X66t Tiarp/jç,
WtOV STlOt'/OIxfVYjV xat £[xbv Xl/QÇ àvTtOWTXV.
2. IL, II, 108: uoXX^'Tiv vrio-otat xot "ApyeV 7ravx\ àvdcacrstv.
3. Iphigénie à Aulia, 152 : K’jxXwttwv 0u[xiXau
4. Ibid., 265 : Muxr|Va; .. Ta; KuxXwTii'aç.
5. Ibid., 1500-1501 :
KaXetç 7iôXi<Tjxa nepalwç,
K'jxXwtciwv 7:6vov ‘/sptbv ;
0. Iphig. en Tauride, 845 :
~s.} KuxXwTitos; laTiat, w Traxpfç,
Muxv^va çi'Xa.
7. Electre, 710:
USTpiVOt; ô’ ETTt'TTàç
xapu? ia'/£V pdcOpot;'
àyopàv àyopâv, MuxYjvaioi,
aTsr/STî, p-axoepîtov b'l'op.evot Tupavvo)
«pàajxaTa Ô£i'p.aTa.
8. Iph. à Aulis, 1498-99.
’Ioj ya (xarsp w llsXaayta,
M'jx';va:ai' t’ sfxai 6spc<7ïvat
1
92 TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
rang dans rétablissement pélasgique des Argiensb » Ailleurs:
(( Je vais à Mycènes ; il faut que je prenne des leviers et des pioches
pour détruire avec le fer recourbé la ville, les constructions des
Cyclopes si bien ajustées ensemble avec la règle rouge et le
ciseau^ »
Cette description ne peut se rapporter qu’aux murailles cyelo-
péennes construites avec des polygones bien ajustés, appareil que
nous voyons dans la partie ouest des grands murs d’enceinte^
D’ailleurs Euripide savait parfaitement bien que l’agora, avec les
tombes royales, était dans l’acropole; il paraît donc certain qu’il
avait visité Mycènes, et que les grands murs cyclopéens de
l’acropole, aussi bien que l’enceinte sacrée de l’agora circulaire,
avec les tombeaux mystérieux des plus glorieux héros de l’antiquité,
avaient produit sur son esprit une profonde impression. Autrement
nous ne pourrions nous expliquer qu’il parle si souvent des gigan-
tesques murailles cyclopéennes, qu’il en décrive jusqu’à la struc-
ture et qu’il fasse même mention de l’agora située dans l’acropole
(voyez chapitre V) .
Sénèque dit des murs de Mycènes :
Majus mihi
Dellura Mycenis restât, ut cyclopea
Eversa manibus saxa nostra concidaiit.
Et ailleurs :
Cerno Cycloputii sacras
Turres, labore majus liumano decus.
Et dans un autre passage"* :
Ulixes ad Ithacæ suæ saxa sic properat, quemadmodum
Agamemnoii ad Myceiiarum nobiles muros.
Sur un espace d’environ un mille carré à l’ouest-sud-ouest et au
1. Oreste, 12IG-l“2i7:
M'j/w/'jN'toeç CO 9tXia'.,
Ta TiponoL xatà UsXaaybv iooç ’Apysicov.
2. Hercule furieux, 9i3-9d6 :
Upoç xàç MuxTjVaç eljxf Xaî^uaOai ypscbv
[j-ox)'oùç ùv/.i'Kkaç 6’, cio ç Ta KuxXcoucov [SaOpa
9otvixt xavovt xa\ tuxoiç vipfxo'jp.sva
o-TpsTtTfo crtov^pw cr'jVTptatVfoaoo TiaXiv
3. Voyez planche U.
4. Hpistol. mnr., cxvf, 2(».
I.A 15ASSE VILLE.
93
sud de Tacropole, juste entre les deux ravins profonds dont nous
avons parlé plus haut, s’étendait la ville basse b L’emplacement en
est distinctement marqué par les restes d’un grand nombre de
substructions de maisons de construction cyclopéenne, par un pont
cvclopéen, par cinq trésors, et enfin par les fragments d’une
poterie archaïque ornée de belles peintures dont le sol est jonché.
L’emplacement de la basse ville est traversé dans toute sa lon-
gueur par une colline qui, du côté droit, s’abaisse graduellement
jusqu’au niveau de la plaine, et, du côté gauche, plonge plus brus-
quement dans la profonde ravine qui prend naissance entre l’ex-
trémité sud du rocher à pic de la citadelle et le second pic du mont
Eubœa. Il est certain que le sommet de cette colline a été nivelé
artificiellement et cela à deux fins : premièrement, pour rétablis-
sement de la principale rue de la ville, qui commençait à la porte
des Lions et finissait au pont cyclopéen que reproduit la figure
placée en tête de ce chapitre; et, en second lieu, pour la construc-
tion du mur de la cité, qui, à droite de la rue, suivait la môme
direction et aboutissait, comme elle, au pont cyclopéen, qu’il
reliait certainement avec l’acropole, à son angle nord-ouest, près
de la porte des Lions.
Un autre embranchement de ce mur s’étendait tout le long de la
riveouestdu torrent que traversait lepontet reliait cepont à l’angle
sud-ouest de l’acropole. Il reste des traces nombreuses de ces
deux embranchements, quoiqu’il soit assez difficile de les aperce-
voir. Ainsi, une partie de la ville basse, le tiers à peine, était close
par un mur d’enceinte. Ce mur était insignifiant, car il n’avait que
6 pieds (I"b80) d’épaisseur sur la colline et encore moins sur la
rive du torrent. Vu son peu d’épaisseur, il n’a pas pu être bien
élevé; il n’avait probablement pas d’autre destination que de ren-
forcer les grands murs cyclopéens de l’acropole et d’empêcher que
la porte des Lions ne débouchât directement eu pleine campagne.
Après avoir examiné avec soin les restes de ce mur en beaucoup
d’endroits et en tenant compte de sa faiblesse, je ne vois pas d’ob-
1. Voyez le plan D.
94
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
jection sérieuse à admettre qu’il est d’une date plus récente que
les murailles de la citadelle.
Le reste de la ville, comme le montrent les ruines des murs des
maisons, a été un vaste faubourg bien bâti. Les habitants, quand
ils étaient attaqués par un ennemi contre lequel leurs propres
moyens de défense étaient insuffisants, pouvaient se retirer dans la
partie fortifiée de la ville et dans la citadelle. Quelques-uns des
édifices de ce faubourg sont très-grands et d’une très-belle con-
struction cyclopéenne. J’appelle tout particulièrement l’attention
sur le bâtiment qui est sur le bord même de la profonde ravine, à
l’ouest de la porte des Lions, et dont les quatre murs sont encore
visibles. Il a 93 pieds (27"',90) de long sur 60 (18 mètres) de large ;
c’était peut-être un temple. J’appelle aussi l’attention sur les fon-
dations d’un grand édifice cyclopéen qui fut peut-être aussi un
temple ; il est sur la crête d’une colline, au sud-sud-ouest de
l’acropole et au nord du village de Charvati. Cette colline semble
avoir été, dans cette direction, à la limite du faubourg ; car, au delà,
on ne trouve plus de tessons de poterie mycénienne. J’y ai trouvé
deux haches de diorite d’un beau poli.
Dans deux vallons à proximité de cette colline sont les deux seuls
puits de Mycènes. Les ruines d’édifices cyclopéens qui les avoi-
sinent et les tessons de poterie mycénienne que l’on rencontre au
delà de ces puits prouvent clairement qu’ils étaient dans l’enceinte
du faubourg. Chose étrange, le professeur E. Curtius a pris l’an-
cienne carrière de Charvati pour des ruines du mur de la cité, et,
en conséquence, a placé ce village sur sa carte, dans l’enceinte de
Mycènes; or c’est une grave erreur : jamais la ville ne s’est éten-
due aussi loin.
Mais tous les murs cyclopéens du faubourg ne sont pas des murs
de maisons ; un grand nombre sont des murs de soutènement
pour les terrasses.
De tous les édifices du faubourg, les plus intéressants sont
les trésors. Comme ils ressemblent singulièrement à des fours,
les paysans d’aujourd’hui les appellent (^ovp^joi. L’un d’entre eux
est juste en dehors de la ligne du mur d’enceinte, sur la pente
TRÉSORS DANS LE FAUBOURG.
95
de la colline, près de la porte des Lions. L’entrée en est visible,
mais presque entièrement obstruée ; le plafond du passage d’entrée
est formé de trois grandes dalles d’une épaisseur considérable; ce
passage a 18 pieds (5"', 40) de long sur 7 pieds 9 pouces (2"", 33) de
de large. Dans cet édifice, bâti en forme de dôme, on ne peut plus
voir aujourd’hui que la partie inférieure du mur circulaire, qui est
peu de chose ; la partie supérieure s’est écroulée il y a probable-
ment des siècles L
En descendant la pente dans la direction du sud-ouest, nous
arrivons à un trésorpluspetit ; le passage de l’entrée a 15 pieds et
demi (4‘",65) de long ; il est, comme le précédent, couvert par trois
grandes dalles. Largeur de la porte, 7 pieds et demi (2"',25) ; l’édi-
fice est aussi bâti en forme de dôme ; comme dans le précédent, la
partie inférieure du mur circulaire est au-dessus du sol ; à la hau-
teur du linteau de l’entrée, le cercle qu’il forme a un diamètre de
25 pieds (7™,50), de sorte que le diamètre doit être de 32 pieds
(9"',60) au plancher. En prenant vers le sud et en montant la pente,
nous arrivons, près de la crête de la colline, à un troisième trésor,
dont il ne reste plus que le passage d’entrée. Ce passage a 20 pieds
(6 mètres) de long, et seulement 5 pieds 3 pouces (l"b57) de large ;
le plafond est formé de cinq grandes dalles.
Comme l’emplacement de ce vaste faubourg comprend surtout
des terrains en pente, et que les habitations y ont été clair-seméesâ
cause de son étendue considérable, les décombres ne s’y sont pas
accumulés en grande abondance ; la couche ne dépasse pas l’épais-
seur de 1 pied et demi (45 centimètres). L’épaisseur ne devient
beaucoup plus considérable que sur les terrasses, immédiatement
à l’ouest et au nord-ouest de la porte des Lions.
Quoique l’emplacement de la cité fortifiée se compose aussi de
pentes ; néanmoins, comme il ne présente pas une surface très-
étendue, et que les habitations ont du de tout temps y être plus
serrées, l’accumulation de décombres y est en général plus grande,
et principalement du côté ouest et sud-ouest de l’acropole.
Mais, sur les points plus éloignés de l’acropole, particulièrement
1. Tous ces trésors sont indiqués sur le plan D.
96
TOPOGRAPHIE DE MYGÈNES.
sur les pentes rapides d’où les décombres des maisons ont été
balayés par les pluies, l’épaisseur de la couche de débris ne dé-
passe pas celle que l’on rencontre en général dans le faubourg.
Voici un fait qui mérite une attention particulière : excepté près du
mur d’enceinte ouest de la citadelle, l’emplacement de la cité for-
tifiée est beaucoup moins riche que le faubourg en substructions
cyclopéennes et en restes de murs de maisons. Mais, immédia-
tement après le pont cyclopéen, sur le bord opposé du ravin, on
trouve les ruines de deux vastes édifices qui peuvent avoir été des
forts et avoir servi à la défense du pont. Je puis mentionner ici ce
fait, que des traces de l’ancienne route cyclopéenne de Mycènes à
Tirynthe sont encore visibles jusqu’à une certaine distance au delà
du pont.
C’est sur l’emplacement de la cité fortifiée que se trouvent les
deux plus grands trésors. L’un des deux est le fameux trésor que
la tradition attribue à Atrée ; l’autre, qui est près de la porte des
Lions, semble avoir été entièrement souterrain, et fut par consé-
quent inconnu dans les temps historiques ; la partie supérieure du
dôme s’est écroulée dans l’édifice, mais je n’ai pas pu savoir au
juste si, comme quelques habitants de l’Argolide l’affirment, cet
écroulement a été accidentel, ou si, comme d’autres le soutiennent,
c’est l’œuvre sacrilège de Véli-Pacha, fils du fameux Ali-Pacha,
qui, vers la fin de l’année 1820, essaya de pénétrer par ce moyen
dans le trésor, et qui aurait été empêché de pousser plus loin son
entreprise par l’explosion de la révolution grecque.
Le trésor (V Atrée ^ qui est à environ 400 yards (360 mètres)
plus au sud, était entièrement souterrain, puisqu’il était construit
sous la pente est de la colline qui traverse la cité, et du côté de la
ravine du lueme torrent qui passe devant la partie sud du rocher
escarpé de la citadelle. Sur la pente, au-dessous du trésor, il y a
une grande plate-forme de construction cyclopéenne qui forme un
carré de 36 mètres de côté. De cette plate-forme, le dromos ou che- •
min d’approche, qui a 20 pieds 7pouces(6'“,18)delarge et 36mètres
de long, et qui est bordé de murs en pierre taillée, conduit à
l’entrée de l’édifice* Cette entrée a 8 pieds 6 pouces (2™, 55)
-MYCEXES.
1
TuÉsou D’Athée.
LE TPxÉSOR D’ATRÉE.
99
de largeur eu haut et 9 pieds 2 pouces (2"\76) eu bas; sa hauteur
est de 18 pieds (5’'h40) ; le plafond se compose de deux énormes
dalles, bien travaillées et polies ; la dalle intérieure mesure 3 pieds
9 pouces (l”hl3) d’épaisseur; la face inférieure est longue de
^27 pieds I (8'“,25), la face supérieure de 29 (8‘",70) ; elle a 17 pieds
(5“,i0) de large, et l’on a constaté par un calcul approximatif
quelle doit peser 300 000 livres anglaisesh
La grande chambre, qui a la forme d’un dôme ou d’une ruche
immense, a 50 pieds (15 mètres) de haut et 50 pieds (15 mètres) de
diamètre. Elle est bâtie en blocs de brèche dure bien travaillés,
placés par assises régulières et jointes avec la plus grande préci-
sion sans ciment ni mortier. Les pierres, dont la face intérieure
est lisse et bien ajustée, sont très-irrégulières à l’extérieur ; con-
trairement à l’opinion généralement reçue, elles ne sont pas immé-
diatement couvertes de terre, mais d’énormes masses de pierres,
dont le poids a pour effet de maintenir en place toutes les pierres
des assises circulaires. Ainsi, selon la remarque judicieuse du colo-
nel Leake, le principe de cette construction est celui d’un mur en
voûte, qui a à supporter le poids d’une grande masse superposée,
et qui doit sa force et sa cohésion à l’énormité même de ce poids.
Le même principe qui suggéra à l’architecte cyclopéeii l’idée de la
forme circulaire le conduisit aussi à courber les côtés verticale-
ment, parce que ce mode de construction augmentait la force
de résistance des côtés contre la pression latérale.
Les blocs des assises inférieures ont 1 pied 10 pouces (55 centi-
mètres) de haut sur 4 à 7 pieds (l™,20à 2‘“,10) de long; mais, vers
le haut du dôme, les assises deviennent graduellemeut plus étroites.
Le plancher de la grande chambre, qui est entièremeut déblayé,
est formé par le roc vif. Gomme il est resté dans le trésor une cer-
taine quantité de grosses pierres, les voyageurs s’imaginent à tort
qu’il y a encore une grande quantité de décombres à enlever.
A partir de la quatrième assise, en remontant, on voit dans
chaque pierre deux trous forés; dans beaucoup de ces trous
1. Voyez planche IV, Trésor d'Alrée.
100
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
on distingue encore des restes de clous de bronze, qui, selon
sir W. Gell {Arcjolide), contiennent 88 pour 100 de cuivre et
pour 100 d’étain. Ces clous, dont quelques-uns ont été retrou-
vés entiers, avaient de larges têtes plates, et ils ne pouvaient avoir
d’autre destination que de maintenir les plaques de bronze, dont
tout l’intérieur de l’édifice était autrefois décoré. Nous savons par
le témoignage des auteurs anciens que les Grecs, dans une antiquité
reculée, avaient l’habitude d’appliquer à leurs édifices ce genre de
décoration ; car nous ne saurions expliquer autrement les maisons
et les chambres de bronze dont ils font mention'.
1. Ainsi, nous lisons dans Homère {Od., VII, 8i-87) ;
"lia Tô yàp -/jsXto'j aiyX-/] tteXsv r,à aù:r\vr^c,
ôcb[j.a xa6’ u^pepeepEç [AEyaÀrTopoç ’A)^xiv6oto.
XâXxEot [XEV yàp xor/ot sà-ziAEOax’ £v6a xat £v6a,
e; £^ o'jooO, TTEp'i û£ 6piyxoç x'jccvcao.
« De même que le soleil et la lune brillent d’un vif éclat, ainsi brillait le palais élevé du
magnanime Alcinoüs; car les murs d’airain s’étendaient depuis le seuil de la porte jusqu’au
fond de l’édifice ; l’entablement était d’acier bleuâtre. »
En outre, il faut qu’on se soit figuré aussi les palais des dieux immortels sur l’Olympe ornés
de plaques de bronze, puisque Homère dit {Iliade, I, 426) : At'oç Troi't x^^^.xopaxÈç 5to, « vers le
palais d’airain de Jupiter. »
Nous lisons aussi dans Pausanias (H, xxiii) ;
’'AAàa oi Ècrxiv ’ApyEtoeç Géaç à^'.a’ xaxàyEwv oîxoô6[j!.r,p.a, ett’ aoxfp oà fp; o xaT'V-oOç GàÀapo?,
bv ’Axpia-ioç TTOXE sm 9po'jpà x-pç Ooyaxpbç etioitjO-e’ UEptAaoç ÔExaÔEîàEV aoxbv X'jpavv/ia-aç’ xoOxo
x£ obv xb rj[xoo6[jL-/]p,à Èaxt. « A Argos, il y a encore d’autres objets remarquables : une voûte
souterraine, au-dessus de laquelle était la chambre d’airain dont Acrisius fit une prison pour sa
fille (Danaé) ; elle fut détruite sous la domination de Perilaüs , mais l’édifice subsiste encore. »
En outre, dans Horace {Carrn., III:, xvi, 1-4) ;
Inclusam Danaën turris ahenea
Piobustæque fores et vigilum canum
Tristes excubiæ munierant satis
Nocturnis ab adulleris.
« Une tour de bronze, des portes solides, et la sévère surveillance des chiens vigilants,
avaient été pour Danaé emprisonnée une protection suffisante contre les amants nocturnes, »
Autre exemple : le temple û' Athéna Chalciœces à Sparte, où le roi Pausanias fut mis à mort.
Naturellement, le nom de ce sanctuaire ne peut faire allusion qu’aux plaques d’airain dont les
murs étaient décorés.
Mon honorable ami, M. Chas. T. Newton, du British Muséum, appelle mon attention sur un
article du colonel Mure, publié dans le Wieinisches Muséum, VIII, 272. L’auteur y déclare tenir
du général Gordon qu’il avait dans sa collection, en Écosse, des fragments non-seulement
des clous de brouze, mais encore des plaques d’airain du trésor d’Atrée. En même temps le
colonel Mure cite le passage suivant de Sophocle (Antigone, 944-947) :
’'ExAa xa\ Aavàaç oopàvtov epû;
àbXà^ac 5É[xaç £v aobaî?'
xp'j7rxop.Éva ô’ Iv xup.ê‘/^p£t Gabàpxp xavECsox^''!*
« Le corps de Danaé aussi endura le supplice d’échanger la lumière du ciel contre les ténèbres
dans une chambre couverte de plaques d’airain ; cachée dans une chambre sépulcrale, elle fut
chargée de chaînes. »
LE TRÉSOR A ORCHOMÈNE.
101
Le seul autre exemple qui subsiste de murs qui aient reçu autre-
fois ce genre de décoration, c’est le trésor de Miiiyas à Orchomèrie.
Il est bâti d’uii beau marbre blanc; mais, sous d’autres rapports, il
a une très-grande ressemblance avec le trésor d’Atrée. Il est con-
struit d’après le même principe; il semble être de la même époque
et avoir été bâti pour le même usage. Chaque pierre de ce trésor
montre également deux ou plusieurs trous avec des restes nom-
breux des clous de bronze qui décoraient la paroi intérieure de
rédifice'. Ainsi il est certain que dans une antiquité reculée, quand
la sculpture et la peinture n’étaient pas encore en usage pour la
décoration des murs, on employait des plaques de métal poli pour
donner à la fois de la splendeur et de la dignité aux habitations des
riches.
Dans le trésor d’Atrée, le linteau de la porte est orné à l’extérieur
de deux moulures parallèles qui descendent ensuite jusqu’au bas
des jambages. Au-dessus du linteau on peut discerner des trous
nombreux qui ont dù servir à fixer des ornements de bronze. Il y a
encore beaucoup de ces trous sur le mur plat, au-dessus de l’en-
trée, preuve du soin particulier que l’on avait mis à la décoration
extérieure de l’édifice. Au-dessus de l’entrée il y a une niche en
forme de triangle équilatéral ; chacun des côtés de ce triangle a
10 pieds (3 mètres). Cette niche est construite comme la niche
triangulaire qui surmonte la porte des Lions. C’est la disposition
des assises en encorbellement qui forme la niche, et cette disposi-
tion ne peut avoir été adoptée que pour opposer une résistance à la
masse du mur et l’empêcher de peser sur le linteau.
A l’extérieur, devant chacun des deux jambages, il y avait autre-
fois une demi-colonne, dont la base et le chapiteau étaient ornés
de sculptures fantastiques dans le style persépolilaiii. Au milieu de
la baie on peut voir les trous destinés à recevoir les gonds et les
verrous des portes; sur la même ligne il y a une certaine ipiantité
de trous ronds de ^ pouces (0"',05) de diamètre et de-! pouce
1. Pausanias (IX, xxxviii) dit de ce trésor : « I.e trésor de Minyas est le plus merveilleux
édifice de la Grèce, et ne le cède à aiicuue œuvre d’art d’aucun autre pays. Voici comment
11 est construit ; il est en pierre et il a une forme circulaire ; l’ouverture de la voûte n'est ]ias
très-allongée; on dit que la clef de voûte maintient ensemble toutes les parties de l'édifice. »
102
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES.
de profondeur. Dans chacun de ces trous il y en a deux autres petits
destinés à recevoir des clous de bronze, dont il existe encore des
fragments, et qui fixaient des ornements de forme circulaire.
A droite de la grande salle circulaire, une porte de 9 pieds l
(‘^"',85) de haut sur 4 pieds 7 pouces (D'",38) de large conduit à
une seconde chambre obscure, qui forme à peu près le carré; elle a
27 pieds (8“', 10) de long sur 27 pieds (8™,i0) de large et 19 pieds
(5™, 7) de haut. Cette chambre est entièrement taillée dans le roc.
Au-dessus de la porte il y a une niche triangulaire destinée, comme
les autres, à empêcher la maçonnerie de peser de tout son poids sur
le linteau. Il y a dans cette chambre une accumulation d’immon-
dices de 3 pieds 1(1 ”',05) à 4 pieds (1”',20) d’épaisseur, composée
surtout du détritus des fientes de chauves-souris. En pratiquant, il
y a trois ans, deux tranchées dans cette chambre, j’ai découvert au
centre une dépression circulaire, en forme de grande cuvette, de
1 pied 9 pouces (0“,53) de profondeur et de 3 pieds 4 pouces
(1 mètre) de diamètre.
Près de cette cuvette je trouvai quelques grosses pierres calcaires
travaillées, ce qui semble indiquer qu’il y avait autrefois un monu-
ment dans cette chambre; s’il en était autrement, la présence de
ces pierres serait inexplicable.
Ce trésor est le monument le plus important et le seul complet
des temps préhistoriques de la Grèce, ecrintérét qui s’y attache est
d’autant plus grand, que la tradition l’attribue à Atrée, père
d’Agamemnon, le roi des hommes.
DodwelP, en parlant de ce trésor et des autres qui sont plus .
petits, dit : «r II est en outre parfaitement évidentque ces construc-
tions s’appelaient et appartiennent à une époque anté-
rieure à ce genre d’architecture qui a en pour couronnement
rinvention du tenqile dorique en Europe et du temple ionique en
Asie. A mesure que cette dernière architecture fit des progrès, ce
furent les temples qui servirent de trésors; ou bien, si l’on élevait
des édifices spéciaux pour servir de trésors, ils empruntaient leurs
1. VoiififjecIas!^i(iue et topnfirapliifpie à traver?^ la Orece.
HYPOTHÈSE AU SUJET DU TRÉSOH.
103
formes ail nouveau style d’architecture, comme nous l’apprenons
par la description que fait Pausanias des trésors d’Olympie et de
Delphes h Néanmoins les édifices souterrains d’une construction
analogue à celle des trésors des âges héroïques continuaient à
servir pour conserver l’huile, le blé ou l’eau, et quand ils dépen-
daient d’une maison particulière, ils devaient servir de lieu de
dépôt pour toutes sortes d’objets de valeur. Ils sont très-nombreux
en Grèce ; mais, dans aucun cas, l’entrée n’est placée sur le côté.
Le plus grand que je connaisse est celui de l’acropole de Pharsale.
Mais la meilleure raison pour désigner ces constructions de
Mycènes comme des trésors, c’est le témoignage de Pausanias^;
â moins que l’on ne conteste que ce soient bien ces édifices qu’il
désigne par l’expression vnoyaia et ce serait bien
difficile, car sa description s’applique trop bien à ces ruines pour
que l’on puisse raisonnablement admettre une telle supposition.
(( Donc, il y a dix-sept cents ans, ces édifices étaient considérés
comme les trésors d’Atrée et de ses fils. Rien, à cette époque, n’était
venu rompre le fil de la tradition mythologique ou historique de la
Grèce telle qu’elle avait été transmise aux Grecs par leurs ancêtres.
Il est vrai que dans bien des cas les renseignements fournis à Pau-
sanias par les ont pu être des inventions de date compara-
tivement récente; mais on ne peut rien soupçonner de pareil quand
il s’agit des principales traditions de Mycènes, car elles sont con-
formes â tout ce que les poètes et les prosateurs nous ont transmis
concernant cette cité. L’édifice qui reste était le plus grand de ces
trésors; tout, même dans son état actuel, prouve que c’était un
somptueux édifice, avec de magnifiques décorations h l’entrée et
une ornementation de plaques métalliques â l’intérieur. Donc,
selon toute probabilité, c’est â Atrée lui-même, le plus riche et le
plus puissant des rois de la nolûyjvGog que l’on peut attri-
buer le plus grand des trésors qui subsistent, et non pas â fun ou
â l’autre de ses fils. Agamemnon dissipa les richesses d'Atrée dans
son expédition en Asie et passa la plus grande partie de son règne
1. Pausanias, VI, xix, 1 ; X, xi, I ,
2. n, XVI, 6. Voyez le passage cité dans son entier, cliap. lU, p. lU), n" (>.
101
TOPOGRAPHIE DE MYGÈNES.
en pays étranger. Quand il revint dans sa patrie, il n’avait plus ni
richesses ni puissance; et Mycènes, après lui, descendit au second
rang parmi les cités de l’Argolide. Aussi n’est-il guère vraisem-
blable que, dans de pareilles conditions, le tombeau d’Agamemnon
ait pu être un monument d’une grande magnificence. Pausanias,
qui l’a vu, n’en parle pas en ce sens; mais il nous donne clairement
à entendre que le trésor et la porte de la citadelle étaient les deux
plus remarquables antiquités de Mycènes. )) ^
Selon moi, rien ne pourrait mieux prouver la haute antiquité de
ce majestueux trésor souterrain et des autres trésors de Mycènes
que leur caractère absolument original qui les distingue de toutes
les autres constructions antiques de la Grèce et de l’Asie Mineure;
d’ailleurs la méthode barbare qui consiste à enfouir les trésors
pour les mettre en sûreté témoigne d’un état social tout à fait
primitif.
Ce qui prouve une fois de plus que ces constructions souter-
raines servaient de trésors, c’est que Mycènes et Orchomène sont
les seules cités de la Grèce qui puissent se vanter de posséder de
pareils édifices ; et ce sont en meme temps les seules auxquelles
Homère applique l’épithète ou auxquelles il attribue
de grandes richesses.
M. Johannes P. Pyrlas, professeur de médecine à Athènes, a eu
l’obligeance d’appeler mon attention sur un article qu’il a publié
dans le journal de Tripolis (B£XTdW7iç du 19 novembre 1857), sur
les premières fouilles du trésor d’Atrée (communément appelé en
Argolide le Tomheciii (V Agamemnon). Voici, sous toutes réserves,
la traduction de cet article :
(( LE TOMBEAU d’AGAMEMNOX, A MYCÈNES.
(c En 1808, au dire des anciens du pays, au mois d’avril, un
mahométan de Nauplie se présenta devant Véli-Pacba, alors gou-
verneur du Péloponnèse, et lui dit qu’il y avait, à sa connaissance,
plusieurs statues cachées dans le tombeau d’Agamemnon. Véli-
Pacba, qid était énergique et ambitieux, commença immédiate-
FOUILLES PAR VÉLI-PACHA.
105
ment à faire déblayer le terrain devant l’entrée du tombeau, en
employant à ce travail des hommes de corvée. Api’ès avoir creusé
jusqu’à une profondeur de 3 toises, les travailleurs descendirent par
une échelle dans l’intérieur du dôme; ils y trouvèrent une grande
quantité de tombes anciennes ; après les avoir ouvertes, ils y décou-
vrirent des ossements couverts d’or : cet or provenait, sans nul
doute, des broderies d’or des draperies. Ils y trouvèrent enfin
d’autres ornements d’or et d’argent, et de plus des pierres pré-
cieuses ayant la forme de celles qu’on appelle antiques (gemmes) ;
mais aucune de ces pierres n’était gravée. En dehors des tombes,
ils trouvèrent vingt-cinq statues colossales et une table de marbre.
Véli-Pacha fit transporter le tout au lac de Lerne(lesMoulins) ; il fit
laver et nettoyer les statues, les fit envelopper dans des nattes et les
envoya à ïripolis, où il les vendit à des voyageurs; il en tira envi-
ron 80 000 gros (qui équivalaient alors à 20 000 francs). Ayant fait
ramasser les ossements et tous les décombres contenus dans les
tombes, il les fit transporter aussi à Tripolis et les confia aux orfèvres
les plus en renom, D. Kontonikolakos et P. Skouras. Après avoir
nettoyé les décombres et gratté les os, les orfèvres recueillirent envi-
ron 4 okes (4800 grammes) d’or et d’argent. Les os et les gemmes
furent jetés. J’ai eu ces renseignements des deux orfèvres, que j’ai
connus de leur vivant, et de mon père, qui vit les statues aux
Moulins. ))
Maintenant, non-seulement il est improbable qu’on ait décou-
vert des statues de l’âge héroïque, mais encore le récit qui pré-
cède n’est nullement confirmé par les vieillards de Kharvati, le vil-
lage le plus voisin de l’emplacement de Mycènes, ni par ceux des
autres villages de la plaine d’Argos. Tous s’accordent à dire que
les fouilles eurent lieu en 1810, et que les seuls objets découverls
dans le trésor étaient quelques demi-colonnes et des frises, une
table de marbre et une longue chaîne de bronze qui descendail du
sommet du dôme, et à laquelle était suspendu uu candélabre de
bronze f
1. Il ne faut pas confondre ces fouilles avec la tentative que lit Véli-l'acha pour piller l'antre
trésor en 18“20. Il en a été parlé p. 90.
lOG
TOPOGIIAPHIE DE MYCÈAES.
J’ai entendu répéter si souvent ce récit aux vieillards de
l’Argolide, que je le crois très-exact, excepté cependant en ce qui
concerne le candélabre. En effet, les chandelles et les lampes
étaient absolument inconnues d’Homère. Je n’en ai jamais ren-
contré, soit à Troie, soit à Tirynthe ou à Mycènes, dans les
décombres des maisons préhistoriques. Il ne semble pas qu’il
y ait eu de lampes à Tirynthe ou à Mycènes avant la prise de ces
deux villes par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ; car, h
Mycènes, je n’en ai trouvé que dans les décombres de la cité
plus moderne, et pas une seule à Tirynthe. Il faut donc de toute
nécessité que ce qui est désigné par les villageois comme un can-
délabre ait été quelque autre objet. En outre tout ce récit des
fouilles de Véli-Pacha paraît se rapporter h une spoliation de ce
trésor qui doit avoir eu lieu à une époque beaucoup plus reculée ;
car déjà Dodwell, qui commença ses voyages en Grèce en 1801 et
les termina dans tous les cas avant 1806, nous donne la description
et les dessins de la grande chambre, tant à l’extérieur qu’à l’inté-
rieur. Gell {ArfjoUdé) aussi, qui visita Mycènes vers l’année 1805,
nous donne des dessins exacts du trésor, tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur. ÇA‘àY\æ {Voyages) ^ qui visita Mycènes à la même époque,
dit, à propos du trésor d’Atrée (VI, 492) : ce Évidemment cette
chambre a été ouverte depuis sa construction, et ainsi l’intérieur
en a été mis à jour ; mais on ne sait absolument rien de certain sur
l’époque où cet événement pourrait avoir eu lieu. A en juger
d’après l’apparence actuelle de l’édifice, l’événement doit avoir eu
lieu à une époque très-reculée. » Dodwell, le colonel Leake et
Ernest Curtius parlent aussi des fouilles faites par lord Elgin dans
le trésor d’Atrée. Mais, dans la collection de dessins de lord
Elgin, que l’on conserve au British Muséum, on ne trouve rien qui
se rapporte à ces fouilles ou au trésor d’Atrée.
Selon le professeur E. Curtius^, les fragments d’ornements dont
rémunération suit furent trouvés devant l’entrée du trésor: —
(( La base d’une demi-colonne de marbre verdâtre, avec bandes
I. Péloponnèse, U, p. 4-08.
107
or, JETS TIlOtlVÉS A l.’ENTISÉE.
entrohieées en relief; le Iraginenl d’une demi -colonne ronde,
avec décoration en zigzag; des tables de pierre, l’une verdâtre,
l’autre d’un rouge brillant, la troisième de marbre blanc ; toutes
ces tables portaient une ornementation en relief, en forme de
coquilles, d’éventail ou en lignes spirales, vivement indiquées pai'
des contours ciselés avec une grande vigueur et une grande netteté ;
enfin une dalle de marbre rouge, que Gell trouva dans une cba-
pelle voisine. »
Fin. 23 a. — Vaso jlo torro niite (à 3 nièt ). rirandmir riM'Ilo.
Fig. — La première des stèles fiméraires trouve'es sur les tombeaux de l’acropole.
Aux 8/100 de la grandeur réelle.
CHAPITRE III
HISTOIRE DE MYCÉNES ET DE LA FAMILLE DE PÉLOPS.
LES TOMBEAUX d’AGAMEMNON ET DE SES COMPAGNONS.
La tradition attribue à Persée la fondation de Mycènes. — Sa dynastie remplacée par celle des
Pélopides. — La légende de leurs crimes inconnue dTIomère et d’Hésiode. — Histoire homé-
rique du meurtre d’Agamemnon par Égistlie et par Cdytemncstrc et de la vengeance qu'en
tire Oreste. — Cycle de crimes imaginé par les aèdes postérieurs. — Empire d'Agamem-
non. — Fin de la dynastie des Pélopides à Mycènes avec Égisthe. — Oreste et ses fils. —
L’invasion dorienne. — Part que prit Mycènes aux guerres médiques. — Les Argiens assiè-
gent et prennent Mycènes. — Les murs de la citadelle épargnés par respect religieux. —
Épithètes homériques de Mycènes. — Sa « richesse en or », confirmée par Thucydide. — Les
trésors des Pélopides mentionnés par Pausanias. — Trésor du Hèræou près de Mycènes. —
Existence probable d’un autre trésor à Mycènes.
110
HISTOIRE DE MYOÈNES.
Les tombes royales décrites par Pausanias. — Ce passage est généralement mal interprété.
— Puits d’essai creusés à Mycènes en février 1874. — Commencement des fouilles, 7 août
1876. — Loge de gardien à la porte des Lions. — La cité habitée de nouveau après l’an 468
av. J.-C. — On ne connaît pas de monnaies mycéniennes. — Ce qu’on trouve au-dessous de
la première couche. — Vases archaïques peints comme ceux de Tirynthe. — Les vases sont
presque tous faits au tour. — Idoles féminines et vaches en terre cuite. — Autres idoles et
animaux. — Couteaux de fer et clefs curieuses d’une période postérieure. — Couteaux et
pointes de flèche en bronze. — Ustensiles de pierre et autres objets. — Découverte d’un peu
d’or et d’une grande quantité de plomb. — Fragments d’une lyre et d’une flûte. — Plaques
de terre cuite ornementée, destinées à la décoration des parois des murs. — Murs de maisons
de construction cyclopéenne. — Une remarquable conduite d’eau. — Douze réservoirs en
forme de tombe. — Deux stèles funéraires avec bas-reliefs, probablement contemporains du
bas-relief qui est au-dessus de la porte des Lions.
r
Mycènes, 19 août 1876.
La tradition attribue la fonda tion de Mycènes à Persée, fils de
Danaé et de Jupiter. Persée eut d’Andromède un fils, Sthénélos, à
qui il laissa son royaume. Sthénélos épousa Nikippè, fille de Pélops,
dont il eut un fils, Eurysthée, qui lui succéda. La dynastie de
Persée finit avec Eurysthée, qui eut pour successeur son oncle
Atrée,filsdePélops. Atrée laissa son royaume à son frère Thyeste,
qui le laissa à Agamemnon, fils d’ Atrée.
Selon la tradition, Atrée et son frère Thyeste se disputèrent la
domination de Mycènes. Atrée avait pour femme Aéropè, qui fut
séduite par son frère Thyeste. Atrée, dans sa fureur, pour se ven-
ger de cet afifont, massacra les deux (ou trois) fils de Thyeste, et
les fit servir à leur père dans un banquet. Lorsque Thyeste le sut,
dans son horreur il renversa la table, vomit l’horrible repas et
s’enfuit au loin, en maudissant la race tout entière des PélopidesL
Aéropé est jetée à la mer. Thyeste demande à l’oracle les moyens
de se venger de son frère ; l’oracle lui répond que s’il a un fils
de sa propre fille, Pélopia, ce fils sera son vengeur. Pour éviter
l’inceste, il forma le projet de quitter la Grèce et de se retirer en
Lydie ; mais, une nuit qu’il faisait, à Sicyone, un sacrifice en l’hon-
neur d’Athènè, sa fille le rejoignit. Il eut d’elle, ou à son insu ou
en connaissance de cause, son futur vengeur, Égisthe. Exposé par
sa mère immédiatement après sa naissance, Égisthe fut trouvé par
des bergers et nourri par une chèvre; c’est de là que lui vient son
1. llor., EpocL, V, 86.
LES PEUSÉIDES ET LES ATUIDES.
111
nom \ Dans la suite, Atréc le fit chercher et l’éleva comme son fils;
car Atrée avait épousé Pélopia au début meme de sa grossesse, et
il crut que renfant était de lui. Mais Égisthe tua Atrée, un jour
qu’il sacrifiait sur le bord de la mer, parce qu’Atrée, se figurant
qu’il était son fils, lui avait donné l’ordre de tuer son frère Thyeste.
Alors Égisthe prit, avec Thyeste, possession du royaume.
Mais Homère ne connaît pas le premier mot de ces sanglantes
querelles de la maison des Pélopides ; car, selon lui % Jupiter
envoya, par Hermès, le sceptre royal à Pélops, comme symbole de
domination. Pélops le donna à Atrée, qui, en mourant, le laissa à
Thyeste ; Thyeste le laissa à Agamemnon ; et dans tout cela il n’y a
pas même une allusion à la moindre dispute ou à la moindre vio-
lence. Hésiode parle de la richesse proverbiale et de la royale
majesté des Atrides, mais il ne connaît rien de leurs crimes. Homère
ne connaît que le crime d’Égisthe et de Glytemnestre. Pendant
qu’Agamemnon était absent, sous les murs de Troie, Égisthe avait
réussi à séduire sa femme Glytemnestre, et il eut l’insolence de
faire aux dieux des offrandes d’actions de grâces pour avoir réussi^.
Afin de n’être pas pris au dépourvu par le retour d’ Agamemnon, il
établit un homme de garde sur le bord de la mer; lorsque enfin il
apprit l’arrivée du roi, il l’invita â un banquet et le tua â table, de
concert avec Glytemnestre Egisthe alors régna sept ans sur
Mycènes. La huitième année, comme les dieux le lui avaient
prédit^, Oreste apparut et vengea son père en tuant Égisthe et sa
propre mère Glytemnestre
Selon toute apparence, ce sont les poètes homériques i)Oslé-
rieurs, suivis par les tragiques, qui ont inventé les mythes des
crimes affreux d’Atrée et de Thyeste, en faisant remonter d’une
génération les horreurs de la maison d’Agamemnon. Mettant en
œuvre d’autres traditions, et particulièrement riiistoire de Thèbes,
1. Du mot (racine aly^ chèvre.
± Il , II, loi.
3. Hom., Od., III, 263-^275.
L Od., IV, 524-535 ; cf. I, 35; III, 231; IV, 01 ; IX, 387 ; XXIV, 20, 07.
5. Od.. I, 36.
0. Od., III, 305-310.
1
11-2 HISTOIRE DE MYCÈNES.
ils imaginèrent un enchaînement de crimes et de scélératesses, qui
avait son origine dans le meurtre de Myrtile ou dans celui de
Chrysippeh
Il paraît, d’après le témoignage d’Homère^, qu’Agamemnon
avait réuni sous son sceptre presque tout le Péloponnèse. Mais, si
l’on s’en rapporte à un autre passage^, il semblerait qu’il régna
seulement sur toute la partie septentrionale du Péloponnèse. La
dynastie des Pélopides semble avoir pris fin à Mycènes, à la mort
d’Égisthe; car la tradition dit qu’Oreste, fils d’Agamemnon, régna
en Arcadie et à Sparte, mais non qu’il succéda à son père. Selon
Strabon il mourut en Arcadie. Pausanias rapporte ^ que son tom-
beau était d’abord sur la route de Sparte, à Tégée; plus tard ses
os furent ensevelis à Sparte®. Il ne semble pas qu’aucun des
deux fils d’Oreste, Penthilos et Tisamène, ait régné à Mycènes.
Strabon’ dit qu’ils restèrent dans les colonies éoliennes d’Asie
Mineure fondées par leur père. Selon Pausanias l’invasion des
Doriens avait déjà eu lieu au temps d’Oreste; Thucydide la
place quatre-vingts ans après la guerre de Troie.
Il est probable que c’est Pausanias qui est dans le vrai ; en effet,
il n’y a qu’une terrible révolution politique et une grande cata-
strophe qui aient pu empêcher Oreste de devenir roi de Mycènes,'
l’Etat le plus riche et le plus puissant de la Grèce, et qui lui reve-
nait de droit, comme fils unique dn glorieux Agamemnon, objet
de regrets univei'sels.
Strabon confirme ce fait, que le point de départ de la décadence
de Mycènes est la mort d’Agamemnon et principalement le retour
des Héraclides. Mais, quoique la cité eût beaucoup perdu en puis-
sance et en population, quoiqu’elle fût tombée au rang d’une
1. Weicker, Gr. Trag., I, 358.
± IL, IX, U9-15I.
3. IL, U, 569.
i. XIII, p. 582.
5. ni, Tii, 6.
G. Pans., III, XI, 10.
7. IX, p. 401.
8. VIII, V, 1.
9. I, 12.
10. VIII, p. 372
!Æ ROYAUME Ü ’ AG AMEMNON.
113
petite ville de pruviiice, cependant elle conservait encore une cer-
taine indépendance. Inspirée par le souvenir de son glorieux passé,
elle équipa quatre-vingts hommes, qui furent son contingent aux
ïhermopyles ‘ ; un an plus tard, de concert avec Tiryntlic, elle
envoya quatre cents hommes à Platées\ Le nom de Mycènes fut
gravé, avec ceux des autres cités qui avaient pris part à cette glo-
rieuse campagne, sur la colonne d’airain où étaient représentés
trois serpents soutenant un trépied d’or, que les Spartiates
dédièrent à Apollon delphien, comme la dîme du butin enlevé aux
Perses. Cette colonne d’airain est aujourd’hui dans l’ancien hippo-
drome (le Maidan) à Constantinople, où elle fut probablement
apportée par Constantin le Grand. Les Argiens, qui étaient restés
neutres, envièrent aux Mycéniens l’honneur d’avoir pris part à ces
batailles; ils craignirent en outre, en considérant l’ancienne gloire
de cette cité, de voir Mycènes usurper la domination de toute
l’Argolide.
Pour ces raisons, ligués avec les habitants de Cléonée et de Tégée,
ils assiégèrent Mycènes dans la TS"" olympiade (468 av. J.-C.).
Les puissantes murailles de la citadelle, derrière lesquelles les
habitants s’étaient retirés, résistèrent à tous les assauts de rennemi ;
mais, à la fin, la famine força les Mycéniens à se rendre. Il paraît
qu’en considération de la gloire passée de la cité, les vainqueurs
traitèrent les Mycéniens avec clémence, car ils leur permirent
d’émigrer où ils voudraient ; les uns s’établirent à Cléonée, les antres
à Kérynia en Achaïe,la plus grande partie en Macédoine ]\Iais ce
récit n’est pas confirmé de tout point parDiodore de Sicile qui
dit que, lorsque Mycènes se rendit, les Argiens réduisirent tons les
habitants en esclavage. Si cette tradition est vraie, il est à supposer
que les Argiens forcèrent les Mycéniens à s’établir à Argos, car il
était très-important pour eux, à cette époque, d’accroître la popu-
lation de leur ville. Quoi qu’il en soit, comme le (ht Podwell, il
semble qu’une crainte religieuse ait empeebé les Argiens de détruiie
1. Hérod., VII, “20^2.
2. Hérorl., IX, 28.
d. Paus., VU, XXV, T).
i. XI. Po.
MYCÈNES.
8
lU
HISTOIRE DE MYCÈNES.
les énormes murailles cyclopéennes de Tirynthe et de Mycènes,
parce quelles étaient considérées comme des enceintes sacrées, et
révérées comme des sanctuaires de Hèra ; or Hèra était adorée avec
une ferveur égale par tous les habitants de l’Argolide. Les Argiens
se contentèrent donc de démanteler une très-petite partie des murs
de la citadelle, tandis qu’ils rasèrent à fleur de terre ceux de la
basse ville.
Homère applique à Mycènes les épithètes de c( cité bien bâtie \
cité aux larges rues^, cité riche en or^». La seconde de ces épithètes
ne peut s’appliquer qu’à la large rue qui conduisait de la porte des
Lions, tout le long de la colline, à travers la ville close de murs, au
pont qui était jeté sur le torrent de la ravine ; en effet, comme tout
le reste de la ville, aussi bien que le faubourg, était bâti sur des
pentes, les autres rues doivent avoir été plus ou moins montantes,
et ce n’est pas à elles que pouvait faire allusion l’épithète svpvi^/via.
En ce qui concerne l’épithète nGlvy^pvcjoç, une autorité importante,
Thucydide'^, nous apprend que Mycènes avait de grandes richesses
sous la domination des Pélopides; voici ce qu’il dit: (c Pélops,
ayant apporté d’Asie de grands trésors aux populations pauvres
(de la péninsule), établit son autorité parmi elles, et, quoiqu’il
ne fût qii’im étranger, donna son nom à la contrée; ses descen-
dants (les Pélopides, Atrée et Agamemnon) devinrent encore plus
puissants. » Thucydide ajoute (|u’il lui semble « que les autres
Grecs se joignirent à Agamemnon dans son expédition contre Troie,
moins par dévouement que par crainte de sa puissance; car non-
seulement c’est lui qui arma le plus grand nombre de vaisseaux,
mais encore il fournit des navires aux Arcadiens, comme le dit
Homère, si Homère peut être considéré comme une autorité digne
de foi. Mais en parlant du sceptre qu’ Agamemnon reçoit en héri-
tage, il dit que ce prince régnait sur beaucoup d’îles et sur l’Argo-
lide tout entière (ttoXX-^^îv v^ocjolgl xaï Apyet navzl àviaaiiv) ; comme
il habitait sur le continent, à moins d’avoir une flotte, il ne pon-
1. IL, II, 569 : £'JXTl[JL£VOV 7IToXt£fjpOV.
i2. IL, IV, 52 : £'jpuày\jia MuxrjV/;.
3. IL, VII, 180; OcL, III, 305 : MuxtiV/;;:.
4. I, 9.
ÉPITHÈTES H031ÉR1QUES DE MYCÈNES.
115
vait avoir régné sur des îles, excepté sur celles qui étaient dans le
voisinage de la côte et qui ne pouvaient être nombreuses. D’après
cette expédition (celle de Troie), nous pouvons donc nous imaginer
ce que durent être celles qui la précédèrent. Si Mycènes était petite,
et si plusieurs autres cités de cette époque nous paraissent aujour-
d’hui peu considérables, nous ne pourrions déduire de ce fait une
raison suffisante de douter que l’expédition n’ait été aussi impor-
tante que les poètes nous la représentent et que la tradition le con-
firme. »
Déport de Mycènes n’était pas Nauplie, mais Eïones (’Hîovsg),
qui était située également sur le golfe Argolique, au sud-est de
Nauplie. Il y a apparence que la destruction de cette ville remonte
à l’invasion dorienne. StraboiE dit qu’elle avait été entièrement
détruite, et que, de son temps, ce n’était plus un port. Selon
Homère -, ’htdvsç prit part à la guerre de Troie ; elle appartenait à
Diomède, roi d’Argos et vassal d’Agamemnon.
De la puissance et de la richesse des Pélopides, nous avons
autant de preuves palpables et certaines dans cette quantité de
vastes constructions souterraines que Pausanias^, appuyé sur la
tradition, appelle leurs trésors, et qui ne peuvent avoir servi h
autre chose qu’à entasser les richesses royales.
Je dois faire remarquer ici qu’outre les trésors précédemment
décrits qui sont dans la ville de Mycènes proprement dite ou dans
son faubourg, il y a encore un autre trésor près du grand Hèræon,
qui est à 10 stades de Mycènes suivant Strabon à 15 selon Pansa-
nias En outre la conformation des pentes entre le trésor d’Atrée
et la porte des Lions me fait croire qu’il y a encore un trésor pins
considérable caché à mi-chemin, à peu près, entre ces deux points.
Pausanias dit^ : (c Parmi d’autres restes de la muraille est la porte
au-dessus de laquelle il y a des lions. Ce sont (les murs et la porte)
1. VHI,p. 373.
2. IL, 11, 561.
3. II, XVI, 6.
4. VIII, p. 368.
5. II, XVII.
6. Il, XVI, 5-7 : AeiTTStat Se op-W;; ïxi xaiaX).a xoO TispiêoXo'J xa\ rj ti'jXy] ' 'Xsovtsç os sçsaTrjXa-
o-'.v ri'jxry KuxXcoutov ôà xa\ xauxa spya sîvai Xéyo'jtTiv, o't llpoixo) xb xsr/o; STTOtr^o-av xb sv
116
HISTOIRE DE MYCÊNES.
des ouvrages des Cyclopes, qui bâtirent pour Prœtos la muraille
de Tiryntlie. Dans les ruines de Myeènes se trouvent la fontaine
nommée Perséia et les constructions souterraines d’Atrée et de ses
fds dans lesquelles ils accumulaient leurs trésors. Il y a le tombeau
d’Atrée et ceux des compagnons d’Agamemnon, qui furent tués
dans un banquet par Égisthe, à leur retour d’Ilion. Les Lacédémo-
niens d’Amyclées mettent en question rauthenticité du tombeau
de Gassandre. Il y a le tombeau d’Agamenmon, celui d’Eurymédon,
conducteur de son cbaiq et celui d’Électre. Télédamus et Pélops
furent ensevelis dans le même tombeau ; car on dit que Gassandre
était la mère de ces deux jumeaux, et que, quand iis étaient encore
enfants, ils furent tués par Égisthe avec leurs parents. Ilellanikos
(495-411 av. J. -G.) écrit que I^ylade ayant épousé Electre, du con-
sentement d’Oreste, eut d’elle deux fils, Médon et Strophios. Gly-
temnestre et Égisthe furent enterrés à une petite distance en dehors
du mur, parce qu’on les jugea indignes d’avoir leurs tombeaux
dans son enceinte, où reposaient Agamemnon et ceux qui avaient
été tués avec lui. »
Il est étrange que le colonel Leake‘, DodwelP, ProkesclP, Ernest
Gurtius'* et tous les autres auteurs qui ont écrit sur le Péloponnèse
se soient trompés dans l’interprétation de ce passage dePausanias;
en effet, ils ont pensé qu’en parlant du mur, il désignait le mur de
la cité et non pas la grande muraille de l’acropole. Ils ont donc
compris que Pausanias fixait l’emplacement des cinq tombeaux
dans la basse ville et celui des tombeaux d’Égisthe et de Glytem-
TtpUvO'. M'JXTjV&V Û£ £V TOÎÇ EpStTItOlÇ Xp/jV/) T£ £f7Tl XaAOU[JL£V n£pO-£''a, Xa\ ’ÀTpÉWÇ Xai Tc6V7:at5o)V
'JTcoyaia otxooo[J.r,[xaTa, £v0a ot Or,cra'jpot acfiai xcov "/pr,[xaT0)v Tàcpoç Ô£ ecttc [xàv ’Arpito;-,
z\a\ ôà xat oaou; aùv ’Aya[X£[j.vovt STiavrjxovTa; l'i Taco'j &£i7uvta-aç xaT£cp6v£'j(7£V AîytaÔQç. ToO
[X£V or\ Kaaaàvûpaç [jLvr,[j,aTo; à[xcpi(7g-/]ToO(Tt Aaxsoaip-ovtwv o\ Tiôp'i ’AjA'jxAaç ocxoOvteç • £T£pov
0£ laivi ’ Aya[X£[AVovoç, x'o Sà Eùpufxlôovxoç xoO r^vibyoM, xai T£X£oa[xou, xb aùxb xai IIIXottoç,
xo’jxouç yàp X£X£Îv ôi5'J[ao'jç KacrcravSpav v/]ucouç ôà £Xt ovx^; £7rixax£(7:pa|£ xoîç yovîjoriv
AlytafJo;, xat ’HXâxxpa? • IT'jXào-/] yàp trv'Mxqa-zv ’OpÉcrxo’j oovxoç. 'EXXàvtxoç ôà xat xàoî
Eypa'I^E, Mlbovxa xa't Ilxpbçtov yEVÉcrOat lluXàSY) Traîôaç £^ ’HXéxxpaç. KX'jxat[j.vr,(7Xpa §£ zroccp-q
xa't Atytaôo? oAtyov àTïcoxépco xoO x£t-/0'jç Ivxbç oà àTryj^ttAByiaav, £vOa ’Aya[xfp.vwv x£ a-jxb;
£X£txo xat oi crùv IxEtvo) çove’jOIvxe;.
1. Peloponnesiaca, t. II, p. 365,
2. Voyage classique et topographique en Grèce, t. II, p. 236.
3. Denkiuïirdigkeiten und Eïinnerungen, t. II, p. 276.
■i. Péloponnèse, t. II, pp il 1-113.
CITATIONS DE PAÜSANIAS SUD LES TOMBES ROYALES. 117
nestre en dehors de son enceinte. Mais ce qui prouve bien que telle
n’était pas son intention et qu’il avait seulement en vue les murs
de la citadelle, c’est qu’il dit que la porte des Lions est pratiquée
dans ce mur. Il est vrai qu’il parle plus loin des ruines de Mycènes,
parmi lesquelles il vit la fontaine Perséia et les trésors d’Atrée et
de ses fils, ce qui ne peut s’appliquer qu’au grand trésor décrit
ci-dessiis, lequel se trouve en effet dans la basse ville et peut-être
à quelques-uns des petits trésors du faubourg. Mais, quand il dit
ensuite que les tombeaux d’Égisthe et de Clytemuestre sont à une
petite distance eu dehors du mur, parce que ces personnages
étaient jugés indignes d’être ensevelis dans son enceinte, où repo-
saient Agamemuou et ses compagnons, il n’est pas douteux qu’il
n’ait en uniquement en vue que les énormes murs cyclopéens de la
citadelle. D’ailleurs Pausaniasnepouvaitparler que des murs qu’il
avait vus et non de ceux qu’il n’avait pas vus. Il vit les énormes
murailles de la citadelle, parce qu’elles subsistaient de sou temps
dans le même état où nous les voyous aujourd’hui; mais il ne put
voir le mur de la basse ville, parce que ce mur, qui avait toujours
été de peu d’épaisseur, avait été démoli six cent trente-huit ans
auparavant. Pausauias n’était pas un archéologue curieux de
rechercher les traces de ce mur et encore moins de faire des
fouilles pour les retrouver.
Du temps de Pausauias, l’emplacement de Mycènes présentait
juste la même solitude, la même nudité et la même âpreté d’aspect,
les mêmes pâturages entremêlés de pentes douces et de rochers
abrupts qu’il présente aujourd’hui. Il est impossible qu’il s’y soit
produit le moindre changement, et les restes de la basse ville
devaient être alors aussi iusiguitlauts qu’ils le soûl aujourd’hui.
Cette iusigiiifiauce est telle, que les voyageurs semblent ii’avoir
remarqué que les traces du mur construit sur la colline; personne,
avant moi, ne paraît avoir recoiiuu les traces du mur situé à
l’opposite, qui court le long du bord de la ravine du torrent.
Pour toutes ces raisons, j’ai toujours interprété le passage de
Pausnuias eu ce sens que les cinq tombes étaient dans l’acropole.
J’ai démontré ce point dans mou ouvrage intitulé Jfl/afjuu, lu Pvio-
118
HISTOIRE DE MYCÈNES.
ponnèse et Troie (p.97), que j’ai publié au commencement de 1869.
En février 1874 donc, j’y creusai trente-quatre puits en différents
endroits, afin de sonder le terrain et de découvrir l’endroit où je
devais fouiller. Les six puits que je pratiquai sur la première
terrasse ouest et sud-ouest donnèrent des résultats très-encou-
rageants, surtout les deux que je perçai à 100 yards (88 mètres)
au sud de la porte des Lions. Non-seulement j’atteignis deux murs
de maisons de construction cyclopéenne, mais encore je décou-
vris une dalle sans sculptures qui ressemblait à une stèle funéraire,
et quantité d’idoles féminines et de petites vaches en terre cuite.
Je résolus donc de faire immédiatement des fouilles considé-
rables en cet endroit; mais j’en fus empêché par diverses cir-
constances qu’il est inutile d’expliquer ici ; ce n’est que récemment
qu’il m’a été possible d’exécuter mon plan.
Je commençai ce grand travaille 7 août 1876, avec soixante-
trois travailleurs que je partageai en trois escouades. Je mis douze
hommes à la porte des Lions pour ouvrir le passage qui mène dans
l’acropole; quarante-trois autres eurent à creuser, à une distance
de 40 pieds (12 mètres) de la porte, une tranchée de 113 pieds
(33“*, 90) de long sur autant de large ; les huit qui restaient reçurent
l’ordre de creuser une tranchée au sud du trésor de la basse ville,
près de la porte des Lions, pour en chercher l’entrée. Mais le sol
en cet endroit était dur comme de la pierre et si encombré
d’énormes blocs, qu’il me fallut deux semaines pour arriver seule-
ment à la partie supérieure de l’espace ouvert, de forme triangu-
laire, qui est au-dessus de la porte : je pus dès lors calculer que le
seuil de la porte du trésor serait à 33 pieds (10 mètres) plus bas.
J’eus aussi beaucoup de peine à la porte des Lions, parce que le
passage était obstrué d’énormes blocs, qui semblent avoir été lan-
cés du haut des murs voisins sur les assaillants, quand la citadelle
fut prise par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ. L’encombre-
ment de l’entrée doit dater de cette époque, car les décombres sous
lesquels les blocs sont enfouis n’ont pas été formés par une série
d’habitations successives; ce sont évidemment les pluies qui les
ont apportés graduellement du haut des terrasses supérieures.
RÉOCCUPATION DE MYGÈNES.
119
IniiDédiatement à gauche de rentrée, je découvris une petite
chambre qui avait servi certainement d’habitation à l’ancien
gardien de la porte ; le plafond est formé d’une grande dalle.
La pièce n’a que 4 pieds | (1“,35) de haut; elle ne serait
guère du goût de nos portiers d’aujourd’hui. Mais, dans les
Fin. 25. — Vase de (erre cuite (à 3 met.). Aux trois-quarts environ do la grandeur réelle.
temps héroïques, le comfort était inconnu, particulièrement des
esclaves, et partant l’on n’en sentait pas la privation.
Aucun écrivain ancien ne mentionne ce fait que Mycènes fut
de nouveau habitée apiûs qu’elle eût été juase par les Argiens et
que les habitants en eurent été chassés. Au contraire, Diodore de
Sicile, qui vécut du temps de Jules César et d’Auguste, après avoir
décrit le sort tragique de Mycènes, ajoute : « Cette ville, qui, dans
l’antiquité, possédait à la fois puissance et richesse, qui avait pro-
duit de si grands hommes et accompli des exploits si importants.
m
FOUILLES A MYCÈNES.
fut alors détruite et demeura inhabitée jusqu’à nos jours h ))
Que Mycènes ait été inhabitée du temps de Strabon (c’est-à-dire
sous Auguste), nous devons le conclure de la remarque suivante :
(( De sorte qu’aujourd’bui il est impossible de trouver même un
vestige de la cité des Mgcéniens . )> Pour sûr, elle était également
Fiü.20. — Cniclio (11) Ir'iTC riiil(\ Font! janno, lignes noires (à 3 nièt.). Aux sopl-ncovièmi^s de la grandeur réelle.
inhabitée du temps de Pausanias (170 apr. J. -G.), qui en décrit
les ruines b
Mais j’ai mis en lumière des faits qui prouvent très-positivement
que Mycènes avait été habitée de nouveau, et que la nouvelle ville
1. XI, Gô ; Ka\ (5ié[J.£iv£V (xocxTjToç [xé'/pi twv y.aO’ rjiJ-àç '/povcov.
2. Slrabon, VIII, p. 372: "üaTs vOv [xr,o’ i/yoç, £jpta’X£'TÔat Tr,ç M'jxrp/aûov tcoXecoç.
3. II lions* paraît vraiment falmlcux qn’nn géographe comme Strabon, qui était à Corinthe,
c’est-à-dire à 5 lienes seulement de Mycènes, qu’nn géograplic dont tons les efforts ten-
daient à faire des investigations profondes sur la géograpliie homérique, n’ait jamais enteiuln
parler des mines gigantesques de Mycènes, et qn’il ait crn sur onï-dire que cette ville avait
disparu sans laisser de traces. Le fait nous paraît d’antant pins surprenant que dans l’anli-
f.|nité le passé glorieux de Mycènes excitait nn enthousiasme universel.
ANCIENS VASES PEINTS.
121
avait même existé pendant une longue période, probablement pins
de deux cents ans; en effet, il y a à la surface de l’acropole une
couche de décombres de l’époque hellénique, qui a nue épaisseur
moyenne de 1 inètre. Quoiqu’il me soit impossible de fixer, en
me servant des fragments de poterie, l’époque précise où la ville
fut occupée de nouveau, néanmoins, comme la poterie peinte de
la meilleure période hellénique y fait défaut, comme les nom-
breuses figures de terre cuite et les vases cannelés que j’y découvre
Fig. 27. — Va.se de terre jaune clair, orne' de lig'iics noires et jaunes (à 3 met.). Grandeur réelle.
sont évidemment de l’époque macédonienne, en descendant jus-
qu’au deuxième siècle avant Jésus-Christ, je présume que la nou-
velle colonie peut avoir été fondée an commencemenl du quatrième
siècle avant Jésus-Christ, et peut avoir été abandonnée an commen-
cement du second. L’exactitude de ces deux dates extrêmes semltle
être prouvée par la découverte de médailles de bronze, qui, presque
toutes, portent d’un côté une tête de Ilèra couronnée, de faiilre
nue colonne, à gauche de laquelle il y a un casque et adroite uii Q.
On suppose généralement que ce caraclère esl un©, et Ton attri-
bue eu conséquence ces monnaies à la cité argolique de Tbyréa.
Mais mes honorables amis A, Postolakkas et P. Lampros, dont je
122
FOUILLES A MYCÈNES.
partage ropinion, pensent que 0 est le spiritus asper, et appar-
FIG. 28. — Vase de terre noire et jaune (à 6 met.). Aux qiiatre-cinqnièmes environ de la grandeur reelie.
tient an mot encore inconnu qui désigne la valeur de la monnaie.
FiCr. 29. — Vase de terre cuite. Bandes jaunes et rougeâtres; lignes noires (a 1™, 1d'. Grandeur reolle.
Cette monnaie appartient à la cité d’Argos, elle est de 1 époque
VASES MYCÉNIENS PEINTS. 'Iü3
mnoédonienne, ce qui détruit l’iiypolhèse qui l'üit du .siguc en
Fig. 30 à 3i. — Frngmoiits do vases peints de Mycones. Dimensions réelles et dimensions réduites.
queslion nu ©, rnsagc do donner an 0 celle valenv ne > t'iaiil
124 FOUILLES A MYCÈNES.
établi qu’à l’époque de la conquête romaine. Je n’ai trouvé abso-
lument aucune monnaie romaine ou byzantine. Je puis faire obser-
Fig. 37 (à 4 met.) .
Fig. 35 à 37.— Fragments de vases peints de Mycènes. Dimensions réelles et dimensions réduites.
ver que Mycènes semble n’avoir jamais de son chef Irappé aucune
monnaie; du moins on n’en a pas encore trouvé une seule pièce.
Au-dessous de la cité helléniqne, qui est comparativement
POTERIE PEINTE DE MVCÈNES
125
niodtM’iie, je trouve par milliers des fragmeiils de ees vases arehaiVj lies
si magnifiquemeut peints, dont j’ai déjà fait mention en paidant
Fig. 38 à 4i. — Fragments de vases points do Mycènes. Dimensions rdollos et diimmsions rodiiiles.
de Tirynthe. Le type de vase rpie je rencontre le [iliis fréquemment
a la forme d’un p^lobe, soutenu par un support pial, surmonlé (rmi
cou éti’oit et très-élégant qnin’esl pas [lercé; rexinuuilé snpérienre
1“26
FOUILLES A MYCÈNES.
de ce cou est reliée, des deux côtés, à la partie supérieure du corps
Fig. 48 (à 4 met.).
Fig. 49 (à 3 met.
^ M,ca,es. ai.e„si„„s ..U.s . .n.n.c. ...U,Ues.
par une anse
d’un beau dessin. L’ouverture véritable du vase est
POTERIE PEINTE DE 31YCÈNES,
ni
en tonne de tuyau, et toujours voisine du cou non percé \ Ces vases
présentent toujours une ornementation peinte très-variée, qui con-
siste en bandes circulaires horizontales, en spirales et autres déco-
rations de fantaisie qui varient d’un vase à l’auti'e. Le cou non
Fig. 50 à 54, — Fragments de vases peints de Myccncs. Dimensions réelles et dimensions réduites.
percé de ces vases se termine par une surface plane ; an centre de
cette surface, il y a généralement un point blanc, entouré de trois,
quatre, six cercles rouges, ou même davaidage ; (pielquefois c’esl
une croix qui est peinte an niilieu-dc ces cercles.
On rencontre quelquefois des vases delà même forme en Alliqiu' ;
on en a même découvert ([uelques spécimens à Chypre, aussi bien
1. Duils la ligure le guulut est eu partie caché par iiiic des anses.
m
FOUILLES A MYCÈNES.
que dans des tombes égyptiennes. M. Charles T. Newton a appelé
Fig. 57 (à 4 aièl.). ^ met.).
Fig. 55 à 61. — Fragments de vases peints de Mycènes. Dimensions réelles et dimensions rcdmles.
mon atlention sur qnaranie-trois vases de la meme terme absolu-
POTERIE PEINTE DE MYCENES,
129
ment; (jiie roii a trouvés dans un tombeau à lalysos, dans bile de
Fig. 64 (à 6 met.).
Fig. 66 (à 5 met.).
Fig. 65 (à 4 met.).
Fig. 67 0 5 met.).
Fig. 62 à 67. — Fragments de vases peints de Mycènes. Dimensions réelles et dimensions réduites.
Pdiodes, en même temps que d’autres objets que l’on reneoutre
MVCENKS.
9*
^30 FOUILLES A MYCÈNES.
aussi à Mycèiies ; mais on a trouvé aussi dans le même tombeau un
Fig. bS (ù 2 met.)
FlG. G9 (à 6 met ).
Fig. 70 (à 5 met.).
Fig. 71 et 72 (à 5 met.).
Fia. 68 à 72 - Fragmeius de vase» peiels de Mycèaes. Dliuensio,.» réelles el dimensions réduiles.
scarabée égyptien, avec le cartouche d’Amounof ou
d’AinénophisIII,
POTERIE PEINTE DE MYCÈNES.
131
dont le règne, selon les égyptologues, remonte au moins à 1400
Fiü. 78 (à 5 mèl.).
Fig. /3 à /8. Fragments de vases jieints de Mycènes. Dimensions rdelles et dimensions re'duites.
avant Jésus-Christ. CommeàMycènes, la décoration peinte varie avec
m FOUILLES A MYCÈNES.
chaque vase ; vu que, dans la plupart des cas, elle est des plus com-
pliquées et n’a jamais été rencontrée ailleurs, j’essayerais vainement
de la décrire ; je renvoie donc tout simplement le lecteur aux figures.
Mais je puis faire observer d’une manière générale que les spirales
sont l’élément principal de cette décoration ; que les fragments des
vases dits vases attiques, à dessins géométriques, sont en grand
nombre ; que l’on rencontre par occasion des fleurs, des branches
et des leuilles ; que les bandes composées de signes cunéiformes,
qui peuvent être imités des arêtes du poisson, sont fréquentes,
ainsi que les lignes en zigzag et les
.bandes circulaires qui entourent le
vase. On voit souvent la croix avec
les marques de quatre clous, ainsi
que le signe qui est générale-
ment représenté avec quatre points,
indiquant les quatre clous Ces
signes ne peuvent représenter que le
siiastilm^ formé de deux morceaux
de bois mis en croix et fixés avec
quatre clous, et au point de jonction
desquels on produisait par frotte-
ment le feu sacré à l’aide d’un
troisième morceau de boisfMais lacroix et le signe FE ne se ren-
contrent le plus souvent que sur des vases à dessins géométriques.
On voit quelquefois sur ces vases des représentations d’oi-
seaux et de quadrupèdes ; toutes ces images sont très-archaïques,
particulièrement celles des quadrupèdes ; il est quelquefois difficile
de découvrir quel animal l’artiste à eu l’intenLion de représenter ^
Ainsi l’on rencontre souvent des animaux avec des jambes très-
longues, un corps semblable à celui d’un cheval, une tête terminée
en bec de cigogne, mais avec deux cornes semblables à celles de la
gazelle\ D’habitude, ces animaux sont d’une couleur rouge unie ;
1. Voyez Troie et ses ruines, chap. VI, p. 103-104.
2. Voyez les figures 31, 35, 41, 40, 50 et 5:2.
. Voyez les figures 31, 35, 50 et 52.
Fig. 80. — Vase peint. Fond jaune, lignes noires,
boucliers rougeâtres (à 2 met.). Grandeur
re'elle.
POTERIE PEINTE DE MYCÈNES.
quelquefois ils sont ornés de spirales. Dans certains cas, les ani-
maux représentés ressemblent beaucoup à des gazelles ou à des
boucs b L’oiseau que l’artiste mycénien a le mieux réussi à repré-
senter est le cygneb II est difficile de distinguer à quelle espèce
appartiennent les autres oiseaux b On peut dire que l’artiste a éga-
lement réussi dans ses représentations défigurés humaines; mais
les vases sont brisés en tant de morceaux, qu’il y a très-peu de
ces figures qui soient complètes. Le petit vase (fig. 80) montre
des guerriers armés de grands boucliers ronds ; et sur un fragment
(fig. 47) est représenté un homme coiffé d’un casque, conduisant un
Fig. 81. — Tête humaine sur l’orifice d’une cruche Fig. 82. — Tête humaine sur un fragment de
(à 5 mèt.). Grandeur réelle.
cheval de la main droite et portant une lance dans la main gauche.
Sur d’autres fragments, il n’y a que des corps sans tête. La
figure 81 est l’orifice d’une cruche qui porte une tête humaine
modelée. Il y a aussi une tête humaine peinte sur un fragment de
poterie (fig. 82) ; l’œil est démesuré, et la coiffure a la forme d’un
bonnet phrygien. Toutes ces images sont très-archaïques.
La plupart des vases à large orifice sont peints à l’intérieur
aussi bien qu’à l’extérieur; et, dans bien des cas, les peinlures inté-
rieures sont de beaucoup supérieures aux autres par foriginalité
et la profusion des couleurs. Ainsi, par exemple, j’ai trouvé un frag-
ment de vase qui était orné à l’extérieur de dessins représentant
des daims, et à l’intérieur d’images d’hommes et de femmes.
1. Voyez les figures 41 et 48.
2. Voyez les figures 33, 40,42 et 45.
3. Voyez les figures 30, 43 et 44.
134
FOUILLES A MYCÈNES.
Je trouve souvent des fragments de trépieds en terre cuite avec
deux grandes anses; les trois pieds, comme les anses, sont percés
de deux, trois, quatre et même cinq trous, qui ne peuvent avoir
servi qu’à suspendre les trépieds avec des attaches. Dans beaucoup
de vases sans pied, le rebord de la base est percé des deux côtés
d’autant de trous que les anses.
Je n’ai pas trouvé de couvercles percés de trous, mais je ne doute
pas qu’il n’en ait existé et que, comme dans presque tous ceux que
Ffg. 83. — Coupe de terre cuite (à 3 met.). Aux 5/8«® environ de la grandeur re'elle.
j’ai trouvés à Troie, les trous des vases n’aient servi non-seulement
pour les suspendre, mais encore pour fixer les couvercles, afin de
mettre en sûreté le contenu des vases.
Tous les vases trouvés jusqu’ici ont été façonnés au tour, excepté
les petits, qui ont été évidemment modelés à la main. J’ai trouvé,
il est vrai, deux fragments d’une grossière poterie façonnée à la
main, que l’on ne peut comparer qu’à la plus grossière poterie des
Kitchen-middens danois {Kjdkkenmoddinffe) ; mais il est évident
qu’ils avaient été apportés d’ailleurs'.
1. Pendant les quatre mois qu’ont duré les fouilles de Mycènes, je n’ai trouvé aucun
autre fragment d’une poterie aussi grossière.
POTERIE PEINTE DE MYCÈNES.
m
Comme à Tirynthe, les coupes sont pour la plupart d’une argile
blanche en forme de grands verres à bordeaux; presque toutes ont
une anse (voy. fig. 83). Mais il y a une grande quantité d’autres
coupes de même forme qui sont d’un rouge uni brillant, et d’autres
qui, sur un fond uni d’un rouge clair, sont décorées d’un grand
nombre de bandes d’un rouge foncé, circulaires et parallèles
(voy. fl g. 84, 88).
Ce qui mérite d’attirer particulièrement l’attention, c’est que j’ai
Fig. 84 (à 4 met,), 85 (à 8 met.), 86 (à 5 met.), 87, 88 (à 4 met.), 89 (à 8 met.).
Fig. 84-89. — Fragments de poterie peinte. Demi-grandeur.
trouvé k Troie des coupes qui ont absolument la même forme, à
une profondeur de 50 pieds (i5 mètres) (voy. mon A//ûs des Aiui-
quités troyennes, pl. 105, n^'^Sii); ensuite, que quatorze coupes
de la même forme exactement ont été trouvées à Rhodes, dans le
tombeau d’Ialysos déjà mentionné; elles sont maintenant au
136
FOUILLES A MYCÈNES.
Musée Britannique. Il n’y a de différent dans ces dernières coupes
que les peintures ; la plupart représentent la seiche [sépia), ou bien
des spirales, ou bien ce curieux animal marin que l’on rencontre si
fréquemment sur les poteries de Mycènes (voy. fig. 213, a, h),
mais jamais sur les coupes mycéniennes.
Depuis le 7 août, j’ai pu recueillir plus de deux cents idoles
Fie. 92 (à 6 met.). Fio. 93 (à S”, 50).
Fig. 90 à 93. — Idoles de terre cuite. Dimensions réelles.
de Hèraen terre cuite, plus ou moins endommagées, ayant la forme
d’une femme ou celle d’une vache.
La plupart des idoles à figure de femme portent des ornements
IDOLES DE HÊRA EN TERRE CUITE.
137
peints eu rouge vif sur un fond uni, rouge clair, deux mamelles en
relief, au-dessous desquelles se dresse de chaque côté une longue
Fig. 94 (à 9 mot.). Fig. 96 (à 5 met.).
Fig. 95 (à 4 mot.). Fig. 98 (à met.).
Fig. 94 à 93. — Idoles do ten’c cuite. Dimensions réelles.
corne; reusemble des deux cornes donne la figni'e d’nndemi-cerole :
comme je l’ai dit relativement aux idoles de ïirvnlhe, elles doivent
)3g FOUILLES A MYCÈNES.
avoir pour objet de représenter ou des cornes de vache, ou les
cornes symbolntues du croissant de la lune, ou les deux choses a
la fois. La tête de ces idoles est d’une forme très-comprimée et
Fig. 102 (à 5“, 50).
Fig. 99 à 102. — Idoles de terre cuite. Dimensions réelles.
généraleiTieiit coiffée d’un grand polos. La partie inférieure a la
forme d’un tube qui s’élargirait graduellement. Il est a remar-
quer qu’une idole en terre cuite, de la meme lorme exactement,
IDOLES DE HÈRA EN TERRE CUITE.
139
a été trouvée dans le tombeau d’Ialysos, déjà mentionné; elle
est maintenant au Musée Britannique.
J’ai aussi trouvé des idoles de cette espèce avec un polos très-
Fig. 103 (à 2 met.).
Fig. 104 (à 7 mèt.).
Fig. 105 (à 7 met.).
Fig. 100 (à 3 mèt.).
Fig. 107 (à 2 met.).
Fig. 108 (à 7 met.).
Fig. 103 à 108. — Idoles de terre cuite. Dimensions réelles.
bas (fig. ili), et peut-être une douzaine qui n’ont point de cornes;
toute la partie supérieure du corps jusqu’au cou présente la
figure d’un disque (fig. 90, 91, 9^2, 9d, M2) ; la tête est nue,
et la chevelure est souvent indiquée par une longue tresse qui
pend sur le dos. J’ai encore rencontré quelques idoles à tête
d’oiseau, avec ou sans coiffure; leurs yeux sont grands, elles
140
FOUILLES A MYCÈNES.
ii’ont pas de cornes, mais deux mains bien indiquées et croisées
sur la poitrine (fig. 99, 100, 101). J’ai recueilli aussi la figure
Fig. 109 (à 5 met.).
Fig. 110 (à 2 met.).
Fig. 109 et 110. — Idoles de terre cuite. Dimensions reelles.
en terre cuite, haute de 6 pouces (0‘'\15), d’une femme vieille
Fig. 111. — Idole de terre cuite (à 4 met.). Grandeur reelle.
et laide, probablement une prêtresse (fig. 119); les traits ne sont
certainement ni égyptiens ni assyriens; les mains ont été brisées.
IDOLES DE IIÈRA EN TEUDE CUITE.
l/il
mais elles étaient évidemment en saillie; la figure a une très-
grossière ornementation de lignes noires sur im fond uni, rouge
foncé; la poitrine est ornée d’une certaine quantité de lignes en
zigzag, qui représentent peut-etre le feu. Le fragment de la
Fig. 112. — Idole de terre cuite. Fig. 113. — Figure de terre cuite
Grandeur réelle. (à 1 met.). Aux 5/6®® de la grandeur réelle.
ligure 110, d’après son attitude, semble avoir représenté un
cavalier à cheval.
Quant aux idoles à forme de vache, il en a été trouvé des cen-
taines, mais toutes plus ou moins brisées. C’est un fait très-digne
de remarque que dans le tombeau d’Ialysos on a trouvé encore
deux idoles pareilles, qui sont maintenant au Musée Britannique ;
elles sont très-bien conservées, et portent la même oiTiemenlalion
peinte que les idoles à forme de vache de Mycènes.
Le fer était déjà connu des Mycéniens, cai‘ j'ai trouvé |dnsieurs
couteaux de fer; de plus quelques clefs curieuses; rime de ces
FOUILLES A MYGÈNES.
14-2
ciels est très-épaisse, elle a 5 pouces | (O'” ,14) de long, quatre
dents, ayant chacune 1 pouce | (0‘'',03 |) de long, et un anneau de
par la forme de ces couteaux et de ces clefs, je n’hésite pas
à exprimer l’opinion que ces objets appartiennent à une époque
suspension à l’autre extrémité (voy. fig. 120). Mais, à en juger
Fig. 120. — Objets en bronze, en }ilomb et en fer, à un tiers de la grandeur réelle.
USTENSILES DE BRONZE *ET DE DIERRE.
U3
postérieure de Thistoire de Mycènes, et meme qu’ils datent du
commencement du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Pour-
tant je dois faire remarquer qu’une clef en fer, de forme parfaite-
Fig, 121 Fig. 122 Fig. 123 Fig. 124 Fig. 125
(àlmèl.). (à 3 met.). (à 3”, 50). (à7mèü.
Fig. 121 à 125. — Couteaux de bronze. Grandeur reelle.
ment identique avec la grande clef à quatre dents, se trouve dans
la salle V de la collection égyptienne du Louvre.
J’ai trouvé aussi un grand nombre d’objets en forme de boutons,
qui semblent avoir servi d’ornements soit sur les portes des mai-
sons, soit ailleurs b Ces objets sont d’une couleur noirâtre et
brillante. D’après l’analyse de mon honorable ami M. Xavier
1. Ces objets ressemblent à ceux qui sont représentés aux figures 137, 139 et 165.
Ii4
FOUILLES A MYGÈNES.
Laiiderer, professeur de chimie à Athènes, ils sont d’une argile
Irès-cuite et couverts d’un vernis de plomb. En fait d’objets de
bronze, j’ai découvert plusieurs couteaux bien conservés ; l’un de
ces couteaux (tlg. J 25) a encore une partie de son manche, qui
est en os; deux pointes de bêche, qui n’ont pas de barbes
Fig. 12G. — Pointes de flèciie, hachettes et autres objets de pierre (a 3 met ). Grandeur re'elle.
, comme les têtes de bêches carthaginoises que j’ai
recueillies l’an dernier dans mes fouilles à Motyè, en Sicile.
En fait d’ustensiles de pierre, j’ai trouvé deux hachettes de
serpentine, d’un beau poli (voy. fig. 126, à la seconde rangée);
quantité de poids de diorite et de meules à main pour moudre
le blé, en trachyte ; elles ont 8 pouces (0”\20) de long et
5 pouces J (0'", 13) de large , et ressemblent pour la forme à des
œufs coupés par la moitié, dans le sens de la longueur. On
broyait le grain entre les faces planes de deux de ces meules ;
nSTUUMEXTS DE MUSJQUE.
145
mais ce procédé de mouture uc pouvait douuer qu’une sorte de
gruau et iioii pas de la farine; le grain ainsi broyé n’aurait pu
servir à faire du pain. Dans Homère nous le voyons employé
à faire une sorte de potage et aussi à saupoudrer la viande^.
Nous n’avons découvert qu’une petite parcelle d’or; pas encore
d’argent, mais du plomb en grande quantité.
J’ai trouvé aussi un disque de terre cuite, petit et épais, avec une
rainure tout autour pour qu’on pût le suspendre par un fil ; un des
côtés, qui est bien poli et semble avoir été couvert de cire, porte
gravé un certain nombre de fois le signe que l’on rencontre
si fréquemment dans les ruines de Troie. On y trouve les fusaïoles
par centaines ; presque toutes sont d’une belle pierre bleue, sans
aucun ornement (voy. fig. l5). Le tombeau d’Ialysos contenait des
fusaïoles absolument du meme genre. Jusqu’ici, je n’ai rencontré
({lie cinq fusaïoles de terre cuite et sans ornements.
Il semble que les Mycéniens aient été musiciens, car j’ai trouvé
le fragment d’une lyre en os, avec des ornements élégants
Fig. 127. — Fragment d’une Ijro en os (à 3™, 50), aux 7/8«s environ de la grandeur réelle.
(tig. 127), et une flûte, dont nous avons les trois morceaux (fig. 128,
129,130 a), qui ont été découverts au meme endroit, ({uoique à des
1. y/.,XVllI, 558-5G0:
KriP'jy.eç ô’ ànàveuOsv utio opui oaîxa ttévovto,
poOv û’ teps'JO'avTsç p-lyav apKpsTrov, aï Sà yuvaixsç
GStTîVOV £p''0oi(7tv, Asux’ «X^tTa TioXXà UaX’JVOV.
« A l’écart, des hérauts préparent sous un chêne un abondant repas ; ils ont sacrifié un
énorme taureau qu’ils apprêtent; les emmes les secondent en préparant pour le repas des
travailleurs un potage de gruau lilanc. »
2. 0(1., XIV, 76-77 :
’Our/iO-a? o’ apa recevra çipcov 7Tap£6r,x’ ’llouo-r/i'
Ospp.’ a'jToî; op£XoÎG-tV o ô’ aXcpira Xsuxà TrdXovîv.
« Lorsqu’elles (les chairs de porc) sont rôties, sans les retirer des broches, il les pose brû-
lantes devant Ulysse et les saupoudre de farine blanche...»
MYCÈNES. 10
lie FOUILLES A MYCÈAES.
profondeurs différentes, et qui évidemment appartiennent tous les
Fig. m (à 3 met.). Fig. 129 (à G met.)
Fig. 128 et 129. — Extrémités supérieure et inférieure d’une flûte. Grandeur réelle.
trois au même instrument. La figure 129, ou pièee supérieure de
la flûte, ainsi que la figure 128, ou pièee inférieure, est en ivoire :
ces deux pièces portent une ornementation très-symétrique, gravée
en creux. Le fragment du cylindre de la flûte ffig. 130 a) est en
pierre ollaire, le lapis ollaris de Pline ; nous avons donc au complet
130 (à 3", 60). 130 fl (à 2 met.). 131 132 133 131 135 13G
(aim.). (à 3 m.). (à 7 m.). (à 3 m.). (à 5 m.). (à3iu.).
Fig. 130-13G. — Peigne et aiguilles d’ivoire aux 5/8''"* euviron de la grandeur réelle.
Not.v. — La ligure 130 a est un morceau de la flûte dont font partie aussi les figures 128 et 129.
une merveilleuse Ilûte mycénienne, composée d’ivoire et de pierre.
OIIJETS VARIES DECOUVERTS. 147
Mais la pierre ollaire semble avoir été Iréquemmcnt employée
chez les anciens dans la fabrication des flûtes, car je possède moi-
inème une flûte en lapis ollaris trouvée dans un tombeau à Ithaque ;
elle porte rinscription HIAP02 (forme archaïque d’ûy^oc)*, et
semble remonter au sixième ou
au septième siècle avant Jésus-
Christ. J’ai recueilli encore un Irasf-
a^/\pQM
Inscription de la ilùtc d’Ithaqiic.
ment de vase en cristal et un peigne (fig. 130) ; ce peigne est en
ivoire. Il a été trouvé à 12 pieds (3'“,60) de profondeur; il porte
au milieu un trou qui servait à le suspendre par un fd.
Je trouve fréquemment ici des morceaux de terre cuite plats
avec des ornements peints ou imprimés en creux ; ces objets oiiL
dû servir à revêtir les murs intérieurs des maisons (fig. 137 et 139).
F;g. 137 (à 5 nièt.).
Fig. 138.
FiG. 133 (à 3 iiicl. j.
Fig. 137 à 139. — Ornements en erre cuite, grandeur réelic. La ligure 138 est un bouton d’or.
A line profondeur qui varie lentre 10 et 11 pieds (3 mètres ou 3'“,30),
quelquefois à 6 pieds \ (1"‘,95) seulement au-dessous de la surface,
je mets au jour des murs de maisons cyclopéens, bâtis de pierres non
travaillées, ajustées sans mortier ni ciment, et dont les fondations
reposent sur le roc meme, â une profondeur au-dessous de la sur-
face, qui varie entre 20 et 24 pieds (6 mètres â 7‘",20). Les pieri’cs
angulaires de ces maisons sont remarquables par leur grosseur.
A l’extrémité nord de ma tranchée, j’ai mis à découvert une
partie d’une conduite d’eau de construclioii cyclopéenne, qui
est encore plus l’ennirqualile que cellt's de Tiryntbe; car ces der-
1. Voyez mon ouvrage : Ithaque, le Pélojwanése, Troie.
148
FOUILLES A MYCEAES.
nièrcs, au moins, reposent sur le roc vif, tandis qn’ici la condnite
est enterrée dans les décombres, et les pierres, non taillées, sont
ajustées sans ciment ni mortier: on se demande avec étonnement
eomment une ean conrante a pn traverser ce conduit sans se
perdre à travers les interstices.
Tout près de cette conduite cyclopéenne, il y a douze récipients
formés de grandes dalles de pierre sablonneuse et recouvertes de
pierres plus petites; dans mon opinion, ces récipients ne pemanit
avoir été autre chose que douze petites citernes.
A quelques mètres au sud de ces réservoirs, j’ai découvert deux
stèles funéraires de pierre sablonneuse, orientées en droite ligne
du nord au sud et décorées de bas-reliefs du plus haut intérêt.
Malheureusement celle du nord est d’une pierre sablonneuse peu
résistante, ce qui fait qu’elle est brisée en plusieurs endroits et
que la partie supérieure ne s’est pas conservée. Elle a 6 pouces
(0"Vl5) d’épaisseur, 4 pieds (l'",20) de haut, 4 pieds 2 pouces
(i'",^i5) de large à la partie inférieure et 3 pieds 8 pouces ^ (i*»/!!)
a la partie supérieure. La décoration se compose d’un sujet unique,
entouré en dessous et sur les côtés d’uue large bordure, qui forme
un encadrement très-simple, composé de fdets parallèles. Elle
représente un sujet de chasse L Sur uu char, traîné par un seul
cheval, le chasseur est debout, il tient les rênes dans sa main
gauche, et dans sa main droite une épée longue et large. A cause
des fractures de la pierre, on ne voit pas distinctement la partie
su])érieure du char; mais on distingue bien la roue, dont les
(juatre rayons forment une croix. La manière dont le cheval
allonge les jambes de devant et celles de derrière semble indiquer
(|u’il est lancé à toute vitesse. Au-dessous, à gauche, un lion
passablement dessiné, avec une queue recourbée, donne la chasse
à un animal sauvage qui fuit, probablement un chevreuil, mais
dont la queue est beaucoup trop longue. Juste au-dessus du dos
du chevreuil, entre les jambes du cheval, est étendu un objet que
l’on ne peut reconnaître ; cet objet peut être aussi bien un homme
1. Voyez la ligure 2i eu tèle de ce chapitre.
PIERRES TOxMRALES SCULPTÉES. 149
renversé qu'un char l\ deux roues. De chaque colé, dans la lar^e
Flo. liO. — Socoiide siMo fimcrairo Inaivéo aii-dossiis dos toml):'aiix ilo l’ai'ropolo (à i môlivsi,
Eiiviroa à 1 1:2'^ do la grandoiii’ rdollo.
bordure Ibruiée par deux filels jiaralléles, soûl irois ovalis ou
carlouches, couleuaul une oiaieiueulalioii trés-eiu’ieuse, qui, à
1
Î50 FOUILLES A MYCÈNES.
première vue, semble avoir une signification symbolique ; mais,
en y regardant de près, on trouve que ce n’est pas autre chose,
qu’une belle décoration composée de spirales. A la base, il y a
trois filets horizontaux. Derrière le char, on voit une rangée de
signes qui ressemblent à des lettres ; mais ces signes aussi ne sont
probablement pas autre chose qu’une ornementation.
A i pied (0'“,30) seulement de cette stèle funéraire, et sur la
même ligne, se dresse l’autre (fig. 140), qui est d’une pierre sablon-
neuse plus dure que la première, et par conséquent beaucoup mieux
conservée. Elle n’est endommagée qu’au sommet, où il peut man-
quer un morceau d’environ 6 ou 8 pouces (0‘“,15 à 0‘",20) de haut;
à la base,ellea3 pieds lOpouces (l‘'',i5) de large et 3pieds 7 pouces
(1”',08) au sommet; sa hauteur est de 6 pieds (l'“,80). Elle est
divisée en deux compartiments superposés et séparés par un fdet
horizontal et encadrés sur trois côtés par deux bandes parallèles.
Le compartiment supérieur représente quatre rangées horizontales
et parallèles, chacune de six spirales, dont deux sont complètes et
les deux autres incomplètes ; il y a donc en tout vingt-quatre spi-
rales unies les unes aux autres et représentant une bande en relief
qui couvre le champ tout entier d’une sorte de réseau. Selon la
remarque judicieuse du D’’ Fr. Schlie, ce dessin est le même,
en principe, que celui que fou obtiendrait en menant des tan-
gentes horizontales et verticales, et qui formerait la figure appelée
méandre (voy. fig. 140
Dans le compartiment inférieur est représenté un guerrier sur
son char ; il semble plutôt assis que debout, car la partie inférieure
du corps n’est pas visible; tandis que, selon les procédés de l’art le
plus primitif, sa tête est représentée de profil, sa poitrine est vue
de face, sans aucune préoccupation des lois de la perspective. Il
touche de sa main gauche une épée qui est encore au fourreau et
dont la garde se termine par un pommeau volumineux. Dans la
main droite, il tient un objet de forme allongée qui se termine à la
bouche du cheval. Cet objet, assez épais à la hauteur de la main, va
en s’amincissant graduellement et ressemble beaucoup plus à une
lance qu’à des rênes; il est difficile de dire lequel de ces deux
151
CHARIOTS MYCÉNIENS ET HOMÉRIQUES.
objets l’artiste a eu riiiteiition de représenter. Le char est tiré par
un étalon, le monvement de ses jambes semble indiquer qu’il est
lancé au galop b La queue de l’animal est dressée et ne se recourbe
qu’à l’extrémité. Les jambes sont si trapues et la queue si épaisse
eu proportion du corps, que, sans la forme de la tête, on pourrait
croire que le sculpteur a voulu représenter un lion; d’autre part,
les oreilles de cet étalon ressemblent plutôt à des cornes qu’à des
Fro. 140 rt. — Dessins de méandres à lignes droites et à lignes courbes.
oreilles de cheval. Juste devant le cheval un guerrier est debout ;
de sa main droite il saisit la tête du cheval; dans sa main gauche,
qui est levée, il tient une épée à double tranchant ; il semble plein
d’angoisse; sa tête est représentée de profil, tandis que le corps est
vu de face, sans aucun souci des règles de la perspective.
Pour remplir l’espace vide, l’artiste, au-dessous de cette
figure et de celle du cheval, a sculpté des dessins de volutes, dont
la deuxième, la troisième et la quatrième spirale sont plus déve-
loppées que les cinq autres, parce qu’en cet endroit l’ailiste avait
plus d’espace.
1. Comme on n’entend jamais parler de chars de l’àge héroïque attelés d’nn seul cheval, peut-
être celui-ci, dans l’intention de l’artiste inexpérimenté, est-il destiné à en représenter deux,
l’un cachant l’autre. La môme remarque s’applique aux deux stèles (lig. il et 141).
152
FOUILLES A \1YCÈNES.
M. Postolakkas me fait remarquer que le eurieiix rubau eu relief
qui est au-dessus du cheval ressemble à la pella lunata des Ama-
zoues, telle qu’elle est représentée sur les aucieus vases. Ce rubau
eu relief se compose de deux spirales liorizoutales opposées l’iiue
à l’autre.
Le char nous offre im spécimen unique et très-précieux du char
homérique, dont ou u’avait jusqu’ici qu’une idée confuse. La caisse
du char {ndpivq) ne forme pas un demi-cercle, comme ou avait
riiahitude de se l’imaginer d’après les sculptures de l’antiquité
classique et d’après le char antique conservé au musée de Munich,
mais elle est qiiadraugulaire. D’après Vlliade^ (XXIV, 190 et 267),
ou voit que l’habitude était d’attacher la caisse sur le char toutes
les fois que l’on voulait s’eu servir. Sur trois côtés de la caisse nous
voyons une bande ou lîlet ; c’est sans aucun doute ce qu’Uomère “
désigne par le mot que le comte de Derby a traduit par
rail (barre).
Différent du char homérique des dieux, dont les roues (y.{jyly)
avaient huit rayons, les roues du nôtre u’eu avaient que quatre,
disposés en croix autour de l’essieu dpcplç) L Juste derrière
le guerrier qui est sur le char, il y a un signe très-curieux, dont
la pnrtie inférieure se termine par un long crochet et la partie
supérieure par une volute. M. Postolakkas me rappelle que
ce même signe se rencontre fréquemment sur les médailles des
familles romaines, par exemple, sur celles de Jules César, de
1. Homère se sert aussi du mot 7i£''ptv6a (qui ne se rencontre qu’cà l’accusatif) pour désigner
la corbeille d’osier qui servait à assujettir la charge sur la charrette (à'fjia^a) ; ce sens du mot,
qui est le sens primitif, peut servir à nous faire comprendre par induction quelle était aussi
la forme du Tisîptvç dans le char (cf. OcL, XV, 131).
2. //., V, 727-728 :
Ai'cppoç Ô£ '/pucréoiat xa\ àpyupsoiaiv i[i.aa'.v
ewéraxai ’ ootai oè TrepiSpopoi avxoylç s’unv.
« Le char était suspendu sur des bandes d’or et d’argent, et tout autour courait une double
bande ou filet. «
3. Mon ami, M. W.-S.-W. Vaux, appelle mon attention sur ce fait que cette roue à quatre
rayons, ainsi que les roues à quatre rayons que nous voyons dans les figures 2i et 120 et dans
celles des intailles mycéniennes décrites plus loin, est un caractère particulier aux monnaies
grecques primitives. Les roues primitives ont six rayons chez les Égyptiens, les Éthiopiens et
les Assyriens. Dans les sculptures persanes Akhéménides , on voit des chars dont les roues ont
huit rayons.
CARACTÈRE DE LA SCULPTURE.
1 53
^iarc Anlohio, etc. ; dans son opinion, ce n’est pas antre ciiose qiie
le bâton des augures, en latin Utmis.
En examinant avec soin les scnlptnres de ces stèles funéraires,
je Ironvc une symétrie et un soin si merveilleux dans le travail des
ornements en spirales, que je suis presque tenté de croire qn’nn
pareil travail a pu être produit seulement par une école de sculp-
teurs qui avaient depuis des siècles travaillé dans un style ana-
logue. D’un autre côté, les figures d’hommes et d’animaux sont trai-
tées d’une façon aussi grossière et aussi enfantine que si elles
étaient le premier essai d’un artiste primitif pour représenter la
nature vivante. Mais pourtant il y a une grande ressemblance entre
les corps des animaux et ceux des lions qui sont au-dessus de la
grande porte; ils représentent le meme style artistique, et si les
animaux des stèles funéraires sont plus grossiers, cela tient peut-
être à la qualité inférieure de la pierre sablonneuse. Probablement
l’artiste primitif qui les a sculptés aurait produit quelque chose
de meilleur s’il avait eu à travailler le beau basalte dur où sont
taillées les sculptures de la porte des Lions. Je n’ai donc pas la
moindre raison de ne pas admettre que les stèles funéraires
sculptées peuvent être à peu près de la meme époque que les
lions qui sont au-dessus de la porte.
1 1
Fig. lil. — Troisième slèlc funéraire trouvée au-dessus des tombeaux de Tacropole (à 4 mètres).
Environ à J/10® de la grandeur réelle.
CHAPITRE lY
FOUILLES DAXS LA CITADELLE DE MVCÉXES {sUlite)
Salaires et prix du travail à Mycèiies. — Le double cercle de dalles.*— Encore deuKSlèdes sculptées
— Stèles sans sculptures. — Cendres et ossements près des stèles, provenant sans doute de sacri-
lices. — Fragments d’autres stèles funéraires. — Le style de ces stèles est unique en son genre.
— Leur date probable : environ 1500 avant J.-C. — Maison cyclopéenne remplie de cendres
d’os, etc. — Objets trouvés en cet endroit et dans les douze réservoirs. — Importance signi-
ficative des stèles trouvées dans l’acropole. — Elles désignent les tombes royales que Pansa-
156
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
nias n'a mentionnées que d’après la tradition. — Fouilles dans le trésor voisin de la porte
des Lions ; il est à peu près aussi grand que celui d’Atrée. — Les vases, idoles antiques, etc.,
que l’on rencontre dans les décombres qui le recouvrent montrent qu’il est enfoui depuis une
haute antiquité. — Idoles de Hèra et autres trouvées dans le dromos et dans l’acropole en
grande quantité. — Tètes de vache sur des anses de vases, comme à Troie. — Moules pour
boucles d’oreilles et autres ornements d’or et d’argent, et curieux cônes d’argile. — Autres
ornements d’argile vernie, pierre ollaire, etc. — Nombreux objets de bronze. — Roues
curieuses. — Coulants de diverses pierres pour colliers, avec des intailles d’animaux, et
autres objets analogues de formes différentes. — Coupes à deux anses ; le oÉTiaç à[j.9tx'jTT:e>.).ov
d’Homère. — Profondeur des décombres. — Brèche dans le mur cyclopéen ; elle est bouchée
avec un mur antique de petites pierres. — La carrière de Mycènes.
Mycènes, 9 septembre 1876.
Depuis le 19 août j’ai continué les fouilles avec un nombre moyen
(le cent vingt-cinq travailleurs et quatre tombereaux attelés de
cbevaux, et j’ai obtenu de bons résultats. Je dirai, pour le lecteur
curieux de connaître le prix des salaires à Mycènes, que la journée
d’un travailleur ordinaire est de 2 drachmes et demie*, celle des
surveillants, de 5 ou 6 drachmes, et je paye chaque tombereau
8 drachmes. Les gens de ce pays, il est vrai, travaillent beaucoup
mieux et sont beaucoup plus honnêtes que ceux de la Troade.
Dans la tranchée voisine de la porte des Lions, j’ai été obligé
d’interrompre le travail pendant un certain temps, la Société ar-
chéologique d’Athènes ayant promis d’envoyer un ingénieur pour
réparer le mur cyclopéen au-dessus et a côté de la porte et assu-
jettir avec des crampons de fer la sculpture des deux lions, qui ne
serait pas en sûreté, en cas de tremblement de terre.
Dans la seconde grande tranchée, j’ai découvert un second mur
de 12 pieds (3™, 60) de haut, construit en pierres calcaires plus
petites, jointes sans ciment; il court parallèlement au grand mur
d’enceinte et forme ainsi une courbe d’environ un tiers de cercle.
l\ pénètre dans le champ voisin, que l’on fouille en ce moment; il
semble que c’est accidentellement qu’on lui a fait suivre une
direction parallèle à celle du grand mur. Il n’est pas vertical, mais
sa paroi ouest a une inclinaison de 75 degrés sur l’horizon, comme
la grande tour d’Ilion. Il est à remarquer que ce mur est mal bâti
et qu’on y trouve par intervalles des dalles plates travaillées, de la
1. La (Irachme grecque vaut 89 centimes en monnaie française.
LE DOUBLE CEliCLE DE DALLES.
157
iiièiiie pierre sablonneuse que les stèles, ce qui donnerait à penser
que le mur est d’une époque postérieure h eelle du grand mur
d’eneeinte eyclopéen. Sur ce mur, il y a deux rangées jiarallèles
de grandes dalles qui sont encore de la même espèce de pierre
sablonneuse, étroitement jointes ; elles ont lamême inclinaison que
le mur et paraissent former, en comprenant la partie qui est encore
enfouie dans le champ voisin, un cercle complet. Si cette supposi-
tion est exacte, le mur sur lequel sont dressées ces dalles n’aurait
été bâti que pour les exhausser dans la partie basse de l’acropole
et les mettre au niveau de celles dont les rangées se prolongent sur
le terrain voisin qui est beaucoup plus élevé. Un fait particulière-
ment digne d’attention, c’est qu’à l’intérieur du cercle, dont nous
ne faisons que supposer l’existence, et du côté vers lequel s’incli-
nent les rangées de dalles parallèles, l’espace vide a étéévidemmenl
comblé avec des décombres jusqu’à la crête meme du mur, aussitôt
après qu’il a été terminé*.
En cet endroit, j’ai souvent trouvé, à une profondeur de 3 ou
4 pieds {0'”,90 àl”b20), des cendres provenant de la combus-
tion de matières animales et des quantités d’os d’animaux ; mais
je n’ai pu constater s’il y avait parmi eux des os humains, aucun
crâne n’ayant été découvert. L’espace compris entre les deux ran-
gées de dalles inclinées était rempli de décombres mélangés d’in-
nombrables fragments d’une belle poterie archaïque et d’une
grande quantité d’idoles de Hèra ; mais on n’y a point trouvé d’os.
Dans l’intérieur de la courbe et tout près des deux rangées de dalles
parallèles, j’ai trouvé encore deux stèles sculptées, en pierre
sablonneuse dure (voy. fig. 141, 14^2). L’une de ces pierres est
sur la môme ligne que les deux stèles sculptées déjà décrites, et elle
n’est que de 1 pied 5 pouces (0’“,43) plus au sud. Elle a 3 pieds
8 pouces I de largeur à la base, et 3 })ieds 7 pouces J (
au sommet; 6 pouces (0'“,15) d’épaisseur et 4 pieds ^2 ponces
(1"',25) de hauteur. La longueur de la rangée des trois stèles est
1. Cette enceinte si curieuse sera décrite plus en détail dans le cliapitre V. On y trouvera
une discussion sur l’importante question de savoir à quoi elle était destinée.
158
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
donc de 13 pieds 8 pouces (4'‘\i0). Semblable aux deux autres
stèles, cette troisième pierre tombale que je viens de découvrir
(voy. fig. 141) porte sur son côté ouest une sculpture en bas
relief, divisée par un filet en deux compartiments et encadrée
des quatre côtés par deux filets parallèles. Il manque à la partie
supérieure un morceau que j’évalue àl pied (0''',30) de hauteur.
Dans le compartiment supérieur est représenté un guerrier, dont la
tète et le cou ont disparu avec la partie de la pierre qui a été
brisée. Il est représenté debout sur un char tiré, en apparence,
par un seul cheval, mais, je le répète, il se pourrait que ce cheval
fût destiné à en représenter deux, l’un cachant l’autre. Le mou-
vement des jambes et celui de la queue du cheval, qui est levée
en l’air, semblent indiquer qu’il court avec une grande rapidité,
absolument comme sur les deux stèles précédentes. Les deux
jambes de devant ne sont pas séparées, non plus que celles de
derrière; on dirait départ et d’autre une seule jambe très-large.
Dans cetle sculpture, les renes avec lesquelles le guerrier guide
le cheval sont nettement indiquées par une large bande. La
queue du cheval aussi est moins touffue et mieux propor-
tionnée, mais le corps même de l’animal est une reproduction
exacte de celui du bas-relief précédent. La caisse du char est
excessivement basse et très-petite, en comparaison de celle du
char de l’autre stèle ; mais elle n’est pas moins remarquable,
en ce qu’elle est entourée d’un fflet ou listel (avraS) qui est double
à la partie inférieure. Immédiatement derrière la caisse du char
on voit un couteau à deux trancliants, d’une largeur énorme et
dont le manche se termine par un très-gros pommeau. Gomme il
ne peut pas avoir existé de couteaux de cette dimension, jè présume
({ue l’artiste a voulu représenter une épée à deux trancliants avec
une garde terminée par un gros pommeau ; mais que, n’ayant pas la
place nécessaire, il a fait son épée très-courte, sans rien diminuer
toutefois de sa largeur, parce que, dans ce sens, la place ne lui
faisait pas défaut. La seule roue qui soit visible est analogue à
celles des chars représentés dans les autres bas-reliefs; elle n’a
également que quatre rayons formant la croix autour de l’essieu.
LA TROISIÈME PIERRE TOMRALE SCULPTÉE. J59
L’adversaire à pied, visible à droite, et dont la partie supérieure a
également disparu par suite de l’accident arrivé à la pierre, n’est
pas au même niveau que le cheval et le char ; il a l’air de planer en
l’air, sur le même niveau que l’homme du char. Il l’attaque avec
une longue lance sur laquelle on peut voir un objet d’une forme
particulière, qui ressemble beaucoup à une des idoles rudimen-
taires de Troie ^ et devait servir à cTCcrocher la lance sur l’épaule.
Dans le compartiment inférieur, nous voyons deux grands cercles
dont la réunion forme comme un huit couché horizontalement, et
dans chacun des deux cercles six spirales, dont les parties adja-
centes sont reliées ensemble alternativement à l’extérieur et à l’in-
térieur par des bandes en relief. Au-dessous de la sculpture, au
pied de la stèle, nous voyons deux spirales imparfaitement taillées
dans la pierre. On dirait que l’artiste avait fait une esquisse d’essai
du sujet qu’il allait sculpter sur la tablette. Les artistes de nos
jours font leurs esquisses sur papier, mais le sculpteur mycénien
primitif n’avait ni papier, ni crayon, ni plume, ni enci*e à sa dis-
position: aussi faisait-il son esquisse d’essai sur la pierre même,
mais dans la partie inférieure qui devait être enfoncée sous terre
et par conséquent cachée aux regards.
A une distance de 10 pieds (3 mètres) seulement de cette dernière
stèle, et presque en ligne droite avec les trois précédentes est une
quatrième stèle funéraire de la même pierre (fig. i42) décorée d’un
bas-relief également sur la face qui regarde l’ouest. Cette stèle est
aussi un trapèze qui a 6 pouces (0'",15) d’épaisseur, 6 pieds (i'“,80)
de hauteur, 4 pieds (l'",20) de largeur à la base et 3 pieds
10 pouces^ (l'",16) au sommet. Il manque à bipartie supérieure un
morceau qui avait probablement un pied (0"‘,30) de haut. Le coté
de cette stèle qui regarde l’ouest porte une large bordure à di’oile
et à gauche; l’espace compris entre ces deux bordures se divise en
trois compartiments verticaux de largeur égale, qui descendenl
])lus bas que la moitié de la pierre. A l’exception de deux lignes
verticales, qui forment une bordure à sa droite et à sa gauche, le
1. Voyez mou Atlas des antiquités troyennes, pi. 1“26, n“ :2560.
FOUILLP^S DANS LA CITADELLE.
1()0
coinpartiineiit du milieu u’ofîre auciiuc sculpture; il était proba-
Kii;. 14:2. — Quatrième stèle funéraire trouvée au-Jessus des tombeaux de l’acropole (à i nièlres).
A 1/9® à pou près de la grandeur réelle.
blemeiit destiné à ligurerpme coluuue. Les deux coiupartimeuts de
LA UÜATRIÈME LIERRE T03IRALE SCULPTÉE.
J61
droite et de gauche conticiiiicnt un dessin ondulé très-large, qui
représente les replis d’un serpent, et court du sommet h la
base du compartiment en suivant la direction des fdets. Quoique
ce dessin ne soit qu’en bas-relief, il est vigou-
reusement sculpté. Si, comme me le lait observer
le D" Fr. Schlie, nous avions à représenter le
dessin a par des lignes droites brisées, il produi-
rait l’effet indiqué par le dessin h.
Immédiatement au sud de cette stèle, sur la
même ligne qu’elle, à 1 pied (0”,30) seulement de distance, il y
en a une antre qui n’est pas sculptée. Deux autres stèles non
sculptées se dressent l’une près de l’autre à 23 pieds (6'“q90) vers
Fig. 143. — Fragmeiil d’uiic stcle (à 4 luèlres). Au ciiiquiriuc delà grandeur reelle.
l’est des trois premières stèles sculptées; enlin à 40pieds(i2niètres)
directement au sud des deux stèles non sculptées, il y a encore deux
stèles non sculptées, séparées l’imc de l’autre par une distance
de 4 pieds (l“q20). Toutes ces stèles non sculptées sont égalemenl
debout et font face à l’ouest; elles sont de la même pierre sablon-
MYCÈNES. I 1
I
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
162
neuse que les autres stèles et les dalles du cercle, et toutes ces
pierres proviennent évidemment des anciennes carrières qu’on voit
sur la route du Tréton, environ à moitié chemin entre Mycènes et
Némée.
Au pied de la stèle décrite la première, j’ai trouvé une poignée
Fiü. m. — Fragment d’une stèle funéraire (à 4 mètres). Au septième environ de la grandeur reelle.
de cendres noires, et au milieu de ces cendres un grand bouton
d’os recouvert d’un épaisse feuille d’or, sur laquelle est gravé un
cercle, dans ce cercle un triangle, et dans ce triangle un dessin
représentant trois larges couteaux dont les manches sont formés de
belles spirales. Je découvris également au pied de la plupart des
pierres tombales des cendres grises provenant de la combustion
de matières animales ; je crus d’abord que c’étaient des cendres
humaines; mais comme j’y rencontrais des os que je reconnus, en
163
FRAGM|ENTS DE STÈLES.
y regardant de plus près, pour des os d’animaux, j’en conclus que
ces cendres devaient provenir de sacrifices. Il a dû y avoir certaine-
ment en cet endroit encore d’autres stèles sculptées, car j’y trouve,
ainsi que dans le champ voisin, à une profondeur de 10 à 13 pieds
(3 mètres à 3“h90) au-dessous de la surface, (luantitè de fragments
de stèles funéraires.
Le plus intéressant de ces fragments (lig. 143) est d’nne pierre
sablonneuse dure : il a 15 pouces (0'",375) de longueur, 11 pouces
(0"h275) de largeur et 6 pouces I (O'^VlO) d’épaisseur. On y voit un
jeune garçon qui semble nu; sans aucun doute il était représenté
debout sur un char, car il tient dans sa main gauche les rênes
indiquées par une large bande ; sa main droite est aussi étendue,
mais elle ne tient rien ; sa coiffure est indiquée par deux lignes
164
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
courbes tracées sur la tête; les deux ligues verticales qui sont à
gauche faisaient partie de la bordure de la stèle. Un second
fragment de 22 pouces (0'",55) de longueur, sur 17 (0'”,43) de
Fig. 14G. 147, 148. — Trois fragments de pierres tombales (3 a i mètres). Au sixième environ de la grandeur réelle
largeur et 6 (0“Vl5) d’épaisseur provient d’une pierre sablonneuse
tendre ; aussi la sculpture en est détériorée et difficile a distinguer.
Le troisième fragment (fig. 144) a 2 pieds 6 pouces (0'", 75) de lon-
gueur, 2 pieds (0“\60) de largeur, et 6 pouces (0'”,15) d’épaisseur;
c’est évidemment la partie supérieure de droite d’une stèle. C’est
également une pierre sablonneuse tendre, aussi la sculpture en est-
elle très-détériorée. Cette pierre est divisée par deux filets en trois
compartiments : le compartiment supérieur et celui de droite
contiennent des spirales, tandis qu’on aperçoit la partie antérieure
de deux chevaux dans le compartiment inférieur.
FRAGMENTS DE STÈLES.
165
Uu antre fragment (fig. 145) est, selon tonte apparence, la partie
supérieure de gauche d’nne stèle ; il a 1 pied 8 ponces (0“\50j de
largeur, 2 pieds 2 pouces (0"h65) de hauteur et 4 pouces (0"VlO)
d’épaisseur ; il provient encore d’une pierre sablonneuse tendre. Il
porte à gauche une bordure composée de deux filets ; à la partie
supérieure quelques faibles traces d’un filet unique ; un filet hori-
zontal la divise en deux compartiments ; le compartiment supé-
rieur contient de belles spirales dont le dessin est le même que
celui de la figure 140; il ne reste du compartiment inferieur
qu’une petite partie où la sculpture est effacée.
Voici encore trois fragments de stèles ; ils sont d’une pierre
Fig. 149-150. — Fragment de stèles funéraires (3 à 4 mètres). Au douzième environ de la grandeur réelle.
sablonneuse dure, par conséquent mieux conservés. Le fragment de
la figure 146 al pied (0™,30) de hauteur, 10 pouces | (0'",27) de lar-
geur et 4 pouces ^0’^\12) d’épaisseur; il a une bordure formée de
deux bandes larges et de trois autres plus étroites; au-dessus de
cette bordure il n’y a de visible que le pied d’un cheval. Les frag-
ments inférieurs (fig. 147, 148) sont ornés de spirales; le premier a
10 pouces I (0"b27) de longueur sur J 0 pouces I (0"b27) de largeur et
4 pouces! (0"gl2)d’épaisseur ; l’autre a 10 pouces! (0''\^27} de lon-
gueur sur 10 pouces (0"b25)de largeur et 4 pouces ?- (0‘'Vl -) d’épais-
seur. Voici encore deux antres fragments de stèles (fig. 149, 150),
tous deux de pierre sablonneuse tendre ; le premier présente à
gauche des spirales, a droite un cheval ; le second n’a que des
166
FOUILLES DA^S LA CITADELLE.
spirales, il a 1 pied 6 pouces (0“'',45) de hauteur, 16 pouces (0"h40)
de largeur et 4 pouces (0'",i0) d’épaisseur.
J’ai été assez heureux aussi pour découvrir, à 3 pieds (0"h90)
seulement au-dessous de la surface, un fragment de colonne qua-
drangulaire de porphyre rouge, de 22 pouces | de longueur (0"‘,567)
sur 8 pouces (0'", 20) de laideur et 10 pouces (0'",25) d’épaisseur,
décoré d’un magnifique has-relief de palmettes, disposées dans le
sens horizontal (fig. 151). Deux de ces palmettes sont opposéesl’une
Fig. 151. — Fragment d’iine colonne quadrangulairc de porphyre ronge (à 1 mètre).
Au cinquième environ de la grandeur réelle.
à l’autre et réunies par une pièce intermédiaire, de forme rectangu-
laire. Cette pièce a en haut et en bas une bordure horizontale, le
reste étant divisé des deux côtés, à droite et à gauche, par trois en-
tailles verticales quiontlaforme de filets et qui partagent le champ en
sept rectangles allongés dans le sens de la hauteur. Le rectangle du
milieuest aussi large, àlui tout seul, que lés trois quisont de chaque
côté. Cette sculpture du milieu fait songer aux triglyphes doriques.
A droite et à gauche des palmettes, nous voyons des restes d’or-
nements de meme nature, et il semble que la colonne tout entière
ait été décorée de la même manière. Au-dessus des palmettes, il y
a une rangée de denticules, et il n’est pas douteux qu’il n’y en ait eu
une autre nu-dessons. L’ensemble des deux palmetles du milieu
COLONNE DE PORPHYRE.
167
donne l’idée d’nn salon meublé de sièges dans tout son pourtour.
J’ai encore trouvé, aune profondeur d’environ il pieds 6 pouces
(3''b45) le fragment d’une autre colonne ou frise de porphyre
rouge, de 8 pouces I (0‘",22) de longueur sur 10 pouces (0"b25)
de largeur et 4 pouces | (O"',! 05) d’épaisseur, décoré d’une belle
spirale (voyez fig. 152).
Bien que les procédés techniques employés pour les bas-reliefs
Fig. 152, 153, 151. — Fragments de frises*; au cinquième environ de la grandeur re'elle.
de toutes ces stèles et frises puissent ne pas différer beaucoup de
ceux que l’on constate sur toute une série de bas-reliefs archaïques
de l’ancien art grec, néanmoins on n’avait jamais jusqu’ici ren-
contré de pareilles figures ni une pareille ornementation dans
aucune sculpture grecque. Les stèles de Mycènes sont donc uniques
dans leur genre. Il est vrai que cette manière de remplir avec de belles,
spirales multiples l’espace non couveil par des formes d'hommes
1. La frise (fig. 153) est décrite plus loin, et la figure 210 la montre dans le sens de la largeur ;
le fragment de la figure I5i est aussi décrit plus loin.
168
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
OU d’animaux nous rappelle les principes de la peinture que l’on
voit sur les vases dits oriental isants. Mais nulle part on ne rencontre
dans les sculptures de Mycènes l’ornementation de plantes, qui est
si caractéristique dans cette classe d’anciennes décorations grec-
ques. L’ensemble de ce style est plutôt une ornementation linéaire,
avec des formes d’un relief puissant, et nous y trouvons une indi-
cation intéressante de cette époque du développement de l’art grec
qui précéda la période désignée sous le nom de gréco-phénicienne,
période où sa marche fut déterminée par des influences orientales.
M. Newton fait remonter avec certitude jusqu’à l’an 800 avant
Jésus-Christ le commencement de cette dernière période. Mais ces
représentations mycéniennes, exclusivement décorées d’une orne-
mentation linéaire en relief, offrent encore un autre intérêt. Nous y
voyons des êtres vivants, tels que l’homme, le cheval, le lion, le
chevreuil, non plus réduits plus ou moins à un simple dessin
linéaire, comme sur les fusaïoles de Troie h mais rendus, quoique
d’une manière grossière et enfantine, dans la plénitude de leurs
formes et précisément comme l’exige la nature du relief.
Ces réflexions nous conduisent à la conclusion, qu’il faut établir
une corrélation entre ces has-reliefs mycéniens et l’ancienne archi-
tecture de Mycènes. Comparons-les seulement à ce qui reste de
rornementation de la porte du trésor d’Atrée et à sa demi-colonne,
telle qu’elle a été restaurée par le professeur Donaldson^ En con-
séquence, il ne semble pas qu’il y ait témérité de notre part à rap-
porter ces monuments à l’anlhOOenviron avant Jésus-Christ et à les
considérer à l’avenir comme un anneau important dans la chaîne
de l’histoire de l’art. L’ornementation avec des spirales ne prouve
pas le moins du monde une influence orientalisante; car un fd de
métal a du donner à l’artiste primitif l’idée de l’ornementation spi-
rale; en effet, nous retrouvons ce genre d’ornementation même sur
les anciens monuments du Mexique et du Pérou.
Tout près des douze petits réservoirs, du côté nord de ma seconde
tranchée, il y a une maison cyclopéenne sans toit; même dans
1. Voyez mon Allas des antiquités troqennes, pl. 2, fig. 3i à 36.
2. Voyez le volume supplémentaire de ï Athènes, de Stuart.
STYLE DES SCULPTURES.
169
l'état OÙ elle est maintenant réduite, elle a 24 pieds (7'", 20) de
haut du côté sud. Elle ne contient qu’une chambre de 17 pieds
(5'“,10) de longueur sur 9 pieds I (2"", 85) de largeur; le mur de
l’est a 3 pieds 4 pouces (1 mètre) d’épaisseur, et le mur de l’ouest
3 pieds (0"h90). Du côté sud, elle a deux murs; le mur intérieur est
épais de 3 pieds 4 pouces (i mètre), le mur extérieur de 3 pieds
8 pouces (1”’,10); contre le mur du nord, qui a 3 pieds (0"h90)
Fig. 155. — Poids do jaspe, avec un trou pour le suspendre (à S"*, 50). Grandeur réelle.
d’épaisseur, s’appuie un autre mur épais de 6 pieds (l"g95) ; ainsi
le passage de la porte, qui est de ce côté, n’a pas moins de 9 pieds |
(2"g85) de long. J’ai fait des fouilles dans cette maison et j’y ai trouvé
des cendres de bois et de matières animales, mélangées d’os, parti-
culièrement d’os de porc, avec des milliers de fragments de vases
archaïques décorés de peintures. Mais je n’ai rien découvert qui
mérite d’être mentionné, sauf une certaine quantité de grains de
froment et de vesce, grillés, un poids de jaspe avec un trou pour le
suspendre (fig. 155), quelques vases archaïques bien conservés, le
fragment fig. 15G) d’un vase percé de trous semblables à ceux d'un
crible, et un certain nombre de fnsaïoles de piei're bleue. Un de
170
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
ces vases est particulièrement intéressant à cause des peintures qui
le décorent; elles représentent deux cygnes dont les têtes sont
réunies, comme celles des deux aigles dans les armes de la Russie.
Je n’ai pas été plus heureux avec les douze petits réservoirs for-
més chacun de quatre grandes dalles; car ils ne contiennent rien
autre chose que des restes d’ustensiles domestiques et en particu-
lier des fragments de vases archaïques.
Les quatre stèles funéraires sculptées et les cinq stèles funéraires
Fio. 156, — Fragment d’iin vase percé de trous (à S"", 50). Grandeur réelle.
non sculptées marquent sans aucun doute remplacement de tombes
creusées profondément dans le roc. Cependant je suis contraint
d’en remettre l’exploration jusqu’au moment où j’aurai terminé
toutes mes fouilles dans la partie nord de l’acropole.
C’est un fait significatif que la présence de ces nombreux tom-
beaux près de la porte des Lions, c’est-à-dire dans la partie la plus
imposante et la plus en vue de la citadelle, à l’endroit même où on
se serait attendu à trouver le palais du roi ; le fait est d’autant plus
significatif que les dalles des deux rangées parallèles sont sem-
blables de tout point aux cinq stèles non sculptées et aux dalles des
douze réservoirs, et que tons ces monuments semblent avoir été
érigés en même temps.
TOMBES DANS L’ACROPOLE.
171
Je ne connais pas d’exemple dans l’histoire d’une acropole qui
ait servi de lieu de sépulture, excepté le petit édifice des Caryatides
dans l’acropole d’Athènes, que l’on appelait le tombeau de Cécrops,
premier roi d’Athènes. Mais nous sommes sûrs aujourd’hui que
Cécrops n’est pas autre chose que Kacyapa ou Cacyapa, qui était
un dieu-soleil; par conséquent l’histoire de Cécrops enseveli dans
la citadelle n’est qu’un mythe. Mais ici, dans la citadelle de
Mycènes, les tombes ne sont pas des mythes, ce sont des réalités
tangibles. Quels étaient donc ces grands personnages, et quels
immenses services avaient-ils rendus pour qu’on leur fît l’honneur
insigne de les ensevelir dans un pareil endroit?
Je n’hésite pas un moment à proclamer que j’ai trouvé là les
tombeaux attribués par Pausanias, d’après la tradition, à Atrée,
à Agamemnon, le roi des hommes, au conducteur de son char,
Eurymédon, à Cassandre et à leurs compagnons. Mais il est absolu-
ment impossible que Pausanias ait pu voir ces tombeaux, parce
qu’à l’époque où il visita Mycènes (environ 170 ap. J.-C.) tous ces
monuments funéraires étaient recouverts depuis des siècles d’une
couche de décombres préhistoriques de 8 ou 10 pieds (2'", 40 à
3 mètres) d’épaisseur. Sur cette première couche, une cité hellé-
nique avait été bâtie, puis abandonnée environ quatre siècles
avant l’époque de Pausanias, après avoir ajouté une couche de
ruines helléniques de 3 pieds (0"\90) à la couche épaisse de
décombres préhistoriques. Ce n’est donc que par la tradition
qu’il peut avoir connu l’existence de ces tombeaux.
Au trésor qui est proche de la porte des Lions, le travail
avance très-lentement, parce que le sol est dur comme la pierre.
Aujourd’hui seulement ma tranchée a atteint une profondeur suffi-
sante pour me permettre de commencer à fouiller la niche trian-
gulaire qui est au-dessus de la porte. J’avais supposé que ce trésor
se trouverait être à peu près de la même dimension que le trésor
d’Atrée ; mes conjectures semblent être justifiées par la largeur
du chemin d’approche, dromos, qui a ^0 pieds 7 pouces (6'”, ! 8)
de largeur dans le trésor d’Atrée et 19 pieds 8 pouces (5"\90)
dans l’autre.
172
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
Ces édifices coniques, de 50 pieds (15 mètres) d’élévation, étaient
construits sous la pente même de la colline et destinés à demeurer
souterrains ; car, comme il a été constaté plus haut, la surface des
pierres est absolument irrégulière à l’extérieur; l’édifice tout entier
est enveloppé d’une couche épaisse de pierres dont le poids sert
à consolider la maçonnerie. Je suis sûr que la tradition a raison
quand elle dit que ces édifices mystérieux servaient h mettre en
sûreté les richesses des anciens rois. Mais ce qui est hors de doute,
c’est qu’aussi longtemps qu’ils ont servi de trésors, le dromos
et la porte n’étaient pas obstrués; ici se présente donc la grande
question: pourquoi et quand le dromos et la porte ont-ils été
enfouis sous cette effrayante masse de décombres?
On a affirmé qu’ils avaient été enfouis à l’époque de l’invasion
dorienne. Mais les fouilles faites dans le trésor d’Atrée ont-elles
donné autre chose qu’une table de pierre, quelques dalles sculptées
et des fragments de plaques d’airain? Eût-on pris la peine d’en-
fouir des trésors vides? Il demeure pourtant établi qu’ils furent
enfouis, mais à quelle date? Heureusement, pour répondre à cette
question nousavonsdes données fournies par la poterie de la couche
de décombres qui recouvre le dromos. En effet, j’y découvre con-
tinuellement une très-ancienne poterie peinte, ornée de dessins
géométriques, semblables aux vases attiques que l’on a considérés
jusqu’ici comme les plus anciennes terres cuites de la Grèce; j’y
trouve aussi de très-grossières idoles de Hèra, en terre cuite, oû
elle est représentée tantôt sous la forme d’une lemme, tantôt sous
celle d’une vache. On peut voir le style de cette poterie dans la
pièce qui porte la figure 157. A la droite de l’anse se trouve le
signe dont une partie seulement est visible; vient ensuite une
rangée d’animaux appartenant à une espèce que l’on trouve fré-
quemment sur les vases; cet animal a la forme d’une grue, mais
peut-être était-ce un cheval dans l’intention de l’artiste ; ensuite,
on y voit un beau méandre. Sur un autre fragment (fig. 158) il y a
seulement une rangée de ces animaux, grues ou chevaux, placés
entre deux bandes, chacune formée de trois lignes parallèles qui
font le tour du vase. En haut, on voit une rangée d’antres oiseaux.
POTEIUE PEINTE GÉOMÉ T [UQUEMENT.
173
Il a été trouvé au même endroit une petite cruche ornée de lignes
verticales. Tout naturellement il est bien certain que les décombres
qui cachent l’entrée ont été
apportés d’ailleurs , mais
comme ou n’y trouve que
des fragments de très-an-
ciennes terres cuites presque
tous décorés de dessins géo-
métriques, il faut que l’en-
trée ait été enfouie à une
époque reculée, et le trésor
lui-même est, sans aucun
doute, plus ancien que le
trésor d’Atrée.
Parmi les idoles trouvées
dans le dromos devant le
trésor en question, les plus
anciennes idoles de Hèra
représentée sous forme de
femme sont très-grossièrement façonnées ; ({ueb|uefois elles ii’onl
pas d’ornements peints, leur tête est oblongue ou ronde, avec
ou sans diadème ; les yeux sont
grands. Quelques-unes ont des
mamelles, d’autres n’en ont pas;
les mains sont tantôt saillantes,
tantôt croisées sur la poitrine.
A la môme époque, sans aucun
doute, appartiennent les idoles
féminines qui ont la tête nue et
fortement comprimée , les yeux
grands, les mains étendues et pas
de mamelles; ou bien elles ont
deux mamelles, au-dessous et de chaque côté desquelles une
corne fait saillie; l’ensemble des deux cornes donne la tignre d'un
demi-cercle (voy. fig. 94); on doit aussi rapporter à la même
Fig. 157. — Fragment d’mi vase peint, provenant du dromos
du trésor qui est près de la porte des Lions (à 2™, 50). A la
moitié de la grandeur réclic.
Fig. 15S. — Fragment de la même poterie, provenant
du dromos (à 5 mètres'). A la moitié de la gran-
deur réelle.
174
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
époque l’idole masculine à tête nue dont le front a pour ornement
un diadème décoré d’une étoile ; elle a un long nez aquilin,
de grands yeux et une longue barbe en saillie (voy. fig. 106) ; tou-
jours à la même époque se rapportent quelques idoles à forme de
Fig. 15U. — Idole de tcire cuilc, à tète de vache, ayant funaé l'aiise d’un vase (à 4 mètres). Grandeur réelle.
vache, décorées de peintures rouges ou noires (voy. fig. 118), le
fragment d’un vase de granit et une petite figure de femme, en
argent, qui porte une longue chevelure.
Dans l’acropole, les idoles les plus communes sont celles deHèra
représentée sous la forme d’une femme avec des cornes ou sous celle
d’une vache. Et de fait, elles sont en si grand nombre que jusqu’à
aujourd’hui j’ai pu en recueillir plus de septcents; mais elles sont
toutesplus oumoinsmutilées. Parmi les formes d’idoles rencontrées
fréquemment dans l’acropole, je dois encore citer les suivantes :
IDOLES DE HÈRA COMMUNES DANS L’ACROPOLE.
175
idoles à tète d’oiseau^ ronde et sans coiffure ' ; idoles à tête
comprimée , avec de grands yeux et la tête couverte d’un polos
en forme de bol, sur lequel on trouve souvent une croix peinte ; ces
deux espèces d’idoles tiennent leurs niaiiis sur leur poitrine, elles
iront aucun des caractères de
^idole-vache^ Je dois citer en- /-n
core l’idole assez commune, dont
le milieu, dans son ensemble,
a la forme d’un disque ou à peu
de chose près^; peut-être primi-
tivement a-t-on eu l’intention
d’en faire l’image de la pleine
lune, parce que, je le répète, Hèra
était dans l’origine la déesse-
lune, et que si on lui a donné
les cornes d’une vache et dans
la suite la forme même de cet
animal, ce ne peut être que par
une allusion symbolique aux
cornes du croissant de la lune.
Enfin j’ai à mentionner une
idole qui se rencontre moins
fréquemment : c’est une idole
féminine à tète de vache parfai-
tement modelée ; ce type ne se
rencontre que sur les anses de vases ; le corps de la femme est
toujours incomplet, il ne descend jamais plus bas que la poitrine
et finit même souvent au cou, dont le collier n’esl jamais oublié h
Par une étrange coïncidence les trois ou quatre têtes de vache
en terre cuite trouvées à Troie étaient pareillement sur des anses
de vases J’ai trouvé une idole de Hèra, sans tête, avec deux
Fig. 160. Idole de terre cuite, à Icto de vaclie
(à 2 mètres). Grandeur rcclle.
1. Voyez la ligure 100.
'2. Voyez la figure 101.
3. Voyez les figures 90-93.
4. Voyez les figures 159-160.
5. mon Atlas des antiquités troije)ines,\)\. 149, iV 2952.
176
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
cornes bien conservées et deux mamelles. Si la tête manque, ce
n’est pas qu’elle ait été brisée; car l’idole n’a jamais été destinée,
à avoir une tête. J’ai recueilli encore des idoles parfaitement
plates; elles avaient de chaque coté un long mufle, de grands
Fig. IGl. — Idoles à lèlc de vache de Hèra (1 à 5 mètres]. A la moitié de la fraudeur réelle.
yeux dessinés de profil, mais sans la moindre indication de cornes
(voyez fig. J61 ‘).
Excepté le bouton plaqué d’or, dont j’ai déjà parlé, je n’ai encore
découvert aucun objet d’or ou d’argent; mais il est certain que
ces deux métaux ont été, àMycènes, d’un usage très-répandu. J’ai
recueilli un moule taillé dans une pierre qui, selon le professeur
Xavier Landerer, est un beau granit d’un rouge foncé. Sur les
deux faces, il y a en tout quatorze différents modèles de fantaisie
pour boucles d’oreilles et autres ornements, que l’on moulait pro-
1. l’appelle particiilièrenient l’attention du lecteur sur les peintures funéraires égyptiennes,
publiées par M, G. -A. Hoskins, Voijciges en Éthiopie et dans VEgijpte supérieure. Dans la pein-
ture murale d’un sépulcre à Tlièbes, on voit parmi les offrandes quelques vases d’où sortent
des tètes semblables.
MOULES DE GRANIT ET DE RASALTE.
177
bablement en or, eu argent ou eu verre (voy. 11g. 162). J’ai trouvé
aussi uu moule plus petit, que le meme professeur a déclaré être
Fig. 162. — Les deux aces d’un moule de granit destine au moulage d’ornements variés (à im,). Grandeur réelle.
eu basalte, il a la forme d’uu cube (voy. lig. 168) ; sur les six
faces, il y a des creux pour mouler des oruemeiils ; ou peut voir
ces modèles dans nos gravures ; entre autres, il y a un creux pour
mouler de petits coues ornés de cercles liorizoulaux parallèles; j’ai
trouvé nue grande quantité de ces petits coues (voy. llg. 16 1-). Ils sont
composés d’une substance noirâtre et brillante, que le professeur
le
MYCÈNES.
i78 FOUILLES DANS LA UITADELLE.
Landcrer, après en avoir fait l’analyse, déclare être une argile cuite
à grand feu et enduite d’un vernis de plomb. M. Newton a eu l’obli-
Flu. 163. — Quatre faces d’au moule en basalte, à six cotes (à 5 mètres). Grandeur réelle.
geaiice de me muiitrer, parmi les objets recueillis dans le tombeau
d’ialysos, de très-petits cônes également ornés de cercles horizon-
Fig. 1G4, 1G5, 166. — Ornements d’arg'ile vernie (3 à 4 mètres). Grandeur réelle.
taux parallèles, de la meme composition que les cônes mycéniens.
.J’ai aussi trouvé souvent de petits disfiues de la meme composi lion,
avec des Heurs el autresdécorations imprimées. Cesdisques doivenl
OUNEMENTS J)’ARG1LE VERME.
179
avoir servi croriieiiiciils sur les portes ou ailleurs (fig. 165); les
pareils ligureiit aussi au Musée Britannique parmi les objets prove-
nant du tonibeau d’Ialysos. L’objet quadrangulaire (fig. 166) où l’on
voit une seiche très-bien représentée, entre deux boixl tires verti-
eales formées d’entailles denticulées, est percé de quatre trous,
pour qu’on puisse l’attaclier avec de petites chevilles. L’objet
que représente la figure 167, qui a la forme d’un cbampignon
percé d’nn trou dans toute sa longueur, est de la meme compo-
sition ; il doit aussi avoir servi d’ornement ; la queue était enfoncée
dans l’objet a décorer, la tête seule ressortait ; on pouvait y mettre
soit une fleur, soit quelqueautre chose. J’ai trouvé aussi nue grosse
perle percée, également en argile cuite recouverte d’un vernis de
plomb (fig. 168) .
Je trouve fréquemmeiit aussi de jietits objets en forme de cônes
ou bien avec des pointes plus émoussées et, dans ce dernier cas,
percés de trous; ils sont tournés dans un minéral qui, selon le pro-
fesseur Landerer, estla pierre de Siphnos (lapis o II arls),conmmné-
ment appelée pierre ollaire. Le même savant appelle mon attention
sur le passage suivant de Pline : « Dans l’île de Siphnos, il y a une
pierre que l’on creuse et que l’on tourne pour en faire des vases ;
ces vases sont très-utiles pour cuire les aliments et pour conserver
les comestibles, propriété que cette pierre partage avec la pierre
de Cornues en Italie. La pierre de Siphnos a une propriété particu-
lière : naturellement tendre, elle noircit et durcit au contact de
l’huile quand elle a été chaidfée. On peut la touruei' pour eu faire
des ornements. » Les petits cônes tournés dans cette })ierre ont
deux petits trous de cba(pie côté du bord iidérieur; ces trous ont
dù être prati(|ués pour y passer les |)elites chevilles destinées à lixer
180
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
les objets. La figure 172 donne la reproduction d’un de ces objets,
et la figure 169 celle d’un autre objet tourné dans la même pierre.
Le curieux objet (fig. 171) qui a presque la forme d’ime idole
troyeinie est en verre et fort altéré; je ne puis m’en expliquer
l’usage. Il est percé, à la partie inférieure, d’un trou tubulaire
destiné à le fixer sur quelque autre chose et peut avoir servi
d’ornemcut. La petite boule (fig, 170) sur laquelle on voit de
curieux dessins gravés eu creux est d’une argile cuite très-dure.
Fig. 170,171, 17'2. — Ornemeuls d’argile vernie, etc.(3à 4 mètres). Grandeur réeue.
Je rencontre aussi fréquemment des objets en forme de boutons,
semblables à ceux que j’ai déjà montrés (fig. 126), et qui, selon
le professeur Landerer, sont tournés dans la pierre nommée lapis
serpeutinus. Je rie puis en expliquer l’usage qu’en supposant
qu’ils ont servi d’oruemeuts sur les portes et sur les murs, comme
l’objet de la figure 167. Ou a trouvé aussi une grosse perle de verre
blanc percée et un gros bloc de diorite, avec des creux circulaires
pour mouler différents objets.
Un trésor d’objets de bronze a été découvert à une profondeur de
Id pieds (3'", 90). Il comprend cinq couteaux (semblables à ceux des
ligures 121-125), deux petites roues et un objet avec un anneau
dont je ne puis m’expliquer l’iisageb <^^eux lances, deux haches à
deux traiichaiits (fig. 173), des épingles à cheveux, deux vases avec
les débris de quatre autres et un trépied. Je ne saurais comprendre
à quel usage ont pu servir les deux roues ; on n’a jamais dû songer
à les faire tourner, puisque, comme on peut le voir sur la gravure^,
elles ont une anse quadrangulaire qui montre qu’elles ii’oiit jamais
1. Voyez la figure 120.
2. Voyez la figure 120.
ORNEMENTS DIVERS.
181
pu rouler. Une des roues ^ a perdu cet appendice; pour tout le
reste, ces roues ressemblent parfaitement à celles des chariots
sculptés sur les stèles ; elles ont quatre rayons qui forment la croix
autour du moyeu. Je citerai encore deux petites roues très-
curieuses, en plomb, qui ont été trouvées l’une à 11 pieds
8 pouces (3"', 50) de profondeur, l’autre à 16 pieds | (4"b95)2.
On a découvert aussi un certain nombre de gemmes lentoïdes de
stéatite, d’onyx, d’agate, polies, presque rondes, un peu convexes,
avec des intailles d’animaux; ces intailles sont très-archaïques.
Fig. 173, — Hache en bronze, à deux tranchants (à 4 mètres). A la moitié de la grandeur réelle.
mais plusieurs d’entre elles dénotent un art avancé; toutes ces
gemmes servaient évidemment k former des colliers. L’objet de
la figure 176 est en stéatite (lapis ollaris); il nous donne la repré-
sentation primitive et grossière d’un animal à très-longue queue ;
les jambes sont longues, la tête est effilée en pointe, tournée en
arrière et surmontée d’une corne qui se dresse verticalement; nous
devons comprendre sans doute que cette corue cache la seconde;
le corps de l’animal ressemble a celui d’un cheval, et la tête à celle
d’une antilope. La figure 178 est en agate rouge ; elle offre aussi la
représentation grossière d’un animal qui tourne la tête en arrièi'e;
au-dessus de la partie postérieure il y a un (rident; ce trident
représente-t-il, dans l’intention de l’artiste, la queue levée de fani-
1. Voyez la figure 12Ü.
2. Représentées aussi à la figure 120. .le rappelle au lecteur que la profondeur à laquelle
leu ohjetü ont été découverts est toujours indiquée en mètres au-dessous de chacun d'enx dans
les figures.
•182
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
mal ou tout autre objet ? c’est ce qu’il est difficile de discerner. La
plus belle de ces iutailles est eu onyx rouge (fig. 174) ; elle repré-
sente une antilope d’un dessin très-naturel. Les deux cornes sont
bien indiquées, la tête et le corps ont de la beauté; l’animal semble
s’agenouiller; la queue est levée obliquement au-dessus du dos.
Fig. 174 à 181. — Gemmes lentoides (4 à 7 mètres). Grandeur réelle.
J’appelle particulièrement rattention sur l’objet qui est au-dessus
du dos de l’animal; il ressemble à un pot de fleurs renversé avec
une plante à longue tige couchée horizontalement. Il est impossible
de reconnaître l’objet représenté sur la gemme (fig. 183); cette
gemme est en serpentine. Dans la figure i 84, qui est en agate noire.
183 184 185
Fig. 182 à 185. — Gemmes lentoides et perle (3 à G mètres). Aux trois quarts de la grandeur réelle.
nous retrouvons un animal très-grossièrement gravé, qui tourne la
tête en arrière, mais qui n’a pas de cornes. La figure 185 est une
perle.
Une autre belle intaille (fig. 186), sur serpentine noire, représente
un animal qui tourne la tête en arrière; ses yeux sont grands, et il
a l’air de courir avec une grande rapidité. La figure 189 est aussi en
serpentinenoire, mais elle n’a pas d’intailles. Des gemmes lentoïdes
analogues, avec des animaux grossièrement gravés, trouvées dans
GEMME LENTO’iDE.
183
les îles de la Grèee, sont conservées dans lasalle des objets précieux
du ^[nsée Britannique. J’appelle une attention particulière sur ces
objets, de meme que sur la gemme lentoïde eu cristal de roche,
dont l’intaille représente une cbèvre qui tourne la tête. Cette
gemme aussi a été trouvée dans le tombeau d’Ialysos, si fré-
quemment cité ici ; elle est aussi au Musée Britannique, mais
dans la salle où sont exposés les vases d’Ialysos. C’est un très-joli
morceau que le parallélipipède de la figure 18^; il est en serpen-
tine, décoré sur deux de ses faces de quatorze lignes qui se croi-
sent, sur deux autres faces de deux carrés gravés en creux, dans
cbacun desquels on voit un petit cercle avec nu point an centre. La
figure 187 est un petit cylindre en opale d’nn vert clair sur lequel
Fig. 186 à 180.— Gemme lentoïde, cylindre et perles (3 à G mètres). Aux trois quarts delà grandeur nmlle.
est grossièrement sculptée nue tête humaine qui a les yeux fermés,
le nez très-large, la bouche fendue ; cette figure porte un collier;
elle est tout à fait dans l’ancien style égyptien. Cet objet est cylin-
drique et n’a pas de trou ; il semble donc qu’il if a pas pu servir de
poignée pour un bâton; La figure 188 est une peiJe de verre blanc.
La figure 180 est un objet en verre bleu, moulé en forme de coifnille
de moule étroite et allongée, et entourée d’entailles horizontales
parallèles; le verre est coloj’é avec du cobalt. La figure 179 est mie
petite perle de veri'e bleu, percée de deux trous. 11 y a aussi un onyx
brnn d’un beau })oli, sans intailles ; il est à l'emaripier qu’on en a
trouvé un tout pareil dans le tombeau d’Ialysos. La figure 181 est
formée d’une pâle de verre artificielle. Eiu'ore nne Ibis, tous ces
objets, excepté les figures 175, 180, 187, sont percés de trons ; ce
sont des perles on des gemmes lentoïdes pour colliers.
Je n’ai li’onvé jusifn’ici qnc trois on ([iialre (uunbinaisons di'
184
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
signes ayant l’apparence d’inscriptions; l’une de ces combinaisons
occupe les deux côtés d’une idole mutilée de Hèra, représentée
sous la forme d’une femme (voy. fig. 102) ; une autre sur une
idole-vache mutilée; une troisième sur un disque (fig. 190). J’ai
r
Fig. 190. — Disque de terre cuite avec une apparence douteuse d’inscription (5 mètres).
Grandeur réelle.
envoyé des copies de toutes ces combinaisons de signes à mon
honorable ami le célèbre orientaliste Max Müller, professeur h
Oxford; il les trouve trop indistinctes et trop mutilées, et réserve
son opinion pour le moment.
J’ai trouvé à une profondeur de 6 pieds (l'",80) cette courte
inscription grecque :
ToBEI?oo^JeM
Je ne puis pas, il est vrai, la faire remonter plus haut que le
sixième siècle avant Jésus-Christ. En réalité, le fragment de vase sur
lequel elle se trouve appartient a la poterie hellénique noire
ordinaire, si complètement différente de la poterie archaïque de
Mycènes, que je n’oserais me risquer à faire remonter le fragment
plus haut que le cinquième siècle avant Jésus-Christ, si les carac-
tères archaïques de l’inscription ne prouvaient qu’elle est certaine-
ment du sixième siècle. Mais ce fragment de poterie noire sert
encore à nous donner une idée de la date de l’ancienne poterie
mycénienne. En effet, il y a une si gi’ande différence entre le tesson
INSCRIPTIONS DE MYCÈNES.
185
qui porte riiiscription et la poterie archaïque de Mycèues, même la
plus moderne, même celle qui doit avoir été en usage à l’époque
oïl la ville fut détruite, que cette dernière semblerait être de plu-
sieurs siècles plus ancienne. Si nous n’avions une autorité aussi
considérable que celle d’Hérodote pour nous confirmer queMycènes
a envoyé quatre-vingts hommes aux Thermopyles et qu’une petite
armée de quatre cents Mycéniens et de Tirynthiens a pris part à la
bataille de Platées, je jurerais que le récit de Pausanias et de Dio-
dore de Sicile (d’après lequel la ville a été prise et abandonnée dans
la 79" olympiade) est faux, et je fixerais la date de la grande destruc-
tion de Mycènes à plus de mille ans avant Jésus-Christ.
D’après une lettre de mon honorable ami le célèbre orientaliste,
M. A. H. Sayce, professeur à l’université d’Oxford {Queen's College),
M. Fouqué a constaté par un examen fait au microscope que l’argile
de la poterie préhistorique gris jaune de Mycènes était importée de
Théra (Santorin).
Pour revenir à l’inscription, je suppose que le premier O est
mis pour OT, le second pour Q, et que le signe^ est tout simple-
ment une virgule. Voici alors comment je lis cette inscription : zou
ripcùôç eiix(i). (( Je suis consacré au héros. » Il faut en conclure
qu’il y avait dans l’agora un hèroon ou chapelle , dans laquelle des
vases étaient consacrés au service d’un héros local.
Outre les coupes déjà mentionnées, celles qui ont la forme d’nn
grand verre à bordeaux, avec une anse ‘, et que je continue à trouver
en très-grande quantité, j’ai découvert aussi des coupes de la
même forme avec deux anses. Sans avoir la moindre l’essemblance
avec les magnifiques coupes troyennes-, pourtant celles qui ont
deux anses peuvent parfaitement avoir la prétention de représenter
le osTTaç a[j.(pixv7:ekXo'j d’Homère. Je crois qu’Aristote se trompe^
quand il prétend que V aix'fLxvm'k'kov avait la forme d’une cellule
d’abeille. Le meilleur juge, la plus sure autorité, quand il s’agit de
déterminer la forme du homéri([uc, c’est néces-
I. Voyez les figures 83, 8i, 88.
II. Voyez Atlas (le^ antiquités troijennes, pl. 8i, fig. I7()3-I770, ot pl. 9‘2, fig. 1901-1904
3. Histoire des Animaux, IX, 40.
186
FOUILLES DANS LA CITADELLE.
sairement Homère lui-même; or, selon lui, ^inaç auy^ixvnùlov
est toujours synonyme de o.IzkjO'J ap.'ponov ^ ; cette dernière
expression ne peut désigner autre chose qu’une simple coupe
avec une grande anse de chaque côté. En parlant de la forme du
^inaç au.cpixijne'k'kov d’Homère, Athénée ^ ne mentionne même pas
l’opinion d’Aristote ; mais, en revanche, il cite celle d’Asclépiade
de Myrléa. Asclépiade dit que aiJ.(pi}ivnel'kov signifie tout simple-
ment que le gobelet est dp/jiiy.vpTov. Or la phrase suivante montre
clairement que àiJ/pUvprov signifie (c à deux anses ». Ce sens est
confirmé par le lexique grec de Passow(éd. Rost et Palm).’
Si profondément que j’aie fouillé, jamais l’accumulation des dé-
combres n’a dépassé une épaisseur de 26 pieds (7‘",80), et encore
on ne trouve cette épaisseur que près du grand mnr d’enceinte.
A partir de ce point, le rocher s’élève rapidement, et plus loin
l’épaisseur des décombres n’est pas de plus de 13 à 20 pieds (3''', 90 à
0 mètres). Du côté ouest, le mur cyclopéen de ceinture a été démoli
sur une longueur de 46 pieds (13"", 80), et du côté intérieur on a
hati pour en soutenir les ruines un mur de petites pierres ci-
mentées avec de la terre. On ne peut émettre absolument que des
conjectures quant à l’époque où fut détruit le mur cyclopéen et à
celle où fut bâti le mur de petites pierres; mais, dans tous les cas,
ces deux faits doivent s’être passés des siècles avant la prise de
Mycènes par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ, car le petit mur
était profondément enfoui dans les décombres préhistoriques. Sans
ancun doute, la destruction de la muraille cyclopéenne, c’est-à-dire
l’énorme brèche qu’on y voit, doit remonter au temps de la grande
catastrophe de Mycènes, après laquelle la ville dut descendre au
rang de petit bourg ou village. S’il en eût été autrement, l’on aurait
certainement réparé la grande brèche d’une manière convenable.
La grande carrière d’où l’on a tiré les pierres des murs cyclo-
l)éens, des trésors et autres édifices, est sur l’emplacemeut du
petit village de Charvati, situé à un peu plus d’un mille de
Mycènes, et elle s’étend tout autour. Mais, dans aucun cas, le
1. Voyez Orf., IIl, M, 46, 50 et 63, et XXII, 9, 10, 86.
2. Deipnoüoph., XI, p. 783.
LA CARRIÈRE DE CHARVATI.
187
rocher n’a été entamé plus loin que la surface. Je donne de ce
village line vue où l’on découvre la plus grande partie de l’an-
cienne carrière h Le nom de Gliarvati est dérivé sans aucun doute
du mot arabe (ruines), qui a passé de la langue arabe dans
la langue turque.
W'" Schliemann et moi nous surveillons les fouilles du matin
au soir, et nous souffrons beaucoup de la chaleur d’un soleil
brillant et d’un vent qui, soufflant continuellement en tempête,
remplit les yeux de poussière et y provoque l’inflammation. Mais,
malgré ces inconvénients, on ne peut rien imaginer de plus inté-
ressant que de fouiller une cité préhistorique d’im renom immor-
tel, où presque chaque objet, jusqu’aux fragments de poterie,
névèle une nouvelle page d’histoire.
A B
Fig. 190 a. — Dessin des dalles formant le double cercle parallèle qui entoure l’agora.
A. Une des dalles verticales intérieures et extérieures ; ces deux espèces de dalles ont une inclinaison do
75 degrés vers Vintérieiu', c’est-à-dire vers la partie close de l’agora.
B. Une des pierres transversales, avec des tenons b, b, destinés à entrer dans les mortaises a, a.
Note. — Toutes les dalles n’ont pas les dimensions indiquées ici, mais ces dimensions varient dans
différentes parties du cercle.
Les dalles du double cercle qui clôt l'agora et forme tout autour un banc continu sont disposées obliquement
depuis l’entrée (côté nord), tout le long du côté est, jusqu’à quelques mètres avant d’endroit (stul) où le
double cercle passe du rocher sur le mur qui le soutient dans la partie basse de l’acropole C’est à ce point
que les dalles ont leur grandeur maximum; il semble que cette dimension ait été la même pour toutes les
dalles dressées sur le mur d’appui, et qui sont aujourd’hui presque toutes renversées. Quant à l’inclinaison
qu’elles devaient avoir, elle est indiquée par celle des dalles qui sont encore en place, du côté nord-ouest du
cercle. Au nord, des deux côtés de l'entrée, où l’agora est bordée par ces récipients que l’on prendrait pour
des tombeaux et que nous avons reconnu être de petits réservoirs, les dalles qui forment les parois de ces
réservoirs sont forcément verticales; si elles avaient été inclinées, elles n’auraient pas résisté à la pression de
l’eau.
I. Voynz la vignette du cliapitre V, page 189.
Fig. 191. — Le village de Cliarvati, avec l’aiicieiiiie carrière de Mycèiies.
CHAPITRE V
FOUILLES DANS l’ACIIOPOLE ET LE TRÉSOR {suitC)
LA PORTE DES LIONS ET l’ AGORA.
Le trésor exploré par M™® Schliemann. — Il est plus ancien et moins somptueux que le trésor
d’Atrée. — L’entrée, ses ornements. — Poterie archaïque trouvée dans le passage. —
Perles de colliers. — Fragment d’une frise de marbre. — Le seuil de la porte des Lions.
— Le double cercle parallèle de dalles n’est probablement pas d’une antiquité reculée. —
L’acropole seulement en partie accessible aux chars. — Double entrée comme à la porte Scéc
à Troie. — Corridors et murs de maisons cyclopéennes. — Idoles de Hèra et pointes de
flèche en bronze et en fer. — Loge du gardien de la porte. — Murs de soutènement. —
Tour de l’acropole reposant sur un mur massif. — Le double cercle de dalles formait la clô-
ture des tombes royales et de 'J’agora. — Arguments à l’appui de cette assertion. —
Objets intéressants trouvés en cet endroit. — Vaste maison cyclopéenne avec citernes
et conduites d’eau ; c’est très-probablement l’ancien palais royal. — La fontaine Perséia.
— La maison n’a pas de fenêtres. — Objets d'art et de luxe trouvés en cet endroit. — Un
cachet d’onyx. — Peintures de vases représentant des guerriers vêtus de cottes de mailles.
— Poterie façonnée à la main, dans l’acropole.
l'JU
LE TUÉSOll DE MADAME SCIILIEMAAN.
Mycènes, 30 septembre 1876.
Depuis le 9 courant, j’ai continué les fouilles avec la plus grande
activité, employant constamment cent vingt-cinq travailleurs et
cinq chariots ; comme le temps a été beau, j’ai obtenu d’excellents
résultats. Dans le trésor que fouille Schliemanu, nous tra-
vaillons avec trente hommes et deux voitures, et nous éprouvons
la plus grande difficulté à déblayer des centaines de grosses
pierres taillées qui sont tombées de la voûte.
Les parois intérieures de ce trésor n’ont jamais été revêtues de
plaques de cuivre comme celles du trésor d’Atrée et du trésor de
Minyas à Orchomène ; du moins, je ne vois nulle part dans les
pierres les trous des clous de bronze qui auraient servi a fixer ces
plaques ; je dois dire cependant que, sur le côté est de la paroi
intérieure du trésor, sort d’entre les pierres un fragment de plaque
de bronze si solidement fixé, que l’on ne peut l’arracher. Je suppose
donc que cette plaque a été placée là au moment même de la
construction du trésor. D ne semble guère possible que la présence
de cette plaque soit purement accidentelle; d’un autre côté il me
paraît difficile de croire que cette plaque soit le seul reste d’un
ancien revêtement de plaques de bronze, qui auraient été non pas
attachées aux pierres par des clous, mais fixées entre les joints des
pierres. Dans ce cas, en effet, je présume, nous devrions trouver
des restes de ces plaques en difterents endroits.
Ce trésor est moins somptueux et semble plus ancien que le
trésor d’Atrée, ou que le trésor de Minyas à Orchomène.
L’entrée, qui a J3 pieds (3"g90) de long et 8 pieds (2"b40) de
large, est couverte de quatre dalles de 18 pieds I (5“b55) de long ;
les trous pour les gonds supérieurs ont 5 pouces (0'“, 125) de pro-
fondeur. D’après certains indices que l’on distingue sur les murs,
il semble que l’entrée ait été décorée à droite et à gauche de demi-
colonnes, que j’espère retrouver en creusant plus profondément.
Sur la dalle qui est au-dessus de l’entrée, il y a un reste d’orne-
mentation coin])osée de demi-cercles ; on peut la disünguer aisé-
LA PORTE DES LIONS ET L’AGORA. l'Jl
meut dans la graviire qui représente le trésor ^ Après avoir été
ensevelies pendant des siècles dans les décombres humides, les
grandes pierres de taille des murs de rapproche [dromos) et de
la façade du trésor une fois exposées au soleil se sont coiitrac-
Fig. 192. — 5 met.)
Fig. 193. - (à 5 mèt.)
Fig. 194. — (à 5 met.)
Fig. 195. - (à 5 met.) Fig. 196. — (à 6 mèt.)
Fig. 192 à 196. — Fragments de poteries peintes tronve'es aux approches du trésor
près de la porte des Lions. Demi-grandeur.
tées, et, comme on peut le voir par la gravure, un grand nombre
d’entre elles ont des crevasses.
Comme dans le trésor d’Atrée et dans la porle des Taons, la
1. Voyez le Froiilispiee, pliuielie V.
192
FRAGMENTS DE POTERIES PEINTES.
niche triangulaire qui est au-dessus de l’entrée est formée par
encorbellement des assises de pierre. Sur les trois côtés de ce
triangle on peut voir des entailles ; d’où l’on peut conclure avec
Fig. 199. — (à 5 met.) Fig. 201. — (à 2 met.)
Fig. 197 à 201. — Fragments de poteries peintes trouvées aux approches du trésor,
près de la porte des Lions. Demi-grandeur.
une très-grande probabilité que la niche a été autrefois remplie
par un morceau de sculpture semblable à celui qui est au-dessus
de la porte des Lions L
1. Voyez le plan E qui montre le plan et les coupes de ce trésor.
POTERIES PEINTES.
193
Parmi les spécimens de poterie archaïque trouvés dans le dromos,
devant le trésor, ceux qui méritent de fixer plus particulière-
ment rattention représentent des hommes à cheval grossièrement
modelés, qui tiennent le cou de leur cheval à deux mains ; quelques
spécimens analogues ont été trouvés dans le tombeau d’Ialysos ;
Fig. 202. — (à 2 met.)
Fig. 204. — (à 8 mèt.)
Fig. 203, — (à 3 mèt.)
Fig. 20i à 201. — FragiiiciUs de poterie peinte trouvés dans le dromos du trésor, près de la porte des Lions.
Demi-grandeur.
on doit remarquer aussi les fragments de grands vases peints, cou-
verts à profusion d’une ornementation de méandres, de lignes en
zigzag, de bandes d’ornements en arêtes de poissons, des bandes
portant des images primitives de grues ou de cygnes, des cercles
avec des fleurs, et quelquefois le signe On trouve parfois à
Athènes de ces vases à dessins géométriques ;jusqif ici on les a consi-
dérés comme la plus ancienne poterie de FAttique ; mais je partage
complètement l’opinion de mon savant ami M. Ch. T. Newton, et je
crois avec lui que les vases h dessins géométriques sont postérieurs
à toutes les différentes espèces de terres cuites trouvées dans les
MYCÈNES. 13
PERLES DE VERRE ET DE SPATH-FLUOR.
m
cinq tombes royales et qui seront décrites plus loin. Je n’ai trouvé
que très-peu de fragments de vases portant d’autres dessins. Avec
ces fragments de poterie, on a découvert une partie de collier avec
une grosse perle de verre blanc (fig. 205); deux perles de spath-
lluor d’nue couleur bleuâtre et transparente, et trois de spath-fluor
d’un bleu tirant sur le rouge, toutes percées de trous et enfdées
dans un mince fd de cuivre (fig. 206, 207, 208, 209) ; un fragment
de frise en marbre blanc, avec une ornementation (voy.la fig. 154).
Fig. 205 à 200. — Perles de verre et de spatli-lluor (à 4 mèt.). Grandeur réelle.
Juste au-dessus de la partie basse du dromos se trouvent les
fondations d’une maison hellénique, qui, selon toute apparence
appartient â la période macédonienne.
La Société archéologique d’Athènes n’a pas encore envoyé d’in-
génieur pour consolider la sculpture qui est au-dessus de la porte
des Lions et pour réparer le mur cyclopéen, dans la partie avoisi-
nante ; mais on a toujours l’intention de le faire. Néanmoins on m’a
autorisé à continuer les fouilles à la porte des Lions, à condition de
laisser à droite et à gauche une masse considérable de décombres
insitu^ pour qu’on puisse plus facilement hisser les blocs destinés
à restaurer le mur. Il m’a donc été possible de reprendre les fouilles
a la porte des Lions, et j’en ai découvert le seuil, qui est énorme.
Les deux dessins ci-contre en donnent une idée exacte (fig. 210).
C’est un bloc de brèche très-dure de 15 pieds (4”‘, 50) de long sur
l.E SEUIL DE LA DOUTE DES LIONS.
195
8 j)ieds de large. Les ornières qii’y auraieiit creusées les
roues des chars, et dont parlent tous les guides^ iLexistent queMans
rimagination des voyageurs enthousiastes, mais nullement dans la
réalité. Les deux immenses rangées parallèles de dalles étroitement
unies que j’ai découvertes inter-
diraient aujourd’hui absolument
aux chars l’accès de l’acropole.
Mais comme je ne puis pas assigner
une très-haute antiquité au mur
qui soutient la double rangée de
dalles dans la partie basse de
l’acropole, il en résulte que je ne
puis pas non plus assigner une
très-haute antiquité au cercle de
dalles lui-même, et avant qu’il fût
construit, les chars pouvaient cer-
tainement avoir accès dans l’acropole. Mais, vu rescarpement des
pentes du rocher, il est impossible que les chars aient jamais pu pé-
nétrer plus loin que la première des six terrasses naturelles ou arti-
ficielles, qui est la plus basse. Il est donc évident que l’on ne devait
pas faire grand usage de chars en cet endroit, et qu’on les rem-
plaçait par des bêtes de somme, chevaux, ânes ou mulets. Sans nul
doute, les quinze petits sillons tracés parallèlement en ligne droite,
dans le seuil, pour empêcher les bêtes de somme de glisser, ont
causé la méprise, et on les a pris pour des ornières creusées par
les roues. D’autre part, comme le seuil a été profondément enfoui
sous les décombres pendant des siècles, à tout le moins depuis la
prise de l’acropole parles Argiens (468 av. J. -G.), nul œd mortel
n’a pu le voir depuis plus de deux mille trois cents ans.
Il y a un trou quadrangulaire, de 1 pied 8 pouces (0"go75j
de long et de I pied (0'“,80) de large, au milieu du seuil, à l'en-
droit où les battants se rejoignaient. De plus, le seuil offre sui* son
coté est un sillon droit, nettement tracé, de I pied((b\80) de lai'ge,
et sur son côté ouest un autre sillon qui décrit une ligne courbe.
Ges deux sillons sendjlent avoir servi de canaux |)our récoulement
196
FOUILLES DANS L’ACUOl'OLE.
de Teaii de pluie qui devait se précipiter avec violence, car le seuil
est plus bas que le roc vif formant Taire du passage, qui va en mon-
tant graduellement. Sur le côté du seuil qui regarde le nord, il y a
un trou artificiel allongé et d’une forme particulière qui doit avoir
quelque rapport, difficile à déterminer, avec la porte ; car il y a un
trou de la même forme au milieu de la porte de Troie. A une dis-
tance de 11 pieds I (3'", 45) à partir du seuil, des deux côtés, on voit,
comme à Troie une masse quadrangulaire de maçonnerie cyclo-
péenne, haute et large de 2 pieds (0'“,60), et longue de 3 (0‘",90),
qui marque la place d’une seconde porte de bois.
Plus loin, à droite, j’ai découvert, au-dessous des fondations
d’une maison hellénique, un véritable labyrinthe de murs de mai-
sons cyclopéens, formant une quantité de corridors parallèles de
4 à 6 pieds I (P", 20 à 1"',95) de large, remplis de pierres et de
décombres, que je suis en train de déblayer. Un de ces corridors
mène directement à la maison cyclopéenne déjà décrite En quel-
ques endroits les murs conservent des traces de leur enduit d’àrgile.
J’y ai trouvé beaucoup d’idoles de Hèra, [trois pointes de flèches
toutes en bronze ; deux ont des barbes ; la troisième a la
forme d’une pyramide, comme les flèches carthaginoises que j’ai
découvertes Tannée dernière dans mes fouilles à Motyë en Sicile.
A gauche de l’entrée, il y a d’abord la petite chambre du gardien,
ensuite un mur de grosses pierres, destiné tout simplement à soute-
nir les masses de débris de 24 à 26 pieds (7'“,20 à 7'‘',80) d’épais-
seur, que la pluie avait précipitées de la colline pendant des
siècles. Plus loin, sur la même ligne, se présente le mur cyclo-
péen, dei66 pieds (49"', 80) de long sur 30 pieds (9 mètres) de haut,
dont j’ai fait mention dans le deuxième chapitre ; il est fait de
pierres énormes reliées entre elles par des pierres plus petites. Ce
mur, comme il a été dit, est couronné par les ruines d’une tour et
donne à l’acropole un caractère de grandeur tout particulier Ce
jmir était enfoncé à une profondeur de iO à 12 pieds (3 mètres
1. Voyez le plan de la porte des Lions, lig. 22, Comp. Atlas des Antiquités troijennes,\A. 211
et 212. ^
2. Chapitre IV.
3. Voyez les planches VI et VU.
LE DOUBLE CERCLE PARALLÈLE DE DALLES.
197
à 3'”, 60) dans les décombres; il est maintenant déblayé jusqu’au
roc sur lequel il est bâti.
La suite des fouilles a prouvé que j’avais mison de supposer que
les deux rangées parallèles de grandes dalles formaient un cercle
complet. En effet, une moitié du cercle repose sur le mur destiné
à le soutenir dans la partie basse de l’acropole; l’autre moitié est
établie sur la plate-forme de rocher qui dominait cette partie
basse. Cette seconde moitié aboutit au pied du mur cyclopéen
dont je viens de parler, l’entrée est du côté nord ‘.
J’avais pensé d’abord que l’espace contenu entre les deux rangées
de dalles pouvait avoir servi pour des libations ou des offrandes de
fleurs en riionneur des illustres morts ; mais je reconnais mainte-
nant que c’est impossible, parce que les deux rangées étaient dans
l’origine reliées entre elles et recouvertes par des dalles transver-
sales, dont six sont encore en position. Voici par quel procédé elles
ont été ajustées et solidement assujetties. La partie supérieure des
dalles qui sont debout, sur les deux rangs, ont des entailles de
i pouce I à 3 pouces I (0‘“,03 à 085) de profondeur, et de 4 pouces
(0"ql0) de large ; ce sont comme des mortaises, dans lesquelles
s’emboîtent des tenons de même dimension, ménagés sur les deux
cotés des dalles transversales Gomme ces entailles se retrouvent
sur toutes les dalles, on ne peut pas douter que le cercle tout entier
n’ait été couvert de la même façon : les dalles verticales ont de
4 pieds 2 pouces (l"q25) à 8 pieds 2 pouces (2'", 45) de long, et de
1 pied 8 pouces (0'‘\50) à 4 pieds (i‘'',20) de large ; les plus grandes
sont aux deux endroits où le double cercle passe du rocher au mur
de soutènement. Entre les deux rangées il y a d’abord une couche
de pierres de 1 pied 4 pouces (0"V40) d’épaisseur, destinées à main-
tenir les dalles en position ; l’espace qui reste est comblé tout sim-
plement avec de la terre mélangée de coquilles longues et minces
de surdons, dans les endroits où le couvercle primitif est resté à sa
place. Quand le couvercle manque, l’espace vide est rempli de dé-
tritus domestiques, mélangésd’nn très-grand nombre de iraginents
1. Voyez le plan G et les planches VI-VIL
2. Voyez la fiffnre lyO a.
198
L’AGOFiA DANS L’ACROPOLE.
de poterie archaïque. Cette circonstance prouve clairement que les
dalles transversales formant couvercle ne furent enlevées qu’après
que la ville eût été prise et abandonnée; en effet, il faut nécessaire-
ment que les fragments de poterie archaïque aient été amenés, par
les pluies, des cinq terrasses supérieures, naturelles ou artificielles
de l’acropole ; or ce fait n’a pu se produire que quand Mycènes
fut abandonnée par ses habitants.
Il faut insister particulièrement sur le point suivant : l’ensemble
des dalles est incliné h un angle de 75 degrés vers l’intérieur du
cercle, excepté du côté nord et
dans les endroits où les rangées
de dalles passent du rocher sur
la muraille. L’aire intérieure est
artificiellement exhaussée jusqu’à
un niveau assez élevé pour que
les dalles horizontales ou cou-
vercles aient formé un banc cir-
culaire continu , sur lequel les
citoyens s’asseyaient le visage
tourné vers l’intérieur du cercle.
L’inclinaison des dalles verticales laissait au bas du banc un
espace commode pour ramener les pieds. On peut constater que la
même disposition a été observée dans la construction des sièges de
marbre destinés aux prêtres dans le théâtre de Dionysos à Athènes.
Mon honorable ami le professeur F. A. Paley a, le premier, avancé
une opinion que M. Ch. T. Newton a acceptée et que j’ai adoptée
moi-même. Selon lui, le double cercle de dalles parallèles, recou-
vertes très-solidement de dalles transversales, avait deux destina-
tions : c’était nécessairement un banc servant de siège, et il formait
en même temps la clôture de l’agora de Mycènes. Il pense que l’idée
première de donner aune agora la forme circulaire vient des danses
en cercles (y.vyltoi y^opol) et du chant des dithyrambes b L’assem-
1. Le ditliyramlic faisait partie d’une ancienne cérémonie en l’honneur de Bacclins; elle
remonte au moins au temps d’Archiloque, qui dit « qu’il sait conduire le dithyrambe, le
beau chant en l’iionneurde Dionysos, quand son espiût est enflammé par le vin ». (Fragm.dans
Alhén., livr, XIV, p. 028). Il semlde que le dithyrambe ait été une hymne, cliantée avec accom-
Fig. 210 a. — Banc de l’agora.
BANC rjRnULAIUE DANS I/AGOUA.
m
blée se tenait assise en cercle et l’orateur se levait de son sié^e pour
haranguer l’assemblée, comme on le voit dans Homère ‘ et dans
Sophocle ^ An centre de l’agora de Mycènes, j’ai trouvé un rocher
nn peu plus élevé que le reste du terrain et qui pourrait bien avoir
été une tribune (Prj[xa) d’où l’orateur parlait à l’auditoire assis
sur le banc circulaire ^ Mais nous ne trouvons rien dans Homère
de nature à justifier la supposition qu’il y ait eu une tribune
dans l’âge héroïque.
Nous savons donc avec certitude, d’abord que l’agora était circu-
laire et ensuite que le peuple avait l’habitude de s’y asseoir. Un
passage d’Euripide^ prouve aussi que telle était la forme de l’agora,
puisqu’il ditcc le cercle de l’agora» {ayopag xvylov). D’un autre pas-
sage d’Euripide déjà cité (Electre, 710), le professeur Paley conclut
que le poète connaissait l’agora de Mycènes pour l’avoir vue de ses
yeux. L’expression nixoïva ^aOpa désignerait alors l’énorme banc
de pierre circulaire qui forme l’enceinte de l’agora ; c’est sur ce
banc que serait monté le héraut, lorsqu’il appelait à haute voix les
citoyens de Mycènes à l’agora; le professeur Paley pense aussi
qu’Euripide pouvait avoir eu en vue le de la Pnyx à Athènes.
Je n’hésiterais pas à adopter l’opinion du docteur Paley, si je n’a-
vais pas trouvé l’agora profondément enfouie sous les décom-
bres préhistoriques. Cependant, il est possible que du temps
d’Euripide l’agora ne fût pas encore entièrement enfouie, et que la
plus grande partie des décombres préhistoriques dont je l’ai trouvée
couverte y eût été amenée depuis par les grandes pluies d’hiver,
du haut des cinq autres terrasses naturelles et artificielles de l’acro-
pole. Quoi qu’il en soit, la poterie de la cité hellénique postéideure
pagnement de flûte, par un ou plusieurs membres d’un xtop-oç, ou réunion dans laquelle on
célébrait les orgies. Arion, à Corintlie, est le premier qui donna au dithyrambe le chœur régu-
lier, la forme antistrophique (Hérod., 1, ; Pindare, Olymp., Xlll, 18-ïl5), Les chœurs, qui se
composaient ordinairement de cinquante hommes ou jeunes gens, dansaient en cercle autour
de l’autel de Dionysos. C’est pour cela qu’on les appela chœurs cycliques (x'jxmo: '/opoO, et
l’on désignait les poètes ditliyrambiques par le nom de xuxXiooiôâo-xaXot.
1. 11,1, 58, 68, 101 ; II, 53, 96, 99; Od., XVI, 362; XVll, 70.
2. Œdipe Roi, ICI : ''Apisgiv à xuxXôevT’ ayopa; Opovov eùxXia Oacrast. « Artémis, qui est
assise sur le glorieux siège circulaire de l’agora. »
3. Ce rocher s’est écroulé en partie, à cause des travaux nécessités par les fouilles du
deuxième et du troisième tombeau, qu’il surplombe.
i. Oreste, 919.
-200
Ï/AGOUA DANS L’ACROPOLE.
prouve que cette cité ii’a pu être bâtie qu’après l’époque d’Euripide.
Eu relisant attentivement Pausanias et Hérodote, j’ai trouvé bon
nombre de passages qui prouvent que l’agora servait souvent de
lieu de sépulture aux personnages les plus distingués : par exemple,
le sépulcre d’Oreste était dans l’agora de Sparte, près du sanctuaire
des Destinées (^loipai) ; tout près de ce tombeau étaient, dans la
même agora, les sépulcres d’Épiménidès de Crète et d’Aphareus de
Périèrèsb Le tombeau de Taltbybios, héraut d’Agamemnon, fut
montré à Pausanias dans l’agora d’Ægion, en Achaïe le sépul-
cre d’Oxylos dans l’agora d’Élis^ Dans l’agora de Phigalie était
l’immense tombeau commun (nolvavdptov) des Orestasiens élus,
auxquels on faisait des sacrifices funéraires le tombeau de Podarès
était dans l’agora de Mantinée 'L Dans celle de Tégée, on montra
à Pausanias les sépulcres de Lycaon et de sa femme Mæra ® ; dans
celle d’Ëlæa, le tombeau de ThersandrosL H est fort intéressant
d’observer qu’on a fait le même honneur à Hérodote, car il fut enterré
dans l’agora de Thurium (Sovpioc), où son sépulcre a été conservé
pendant de longs siècles^. L’agora de Sicyone contenait le hèrôon
d’Adrastos^, et celle de Thèbes, le mausolée d’Euphron‘®.
M. Charles T. Newton appelle mon attention sur le passage où
Thucydide dit, en parlant de Corcyre : (( Les maisons qui sont en
cercle autour de l’agora “ » ; puis, surles passages suivants de Pau-
sanias, qui prouvent que les tombes des héros étaient dans l’agora
de Mégare : « Là , ils construisirent la place du (cham-
bre du conseil), afin d’avoir les tombes des héros dans l’intérieur
de la place du (^ovliwopio'j ; » car on ne peut douter que ce
1. Pausanias, III, xi, 10-11.
2. Ibid., III, XII, 7, et VII, xxiv, I.
3. Ibid., VI, XXIV, 10.
4. Ibid., VIII, XLi, 1.
5. Ibid., VIII, IX, 9.
0. Ibid., VIII, xLViii, G.
7. Ibid., IX, V, 14.
8. Hérodote, éd. Rawlinson, t. I"*’, p. 30.
9. Ibid., V, 07.
10. Xénophoii, IleUenica, VII, iii, 12.
1 1 . Thucydide, III, 74 : xà; oixi'aç xà; ev xuxXw xr,ç àyopaç.
12. Pausan., I, xliii, 3-1 : [3ou>£'jxriptov èvxaOOa (pxo5ô[xrj7av, i'va aipÎTi'/ o xxçpo; xwv r,pi6m
evxbç xoO poo>,£’jx/ip''o'j ylviQxat.
DALLES A SURFACE UNIE.
201
^ovlzvTopiov ne tut dans l’agora. (Il ne faut pas perdre de vue
que cette disposition fut prise à Mégare sur l’avis de l’oracle
de Delphes.) Il dit encore : «Le tombeau de Korœbos est dans
Lagora des Mégariens h »
Un autre de mes amis appelle aussi mon attention sur le passage
suivant de Pausanias : « Là se trouve le tombeau d’Opheltès, avec
une enceinte de pierre et des autels dans l’enceinte des murs ; il y a
(là) aussi un tumulus qui est le tombeau de Lycurgue, père d’O-
pheltès^. ))Mais voici une objection. Opheltès, fils du roi deNémée,
Lycurgue, et d’Eurydice, fut étouffé par un serpent, tandis que sa
nourrice Hypsipyle montrait une source aux sept héros qui s’en
allaient assiéger Thèbes; et,àcause de cet événement, les habitants
de Némée instituèrent en son honneur les jeux néméens ; l’enfant
avec son père fut enterré dans le bois sacré de Jupiter néméen, où
leurs tombeaux furent visités par Pausanias, qui ne parle pas le
moins du monde d’une agora®.
Mais, avant tout, il faut que je cite ici le passage important de
Y Iliade, où Homère décrit expressément l’agora de l’âge héroïque
comme un cercle sacré mionr duquel étaient assis lesanciem sur des
pierres bien taillées ou — comme nous pouvons nous risquer à tra-
duire maintenant, ~ sur des dalles à la surface unie, semblables à
cellesque nous voyons dans l’agora de l’acropole de Mycèiies. Dans
ce passage décisif, Homère dépeint le jugement d’un procès repré-
senté sur le bouclier d’Achille ^ : « A l’agora une grande foule est
1. Pans., I, XLiii, 8 : Kopotêw 3s la-xt xàço; èv Msyapiwv àyopa.
2. Ibid., II, XV, 4: IvTauOa saxi [Jisv ’OçIXtou raçoc, “nrsp'i 3e autov 6ptyxoç Xi'ôwv, xa'i svxb:
xoO TCsptêoXo'j • eaxi Sè Auxoupyoy |j.vr||jLa tqO ’OçsXtou nraxpo;.
3. Pausan., II, xv, 2; Apollod., I, ix, 14; III, vi, 4; Hyg., Fah., 74; Stace, Théb , V, 29(1.
4. Iliade, XVIII, 497-508.
Aao\ o’ etv ayop^ ecrav àOpoot ' evOa 8è veîxoç
wpcopet • 3uo 6’ avSpeç svetxsov st'vexa uotvr]?
àvopbç àTü096c[i.£Vou ’ o p-èv e-j'/exo Tcâvx’ àTi:o3o0vat,
3r,[X(.) Tctça'jaxwv, à o ivaivcxo [X'/joev eXeaOat.
’'A!xçü> S’ Ua-Ofjv £7c\ îcrxopt Tueîpap eXsaOat.
Aao\ o’ aç[xoTepotatv è'jirjTC'Jov, àp,çiç àpwyoî •
XTjpyxeç 3’ (xpa Xabv IprjXuov * ol Sè ylpovxe?
Etax’ sut ^eo'Totai Xi'Ôoiç, Upw èvi xûxXfo ‘
crxbuxpa 5è xyjpuxwv sv )(£po-’ ï^ov ^spoçoSvwv •
xoîatv euetx’ rjVaarov, àjxotPrjS'tç 5à 3txa^ov.
xetxo 3’ ap’ sv [xlo-croiat 8uw ^(putjoto xâXavxx
xw 3bjxev, b: [xexà xoto-t 3txr)v tO'jvxxxa sîuot.
TOMP.es POYALES dans L’AGORA.
^202
rassemblée; de violents débats s’élèvent: il s’agit du rachat d’nn
meurtre; l’nn des plaideurs affirme l’avoir entièrement payé et le
déclare aux citoyens; l’autre nie l’avoir reçu. Tous deux désirent
que les juges en décident. Le peuple, prenant parti pour fun ou
pour l’autre, applaudit celui qu’il favorise. Les hérauts réclament
le silence, et les anciens, assis dans V enceinte sacrée^ sur des dalles à
la sur face unie , empruntent les sceptres des hérauts à la voix reten-
tissante. Ils s’appuient sur ces sceptres lorsqu’ils se lèvent et pro-
noncent tour à tour leur sentence. Devant eux sont deux talents
d’or destinés à celui qui a le mieux prouvé la justice de sa cause. »
Quel lecteur, éclairé par la découverte que j’ai faite de l’agora
de Mycènes, pourra suivre cette description si animée, sans penser
que le poète a dû être souvent témoin de la scène qu’il raconte, peut-
être même sur l’agora de Mycènes ?
Dans Homère, l’agora troyenne ou assemblée de tous les citoyens,
vieux et jeunes, avec les anciens a lieu dans la citadelle d’Ilion (la
Pergamos), aux portes de Priam h
Dans plusieurs passages de Y Odyssée, Homère décrit l’agora des
Phéaciens, qui est aussi dans la citadelle, près du port^. C’est là
que les habitants furent conduits par Alcinoüs, pour entendre
les merveilleuses aventures d’Ulysse ; eux aussi (c ils entrent et se
placent Vun à coté de Vautre, sur des pierres polies (autrement dit
sur des dalles à la surface unie) ; et V enceinte de Vayora, et les
sièges se remplissent rapidement de citoyens assemblés ^ ».
1. Iliade, II, 788-9; VII, 345-6; dans ce passage, l’àyopà c’est Vassemblée, d’où le lieu de
rassemblée a tiré son nom ; àyopa, du verbe ocyetpw, assembler.
2. Odyssée, VI, 262, 263,
A'jxàp £7ïr|V TiôXtoç ETUtêsiop-ev, r,v Tzépi irupyo;
u'prjAo;, xaXoç ôè )a{ji,-riv èxaTepÔs uôÀYioç.
(( Mais aussitôt que nous monterons à la ville qui est entourée d’une haute muraille ; des deux
côtés de la ville il y a un excellent port. »
3. Odyssée, VIII, 4-7, et 16,17 :
Totatv ô’ riy£[XÔV£u’ kpov p,£VOÇ ’AXxivooio
<l>air|Xü)v àyoprjvô’, yj uapà vr/jai tétuxto.
’E).0ÔVT£Ç 0£ xaOtÇoV £7l\ ^so-Toîai Xl'Oot'TlV
Kap7ia>vip,w; o ïim'kTi'no [IpoTwv àyopac xz xa'c sSpat
àypo(X£V<i)v.
L’AGORA A GYRÈNE.
-203
Pour compléter le parallèle, cette agora phéacienne (c’est-
à-dire cette enceinte circulaire) était formée de pierres énormes^
habilement ajustées et enfoncées dans le sol^ comme les dalles
de l’agora de Mycènes, (( et elle entourait un beau Posidéioiij),
que l’on peut supposer avoir été un sanctuaire ouvert, placé au
centre de l’agora b
J’ajouterai, comme preuve du rôle important que jouait l’agora
dans la vie civile des temps héroïques, qu’Homère en signale l’ab-
sence chez les Cyclopes, comme preuve de leur état de barbarie^.
Le professeur Paley me rappelle le passage suivant de la cin-
quième pythique de Pindare (vers 69-98) : (c Et c’est de là qu’il
(Apollon) a envoyé à Lacédémone, à Argos et dans la divine Pylos
les enfants robustes d’Herciile et d’Égimios. De Sparte me vient,
dit-on, une gloire qui m’est chère ; à Sparte naquirent ceux des
Égéides, mes pères, que la faveur des dieux conduisit à Théra ; le
destin y transporta aussi le festin aux nombreuses victimes ; c’est
de là que nous avons reçu, ô Apollon! tes fêtes carnéennes, et,
dans le banquet sacré, nous chantons la belle Gyrène, qu’habitent
de belliqueux étrangers, les Troyeiis, fils d’Anténor. Ils y abor-
dèrent à la suite d’Hélène, après avoir vu leur patrie réduite en
cendres, au milieu des horreurs de la guerre. Ils viennent honorer
de leurs sacrifices et de leurs offrandes pieuses la tombe de ce
peuple, ami des coursiers, les hommes qu’Aristo télés (ou Battos)
amena sur ses vaisseaux rapides, ouvrant les routes profondes
des mers. Il consacra aux dieux des bois plus vastes, et construisit,
pour les pompes d’Apollon, si secourable aux mortels, une route
directe et unie, qu’un roc solide fait retentir sous les pas des
coursiers. C’est là que lui-même, depuis sa mort, repose seul à
l’extrémité de la place publique (agora). Heureux tant qu’il habita
parmi les hommes, il est devenu pour le peuple un héros vénéré.
1 . Odyssée, VI, 266, 7 .
’'Ev0a os TE cr^’àyop^, xaXbv llocrcSr/tbv àjxçiç,
p’jToîcrtv Xaso-cri xaTwpu'/ssao-’ àpapuîa-
2. Odijss., IX, 112 : toîaiv o o'jt’ àyopai pouX-/]çôpoi o’jtî Os^aiatsç.
« Mais ils n’oiil ni assemblées pour le conseil ni lois, » Chacun règne à part dans sa propre
famille.
204
TOMBES ROYALES DANS L’AGORA.
Les autres rois eonsaerés, descendus chez les mânes, sont honorés
chacun devant son palais )) (mais, naturellement, dans Tagora
aussi). Trad. Sommer.
D’après ce passage de Piiidare, on voit que Battos, appelé aussi
Aristotélès, fondateur et premier roi de Gyrène (640 av. J. -G.),
descendait d’Hercule , et que ses ancêtres , les Héraclides ou
Doriens, avaient émigré de Sparte à Théra. De ce que Pindare vit
son tombeau, ainsi que ceux d’autres rois consacrés (probable^
ment successeurs de Battos) dans l’agora de Gyrène, le profes-
seur Paley conclut que l’habitude d’enterrer les rois dans l’agora
était dorienne et non pas achéenne. Mais cette conclusion est
contredite par le passage de Pausanias, cité plus haut (I, xliii,
4, 8), où il est dit que les Mégariens avaient placé les tombeaux
de Korœbos et d’autres héros dans l’agora, parce que Korœbos
avait été vainqueur aux jeux olympiques, à Élis, dans la course du
stade {01. y I), et que, selon la tradition, il avait tué llotvv?,
envoyée par Apollon aux Argieush D’ailleurs, les Mégariens
n’avaient rien à démêler avec les coutumes doriennes.
Ge qui s’est fait à Mégare, â Thèbes, à Thurium, à Sparte, a
Gyrène, etc., a eu lieu également dans l’acropole de Myeènes; pour
honorer les personnages illustres qui y étaient ensevelis, l’agora fut
construite en cercle autour de leurs tombeaux. Si le cercle de
dalles u’avait eu d’autre destination que de former une clôture
autour des cinq tombes royales, il n’y avait aucune raison sérieuse
pour que le cercle fût double, pour que les dalles fussent disposées
obliquement et recouvertes de dalles transversales ; il n’eût pas
été nécessaire de construire uu gros mur, à seule fin de porter la
double rangée de dalles, pour la mettre au niveau de l’autre partie
du cercle qui reposait sur le rocher, aune plus grande élévation
que le terrain sur lequel fut bâti le gros mur. Une seule enceinte
circulaire, suivant les sinuosités du rocher, aurait, selon moi, fait
autant d’honneur aux cinq tombes royales qu’une rangée double,
nivelée arlificiellement et couverte.
i. Pausanias, V, vni, 3 ; VIII, xxvi, 2 ; Strabon, VIII, p. 355.
IIJOI.es CÜIIIEIISES.
205
Fig. 2H. — Poisson de bois (à S”, 50)
Grandeur réelle.
11 est à remarquer qu’entre les deux rangées de dalles, et aussi
de chaque côté, il a été dd'couvert beaucoup d’objets intéressants ;
par exemple : un poisson de bois (fig. 211) ; — beaucoup d’idoles
de Hèra des différents modèles déjà décrits, quelques-unes sous
la forme d’une vache sans cornes, debout ou couchée, portant
une coiffure de femme, ou avec le cou percé d’un trou pour
faciliter la suspension ‘ ; ce détail
semblerait indiquer que l’on portait
ces idoles comme des amulettes ; —
une idole féminine qui a 2 pieds,
au lieu de finir en cylindre comme
d’habitude; elle a la tête nue, en
forme de tête d’oiseau, pas de bouche, de très-grands yeux, des
mains saillantes et un collier; la chevelure est bien représentée
par derrière, et le vêtement indiqué par une couleur rouge
— une figure d’homme en argile non peinte,
avec de grands yeux, un nez aquilin et pas de
bouche ; la tête est couverte d’un bonnet en
forme de turban ; je ne saurais décider si c’est
une idole; — une idole tout à fait primitive,
avec une tête d’oiseau nue et deux oreilles; les
mains sont posées sur la poitrine, mais sans
être jointes ; la tête est levée vers le ciel - curieuse idole
(fig. 212) ; j’appelle l’attention du lecteur sur léeiie.
la grande quantité d’idoles d’Apbroditè que
possède le Musée Britannique, et qui, comme la figure 212, se
touchent les deux mamelles avec les mains : ce sont jirobablement
des symboles de fécondité ; — deux couteaux en opale brune et
trois flèches en obsidienne^; ces flèches se rencontrent rarement
ici ; — quantité de petites perles en verre, percées pour y jjasser le
fil d’un collier; — et trois fusaïoles de terre cuite.
Je rencontre fréquemment ici, dans les décombri's pi'éhislo-
t. Voyez la figure 115.
2. Voyez la figure 107.
3. Voyez la figure 126
FOUILIÆS AUX ENVIRONS DE L’AGORA.
20f)
riques, des fragments d'enduits de muraille, en chaux, avec une
ornementation archaïque, composée de spirales bleues, vertes
ou jaunes. Gomme on ne trouve pas la moindre trace de chaux
dans les maisons cyclopéennes , je ne puis faire remonter ces
enduits à une antiquité bien reculée; ils proviennent peut-être
des maisons en bois du siècle qui précéda la prise de Mycènes
par les Argiens.
Au sud de la double rangée circulaire de dalles, j’ai trouvé, en
fouillant, une vaste maison cyclopéenne. Cette maison, du moins
ce qu’on en a déblayé jusqu’ici, contient sept chambres formées
par l’intersection de quatre corridors, dont chacun a 4 pieds
de large (voy. les plans B et G). Par endroits, les murs conservent
encore quelques vestiges de leur enduit d’argile; mais on n’y
voit pas trace de peintures. Les murs ont de 2 à 4 pieds |
(0'“,60 k i"g35) d’épaisseur; du reste, il arrive que le même
mur se trouve, en certains endroits, dépasser de 6 ou 8 pouces
ou 0'“,20) son épaisseur ordinaire. La plus grande chambre
a 18 pieds \ (5'“,55) de long sur 13 pieds I (4'”,05) de large; son
coté sud est taillé dans le roc vif, oii elle pénètre k une profon-
deur de 16 pouces (0"*,40).
Au-dessous de cette chambre et de la chambre voisine, il y a une
profonde citerne creusée dans le roc. Une conduite d’eau cyclo-
péenne y débouche, venant du haut de la colline; elle amenait
probablement dans la citerne l’eau de la fontaine Perséia, qui est
située k un demi-mille k l’est de l’acropole, et jouit, dans la plaine
d’x\rgos, d’une réputation bien méritée pour la pureté et la salu-
brité de ses eaux. Pausanias (II, xvi) dit qu’il vit cette source dans
rintérieur des ruines de Mycènes ; mais la ville ne s’étendit jamais
aussi loin k l’est. Je suppose donc que ce que Pausanias vit de l’eau
de la source Perséia n’était que la décharge d’un conduit artificiel
qui amenait l’eau de la source naturelle. Gette explication aurait
pour elle le sens du mot y.f/rivr\, que Pausanias emploie continuel-
lement en opposition avec le mot qui signifie source naturelle.
La maison cyclopéenne n’a pas de fenêtres; de même, deux
seulement des salles intérieures ou chambres ont une entrée ou
PALAIS LOYAL PRÉSUMÉ.
“207
une porte. Mais , à supposer meme que tous les murs latéraux
eussent été des vitrages, les chambres néanmoins eussent été très^
obscures, car l’édifice est situé dans le creux profond qui est
devant le côté ouest de la muraille d’enceinte, dont il n’est séparé
que par un corridor de 4 pieds (l‘",20) de large; cette muraille
aurait nécessairement caché aux habitants de la maison la vue de
la ville basse, de la plaine et de la mer. C’est ici l’endroit le plus
imposant de toute l’acropole, il avoisine l’agora; il devait néces-
sairement servir d’emplacement à la maison de la famille la plus
distinguée de Mycènes, .et il est impossible d’admettre que cette
famille se soit contentée d’un sombre cachot. Nous n’hésitons donc
pas à déclarer que cet édifice cyclopéen s’élevait jadis jusqu’au
niveau de la muraille d’enceinte, el qu’il n’était que la substruction
d’une grande maison de bois maintes fois renouvelée; en effet, en
présence des masses énormes de cendres de bois, dont toutes les
chambres de l’édifice cyclopéen sont remplies, on ne peut douter
un instant qu’il n’en ait été ainsi, ni admettre aucune autre hypo-
thèse. Aussi j’oserai soutenir, à cette occasion, que toutes les mai-
sons cyclopéennes, bâties de pierres non taillées jointes sans ciment
et sans mortier, que j’ai découvertes à Tirynthe et à Mycènes, n’ont
pu également servir que comme substruction s pour des maisons
en bois ou en briques crues. J’hésite d’autant moins que, dans
une maçonnerie cyclopéenne de cette espèce, on ne pouvait pra-
tiquer que des portes et des fenêtres très-petites et très-étroites.
Mais les objets, produits de l’industrie humaine, que j’ai découverts
ici, ne nous permettent pas de supposer logiquement qu’un peuple,
arrivé à un pareil degré de civilisation, ait pu se contenter de ces
cages obscures comme maisons d’habitation.
Le professeur Paley, s’appuyant sur le passage d’Euripide, déjà
si souvent cité {Electre^ 710), regarde comme parfaitement démon-
tré que cette maison devait être le palais royal, parce que le peuple
de Mycènes est appelé à Vagora^poiu' voir le mcvveiUcKx agneau
à la toison (V or. Mais cet agneau (qui était un présage et un symbole
de la monarchie) avait été apporté au palais par Aérojiè, femme
d’Atrée. C’est là que Thyeste dit alors au peuple qu'il V avait ifans
208 PALAIS ROYAL PRÉSUMÉ.
sa demeure ; il en faut conclure que le palais était
tout près de l’agora.
Cette théorie est aussi acceptée par le savant français M. George
Cogordan, qui a visité Mycènes et qui dit à ce sujet ‘ :
(( L’idée de Schliemann, que cette demeure ne pouvait avoir
appartenu à un simple particulier, mais qu’elle devait avoir
été la résidence des anciens dynastes pélopides, le propre palais
d’Agamemnon, est une hypothèse, mais pas trop invraisem^
blable. Si le palais du roi doit être quelque part, c’est bien
dans cette partie de l’acropole, dominant toute la plaine et à
proximité de l’agora. On ne peut nier, en outre', que la situa-
tion ne cadre au juste avec certaines scènes des tragédies consa-
crées par Sophocle et Euripide aux forfaits de la maison de Pélops.
C’est là qu’il faut lire V Electre de Sophocle, un des plus admirables
chefs-d’œuvre de la muse grecque. Il semble que le poète ait
visité lui-même les lieux, tant il les décrit exactement. La scène
se passe sur l’agora, (c Tu vois d’ici l’antique Argos, dit le péda-
» gogue au jeune Oreste ; ici le bois sacré de la fdle d’Inakhos,har-
)) celée par les taons ; plus loin la place consacrée à Apollon Lycien,
)) destructeur des loups; à gauche s’élève le temple de Junon. La
» ville où nous sommes, c’estMycènes, abondanteen or, et ce palais
» est le séjour sanglant des Pélopides. ))De l’agora mycénienne, on
voit en effet Argos en face de soi : dans la plaine coule l’Inakhos,
où se trouvait le bois sacré d’Io, la fdle du fleuve, changée en
génisse et aimée de Jupiter métamorphosé en taureau, » — et c’est
bien à gauche que l’on aperçoit les ruines du temple de Junon,
l’Hèræon célèbre de la plaine argienne. De jeunes Mycéniennes
qui forment le chœur emplissent l’agora, où la vaillante Electre
rencontre son frère Oreste, envoyé par les dieux pour venger sur
sa mère le meurtre d’Agamemnon. Ils ne se reconnaissent pas de
prime abord; pour mieux trompen les soupçons, Oreste feint
d’apporter la nouvelle de sa propre mort. Tout le monde est
rempli de joie dans le palais, pendant qu’Électre exhale, en des
1. Article Myvenes et ses trésors dans la Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1878.
\ ET DU C EU CLE
PALAIS UüVAL PUÉSUMÉ.
209
vers célèbres, de loiicliairles plaintes. Enfin le frère et la sœur
se reconnaissent et concertent la vengeance. Clytemnestre meuil
la première : elle est frappée dans son propre palais, et ses der-
niers cris parviennent à l’oreille des jeunes filles sur l’agora. Mais
la vengeance n’est pas complète tant qu’Égisthe vit encore, Égisthe,
le pervers conseiller, l’amant, puis l’époux de la reine. Il avait
passé la journée en dehors de l’acropole ; il arrive du faubourg.
On le voit entrant par la porte des Lions; il rencontre sur l’agora
Electre et ses jeunes compagnes, tout en se dirigeant vers son
palais, où l’attend l’épée vengeresse du fils d’Agamemnon. »
Si au temps d’Euripide une partie de l’agora était encore visible
au-dessus des décombres, à plus forte raison les ruines de la maison
cyclopéenne devaient l’être aussi; et il est plus que probable que la
tradition la signalait comme le palais des Atrides, où avaient été
assassinés iVgamemnon et ses compagnons, et que c’est sous ce nom
({u’elle fut montrée à Euripide. On voit, par la nature des objets
découverts dans cette maison, que ses habitants poussaient leurs
prétentions jusqu’au luxe. Dans une des chambres, en effet, à
20 pieds (6'") au-dessous de la surface du sol, j’ai découvert une
bague taillée dans un magnifique onyx blanc. Cette bague porte un
sceau où sont représentés en intaille deux animaux sans cornes.
A première vue, on les prendrait pour des biches; mais, en y regar-
dant de plus près, on voit que l’artiste a voulu représenter des
vaches. Tontes les deux tournent la tête pour regarder leurs veaux
qu’elles allaitent L Quoique le style de cette intaille soit très-
archaïque, le travail en est passable ; l’anatomie des animaux est
un peu grossière, mais assez bien rendue. On se demande avec sur-
prise comment ce travail a pu être exécuté sans faide de la loupe.
Quand on voit cette intaille, quand on réfléchit qu’elle remonte à
une époque antérieure de plusieurs siècles à Homère, on est porté i\
croire que les objets d’art dont ce poète parle existaient de son temps
et qu’il les décrivait pour les avoir vus de ses propres yeux; par
exemple, le bouclier d’Achille/^, le chien et le daim (jiii formaieiiL
1. Voyez la ligure 175.
2. Iliade, XVIII, -478-60S.
MYCÈNES.
14
210
PALAIS LOYAL PRÉSUMÉ.
l’agrafe du manteau d’Ulysse la coupe de Nestor^ et tant
d’autres. M. Achille Postolaccas appelle mon attention sur les plus
anciennes didrachmes de Gorcyre (viU siècle av. J. -G.), qui repré-
sentent une vache allaitant son veau; le sujet y est traité dans un
style analogue à celui des animaux représentés sur la bague d’onyx.
Il a été trouvé en outre dans la maison cyclopéenne plusieurs
belles haches en diorite et en serpentine beaucoup de fusaïoles
en pierre bleue et de terres cuites peintes; parmi o€S terres cuites,
on remarquera tout particulièrement les fragments d’un grand vase
à deux ou à trois anses, aux extrémités desquelles ont été modelées
des têtes de vache. La réunion de plusieurs de ces fragments que
j’ai pu rajuster représente six guerriers complètement armés,
peints en rouge foncé, sur fond jaune clair; ils partent évidemment
pour une expédition militaire; tous portent des cottes de mailles
qui descendent du cou au-dessous des hanches (fig. 213).
Ges cottes de mailles se composent de deux parties distinctes;
elles sont assujetties à la taille par un ceinturon ; la bordure infé-
rieure est ornée d’une frange de glands allongés.
Ghacun de ces guerriers porte sur le dos un grand bouclier rond
qui semble assujetti à l’épaule gauche, car, tout en débordant des
deux côtés, le bouclier fait une saillie plus marquée du côté gauche
que du côté droit. Le bas du bouclier est échancré en croissant.
Dans leurs mains droites, les guerriers portent de longues lances, à
la hampe desquelles est attaché cet objet curieux, pareil à une
idole troyenne, et dont j’ai déjà parlé en décrivant un des bas-
reliefs. Il est évident pour nous que cet objet curieux était destiné
à accrocher la lance à l’épaule gauche; néanmoins il faut remar-
quer que l’artiste mycénien primitif a pris soin de le représenter
un peu au-dessus de l’épaule, afin que l’œil puisse le distinguer
nettement; car, s’il l’avait représenté reposant sur l’épaule même,
il aurait pu se confondre avec le bouclier, qui l’aurait même
recouvert en partie; dès lors, il eût été impossible d’en reconnaître
1. Od., XIX, 22i-231.
2. Iliade, XI, 632-635.
3. Semblables aux objets représentés figure 126.
UN VASE PEINT.
2ii
la tonne. Du reste, les lances sont bien telles que nous les
représente l’expression homérique oohyj'jxto'j 37/0; car elles
sont très-longues. Nous voyons de plus que la pointe de la lance
1. Littéralement : « lance qui projette une oiiibre très-allongée, »
Fio. 21P.. — Fra^oiiciits d’un vase i)cint représentant des guerriers armés (à 5 met.). Au tiers environ de la grandeur réelle.
212
PALAIS ROYAL PRÉSUMÉ.
est percôt3 crune douille où s’enfonee la hampe; il semble bien
(ju’il eu était de meme dans les lances homériques b
Les jambières (/v'/jpiBec) ont ceci departiculier, qu’elles semblent
être en étoffe ; elles prennent un peu au-dessus du genou et des-
cendent presque jusqu’aux chevilles; la partie supérieure est atta-
chée par un cordon qui est serré trois fois autour de la partie
inférieure de la cuisse. J’estime que la seule présence de ce lien
suffit à prouver que les jambières sont en étoffe. Tous les guerriefs
})ortent des sandales assujetties par des courroies qui montent
jusqu’aux jambières. Les casques sont du plus haut intérêt; ils sont
constellés d’un grand nombre de points clairs, destinés peut-être à
représenter l’éclat du bronze. La partie inférieure du casque offre
à ])eu près la forme d’un croissant et fait saillie par devant et par
derrière ; la partie supérieure du casque représente évidemment le
(Dc/loq homérique ^ Au-dessus de ce ©aXo; était le loooç ou tube
dans lequel était assujetti le panache, fait d’une queue de cheval
{ïirnovfAç)^. Malheureusement ici il n’y avait pas déplacé pour le
Xooog; l’artiste a été obligé de le supprimer et de représenter le
panache attaché au cpalog même. On ne voit pas clairement quelle
est la nature de ce panache; mais, comme l’artiste lui a donné la
1. Voyez, par exemple, //.,XVII, 297 :
’EyxéçaAoç ôè Trap’aoXbv àvéôpa[X£v cbxs'.Xr,?-
« La cervelle jaillit de la blessure jusque sur la douille de la lance. »
2. 11., III, 3G1-362:
’ArpsiSr,? oè spuo-adp-svoç Hicpoç àpyupo-^TvOV,
TrXrj^ev àvaaxojjLsvoç xopuOoç cpdXov.
(( Ayant tiré son épée ornée de clous d’argent, le fils d’Atrée leva le bras et détacha du coup
le cpdXo; du casque. »
3. Le passage suivant de Y Iliade (XIX, 379-383) ne peut laisser aucun doute sur ce point;
'î>ç au’ ’A^CAtiOç crdxeoç o-éXaç aïOip’ l'xavîv
xaXoO, ôa'.oaAÉoo. Usp't 5e Tp'jçdXetav àetpa;
xpax't 61x0 Ppiapi)v • y) ô’ ào-xrip üç àuéXap.uev
ïuuoupiç xp’jcpdXeia, 7r£pt(7<7£iovxo 5’ ’eôetpat
;(P’j(7£at, dç "Hcpataxo? lei Xô^ov Gapeidç.
(( Ainsi brilla jusqu’au ciel l’éclair du bouclier d’Achille, cette magnifique œuvre d’art„
Levant alors son casque puissant, il le posa sur sa tête, et le casque empanaché brilla comme
une étoile, et l’on vit ondoyer l’abondante crinière d’or qu’Hèphaïstos avait fixée autour du
cône (Xo'fov). »
Voyez ces parties du casque homérique dans mon ouvrage, Antiquilés troyennes, p. 247 et
p. 296, et aussi dans VAtlas qui en fait partie, planche 194, n”® 3496, 3497, 3504, i et l.
CASQUE HOMERIQUE.
forme crime feuille allongée, il est très-probable c{u’il a eu rinten-
tioii d’en faire une queue de cheval.
Sur la partie antérieure du casque s’élève un curieux objet de
forme allongée et recourbée, et qui donnerait tout à fait l’idée d’une
corne. Je ne puis en aucune façon m’expliquer quel en pouvait être
l’usage, et l’on ne trouve dans Homère aucun mot dont l’interpré-
tation puisse indiquer sa présence sur les casques homériques.
Mon honorable ami M. A. -H. Sayce, célèbre orientaliste et pro-
fesseur h l’université d’Oxford, me rappelle, à propos de (!es
cornes, que la coitîure des personnages représentés sur les pierres
gravées babyloniennes est ornée de deux cornes. J’appelle l’atten-
tion du lecteur sur les gravures de V Hérodote de Rawlinson,
tome I, page 319.
Quant à la physionomie des six guerriers, elle n’est bien certai-
nement ni assyrienne ni égyptienne. Tous ont exactement le même
type idéal, le nez très-long, les yeux grands, les oreilles petites, une
longue barbe bien soignée qui se termine en pointe. Ainsi, à part la
barbe, il n’y a rien d’asiatique en eux. Cinq de ces guerriers ont à
leur suite une femme, qui paraît être une prêtresse; elle est vêtue
d’une longue robe retenue à la taille par une ceinture ; son front est
orné d’un diadème, et elle semble porter une sorte de coiffure. Il
ne reste que son bras droit qui est levé; à en juger par la courbe
qu’il forme, on peut croire que cette femme a levé ses deux mains
jointes, et qu’elle prie les dieux d’être propices aux guerriers qui
partent et de leur assurer un heureux retour. Cette habitude de
lever les mains en priant se retrouve continuellement dans
Homère C
Sur d’autres fragments du même vase (fig. ^214) - sont repré-
sentés deux guerriers qui couvrent leur côté gauche de leurs
boucliers; leur main droite levée tient une lance qu’ils brandissent
contre leurs ennemis; une partie seulement de la ligure derun de
1, Par exemple, IL, I, -150:
ToTaiv ûs Xpuari? [xeyàX’s'JX-’^'î avaa^wv.
« Chrysès pria tout haut pour eux en levant les deux mains. »
Voyez la vignette du chapitre VI,
PALAIS ROYAL PRÉSUMÉ.
2U
ces ennemis s’est conservée. L’armnre des deux guerriers et celle de
leur adversaire sont de tout point semblables à celle des six guer-
riers que nous venons de décrire, mais la coiffure est différente. Au
lieu de casques de bronze, ils portent une sorte de casque, bas de
forme, fait, à ce qu’il semble, d’une peau de sanglier avec les soies
en dehors. En réalité, ces casques nous remettent tout de suite
en mémoire le casque bas de forme, en peau de taureau, dont
Ulysse se conviât la tête lorsque Diomède et lui s’en allèrent
de nuit, comme espions, au camp troyen‘. Il n’est pas hors de
propos de rappeler ici que le motxov£-/3 signifie ce peau de chien » ,
d’où l’on peut conclure que les premiers casques furent faits
en peau de chien. Mais déjà au temps d’Homère le sens primitif
du mot avait depuis longtemps disparu; aussi le poète emploie-t-il
le moiv.vviri pour désigner non-seulement le casque de forme basse,
mais encore le grand casque de bronze. Derrière le guerrier de
gauche on voit une partie de la cotte de mailles et le bouclier d’un
autre combattant, et derrière l’autre guerrier on voit un bouclier.
H est donc à supposer que l’artiste avait représenté plusieurs guer-
riers combattant les uns contre les autres. Au-dessous de la pre-
mière anse est représenté un oiseau volant. Sur les deux têtes de
vache qui terminent les anses, les cornes ne sont qu’indiquées,
l’artiste ayant bien pensé que, s’il les modelait en saillie, elles se
briseraient tout de suite quand on voudrait se servir du vase. Ce
vase a été fabriqué au tour; l’argile en est particulièrement défec-
tueuse et mélangée d’un sable grossier ; le travail en est aussi très-
primitif; l’intérieur est peint en rouge.
On a trouvé encore dans la maison cyclopéenne d’autres vases
d’une fabrication très-soignée; ils sont décorés de rangées de
cercles, contenant des signes nombreux que l’on prendrait à pre-
mière vue pour des caractères d’écriture; mais, comme les mêmes
Il, X, 257-259:
..... ’Afxcp't ùi o'i x'jvIrjV xs^aT^rji^tv 60-/]xev
Taup£tY)v, açaXov xe xa\ aWocfov, y]T£ xaxaîxul
xéx>.r;Tat, pyexac oï xapv] ÔaXspfov
« Sur sa tête il plaça un casque, fait en peau de taureau, sans panache, sans cône, et appelé
xaxaÎTu^, comme celui qui protège la tête de la florissante jeunesse. »
POTERIE FAITE A LA 3IAIN.
215
signes reviennent continuellement, on reconnaît bientôt qu’on
s’était trompé. Parmi les objets découverts dans la meme maison,
il y a deux vases de cuivre, dont l’iin est un trépied de très-grande
dimension.
Je trouve maintenant ici dans l’acropole de nombreux fragments
de poterie façonnée à la main; mais ils ne sont pas disposés par
couches distinctes, comme à Tirynthe. Il est évident que la couche
de poterie préhistorique façonnée à la main (car il devait nécessai-
rement y en avoir une) a été dérangée, ce qui a dû probablement
Fig. 213 g, b. — Type très-fre'quent de poterie mycénienne peinte, à la moitié de la grandeur réelle.
avoir lieu quand on a bfiti le gros mur qui soutient la double clôture
parallèle de l’agora, dans la partie basse de la citadelle, parce que
ce mur est, dans tous les cas, postérieur à la poterie façonnée à la
main. Les fragments de cette poterie sont ordinairement décorés
de bandes horizontales ou de spirales tracées en noir sur un
fond vert clair; mais je rencontre aussi des fragments de vases
monochromes d’un noir brillant.
J’ai expliqué plus haut que le nom de murs cyclopécns est
fondé sur une erreur, puisqu’il vient de la légende fabuleuse
qui fait des Gyclopes des architectes distingués; mais, comme
cette appellation a passé dans l’usage, on ne peut plus éviter de
l’employer pour désigner les différentes espèces de murs bâtis de
gros blocs, dont j’ai indiqué les caractères. Mais à Tirynthe comme
ici à Mycènes, où je suis entouré des plus grandes murailles cyclo-
péennes qui soient au monde, je suis obligé, pour éviler Tenq^loi
des périphi'ases et les malentendus, de me servii- du mol ojcloptk^u,
meme pour désigner les moindres murs de maison et les moindi'es
POTEUÏE MYCÉNIENNE.
“2 K)
conduites d’eau où a été employé le même appareil de construction .
Mais il est bien évident que je ne penserais même pas à me servir
de cette expression, si je trouvais ces constructions dans des
endroits où il n’y aurait pas déjà de grandes murailles de cette
espèce, car le mot cyclopécn ne peut être appliqué proprement
qu’à ce qui est gigantesque.
Le dessin des deux fragments ci-dessus (fig.2l3, ah)^ qui repré-
sente évidemment un coquillage, de l’espèce du sourdon, est eelui
qui se rencontre le plus fréquemment à Mycènes; cependant on ne
le trouve ni dans les cinq tombes royales, ni dans le dromos qui est
devant le trésor. De cette circonstance, je conclus qu’il ne se
répandit à Mycènes qu’après l’époque où les tombes furent con-
struites et après celle où le dromos du trésor se trouva enfoui sous
les décombres. La poterie décorée de ce dessin présente presque
toujours un fond jaune clair, rarement un fond rouge clair;
quant au dessin lui-même, il est toujours noir ou rouge foncé.
C’est un fait digne de remarque, que ce dessin, qu’on n’a jamais
encore rencontré ailleurs, se voit, présentant exactement la
même forme, sur presque toutes les coupes et sur plusieurs
vases de terre cuite tirés du tombeau d’Ialysos et conservés
aujourd’hui au Musée Britannique. Eu même temps je rappelle
au lecteur que ces coupes d’Ialysos ont exactement la même
forme que toutes les coupes de terre cuite de Mycènes, et que
cette forme ne s’est encore rencontrée nulle part ailleurs que
dans la première et la plus ancienne des quatre cités préhis-
toriques d’Hissarlik. Mais j’insisterai encore tout particulièrement
sur ce fait que ce dessin n’apparaît jamais sur les coupes mycé-
niennes, et qu’à Mycènes on ne le voit que sur les vases.
Fir., 21 i. — Autres fragments du vase de la figure 213 (à 5 met.). Au si.xième do la grandeur réelle.
CHAPITRE VI
LE SECOND GRAND TRÉSOR; ACROPOLE ET RUINES CYCLOPÉENNES
DES ENVIRONS DE MYCÉNES.
Suite des fouilles dans le trésor exploré par AU'® Scliliemann. — Le dromos, la porte et le
seuil. — Objets trouvés en cet endroit. — Idoles de Hèra. — Conduites d’eau et citernes
cyclopéennes dans l’acropole. — Anneaux de bronze. — Poterie portant des marques qui res-
semblent à des lettres. — Boucles d’oreilles semblables à celles qui ont été trouvées cà Troie.
— Poterie peinte, façonnée à la main. — Nouvelles formes d’idoles de liera. — Trépieds et
berceaux en terre cuite ; ce sont probablement des offrandes votives. — Poinçons d’ivoire,
perles et boutons. — Épée de bronze. — Pinces de fer d’une date plus récente. — État
des décombres amoncelés à la porte des Lions. — L’empereur du Brésil visite les fouilles.
— Ascension au mont Eubœa. — Enceinte cyclopéenne au sommet de cette montagne: c’était
probablement un très-ancien sanctuaire. — Autres ruines cyclopéennes {>rès de Alycènes.
— État des fouilles
Alycènes, 30 octobre 1870.
Depuis le 30 septembre j’ai continué les Ibnilles avec la plus
grande activité, employant constamment cent vingt-cinq tra-
vailleurs et cinq voitures. A propos du trésor, j’ai éprouvé plus de
difficultés que je ne m’y étais attendu, parce ijue le délégué du
^218
SECOND GRAND TRÉSOR.
gouvernement grec s’opposait à renlèvement des fondations de la
maison hellénique, bâtie juste au-dessus de la partie inférieure du
dromos^ et dont j’ai déjà parlé. Nous n’avons donc pu déblayer le
dromos des 9 pieds de décombres qui en recouvrent encore le pavé.
Tout ce que nous avons pu faire a été de déblayer le passage de
l’entrée, qui a 13 pieds (3“', 90) de long sur
8 (2™, 40) de large, et aussi la partie centrale
du trésor ; mais nous avons laissé le long
des murs une bordure de grosses pierres et
de décombres qui a de 7 à 10 pieds (2“,10
à 3 mètres) de haut et de 10 à 15 pieds
(3 à 5 mètres) de large.
Les deux demi-colonnes à droite et à
gauche de l’entrée étaient cannelées ; l’une
d’elles, de 4 pieds 3 pouces (1“,27) de haut
sur 4 pouces (0‘%40) de large (lîg. 214 a),
a été trouvée dans le passage, près de la
porte. A 9 pieds | (2™, 85) en avant de la
porte, le dromos est barré par un mur formé
de blocs carrés d’une pierre calcaire, de
5 pieds (l'",50) de haut. La porte du trésor
s’élève à la hauteur énorme de 18 pieds
5 pouces (5‘",53); elle est large de 8 pieds
4 pouces (2'“,50). Sur le seuil, qui est d’une
brèche très-dure et qui a 2 pieds 5 pouces (0'%73) de large, nous
avons trouvé une feuille d’or ronde et très-mince. L’aire du
trésor est formée par le roc nivelé, couvert d’un revêtement de
sable et de chaux, dont on voit des traces en beaucoup d’en-
droits ; il va en descendant vers le centre, qui est à 1 pied (0“,30)
au-dessous du niveau du seuil.
Nous avons trouvé dans le trésor un fragment considérable pro-
venant d’une frise de marbre bleu, décorée d’un cercle et de deux
bandes d’ornements en arêtes de poissons; ce fragment a 9 pouces
(0'",225) de haut, 10 (0“,25) de large, et 2 (0'“,05) d’épaisseur
(fig.215). Nous avons recueilli au même endroit un fragment pro-
Fig. 214 a. — Demi-colonnc
cannelée du trésor exploré par
M™® Schliemann. (Dessin de
Louise Burnouf.)
CONDUITES D’EAU ET CITERNES.
-219
venant d’iine belle frise de marbre blanc, qui ai pied 4 pouces
(0"\40) de long, 8 pouces (0“,20) de large et 3 pouces I (0^%0875)
d’épaisseur. La figure 216 représente le grand côté de cette frise,
avec une ornementation de spirales entre deux petites bordures.
Nous avons déjà donné le petit côté ; on y voit entre deux filets, de
chaque côté, une ornementation composée de spirales de la même
espèce, qui sont cependant
Fig. 215, 216. — Fragments de frises en marbre blanc et en marbre bleu, trouvés dans le trésor,
près de la porto des Lions. An quart environ de la grandeur réelle.
ments, de 5 pouces à 6 pouces^ (0"V125 à 0"\i625) de long,
et une idole de Hèra de la forme habituelle, avec deux cornes.
Il peut se faire qu’il y ait un trésor caché dans la grosse bordure
de pierres et de décombres que nous avons été forcés de laisser
derrière nous, mais j’ai de la peine à le croire.
Considérant d’une part qu’au dromos nous avons trouvé de
très-anciens fragments de poterie à dessins géométriques, et d’antre
part que le trésor contient un mélange de poteries de dilférentes
1. Voyez la figure 153.
m
SECOND GRAND TRÉSOR.
époques, je suis convaincu que le dromos seulement et rentrée
sont demeurés enfouis depuis une antiquité reculée. Dans mon opi-
nion, le trésor était resté vide, et les fragments de vases trouvés
aujourd’hui dans Tintérieur proviennent de la couche épaisse de
débris qui couvrait la voûte lorsque, il y a cinquante-six ans, Véli-
Pacha y fit faire une brèche pour pénétrer dans le trésor.
Dans l’acropole, j’ai découvert, à quelques mètres de la seconde
porte, une conduite d’eau cyclopéenne très-curieuse qui débouche
dans l’im des corridors qui est long et étroit. Je suppose donc qu’un
et peut-être meme deux de ces corridors ne sont autre chose que
des citernes. Immédiatement au sud de ces deux corridors, il y a
une autre conduite cyclopéenne et une autre citerne; cette dernière
semble communiquer avec les douze récipients que je considère
également comme de petites citernes. G.es conduites d’eau, comme
celle qui aboutit aux deux citernes situées au-dessous de la maison
cyclopéenne, amenaient, sans doute, l’eau de l’abondante source
Perséia, qui tire probablement son nom de Persée, fondateur de
My cènes.
En déblayant les masses de décombres, de 13 à 20 pieds (3'%90 à
217 218 219 220
(à O™, .HO). (Il 4 met.). (à 1 met.). (à 2 mèt.).
Fig. 217 :i 220. — Biigncs; de bronze (deux sont gravées en intaille) et fd d’or enroule. Grandeur réelle.
0 mètres) d’épaisseur, qui obstruaient le passage de la porte, j’ai
découvert trois bagues de bronze. Deux de ces bagues (fig. 217 et
219), trouvées toutprès de la surface, peuvent appartenir à l’époque
hellénique, sans qu’il soit possible de l’affirmer avec certitude. La
première (fig. 217), comme on le voit par la cavité qui s’y trouve,
était ornée d’une pierre qui a disparu, La troisième porte un cachet,
OBJETS TKOUVÉS DANS lÆ DAI.AIS.
“2-21
et riiilaille en est trop archaïqne pour n’être pas crune époijuc
antérieure à la conquête de la ville (468 av. J. -G.). On y voit une
jeune leinine assise, les bras étendus ; sa tète, tournée de côté, est
ornée d’une abondante chevelure ; à droite, un peu plus bas, un
hoinme à large poitrine étend aussi les bras.
Autres découvertes faites au même endroit : quantité d’idoles de
liera sous la forme d’une vache ou d’une femme qui porte des cor-
nes ; parmi les premières se trouve un fragment qui montre sur un
fond jaune clair un grand nombre de signes d’un rouge foncé,
qui sont peut-être des lettres; une grande quantité de plomb
fondu; une boucle d’oreille tout à fait primitive (fig. ^20), formée
d’un fil d’or quadrangulaire enroulé deux fois. De ce que les
arêtes en sont vives, comme celles des autres fils d’or qua-
drangulaires dont j’aurai à parler plus tard, M. Ch. T. Newton
en conclut que ces fils sont tout simplement de petites bandes
découpées dans une plaque.
Mais il m’est absolument impossible de comprendre comment
l’orfévre de cette époque primitive a pu s’y prendre pour accomplir
cette opération, puisqu’il n’avait à sa disposition que des outils en
bronze. On rencontre aussi des boucles d’oreilles de la même forme
dans la première des quatre cités primitives de Troie'; la seule dil-
férence, c’est que le lil de métal est cylindrique au lieu d’être
quadrangulaire.
On a trouvé aussi dans un enfoncement du rocher une grande
quantité de fragments de vases façonnés à la main, revêtus d’une
couleur unie noire ou rouge à l’intérieur et à l’extérieui' ; quelque-
fois cependant l’extérieur seulement est d’un vert clair, avec une
ornementation de spirales en noir. A 6 pieds (l‘“,80') seulemeiU
derrière le mnr cyclopéen, du côté est du passage, j’ai retrouvé les
restes d’un mur de gros blocs qui est évidemment beancoiq) jdns
ancien.
Dans la grande maison cyclopéenne, que la tradition semble
avoir désignée comme le palaisdes Atrides, immédiatement au sud
1. Voyez l'Atlas des Antiquités tivijennes, pl. 08, n“ 2070
-222
LA PORTE DES LIONS.
de l’agora circulaire, nous avons clécouveri des idoles de Hèra
d’une forme nouvelle : par exemple, une vache complètement plate ;
elle a encore ses deux jambes de devant et seulement une jambe
de derrière, qui est très-grosse ‘ ; — une idole féminine, avec une
tête d’oiseau très-comprimée, coiffée du bonnet
phrygien au lieu àw polos habituel ; — une corne de
vache en terre cuite, longue de 8 pouces \ (0"‘,875),
ce qui prouve qu’il a dû y avoir des idoles beaucoup
plus grandes que celles que l’on a trouvées jusqu’ici.
J’ai recueilli encore au même endroit une quantité
de petits trépieds en terre cuite, en forme de fau-
teuils ou de berceaux ; un ou deux de ces berceaux
contiennent même des figures d’enfants ; tous ces
trépieds sont peints de couleurs bigarrées et peuvent
avoir été des offrandes votives. Parmi les objets
trouvés en cet endroit, je citerai deux parallélipi-
pèdes de couleurs variées et percés de trous; ils
ont 4 pouces de long; je ne puis m’en expliquer
l’usage; — plusieurs poinçons {stilettos) d’ivoire,
qui ont pu servir d’aiguilles pour les ouvrages
de femmes^; — six petites perles rondes un peu
aplaties, d’une pierre blanche et transparente,
percées de trous, ayant fait partie d’un collier ;
— un gros bouton d’albàtre qui provient peut-
être de la garde d’une épée; — une épée de
l^i’onze (fig. 221) ; — une paire de pinces en fer
ÎLiè! trouvée près de la porte des Lions , très-peu
au-dessous de la surface, et qui peut être de
l’époque macédonienne.
J’ai eu le vif regret et le chagrin, pour faire droit à une demande
urgente de la Société grecque d’archéologie d’Athènes, de laisser
dans l’acropole, de chaque côté de la porte des Lions, une énorme
1. Voyez la figure 161.
2. Voyez les figures 131-136.
VISITE DE L’EMDEUEUR DU nilÉSlU.
masse de déeombres eu l’état, parce que cette iustitutiou ii’a pas
encore envoyé, comme elle eu avait rinteutioii, un ingénieur pour
consolider la sculpture des deux lions avec des crampons de fer, et
pour réparer les murs cyclopéeus à droite et à gauche de cette
sculpture. Mais la Société songe toujours à faire faire ce travail
tôt ou tard, et elle pense que les deux masses de décombres seront
commodes pour hisser les blocs de pierre et pour eu faciliter l’in-
troductiou dans les brèches des murs. J’espère que ce travail se
fera promptement, et que l’on n’aura pas trop longtemps à
attendre pour enlever les deux masses de décombres. Elles don-
nent à mes fouilles un aspect misérable, surtout la masse qui est
à droite de l’entrée ; en effet elle se compose de cendres mouvantes ;
et, si elle devait rester là seulement pendant plusieurs années, les
pluies entraîneraient les cendres et les répandraient sur mes tra-
vaux. J’insiste sur ce point, parce que les visiteurs seraient naturel-
lement portés à croire que, si j’ai laissé derrière moi ces deux
masses de décombres, c’est par négligence.
Hier et aujourd’hui, j’ai eu l’honneur de guider à travers mes
travaux S. M. don Pedro II, empereur du Brésil, qui venait
•les visiter. A son arrivée de Corinthe, Sa Majesté se rendit à che-
val tout droit à l’acropole ; elle demeura deux heures dans mes
fouilles et les examina à plusieurs reprises avec la plus grande
attention. L’empereur sembla s’intéresser très-vivement surtout à
l’immense cercle double et parallèle de plaques obliques qui en-
toure les trois rangées de stèles funéraires, et particnlièrement aux
quatre stèles sculptées, et il me pria de lui en envoyer les photo-
graphies au Caire. Sa Majesté sembla encore s’intéresser beaucoup
à la grande porte des Lions, que franchit le roi des hommes
c/yopojv) quand il partit pour la plus glorieuse expédition des
âges héroïques, à l’admirable seuil de cette porte, à la grande
maison cyclopéenne, aux trois conduites d’eau cyclopéennes, à
l’immense mur d’enceinte cyclopéen et à tous les antres monu-
ments des temps préhistoriques. De là l’empereur se rendit an
trésor que nous venons d’explorer et ensuite au trésor d’Atrée, où
le dîner fut servi. Sa Majesté sembla prendre un extrême plaisir à
ASCENSION AU MONT EÜIIO^.A.
^22i
ce repas, servi sous le dôme de ce mystérieux édiüce souterrain,
qui a presque quarante siècles d’existence. L’empereur examina
ensuite avec le plus profond intérêt, au village de Gliarvati, la nom-
breuse collection des antiquités préhistoriques de Mycènes, formée
du résultat de mes fouilles ; il admira particulièrement l’énorme
masse des idoles de Ilèra de différents types, les intailles, la mer-
veilleuse poterie mycénienne et les sculptures archaïques. Il exa-
mina ensuite avec attention, à Gharvati même et autour duAullage,
les carrières d’où sont sorties toutes les pierres destinées à con-
struire les murs cyclopéens, les trésors et autres édifices, et il partit
ensuite pour Argos et Nauplie. Sa Majesté nous fit le lendemain
une seconde visite pour revoir le musée mycénien et les fouilles ;
elle repartit ensuite pour Athènes, en passant parGorinthe et Gala-
maki G
Après le départ de Sa Majesté, M'”'" Schliemann et moi nous
limes, non sans éprouver les plus grandes difficultés, l’ascension
du pic nord du mont Euhœa, qui est très-escarpé et haut de
2500 pieds (750 mètres). Le mont Euhœa, qui s’appelle main-
tenant Hagios Elias (Saint-Élie), est situé immédiatement au
nord de l’acropole, et il est couronné par une chapelle ouverte
dédiée au prophète Élie (pl. II). Le sommet forme un très-petit
triangle, dont le côté est a 35 pieds ( I0‘",50) , et les deux
autres, qui vont se rencontrer juste à l’ouest, chacun 100 pieds,
Ge triangle est hérissé de rochers raboteux et pointus, entre
lesquels on a de la peine même a se mouvoir; aussi est-il évi-
dent qu’il n’a jamais pu être habité par des hommes, d’autant
plus qu’il n’y a pas d’eau. Le seul endroit uni et nivelé de ce
sommet est h l’angle sud-est; il n’a que 10 pieds (3 mètres) de
large sur 23 pieds (6"', 90) de long; il est occnpé par la petite
chapelle dédiée au prophète Ëlie. Quoique les dimensions en
soient si restreintes, le sommet est entouré de murailles cyclo-
1. Le 22 jaiii 1877, j’ai eu de nouveau l’honneur de recevoir, dans mon domicile, n° 15, Iveppel-
Streel, à Londres, la visite de S. M. don Pedro U, empereur du Brésil, qui examina pendant
deux heures avec le plus profond intérêt mon album de photographies des trésors mycéniens
et des autres antiquités découvertes dans la capitale des Atrides, en me félicitant à plusieurs
reprises sur le résultat de mes fouilles.
PAXdn .V
FORTIFICATIONS DU MONT EUBŒA.
225
péeniies, qui ont eu moyenne 4 pieds 2 pouces d’épaisseur,
et de 3 pieds à 6 pieds | {0™,90 à de hauteur; mais
les masses de pierre qui gisent au pied de ces murs prouvent
jusqu’cà l’évidence qu’ils étaient autrefois beaucoup plus élevés.
L’entrée, qui est à l’est, conduit à un passage de peu de lon-
gueur. Dans la grosse pierre qui forme le seuil, on voit encore
le trou où tournait le pivot inférieur. En contre-bas, à une
distance qui varie de 16 à 53 pieds (4'", 80 à 15‘",90), il y a,
sur les trois côtés par où l’on peut arriver au sommet, des murs
cyelopéens dont la longueur varie de 133 à 266 pieds (40 à 80 mè-
tres) sur 5 pieds (1“,50) d’épaisseur; ils ont encore aujourd’hui
une hauteur moyenne de 10 pieds (3 mètres), et il y a apparence
qu’ils étaient autrefois beaucoup plus élevés. Entre les pierres
memes de ces murs, j’ai pu recueillir en grande quantité des frag-
ments de vases façonnés à la main, d’un vert clair avec des orne-
ments noirs. J’attribue à ces vases la même antiquité qu’aux murs
de Tyrinthe et de Mycènes, parce qu’à Tirynthe je les ai trouvés
in situ sur le sol vierge ou peu au-dessus, et à Mycènes in situ
seulement sur le roc vif, dans les enfoncements du passage de la
porte et dans les tombeaux. Je conclus de ces faits que les forti-
fications du mont Eubœa (Ilagios Elias) doivent être de la meme
époque que les murs de* ces deux cités, et remontent peut-être
même à une antiquité plus reculée.
Maintenant on se demande à quelle intention ces fortifications
furent construites. La montagne est si élevée et si escarpée, le
sommet est si étroit et si encombré d’aspérités de rochers, qu’il
ne peut, à aucune époque, avoir servi de forteresse. Voici donc la
seule explication que je me risque à suggérer sur l’origine de ces
murs cyelopéens : il doit avoir existé sur le sommet de la montagne
un petit temple, qui aurait été un sanctuaire très-important et
l’objet d’une vénération toute particulière; et, par une curieuse
coïncidence, nous pouvons trouver, dans la nature même du culte
auquel le sommet de la montagne est consacré dans les temps
modernes, le nom de la divinité qui y était adorée dans fantiquité.
Dans les temps de grande sécheresse, les habitants des villages
MYCÈNES. 15
226
SANCTUAIRE ÜU DIEU-SOLEIL.
voisins ont l’habitude de s’y rendre en pèlerinage par bandes
nombreuses, sous la conduite des prêtres, pour prier le prophète
Élie de faire tomber la pluie. Il paraît vraisemblable que l’empla-
cement même de la petite chapelle du prophète Élie était occupé
autrefois par un sanctuaire du dieu-Soleil, qui était l’objet d’un
culte célèbre en cet endroit et qui aurait fait place à Élie, sans
qu’il y eût presque rien de changé, soit dans l’orthographe, soit
dans la prononciation des deux noms propres, le dieu-Soleil
ayant été dans l’origine appelé 'HsXîog, qui se prononce
C’est une étonnante coïncidence, car, bien qu’Élie, qui monta
au ciel dans un char enflammé (char de flammes), ne puisse
avoir été autre chose qu’un dieu-Soleil, son nom est pourtant
exclusivement hébreu ou ce qui signifie celui
auquel Jéhovah est Dieu). Il ne peut avoir aucune affinité avec le
nom homérique du dieu-Soleil , ’HsXjoç , qui est probablement
dérivé lui-même du nom primitif de l’époux de la Lune (peut-être
idptoç), et est, dans tous les cas, exclusivement grec.
A une demi-heure de marche de la porte des Lions environ,
dans la direction de l’ouest, et tout près du village de Phichtia,
sont les ruines d’un petit édifice cyclopéen, du même style d’ar-
chitecture que les murs à droite et à gauche de cette porte, ef
probablement de la même époque. Cet édifice aussi semble avoir
été un temple. Nous voyons également, à une heure de distance
de la porte des Lions, dans la direction du nord-ouest, dans une
vallée retirée, au bord d’un ravin profond, les ruines bien conser-
vées d’une tour cyclopéenne quadrangulaire , dont chacun des
côtés a 40 pieds (12 mètres) de longueur. La hauteur des murs
varie entre 10 et 11 pieds (3 mètres à 3'",30). A l’angle sud-ouest
s’ouvre la porte, qui donne accès à un petit corridor et à deux
chambres. Sur le mur extérieur, on voit deux gouttières. L’ar-
chitecture de cette tour est également semblable à celle de la
muraille qui est à côté de la porte des Lions. Très-probablement
les Mycéniens se servaient de cette tour pour dominer l’étroit
passage que traverse la route d’Argos à Corinthe.
La planche VII donne l’état actuel des fouilles. On voit d’abord,
ETAT DES FOUILLES.
m
à la gauche du spectateur, le côté intérieur du grand mur d’en-
ceinte cyclopéen, qui se termine dans le lointain par la porte
des Lions ; on n’aperçoit de cette porte que le côté intérieur, et
par conséquent l’envers de la dalle triangulaire où est sculpté
extérieurement le bas-relief des lions. Le mur cyclopéen, que l’on
voit à droite, dans le fond, faisait partie d’une enceinte intérieure.
Plus loin, en descendant, juste derrière le dernier homme, il y a
un mur cyclopéen, dont une partie seulement, celle qui avoisine la
porte des* Lions, avec la chambre de l’ancien gardien de la porte,
est aussi ancienne que le mur d’enceinte ; le reste est beaucoup
plus moderne, mais antérieur cependant à la prise de la ville par
les Argiens (468 av. J. -G.).
En avant de ce mur se trouve le labyrinthe des corridors, dont
deux au moins sont des citernes. A gauche, tout près du mur
d’enceinte, est la petite maison cyclopéenne si souvent citée, et
qui ne contient qu’une seule chambre.
Au premier plan, sous les pieds des travailleurs, qui s’en font
comme une estrade, on peut voir les deux grandes rangées paral-
lèles et circulaires de dalles plantées obliquement, inclinées vers
le centre du cercle et recouvertes de dalles transversales, qui ser-
vaient à la fois de bancs pour le peuple et d’enceinte pour l’agora.
En ligne avec ces deux rangées circulaires et parallèles sont les
douze petites citernes en forme de tombeaux, que nous voyons dans
la direction de la porte des Lions, et entre lesquelles est pratiquée
l’entrée de l’agora, qui a 7 pieds (2™, 10) de large. A partir de ce
point, le cercle de dalles descend à la gauche du spectateur, du
rocher sur le mur cyclopéen, haut de 12 pieds (S*", 60); ce mur n’a
été bâti que pour servir de support aux dalles, et pour les inellre de
niveau avec la partie du cercle qui est construite sur le roc ; mais ,
comme on peut le remarquer, presque toutes les dalles de cette
partie du cercle sont tombées; il n’en reste plus qu'un petit
nombre dans la position première. On aperçoit très-bien, à la
gauche du spectateur, le mur qui supporte les dalles, s’abaissant
en perspective selon une ligne qui forme un angle de 15 degrés
avec la perpendiculaire. Les quatre stèles sculptées sont cachées
m
VUE PANORAMIQUE.
par la grande dalle qui se dresse sur le premier plan ; on peut
voir deux des stèles non sculptées, à droite, du côté de l’entrée
de l’agora, et deux autres du côté des deux chevaux. ' Ainsi
l’ancienne agora de Mycènes comprend tout l’espace que nous
voyons renfermé dans le grand cercle de dalles. Lagravuve montre
qu’à l’endroit (côté sud) où le cercle passe du rocher sur le mur
cyclopéen, les dalles sont beaucoup plus grandes et plus épaisses ;
sur une distance d’environ 2 mètres, elles sont tout à fait droites ;
du côté nord, l’enceinte de l’agora est formée par les réservoirs,
dont les plaques sont également placées perpendiculairement, parce
que, dans la position oblique, elles n’auraient pas supporté la pres-
sion de l’eau. A gauche, c’est-à-dire à l’ouest de ces réservoirs,
on retrouve la continuation de l’enceinte double de plaques incli-
nées jusqu’au mur cyclopéen.
Au milieu, on aperçoit, dans le fond à gauche, une partie de
la croupe escarpée du mont Eubœa, sur le sommet duquel est
bâtie la chapelle ouverte du prophète Élie. Sur le devant, plus
à droite , est le grand mur intérieur cyclopéen , couronné des
ruines d’une tour, qui donne à l’acropole un aspect de grandeur
tout particulier; ce mur fait partie d’une seconde enceinte. A
droite on a une bonne vue du mont de l’acropole, sur les flancs
duquel on peut apercevoir, en plusieurs endroits, des restes d’en-
ceintes intérieures. Tous les murs que l’on voit en contre-bas
sont des murs de maisons cyclopéennes, excepté le grand mur
d’appui du double cercle de dalles, dont on voit une petite partie
dans l’angle inférieur de gauche. En bas, à droite, sont les ruines
de la grande maison cyclopéenne. Quoique nous ne puissions
nous faire, à ce sujet, une opinion bien arrêtée , elle peut bien
représenter, pour une imagination éclairée par les descriptions
pleines de vie et de couleur d’Homère et des tragiques, la royale
demeure d’Aganiemnon et de ses ancêtres.
J’appelle l’attention du lecteur sur les coupes (plan BB) qui
montrent la profondeur de chacun des cinq tombeaux au-dessous
du sol, telle qu’elle était avant mes fouilles.
Fig. 222. — Fragments d’une boîte en ivoire (vàjOvi^), (à 5 met.).
Au six-septième de la grandeur réelle.
CHAPITRE VII
PREMIER, SECOND ET TROISIÈME TOMBEAU DANS l’ACROPOLE
Découverte du tombeau indiqué par les trois stèles sculptées. — Curieux boutons plaqués
d’or, objets d’ivoire, d’argile cuite, d’or, de verre, de bronze, etc. — Poterie fabriquée au
tour. — Poterie façonnée à la main. — Second tombeau au-dessous des stèles sculptées.
— Découverte de trois corps humains, qui ont été brûlés en partie àl’endroit même où ils repo-
sent. Quinze diadèmes en plaques d’or minces, trouvés sur les corps. — Croix formées de
feuilles de laurier en or trouvées aussi sur les corps. — Autres objets curieux, prouvant
une certaine connaissance de l’art de travailler et de colorer le verre. — Couteaux en obsi-
dienne. — Vase d’argent avec orifice en bronze, plaqué d’or, et autres objets. — Vases de
terre cuite, avec tuyaux doubles de chaque coté pour la suspension, et trépieds dans le genre
des poteries troyennes. — La présence dansce tombeau d’un certain nombre d’idoles de llèra
avec cornes prouve que le culte symbolique de Ilèra sous cette forme existait dans l’antiquité
la plus reculée à Mycènes. — Ce culte a duré jusqu’à la fin de l’existence de cette cité. —
Vases primitifs en terre cuite, fabriqués au tour. — Découverte de nouvelles stèles funérai-
res. — Différents objets trouvés avec elles. — Le troisième tombeau. — Plusieurs squelettes
d’hommes, non brûlés, et objets découverts avec eux. — Curieux poignard en bronze à double
lame. — Sur le point d’être écrasés par la chute d’un rocher. — Murs intérieurs du tombeau.
— Trois squelettes de femmes, évidemment brûlés à l’endroit où ils reposent. — Ils sont
chargés de joyaux en or. — Plaques rondes en or avec ornementation au repoussé, trouvées
sur les corps et dessous. — Description de leurs différents types. — Description des autres
joyaux. — Bijoux pour colliers, avec intaillcs. — Griffons d’or. — La légende des grilTous
vient de l’Inde. — Ornements d’or en forme de cœurs, en forme de lions, pour parer les dra-
peries. — Broches curieuses formées de palmiers, de cerfs, de lions. — Femmes avec des
230
LE PREMIER TOMREAU.
pigeons. — Cinquante-trois seiches d’or. — Papillons, cygnes, hippocampes, aigles, sphinx,
arbres et oiseaux en or. — Magnifique couronne d’or sur la tete d’un des morts. — Signes
curieux à la partie supérieure de cette couronne. — La seconde couronne d’or. — Encore
cinq diadèmes en or. — Croix formées de doubles feuilles d’or. — Étoiles d’or. — Broche d’or
et autres ornements. — Colliers et bracelets. — Deux balances en or. — Plaques d’or. —
Masque d’enfant, en or. — Autres ornements. — Boules, etc., en cristal de roche, en argent,
en bronze, provenant sans doute de poignées de sceptres. — Gemmes lentoïdes en agate, en
sardoine, etc., avec intailles. — Gemme lentoïde en amétliyste, sur laquelle est gravée une
vache allaitant son veau, comme sur les monnaies de Corcyre. — Roues en or. — Peigne d’or
avec dents en ivoire, etc. — Perles d’ambre. — Autres ornements. — Morceaux de feuilles d’or
répandus sous les corps et tout autour. — Coupe d’or. — Curieuse boîte en or, et vases d’or
dont les couvercles sont retenus par des fils d’or. — Vase d’argent et manche de sceptre en
or. — Boîtes en plaques de cuivre, dont l’intérieur est rempli de bois ; c’étaient peut-être des
oreillers pour les morts. — Autres objets trouvés dans le troisième tombeau. — Poterie
façonnée à la main et très-ancienne poterie travaillée au tour.
Mycènes, G décembre 1870.
Les quatre stèles sculptées ayant été extraites et transportées au
village de Gharvati pour être envoyées de là à Athènes, je com-
mençai des fouilles sur l’emplacement des trois stèles dont les bas-
reliefs représentent des guerriers et une scène de chasse h J’y
trouvai une tombe quadrangulaire de 21 pieds 5 pouces (6“,43)
de long sur 10 pieds 4 pouces (3‘",i0) de large, taillée dans le
flanc du rocher. La terre qui remplissait cette tombe consistait
en détritus domestiques mêlés à un sol naturel apporté d’ailleurs.
A 3 pieds 3 pouces (0'",'975) au-dessous de l’endroit où avaient été
les stèles, je trouvai une singulière espèce de monument, qui se
composait de deux dalles longues et étroites, de 5 pieds (i“,50) de
'long, 7 pouces (0™,i75) d’épaisseur et 12 pouces 30) de large,
placées l’une sur l’autre, et d’une troisième dalle plus petite, de
2 pieds et demi (0"h75 de long), placée obliquement à leur extré-
mité sud, comme pour servir d’oreiller à un mort couché sur la
dalle horizontale supérieure (fig. 223). Cette dernière avait une
bordure et appartient évidemment à un autre monument dont
les deux autres dalles peuvent avoir fait partie. Très-probable-
ment il y a eu autrefois sur ce tombeau un monument considé-
rable, orné des trois dalles sculptées qui maintenant en mar-
quaient l’emplacement.
I. Voyez es chapitres III et IV.
LE PREMIER TOMBEAU.
231
En enfonçant plus avant, j’ai trouvé de temps à autre de petites
quantités de cendres noires, et parmi ces cendres, très-souvent,
des objets curieux; par exemple : un bouton d’os recouvert d’une
plaque d’or ornée de belles intailles; — une imitation de corne
de bélier sculptée en ivoire, avec un des côtés plat, percé de
deux trous, qui ont dû servir à attacher cet objet; — d’autres orne-
ments en os, et de petites plaques d’or; j’ai recueilli de cette
manière douze boutons d’os recouverts de plaques d’or ornées d’in-
tailles; l’un de ces boutons est de la grandeur d’une pièce de cinq
Fig. 223. — Plan de stèles trouvées en fouillant le premier tombeau. {Ft~ pied anglais.)
francs ; l’ornementation se compose soit de spirales, soit de la
curieuse. croix ^ avec les marques des quatre clous, qui se
retrouve si fréquemment sur les fusaïoles d’Ilion, et que je con-
sidère comme le symbole du feu sacré; mais les bras de ces
croix sont toujours tournés en spirale^; tous ces boutons ressem-
blent à nos boutons de chemise,' mais ils sont plus grands, et
tout à fait semblables à ceux que l’on rencontrera dans la suite
de cet ouvrage; — deux objets d’ivoire, en forme de cornes de
bélier (fig. 225); — quatre morceaux d’ivoire en forme de
croissant, ayant un côté convexe et l’autre plat, ce dernier percé
de quatre trous pour attacher l’objet (fig. 224); — six morceaux
d’ivoire longs et étroits, semblables à la ligure 227, ayant comme
ornementation cinq incisions verticales et à l’envers deux profondes
1. Voyez Antiquités troyennes, p. G9-72.
232
OBJETS EN IVOIRE. EN OS, ETC.
entailles verticales pour attacher l’objet; il est très-probable que
tous ces objets ont servi à orner des harnais de chevaux; — une
aiguille d’ivoire (fig. 229) ; — six boutons d’une pierre blanche très-
dure, avec un trou au milieu et une petite pierre bleue enfoncée
dans ce trou (fig. 226) ; je ne puis m’expliquer ni le trou rond ni les
petites pierres qui y sont; — un autre petit bouton de la même
espèce ; — -la tête d’un clou de bronze, plaquée d’or, huit morceaux
r
Fig. 224 à 229. — Objets en ivoire, en pierre, en pâte artificielle.
minces et allongés de plaques d’or, et quatre grands disques formés
de minces plaques d’or; — deux morceaux d’une substance vitreuse,
en forme de tubes, dans l’intérieur desquels il y a un petit tube
de véritable verre bleu; j’aurai occasion d’en reparler; — l’objet
vert (fig. 228), orné dans toute sa longueur de cannelures horizon-
tales, d’après l’analyse du professeur Landerer, est une composi-
tion artificielle dans laquelle il entre de l’oxyde de cuivre et que
l’on a comprimée dans un moule pour lui donner la forme qu’elle a.
La terre était mélangée de nombreux fragments d’ une poterie très-
ancienne, travaillée au tour, avec une ornementation de diverses
couleurs, et d’autres fragments d’une poterie façonnée à la main,
monochrome, d’un noir brillant, ou rouge, ou d’un vert clair avec
LE PREMIER ET LE SECOND TOMBEAU.
233
ornementation de spirales en noir; mais, à ma grande surprise,
j’ai trouvé aussi de temps en temps des fragments de vases peints
travaillés an tour, appartenant aux espèces que l’on trouve
meme dans les couches préhistoriques supérieures, et qui très-
certainement appartiennent à une époque de beaucoup posté-
rieure, mais pourtant antérieure à la prise de Mycènes par les
Argiens (468 av. J. -G.).
Parmi les plus intéressantes poteries façonnées à la main, il faut
Fig. 230. — Pied dun gobelet noir, façonné à la main. Premier tombeau.
Au six-septième de la grandeur réelle.
citer les grandes coupes d’un noir brillant, dont le pied est creux
et orné au milieu de cannelures horizontales (fig. 230) ; on les ren-
contre fréquemment dans la première cité préhistorique de Troie ;
— ceux qui sont d’un vert clair ou d’un jaune clair, avec une orne-
mentation noire tout à fait fantastique, — et les vases d’une pins
grande dimension peints en rouge clair, avec des cercles d’un
rouge foncé, ou bien ornés de deux mamelles de femme en relief
au milieu de cercles formés par de petits traits de pinceau noirs.
Arrivé dans mes fouilles à une profondeur de 10 pieds I (3™, 15),
je fus arreté par une pluie violente qui transforma en boue la
234 TROIS CORPS DANS LE SECOND TOMREAD.
terre molle du tombeau. Je fis donc enlever les deux stèles non
sculptées de la seconde ligne, qui étaient à Test des trois stèles
sculptées, aune distance de 20 pieds (6 mètres). Une de ces stèles
avait 5 pieds (l"", 50) de long, et l’autre 5 pieds 4 pouces (U, 60). En
fouillant l’endroit marqué par ces stèles, je trouvai un autre tom-
beau taillé dans le roc; il avait il pieds 8 pouces (3“,50) de large,
21 pieds 3 pouces (G*”, 375) de long sur l’un des côtés et 19 pieds
8 pouces (5™, 90) sur l’autre. Il était entièrement rempli d’une terre
naturelle, sans mélange, apportée d’ailleurs. A 2 pieds (O*”, 60) ou
2 pieds I (0”,75) environ au-dessous des deux stèles, j’en ai
trouvé deux autres qui n’avaient pas non plus de sculptures et
qui paraissaient plus anciennes.
A une profondeur de 15 pieds (4™, 50) au-dessous du niveau du
rocher et de 25 pieds (7”, 50) au-dessous de la surface du sol tel
qu’il était avant les fouilles, j’arrivai à une couche de cailloux sous
laquelle je découvris, à 3 pieds (0"',90) de distance l’un de
l’autre, les restes de trois corps humains; tous les trois avaient la
tête tournée vers l’est et les pieds vers l’ouest. Ils n’étaient séparés
de la surface nivelée du rocher formant le fond du tombeau que
par une autre couche de cailloux sur laquelle ils reposaient; ils
avaient été évidemment brûlés tous les trois en même temps, à la
place même où je les ai trouvés. Ce fait est prouvé jusqu’à l’évi-
dence par les masses de cendres provenant des étoffes qui les
avaient couverts, par les débris du bois qui avait consumé leur
chair en totalité ou en partie, par la couleur des cailloux de la
couche inférieure, par les traces du feu et de la fumée sur le mur
de pierre qui bordait le fond du tombeau des quatre côtés. D’ail-
leurs il y avait des traces très-visibles de trois bûchers différents.
Le mur qui bordait les quatre côtés du fond de la tombe était
construit en pierres assez grosses, agencées sans ciment ni mortier;
il avait 5 pieds (I‘",50) de haut et I pied 8 pouces (0“,50) d’épais-
seur. Les petites pierres dont le sol était jonché n’avaient pas
d’autre destination, à mon avis, que d’assurer la ventilation
des bûchers funéraires. Il y a apparence que ces bûchers n’étaient
pas considérables, et évidemment ils n’avaient pas d’autre objet
LE SECOND TOMBEAU.
235
que de consumer tout simplement les draperies et les chairs des
morts, en partie ou en totalité; mais leur œuvre de destruction ne
devait pas aller plus loin, parce que les os et même les crânes ont
été épargnés; seulement les crânes avaient trop souffert de l’humi-
dité, et aucun d’eux n’a pu être recueilli en entier.
Sur chacun de ces trois corps, j’ai trouvé cinq diadèmes
formés de plaques minces en or, semblables à ceux des autres
tombeaux et dont je donnerai des gravures * ; chacun de ces
diadèmes a 19 pouces | (0™,4875) de long sur 4 (0”,10) de large
à la partie centrale ; ils diminuent graduellement à partir de
là et se terminent en pointe aux deux extrémités. Ces pointes
ont été brisées; mais, comme elles se retrouvent dans plusieurs
diadèmes, on peut en induire que tous se terminaient de la même
façon. Les bords de tous ces diadèmes étaient pliés autour de
fds de cuivre, destinés à leur donner plus de solidité, et on a
trouvé un grand nombre de fragments de ces fds. Ces quinze dia-
dèmes, sans exception, présentent la même ornementation au
repoussé; cette ornementation se compose d’une'bordure de deux
lignes de chaque côté; entre ces bordures se déploie une rangée
de triples cercles concentriques, dont la dimension augmente ou
diminue selon la largeur du diadème; le cercle le plus large se
trouve naturellement au milieu. Entre ces triples cercles se trouve,
de chaque côté, une rangée de doubles cercles concentriques plus
petits, dont le diamètre augmente ou diminue aussi en proportion
de la largeur des diadèmes. Aussi bien dans les grands cercles
triples, que dans les doubles cercles de dimension moindre, le
cercle central ou intérieur a été travaillé au marteau de manière
à faire saillie, ce qui donne aux diadèmes un aspect très-riche.
A l’une des extrémités de ces diadèmes, il y avait une épingle
{îixîolov) , et à l’autre un tube {odjliay.oi) , qui servaient à les
assujettir autour de la tête ; naturellement le plus grand des
triples cercles se trouvait placé juste au milieu du front.
J’ai trouvé encore, avec deux des corps, dix croix très-minces en
1. Voyez les figures 282-284.
236
CROIX DE FEUILLES DE LAURIER.
or (cinq sur chacun des deux corps), composées de feuilles de
laurier (fig. 231); je n’en ai trouvé que quatre avec le troisième
corps. Chacune de ces croix a 7 pouces I (0"',1875) de long; les
feuilles d’or ont 1 pouce i (O"', 04) de large. Les bords des feuilles
de ces quatorze croix ont été aussi roulés autour de minces fils de
cuivre, destinés à leur donner plus de consistance. L’ornemen-
tation de ces feuilles est également au repoussé. Cette ornemen-
r
Fig. 231. — Croix de feuilles de laurier en or. Deuxième tombeau.
Au quatre-cinquième de la grandeur réelle.
tation consiste en une petite bordure dessinée par une ligne, sur
laquelle repose un dessin courant de doubles ovales concentriques,
disposés obliquement, et qui sont peut-être destinés aussi à
représenter des feuilles. Ainsi, la feuille tout entière est entourée
d’une large bande de doubles ovales ou feuilles, et l’espace inter-
médiaire est rempli par des doubles cercles concentriques.
J’ai trouvé aussi, avec les corps, beaucoup d’objets curieux;
par exemple, de petits cylindres de 0"', 375 traversés d’un petit tube
dans toute leur longueur; des objets carrés composés de quatre de
ces cylindres, dont deux seulement, ceux des deux extrémités, sont
TUBES EN VERRE DE COBALT.
237
percés. Tous ces objets sont d’un gris blanc et composés d’une
matière si friable qu’elle tombe en poussière à la mmindre pression
de la main. Dans l’intérieur de chaque cylindre il y a un tube
transparent d’une matière dure et de couleur bleue. Le professeur
Landerer a constaté par l’analyse que ces tubes sont en verre
de cobalt.
Le tube bleu contient encore un petit tube très-mince qui brille
comme de l’argent. Le professeur Landerer a constaté qu’il se
compose d’une substance vitreuse qui contient du plomb {hlei~
haltig). Selon le professeur Landerer, cette découverte prouve
que les anciens Mycéniens connaissaient l’art de colorer le verre
et celui de revêtir un premier tube de verre d’un second et d’un
troisième tube b II m’assure que l’analyse du verre égyptien a
donné le même résultat, et il suppose que l’art de fabriquer des
verres de cobalt venait d’Égypte. Il ajoute que, de nos jours, tous
les verres bleus sont également des verres de cobalt. Tous ces
cylindres et tous ces objets carrés, formés de quatre cylindres,
doivent avoir servi à parer les morts.
L’art de fabriquer le verre était évidemment dans l’enfance au
temps où ces tombeaux furent construits; mais il semble qu’il
n’ait pas fait de progrès dans le pays, car, excepté quelques perles
blanches en verre et quelques petits ornements d’une pâte de
verre, on n’a trouvé aucun objet en verre, même dans les couches
supérieures ; et il paraît certain qu’au moment de la prise de
Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.), les petites bouteilles de
verre, que l’on trouve souvent ailleurs, étaient encore complète-
ment inconnues.
J’ai recueilli aussi une grande quantité de couteaux en obsi-
dienne ; — de nombreux fragments d’un grand vase d’argent avec
un orifice richement doré et décoré de magnifiques intailles;
malheureusement il avait trop souffert du feu du bûcher pour
qu’on pût le photographier. Il paraît que les artistes mycéniens
trouvaient beaucoup plus lacile de plaquer l’or sur le cuivre que
"^1. Ce procédé s’appelle en allemand Umfangsmelhode.
238
LE SECOND TOMBEAU.
sur l’argent; voilà pourquoi ils ont fait l’orifice de ce vase en
cuivre; — un grand couteau rouillé en bronze, et un autre plus
petit; — une tasse d’argent ((pjaXvj) avec une seule anse, très-
endommagée par le feu ; — quatre perles pour collier, de forme
oblongue et percées ; deux sont en agate et deux d’une compo-
sition de verre ; — une anse de vase en bronze ; — deux idoles
de Hèra, en terre cuite, avec des cornes, du type ordinaire; — et
enfin beaucoup de fragments d’une belle poterie façonnée à la
main et d’une autre très-ancienne. Parmi ces fragments, il y
avait un morceau de vase avec deux trous tubulaires de chaque
côté, pour qu’on pût le suspendre par une attache, comme les
vases de la plus ancienne des cités préhistoriques d’Ilionb II
y a aussi des fragments de trépieds en terre cuite, comme
j’en ai trouvé beaucoup à Troie mais très-peu à Mycènes, où
presque tous les vases ont le fond plat. J’ai trouvé aussi, dans
ce tombeau, un fragment de vase décoré d’un signe, qui n’est
autre qu’un dont les quatre branches ont été converties en
spirales.
Les objets les plus importants trouvés dans ce tombeau sont
certainement les deux idoles de Hèra , avec des cornes , men-
tionnées ci-dessus, parce qu’elles nous prouvent que dans l’an-
tiquité reculée à laquelle remonte ce tombeau la déesse était
déjà adorée sous cette forme. Gomme le même type absolument
se retrouve dans toutes les couches de ruines préhistoriques, et
même dans les décombres des maisons qui ont immédiatement
précédé la dernière cité hellénique, il paraît certain qu’il était
encore usité au temps de la prise de Mycènes par les Argiens
(468 av. J. -G.), et que, par conséquent, il n’avait subi aucune
altération pendant une période de plus de mille ans. Il est vrai
que, dans toutes les couches préhistoriques de décombres qui
recouvrent les tombes, on trouve aussi des idoles féminines d’un
type différent, qu’il est impossible cependant de ne pas attribuer
à Hèra; mais, comme le nombre en est trop restreint en compa-
1. Voyez V Atlas des Antiquités trotjennes, pl. 105, n° 2312.
2. Ibii,, pl. 74, 1609 et 1613, et pl. 79, 1671-1672.
TERRES CUITES FAITES AU TOUR.
239
raison de celui des idoles à cornes, on peut être sûr que Tidole à
cornes était la plus ancienne et que les Mycéniens s’attachèrent
obstinément à cette forme.
Les plus remarquables des terres cuites faites au tour que j’aie
trouvées dans cette tombe représentent des oiseaux dont il ne
reste que la partie inférieure ; ces oiseaux sont peints en noir
Fig. 232, 233. — Fragment d’un vase très-ancien, fait au tour. Deuxième tombeau.
Au tiers environ de la grandeur réelle.
j sur un fond jaune clair. J’ai trouvé en outre deux fragments
I d’un vase façonné à la main : ils appartiennent à la partie snpé-
1 Heure de la panse du vase et sont ornés de deux mamelles de
1 femme ; — un fragment assez important d’un vase très-ancien, fait
I au tour, décoré, sur un fond jaune clair, d’une belle ornementa-
!. tion de fantaisie, qui se compose de plantes, de cercles ou de
i lignes ondulées, et qui est peinte en rouge foncé (tig. 23"2, 233L
< Dans le dessin de ces plantes l’on reconnaît encore la passion
* de l’artiste mycénien pour la forme spirale.
i
240
LE SECOND TOMBEAU.
Ces deux fragments sont de véritables pièces justificatives pour
la communication que M. Ch. T. Newton a faite le 9 juin devant
l’Institut royal de Londres : (( Il y a dans les décorations de fleurs
des vases mycéniens une telle liberté, une telle indépendance, une
fécondité qui se prodigue avec tant de caprice, qu’on y reconnaît
la facilité de main acquise par une longue pratique. Quant au
dessin des animaux, le mouvement en est gauche et contraint;
l’artiste, le plus souvent, ignore l’anatomie ou la rend avec la
dernière faiblesse. Les dessins de fleurs et d’animaux semblent
être le résultat d’impressions naturelles assez vives pour éveiller
la faculté d’imitation dans un esprit inculte ; mais la main inex-
périmentée a été incapable de faire de ces reproductions des images
fidèles à la nature. »
J’ai trouvé aussi cinq fragments de vases très-anciens, faits au
tour, dont l’ornementation, avec des couleurs pareilles, consiste
en réseaux, en lignes ondulées, plantes, lignes de points, etc., et
enfin quelques fragments de vases très-anciens faits au tour. Six
de ces fragments, qui appartiennent évidemment au même vase,
présentent, sur un fond rouge clair, une ornementation de croix
cantonnées de quatre points. Un de ces fragments se termine en
une pointe qui est percée d’un trou ; peut-être s’en servait-on
comme d’une sorte d’enlonnoir. Sur un autre de ces fragments
on trouve la plus curieuse de toutes les décorations ; à la partie
supérieure, on voit un objet qui a pu, dans l’intention de l’artiste,
représenter une tête de serpent; à droite, il y a un cercle entouré
de points, et au centre de ce cercle, un croissant accompagné
de six points ; à gauche , il y a un autre cercle accompagné
de points, à l’intérieur et à l’extérieur.
Encouragé par l’heureux résultat des fouilles pratiquées dans le
second tombeau, j’ai fait enlever les deux grandes stèles non
sculptées de la troisième ligue, qui étaient presque exactement au
sud des précédentes. L’une de ces stèles a 6 pieds 4 pouces (I“,90)
de long et 4 pieds (U%^20) de large ; l’autre a 4 pieds 10 pouces
(l'”,45) de long sur 4 pieds 4 pouces (1“,30) de large. Elles étaient
si bien consolidées par des blocs carrés, qu’il a fallu les plus grands
OBJETS Ei\ IVOIRE.
^2il
elTorts pour les arracher. Ces stèles étaient à 13 pieds 4 pouces
(4 mètres) au-dessous de la surface du sol, en l’état où je l’ai trouvé
quand j’ai commencé mes fouilles. A 2 pieds au-dessous d’elles,
par conséquent à 15 pieds 4 pouces (4'”, 60) au-dessous de la sur-
face primitive, j’ai trouvé deux grandes dalles, en forme de monu-
Fig. 234. — Plan des pierres sépulcrales trouvées au-dessus du troisième tombeau.
{Ft = pied anglais. — Inch = pouce.)
ments funéraires, couchées horizontalement. 5 pieds (i“,50) plus
bas, j’ai trouvé trois autres dalles, dont deux debout et une couchée
horizontalement, comme on le voit dans le dessin (fig. ^34).
Le sol se composait d’une terre noire, mélangée de fragments
d’une poterie faite à la main et d’une autre poterie très-ancienne
fabriquée autour, ainsi que d’une grande quantité de petits cou-
teaux d’obsidienne. Outre quelques idoles de Hèra, j’ai trouvé en
cet endroit un objet rond en ivoire massif, de
I pouce (0’%025) de diamètre, en forme de
ruche ; la face inférieure, qui est plate, est per-
cée d’un trou tubulaire destiné à passer un fd
pour suspendre l’objet ; sur la partie convexe ou
globulaire est gravée une croix, ornée de cinq
petits clous d’or h tète plate; chacun de ces
clous a la tète percée d’un petit trou au centre (tîg. ^235) :
— - un objet en ivoire de 10 pouces (0'",125) de long sur 2 (0“,05)
de large, orné de spirales très-élégamment sculptées (tig. 222)‘ ;
cet objet semble provenir d’une boite ; — deux morceaux
l. Voyez la vigaclle qui est eu tclc de ce chapitre,
MYCÈNES.
ir.
242
JÆ TROISIÈME TOMBEAU.
de bois d’un beau poli avee des pointes aiguës, très-semblables
d’ailleurs à des cônes longs et minces.
En creusant plus profondément, je constatai qu’à une distance
de 33 pieds (10 mètres) à partir du côté est de l’enceinte circulaire
de l’agora, le rocber descend brusquement, sous un angle de
30 degrés, sur uu espace de 30 pieds (9 mètres) de long et de
large, la hauteur perpendiculaire de la pente étant de 16 pieds l
(4’%95). Plus à l’ouest, le rocber forme une plate-forme de 30 pieds
(9 mètres) de long sur 30 pieds (9 mètres) de large, dans laquelle
il y a deux tombeaux. Je décrirai d’abord le plus petit, parce que
les deux stèles dont j’ai parlé plus haut étaient juste au-dessus de
l’ouverture, à une hauteur de 16 pieds 2 (4'",95). Ce tombeau,
désigné dans le plan B par la figure 3, a 16 pieds 8 pouces
(5 mètres) de long sur 10 pieds 2 pouces (3’", 05) de large ; il est
taillé dans le roc à une profondeur de 2 pieds 4 pouces (0“,70) du
côté ouest, de 3 pieds 4 pouces (1 mètre) du côté sud, de 7 pieds
(2™, 10) du côté est, et de 5 pieds (P", 50) du côté nord*. Si ces
profondeurs varient, c’est que le rocher est en pente et que la sur-
face en est inégale, car, comme on le pense bien, le fond même du
tombeau est parfaitement horizontal. A 9 pieds (2™, 70) environ et
juste au-dessus de l’ouverture de ce tombeau, j’ai trouvé sur la
pente du rocher, à une profondeur de M pieds (6'", 30) au-dessous
delà surface primitive du sol, plusieurs squelettes humains; on
voyait clairement qu’ils n’avaient pas été brûlés sur le bûcher fu-
néraire, mais l’humidité les avait tellement détériorés, qu’il a été
impossible de recueillir aucuu des crânes en entier. Les seuls objets
(|ue j’aie trouvés avec ces squelettes sont des couteaux d’obsidienne
et cinq vases modelés à la main, d’un travail assez soigné. Deux
de ces vases sont d’un jaune clair tout uni; les trois autres sont
d’un vert clair, avec une grossière décoration de couleur noire
(fig. ^236, 237).
Immédiatement au nord du tombeau en question, par consé-
quent au centre de l’agora, j’ai découvert le rocher déjà mentionné
1. Voyez le plan BP*.
HOCHER AU CENTRE DE L’AGORA.
m
qui est en saillie sur l’esplanade, et qui pourrait avoir servi de
plate-forme ou tribune (j3-^p.a) pour les orateurs. Il avait été fendu
et surplombait le grand creux où sont les deux dernières tombes
dont j’ai parlé. Au-dessous de ce rocher, à 22 pieds (6™, 60) au-des-
sous de la surface, on a trouvé beaucoup d’idoles de Hèra, de
fusaïoles et d’autres objets, par exemple une espèce de poignard
très-curieux (fig 238) ; ce poignard est formé de deux lames dis-
tinctes, chacune à deux tranchan ts, soudées selon la ligne médiane,
de telle sorte que les deux tranchants de chaque côté sont séparés
Fig. 236, 237. — Vases de terre cuite, modelés à la main. — A 20 [deds (G met.) de profondeur.
A la moitié' de la grandeur réelle.
par un vide d’un quart de pouce de largeur. On se demande si
l’entre-deux des lames n’aurait pas servi à mettre du poison pour
rendre la blessure mortelle.
Les deux lames ont chacune 10 pouces (O*", 25) de long; le poi-
gnard, y compris le manche, a 13 pouces (0™, 325). Le manche était
évidemment revêtu d’une garniture de bois ou d’os, fixée par trois
petits clous de bronze qui subsistent encore.
Comme l’un des rochers qui surplombent me semblait particu-
lièrement dangereux, je faisais mon possible pour en éloigner mes
travailleurs. Cependant, comme j’ai l’habitude, afin de rendre mes
travailleurs très-attentifs, de leur donner une petite gratification
pour tous les objets, même les plus insignifiants, qui pourraient
offrir un intérêt quelconque pour la science, et comme on trouvait
LE TROISIÈME TOMBEAU.
nï
une quantité de petits objets sous le rocher dangereux, deux de
mes hommes y retournaient continuellement. Voyant que le rocher
avait une fente et que cette fente s’élargissait, je fus littéralement
obligé d’arrcxher ces deux hommes à leur posi-
tion périlleuse ; tout à coup le rocher s’écroula
avec un fracas de tonnerre ; nous fûmes ren-
versés tous les trois par des éclats, mais
aucun de nous ne fut blessé. ^
Les quatre parois du tombeau qui nous
occupe étaient revêtues de morceaux de schiste
de dimensions irrégulières, joints avec de
l’argile et formant un mur en biais de 5 pieds
(i™,50) de hauteur et de 2 pieds 3 pouces
(0™,675) d’épaisseur.
J’ai trouvé dans ce tombeau les restes mor-
tels de trois personnes, qui, à en juger par la
petitesse des os et particulièrement des dents,
et par la quantité de bijoux féminins trouvés
sur place, ne peuvent avoir appartenu qu’à des
femmes. Gomme les dents de l’un de ces corps,
quoique bien conservées, étaient très-usées et
très-irrégulières, il y a lieu de croire que le
corps était celui d’une très-vieille femme. Les
trois corps avaient la tête tournée vers l’est et
les pieds vers l’ouest. Comme dans le second
l’ic. 238. — Gland poignard tombeau, les corps étaient couchés à 3 pieds
do brtmze, composé de deux ^ , ,
lames distii.cics, sendées 1 uu dc l’autre. lls étaiciit recouverts d’une
cnlrc clics selon la igne i i «n
médiane (à G">,50). A» couctie dc cailloux, et reposaioiit sui’ uiie autix
Tur réciim^ couche de pierres pareilles, sur laquelle les
bûchers funéraires avaient été dressés. Cette
dernière couche reposait sur le fond même du tombeau, qui,
comme on le voit sur le plan BB, était à une profondeur de 29 pieds
8 pouces (8"‘,90) au-dessous de la surface primitive du sol.
Absolument comme dans le précédent tombeau, les trois corps
avaient été brûlés en même temps, mais séparément et à égale dis-
SEPT CENTS PLAQUES D'OP.
215
tance l’nn de l’autre, à la place même où ils furent trouvés. Cette
aftirmation est prouvée par les traces visibles du feu sur les cailloux,
au-dessous et autour de chacun des corps, par les traces du feu et
de la fumée sur les murs à droite et à gauche, et par la quantité
de cendres de bois qui couvrent les corps et le terrain qui les avoi-
sine. Les corps étaient littéralement chargés de bijoux, qui tous
portaient la marque visible du feu et de la fumée dont ils avaient
eu à subir les atteintes sur les bûchers funéraires.
Les ornements les plus nombreux trouvés en cet endroit étaient
de grandes plaques d’or rondes, avec d’élégantes décorations au
repoussé. J’en ai recueilli sept cent une. Je les ai trouvées en
partie sous les corps, en partie dessus et en partie à côté. Il est
donc bien évident que l’on avait répandu les unes sur le fond du
tombeau avant d’y dresser les bûchers, et que l’on avait déposé
les autres sur les corps avant d’allumer le feu. Dans les gravures
suivantes ^ je reproduis tous les types différents de ces admirables
plaques. Il est difficile de dire comment les orfèvres mycéniens
exécutaient le repoussé. Le professeur Landerer pense qu’ils éten-
daient la feuille d’or sur une masse de plomb et qu’ils y produi-
saient l’ornementation par le travail du marteau et la pression. La
figure 239 présente de larges méandres arrondis qui ressemblent
beaucoup à ceux de la quatrième stèle sculptée ^ La curieuse
ornementation du centre, qui est fréquemment répétée sur ces
plaques, me semble dérivée du d’autant plus qu’on y
retrouve presque toujours les points qui sont censés représenter
j les têtes des clous ; l’artiste a simplement ajouté deux branches
■ nouvelles et a transformé toutes les branches en spirales. La
I figure 240 représente une seiche {oclopiis) dont les huit bras ont été
1 transformés en spirales; on distingue nettement la tête et les deux
' yeux. La figure 241 représente une ffeur ; la figure 242, une magni-
fique ornementation spirale; la figure 243, un beau papillon. C’est
un sujet qui revient fréquemment. Le papillon est-il ici, comme
1. Toutes ces plaques sont reproduites dans leurs dimensions rebelles.
2. Voyez la figure 112.
1
2i6
LE TROISIÈME TOMBEAU.
dans Fart grec postérieur, un symbole de l’immortalité? Ce rap-
FiG. 239. — Flaque d’or. Troisième tombeau.
Fig. 240. -- Plaque d’or : une seiche. Troisième tombeau.
prochement, qui m’est suggéré par M. Ch. T. Newton, soulève une
question que je n’ose pas trancher.
PLAQUES D’OR.
247
L'a figure ^44 offre une curieuse ornementation de spirales affec-
Fig, 2U, — Plaque d’or: une fleur. Troisième tombeau.
Fig. 242. — Plaque d’or. Troisième tombeau.
tant la forme de six serpents disposés symétriquement autour d’un
cercle central.
2.1S LE TROISIÈME TOMBEAU.
Dans la figure ^45, nous retrouvons encore rornementation de la
Fig. 243. — Plaque d’or; un papillon. Troisième tombeau.
Fig. 244. — Plaque d’or. Troisième tombeau.
stèle funéraire de la figure i4‘2. Nous Favions déjà revue dans
la plaque de la figure 239, qui ressemble beaucoup à celle-ci. La
PLAQUES D’OR. 249
fioure 246 est d’un dessin très-curieux. A l’intérieur d’une large
Fig. 2i5. — Plaque d’or. Troisième tombeau.
Fig. 246. — Plaque d’or. Troisième tombeau.
bordure circulaire courent six spirales d’un très-beau fini ; chacune
d’elles s’enroule autour de sept cercles concentriques; elles se
250 LE TROISIÈME TOMREAU.
réunissent toutes autour d’un ornement central composé également
r
[_ Fig. 247. — Pla(iiic d’or : feuille. Troisième tombeau.
Fig. 248. — Plaque d’or; feuille. Troisième tombeau.
de sept cercles concentriques, que l’artiste semble avoir vainement
essayé de l'attacher à la partie supérieure. Chacune des spirales,
PLAQÜt:S D’OK.
251
prise a part, ressemble beaucoup à nos ressorts de montres, du
Fig. 2i9. — Plaque d’or; feuille. ïroisièinc louibeau
Fig, 250. — Plaque d’or : feuille. Troisième tombeau.
moins à première vue; mais, (piand on y regarde de plus près, on
voit que toutes les lignes intérieures forment des cercles séparés.
252
LE TROISIÈME TOMBEAU.
Les figures 247-250 représentent de belles feuilles dont les types
Fig. 251. — Plaque d’or: aster. Troisième tombeau.
Fig. 252. Plaque d’or. Troisième tombeau.
ont beaucoup d’analogie entre eux. La figure 251 représente un
bel aster. La figure 252 offre, dans une bordure de trois cercles,
HERCULE ET LE LION DE NÉMÉE.
253
une magnifique ornementation de spirales et de cercles concen-
triques, comme nous n’en avons pas encore rencontré sur les
antiquités my c é n i e un e s .
Je suppose que toutes ces feuilles d’or sont des copies de bou-
cliers en miniature. Quoique dans certains boucliers le centre se
relevât en bosse \ la plupart cependant présentaient une surface
plane (sÎjyî) ; en outre, la plupart des boucliers étaient ronds
(câV.oxXo$)%et beaucoup, sinon tous, étaient des œuvres d’art et pré-
sentaient une magnifique ornementation \ Enfin, nous trouvons
sur les boucliers homériques une bordure (aviuS) qui a pu être
quelquefois simple, mais qui d’ordinaire était triple^ ; justement
nous rencontrons une bordure du même genre autour des plaques
d’or mycéniennes.
En continuant à décrire l’énorme quantité d’autres joyaux qui
ont recouvert les corps sur les bûchers, et qui étaient encore en
partie sur les squelettes, en partie sur le sol autour d’eux, je com-
mence par trois coulants d’or massif, percés de trous, ornés d’in-
tailles et ayant fait partie d’un ou de plusieurs colliers. Sur le pre-
mier (fig. ^53) on voit, à ce qu’il semble. Hercule tuant le lion
de Némée. Le héros ‘est représenté avec une longue chevelure
{y.7.prr/.GiJ.rÿx)v) et avec une longue barbe; son vêtement semble ne le
couvrir que depuis la ceinture jusqu’au bas des cuisses, et l’on dirait
que le reste du corps est nu. La jambe gauche en avant, il s’appuie
de tout son poids sur elle pour frapper le lion à mort, avec une épée
qu’il brandit dans sa main droite, levée à la hauteur de sa tête,
tandis que de sa main gauche il saisit le lion à la gorge. Le lion se
dresse devant lui sur ses pattes de derrière; il a saisi entre ses griffes
la jambe gauche du héros, et, au moment où il se dispose à lui moi’-
1. Iliade, XXII, III, àô-Trtoa o[ji,cpaA6£a(7av. Cf. Allas des AnliquUes troijennes, pl. lUS.
2. lbid.,l[[, 357 ; VII, '25Ü; et beaucoup d’autres passages.
3. Ibid., XIII, 715; XIV, -i‘28 ; et autres passages.
i. Ibid., XI, 3“2 :
’Av o’ (]v, TToX'joatoaAov àaTiioa OoOptv.
« Alors il prit le solide bouclier, lait de la main d’un habile artiste, et destiné à couvrir
l’bomme. » Voyez aussi les merveilles dont llépliaïstos orna le bouclier d’Achille, IL. XVIII
4G8-G08.
0, Voyez, par exemple, IL, XX, 275, et XVIII, 180.
254
LE TROISIÈME TOMBEAU.
dre la poitrine, il reçoit le coup mortel. Je trouve le corps du lion
conforme à la nature ; il n’en est pas de même de sa tête, qui res-
semble plutôt à une tête d’ours ; la crinière est gravée avec un talent
réel. J’appelle l’attention du lecteur sur le gros pommeau rond
qui termine la garde de l’épée, mais qui n’a malheureusement pas
été représenté dans la gravure; dans les autres tombes que je vais
décrire, j’ai recueilli beaucoup de pommeaux semblables, en albâtre
ou en bois avec des clous d’or, ou bien, souvent, plaqués en or.
L’intaille du coulant suivant (fig. 254), qui est plus petit,
représente deux guerriers engagés dans un combat à mort. Celui
qui se présente à la gauche du spectateur est un homme jeune.
Fig. 253, 254, 255, — Coulants en or perforés, décorés d’intailles. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
grand et vigoureux; il ne porte point de barbe et il a la tête nue ; ses
cuisses seulement sont recouvertes d’une draperie ; le reste du corps
est nu. Il pèse de tout le poids de son corps sur sa jambe gauche
portée en avant; avec sa main droite levée au-dessus de sa tête, il
vient de plonger son épée à double tranchant dans la gorge de son
adversaire, qui tombe, mortellement blessé. L’adversaire est repré-
senté avec une longue barbe. Sa tête est couverte d’un casque, au-
dessus duquel nous voyons un demi-cercle; ce demi-cercle semble
être fixé à la partie antérieure du casque et représenterait alors
cette longue corne recourbée qui, comme nous l’avons vu, sort de
la partie antérieure du casque des cinq guerriers (fig. 213). La
corne ici paraît n’être autre chose qu’un Idcpog, dans lequel était
implantée la crinière, qu’il me semble bien apercevoir aussi. En
admettant que cette conjecture soit erronée, nous ne pourrions expli-
quer le demi-cercle au-dessus du casque de ce guerrier qu’en sup-
posant que le milieu de la crinière était fixé sur le sommet du «paXog
du casque, de sorte qu’il y aurait en réalité deux crinières flottantes.
Le corps de l’homme blessé est protégé par un bouclier rond sur
ACHIIJ.E ET IIECÏOU.
!255
lequel on voit un cercle de petits points, destinés sans doute à figu-
rer féclat du cuivre. Le bouclier se trouvant divisé eu deux parties,
ruue supérieure, l’autre inférieure ; il se peut aussi que l’artiste ait
voulu représenter deux boucliers, le bouclier inférieur étant celui
du blessé, qui vient de le laisser tomber, et le bouclier supérieur
celui du vainqueur, qui le tient encore de la main gauche. L’ana-
tomie des guerriers est facile à saisir malgré sa rudesse; quoi qu’il
en soit, nous ne pouvons décidémentconcevoir qu’on ait exécuté de
pareils travaux sans le secours de la loupe. Je me demande si nous
n’avons pas ici sous les yeux, dans la personne de cet homme jeune,
beau et vigoureux, Achille, le plus beau guerrier de toute l’armée
grecque, et son antagoniste, «’Hector au panache ondoyant^; ))
car, conformément à ce que nous voyons représenté sur ce bijou,
Achille tua Hector d’un coup à la gorge. Homère, il est vrai, dit
que le coup fut porté, avec une lance mais l’artiste peut avoir
substitué l’épée à la lance, parce qu’il n’avait pas assez d’espace.
Le troisième coulant (fig. 255) représente en intaille bien
gravée un lion qui est tombé à genoux sur une pente rugueuse et
rocailleuse, et qui tourne la tête. à droite; il semble mortellement
blessé d’une flèche, que nous reconnaissons dans son omoplate
droite. Sans doute, cette intaille, comme les deux autres, est d’un
style archaïque et rude, mais le travail n’en est pas mauvais, et
l’anatomie de l’animal a été étudiée avec soin. M. Achille Posto-
laccas me fait observer que le style de ce lion rappelle celui de
la partie antérieure du lion qui est sur les statères d’or de Sardes,
en Lydie, attribués par Borrel à Grésus (560 av. J. -G.).
La figure 256 représente un papillon d’or, qui a du servir d’or-
nement pour la toilette; mais, comme il n’a pas de trou, je ne
comprends pas bien comment on a pu le fixer : peut-être a-t-il
été fixé avec une colle ou une pâte sur la draperie. J’ai trouvé
encore dix sauterelles^ eu or avec des chaînes, semblables aux deux
1. xop’jOaioAoç "E'/Twp. Cf. Troij and its Remains, p. 281.
2. Iliade, XXII, 320,
3. Plus proprement la sauterelle des arbres (xhxil, lat. cicada, it. cigala, fr. cigale); c’est
celle dont l’image en or parait la chevelure des Athéniens, pour montrer qu'ils étaient antocli-
thones. C’était probablement le signe symbolique de la parenté des deux races, la race achéenne
et l’ancienne race ionienne.
I
256
LE TROISIÈME TOMBEAU.
qui sont représentées ici (fig. 259, 260); c’étaient, selon toute
apparence, des ornements pour la chevelure ou pour la poitrine.
J’ai recueilli aussi onze coulants très-curieux, assez gros et en
forme de globes ; les figures 257 et 258 en montrent deux exem-
plaires; tous ont, à la partie supérieure, des trous tubulaires, et
proviennent évidemment de colliers. Ces ornements, comme les
256 257 258 259 260
Fig. 256 à 260. — Oriienteuls d’or. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
sauterelles, sont au repoussé ; ils se composent de deux moitiés
soudées ensemble; — trois griffons d’or; la figure 261 représente
un de ces griffons ; chez ces griffons, la partie supérieure du corps
est celle de l’aigle, et la partie inférieure celle du lion ; ils ont
les ailes décorées de spirales. Chacun de ces objets est percé de
trois trous, ce qui prouve clairement qu’on les cousait comme
ornements sur les draperies. Les griffons sont des animaux fabu-
leux qui appartiennent à l’Inde ; c’est de là qu’ils se sont répandus
dans l’Occident. Nous trouvons le griffon sur les plus anciens vases
de terre cuite d’un style (c égyptisant » grossier, en compagnie des
GRIFFONS DORÉS.
-257
Fig. 261. — Ornement d'or. Griffon.
Troisième tombeau. Grandeur réelle.
sphinx et des lions ailés. Cet animal fantastique est devenu le
centre d’un curieux cycle de légendes, car nous le trouvons déjà
mentionné dans Hésiode, dans Hérodote et Pausanias, comme
gardien de l’or dans les contrées septentrionales de l’Europe h
Pline décrit les grijplii comme ferarum volucre gémis ^ qui mira
capidUate extrait l’or ex cimiculis et le
garde ; il les place aussi dans le nord
de l’Europe, c’est-à-dire dans le pays
des Scythes Damis Olear^ affirme que
les griffons sont originaires de l’Inde,
et voici la description qu’il en donne :
« L’or que les griffons tirent de la terre,
ce sont des pierres incrustées de pail-
lettes d’or semblables à des étincelles de feu; les griffons dégagent
l’or de la pierre, grâce à la puissance de leur bec. On trouve ces
animaux dans l’Inde, où ils sont consacrés au Soleil ; voilà pour-
quoi les peintres indiens représentent Hélios traîné par un attelage
de quatre griffons. Le griffon a la taille et la force du lion; mais
ses ailes lui donnent sur le lion un grand avantage; il vient à
bout même des éléphants et des grands serpents ; mais il ne peut
venir à bout du tigre, auquel son agilité donne une grande supé-
riorité. » Bôttiger- explique que ces monstres ont pris naissance
tout simplement dans la fabrication des tapis de l’Inde, parce que,
depuis la plus haute antiquité, les Indiens se plaisent à
leurs animaux sacrés, c’est-à-dire à représenter les types de plu-
sieurs animaux dans un seul animal. Il paraît certain que le griffon
passa de l’Inde en Grèce dans le cortège de Dionysos, et qu’il
devint pour cette raison, dans ce dernier pays, le symbole de la
sagesse et des lumières.
J’ai trouvé encore, avec les trois corps du troisième tombeau.
1. Hérodote, III, 13, 14; Pausanias, I, xxiv, 5. Milton fait allusion à cette légende (Paradis
perdu, livre III) ; « Ainsi quand le griffon, à travers le désert, planant dans sa course ailée au-
dessus de la colline et des marécages de la vallée, poursuit l’Arimaspien, qui furtivement avait
dérobé l’or confié à sa garde en trompant son inquiète vigilance. »
2. Ilist. nat., Vil, 2 ; XXXIII, 4, 21.
3. Apud Philostr., Vit. ApoUon. Tijau., 111, 18, p. l:U.
4. Vasengemülde.
MYf.ÈNES. 17
258
LE TROISIÈME TOMBEAU.
trois ornements en forme de cœurs ; l’un de ces ornements est
reproduit ici (iîg. 262). Gomme ils ne sont pas percés, on les
collait évidemment sur la draperie. Quatre autres ornements
(fig. 263) représentent des lions couchés ; ils sont percés sur
le bord, preuve qu’on les cousait sur la draperie ou sur les
vêtements. L’exécution laisse beaucoup à désirer; cependant le
corps, et surtout la tête, indique une certaine observation de la
nature. On retrouve, dans la
forme de la queue, la preuve
de la passion de l’artiste mycé-
nien pour les spirales.
J’ajouterai à la liste des
objets trouvés sur les trois
Fig. 262, 263. — Ornements d’or. Cœur et Lion. -, . . , ,
Troisième tombeau. Grandeur réelle. COrpS du trOlSiomO tOmboaU
douze ornements en or; chacun
de ces ornements se compose de deux cerfs couchés, avec de longues
cornes à trois branches ; les cous de ces animaux s’entre-croisent
ou s’appuient l’un contre l’autre, mais toujours de façon que
les deux profds des têtes regardent dans des directions opposées,
tandis que les cornes se touchent et que les branches forment,
par leur disposition, comme une espèce de couronné. Les deux
cerfs sont supportés par un palmier- datier à trois feuilles; la
feuille du milieu monte tout droit, tandis que les deux autres
s’étendent horizontalement sous les cerfs. Deux de ces ornements
à deux cerfs étaient soudés ensemble, et, au bas, dans le creux
qui les séparait, était enfoncée une grosse tige d’argent, à canne-
lures horizontales, qui représentait le tronc du palmier et qu’on
fixait à l’aide d’un petit clou. On voit, au bas de la figure 264, le
trou par où passait la cheville, et, dans la figure 265, une partie
de la tige d’argent, avec ses cannelures horizontales, destinées
sans doute à simuler les rugosités du tronc du palmier. Nous
avons donc sous les yeux une belle broche, représentant de chaque
côté deux cerfs couchés sur un palmier. Mais, comme cette broche
était assez lourde, la tige d’argent était percée, comme nous le
voyons au bas de la figure 265, afin qu’on pùt la fixer à l’aide
r.ROCHES DORÉES, AVEC DES CERFS. 259
d'un fil OU de toute autre attache. Deux de ces ornements avaient
encore deux autres trous. En admettant qu’il faille deux de ces
ornements pour faire une broche, il a été trouvé dans le troisième
tombeau six broches représentant deux cerfs de chaque côté, par
Fig. 264, 265. — Onieiuents d’or. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
conséquent vingt-quatre cerfs en tout ; — plus sept ornements
d’or (fig. 266), représentant un palmier, dont les feuilles sont
plus grandes; sur ces feuilles, deux lionceaux sont accroupis
face à face; ils lèvent la tête, et leurs mufles se touchent;
les queues des lionceaux forment des
spirales semblables à celles que l’on
voit sur les ornements qui portent
deux cerfs. Les deux ornements dé-
corés de lionceaux étaient également
réunis, soit par une soudure, soit
par de petits clous enfoncés dans
les trous que nous présente chacun
d’eux ; dans le creux du bas était
fixée une tige d’argent ; de sorte
que cet ornement, comme le précé-
dent, servait de broche {nôprcn) ; — deux ornements d’or (fig. 267
et 268), en forme de femmes, qui représentent peut-être la déesse
x\phroditè ; chaque femme a une colombe sur la tête. L’une
!260
LE TROISIÈME TOMREAU.
(fig. 268) a, en outre, une colombe attachée à chaque bras. Le
type des deux femmes est le meme; elles ont de grands yeux et un
long nez pointu, qui chez l’une s’avance en droite ‘ligne à partir
du front; toutes les deux portent un diadème. Chacune d’elles
a un trou dans la joue gauche, la seule qui soit visible ; toutes les
Fig. :267, 268. — Ornements d’or. Femmes avec colombes. Troisième tombeau. Grandeur re'elle,
deux ont les mains posées sur la poitrine; ce geste doit être symbo-
lique et signifier fécondité ou abondance. Je ferai observer aussi
combien l’attitude de ces femmes rappelle celle des nombreuses
terres-cuites de Chypre, qui représentent des idoles d’Aphroditè,
et aussi celle de la statue connue sous
le nom de statue deNiohé, sur le rocher de
Sipylos ; toutes portent leurs deux mains
à leur sein. Les quatre colombes sont
représentées au vol, les ailes déployées.
La première femme (fig. 267) est percée
Fig. 209. - oriicmcnt d’or Tiübième quatre trous, et SOU oiseRu de deux,
tombeau. Grandeur reelle. ^ ^ ^
qui servaient à coudre l’ornement sur
des étoffes on des draperies. D’un autre côté, la femme aux
trois colombes a été fixée évidemment à un objet autre qu’une
étoffe à l’aide de deux petites épingles d’or, dont on voit encore
les grosses tetes, l’une entre les genoux de la femme, et l’autre
sur son ventre ; — plusieurs ornements en or, semblables à la
figure 269; l’artiste a-t-il voulu représenter un cheval, un bippo-
201
FEMMES DOUFÎES, AVEC DES PIGEONS.
campe ou un chien? c’est ce qu’il serait difficile de dire ; — vingt-
neuf ornements en forme de seiches, pareils à ceux que repré-
sentent les figures 270 et 271. Tous ces bijoux sont doubles,
c’est-à-dire qu’ils se composent de deux seiches soudées dos à
dos. Il V a donc cinquante-huit seiches en tout. L’orfévre mycé-
Fig. 270, 271. — Deux seiches en or. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
nien, toujours préoccupé d’introduire partout les spirales, a
donné cette forme à tous les bras des seiches, qui forment des
volutes très-élégantes. Quelques-unes de ces seiches, comme la
figure 270, sont en outre percées de quatre trous pour passer le
fil qui servait à les attacher. Je ne puis absolument m’expli-
quer à quel usage ces ornements pouvaient être employés.
La figure 272 représente un griffon volant, en or. Comme celui de
Fig. 272. — Giillbn volant, en oc. Troisième lo.nbeiu. Grandeur réelle.
la figure 261, il a le corps d’un lion avec la tête et les ailes d’un
aigle, et il est orné de spirales. N’étant pas percé de trous, il devait
être collé sur la draperie.
Voici deux petites figures d’or qui offrent le plus grand intérêt ;
l’une est reproduite figure 273. Toutes les deux sont percées
de quatre trous, juste aux mêmes endroits; il est probable
qu’elles étaient attachées dos à dos. Elles se ressemblent abso-
LE TROISIÈME TOMBEAU.
26'2
lument. On ne peut rien affirmer de bien certain sur le type
de ces figures, car il peut être hellénique tout aussi bien
qu’asiatique. Rien non plus n’indique si elles représentent des
hommes ou des femmes ; cependant, la richesse de leur costume
pourrait faire croire que ce sont plutôt des femmes. Toutes les
deux ont les mains jointes sur la poitrine,
comme Aphroditè ; mais, au-dessous des
mains, apparaît un objet en forme de
disque qui semble être suspendu au cou.
Des deux côtés de la poitrine, aussi bien
que sur la jupe, il y a un certain nombre
de raies, qui probablement représentent
des rubans ou une passementerie d’or, et
deux rangées contenant chacune deux petits
cercles, destinés certainement à figurer des
Fig. 273. — Ornement d’or. Troi-
sième tombeau. Grandeur re'elle.
boutons d’or ornés d’intailles, pareils à ceux qui ont été trouvés en
si grande quantité dans deux des tombeaux, comme on le verra
plus loin.
J’ai recueilli, dans le même tombeau, huit ornements d’or en
forme de papillons. La figure 275 représente un de ces papillons.
Les uns ont deux trous, les autres en ont quatre ; comme tous ces
papillons ont même forme et mêmes dimensions, je suppose qu’ils
étaient attachés par paires, avec de petits clous, et que les bijoux
ainsi formés présentaient un papillon sur chaque face. Cette sup-
position semble être confirmée par ce fait que le revers de chaque
papillon est creux. Je pense qu’il en a été de même des autres
objets représentés ici, et qui ont été trouvés en double, sauf la
figure 274, qui représente deux aigles.
La figure 279 est un ornement très-curieux, dont il a été
trouvé quatre exemplaires; deux de ces exemplaires ont des trous,
les deux autres n’en ont pas. Tous représentent deux cygnes
debout en face l’un de l’autre et dont les têtes se touchent. Il y a,
entre les pattes des deux cygnes, quelque chose qui a la forme
d’une table, sans que je me rende compte au juste de la nature
de l’objet. La figure 280 représente un hippocampe ; j’en ai trouvé
ORNEMENTS D’OR VARIÉS.
263
cinq autres pareils. Ces hippocampes ont tous la tête tournée en
arrière et la queue recourbée; tous sont percés de trous.
L’ornement de la figure 274, déjà cité, qui représente deux aigles
posés face à face avec la tête tournée en arrière, est également percé
de trous. La figure 277 représente un sphinx. J’en ai trouvé cinq
autres semblables à celui-là. Ces six sphinx sont des lions ailés,
Fig. 274 à 280. — Ornements d'or. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
avec une figure humaine imberbe ; ils sont coiffés du bonnet phry-
gien d’où semble s’élancer un long panache ; mais il est impossible
de savoir si l’artiste a voulu représenter un sphinx mâle ou un
sphinx femelle. Remarquons ici que, d’après Hésiode, x\pollodore
et Euripide, Sphinx est fille de Typhon et de TÉkhidna onde la Chi-
mère, ou bien d’Orthos et de la Chimère, et que cet animal fabu-
leux est, dans tous les cas, d’importation égyptienne en Grèce.
Mais le sphinx égyptien est mâle, puisqu’il est le symbole des rois,
tandis que le sphinx de la légende thébaine d’Œdipe est femelle.
L’ornement d’or (fig. 278) qui semble représenter un arbre a été
m
LE TROISIÈME TOMBEAU.
trouvé îi sept exemplaires; tous les sept sont percés de deux trous.
Parmi les ornements de petite dimension, je citerai la figure 276 ;
elle représente deux oiseaux dont on ne peut distinguer l’espèce. Ils
se tiennent debout en face l’im de l’autre, la tête tournée en arrière ;
ils sont liés l’un à l’autre par des spirales,
Sur la tête de l’un des trois corps, j’ai trouvé la magnifique cou-
ronne d’or ((7T£p.p.«, fig. 281), l’iin des objets les plus intéressants et
les plus précieux que j’aie recueillis à Mycènes. Elle a 2 pieds
1 pouce (0"',625) de long et est couverte à profusion d’ornements,
qui ressemblent à des boucliers en miniature. Gomme elle est tra-
vaillée au repoussé, tous les ornements font saillie et se détachent
en bas-relief, ce qui donne à l’ensemble un aspect d’une magnifi-
cence indescriptible. L’effet en est encore augmenté par les trente-
six grandes feuilles, décorées de la même manière, qu’on y a adap-
tées. Il faut remarquer que, quand la couronne était attachée autour
de la tête, la partie lapins large se trouvait juste au milieu du
front; naturellement les feuilles se tenaient droites autour de la
partie supérieure de la -tête. On ne peut pas imaginer qu’elles
fussent dans une autre position, car elles auraient alors formé une
espèce de visière qui aurait caché le front et une grande partie de
la figure. A chacune des deux extrémités on peut voir un petit trou ;
on passait un mince fil d’or dans ces deux trous pour attacher
la couronne. J’appelle l’attention du lecteur sur les signes
curieux qui sont entre les boucliers de la rangée supérieure ;
cinq de ces signes ressemblent à de belles fleurs ; la disposition
seule des têtes de ces fleurs suffirait h prouver que la couronne
devait être placée avec les feuilles en dessus ; c’est du reste dans
cette disposition que je l’ai trouvée sur la tête du mort. Les quatre
autres signes ressemblent au ou caducée, la verge de
héraut d’Hermès.
Le magnifique diadème d’or (fig. 282) a été trouvé autour de la
tête d’un des trois autres morts ; une partie du crâne adhérait
encore à cet ornement ; il est d’un travail très-soigné. La bordure
est formée de deux lignes parallèles et d’une rangée de points sail-
lants; cette bordure diminue de largeur depuis le milieu du dia-
266
^LE TROISIÈME TOMBEAU. ^
dème jusqu’aux deux extrémités ; elle est décorée de dessins
en spirales, accompagnés de
petites lignes de points en
. creux ou en saillie. L’espace
compris entre les bordures est
rempli par une rangée de bou-
cliers en miniature dont le
diamètre varie selon la largeur
du diadème, et qui se compo-
sent d’un certain nombre de
cercles concentriques autour
d’une bosse centrale. Dans les
cinq grands boucliers, l’espace
compris entre les cercles est
rempli par une bande circu-
laire de petites feuilles ou de
points saillants. On voit aussi
entre les boucliers tout le long
de la bordure deux rangées de
petites bosses cerclées de
points en saillie. A chacune
des deux extrémités du dia-
dème il y a un trou ; un mince
fd d’or ou de cuivre passé dans
ces trous devait servir à atta-
cher le diadème. Gomme ce bel
ornement est formé d’une
plaque d’or assez épaisse, il n’a
pas été nécessaire de le sou-
tenir avec une armature de
laiton.
J’ai trouvé encore avec les
trois morts . cinq autres dia-
dèmes d’or, dont deux sont représentés figures 283 et 284. Deux
de ces diadèmes (fig. 283) sont décorés de la même manière
Fig. 282. — Diadème d’or trouvé sur la lêle d’un autre
personnage du troisième tombeau. Au cinquième
environ de la grandeur réelle.
DIADÈMES D’OR.
267
que le précédent, mais avec moins de magnificence. Tous les
deux ont leurs bords roulés autour d’un fil de laiton et sont sans
Fig. 283, 284. — Diadèmes d’or. Troisième tombeau. Au deux-neuvième environ de la grandeur réelle.
i bordure ; tous les deux se composent de deux moitiés qui semblent
' avoir été non pas soudées ensemble, mais tout simplement unies
I par le fil qui forme l’armature. Comme ils ne portent pas de trous
LE TI’.OISIÈME TOMLEAL.
^2()8
iUlx extrémités, ils ont dù être munis de minces fds de laiton ou
d’or, maintenant brisés, qui servaient à les attacher autour de la
tête. Ces deux diadèmes ont beaucoup souffert du feu du bûcher
funéraire, qui les a noircis au point que les photographies ne sont
pas très-bien réussies. Le diadème de la figure 284, quoique sans
armature, n’a pas non plus de bordure ; il est aussi orné de cercles
Fig. 285. — C<roi.\ d'oi’. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
semblables à desboiicliers en miniature et qui représentent de belles
Heurs. On voit à chaque extrémité un ornement en forme d’étoile,
et des deux côtés, le long des bords, des petites bosses en forme
de boucliers, entre les cercles. A l’extrémité de droite tient encore
un morceau du fil d’or qui servait à attacher le diadème autour de
la tête. Sur ces six diadèmes, on reconnaît les tines cendres noires
du bûcher funéraire adhérant encore à la surface de l’or. Je
ferai observer ici que nous trouvons des boucliers ronds avec une
ornementation de croissants et d’étoiles sur les monnaies macédo-
niennes ; mais ces monnaies ne peuvent avoir naturellement aucun
rapport avec les diadèmes mycéniens, qui les ont précédées proba-
CROIX D’OR.
“269
bleiiioiit de douze siècles. Quoiqu’on ii’ait jamais découvert jus-
qu'ici de diadèmes semblables h ceux-ci avec ornementation de
rosettes, ou ne peut douter cependant qu’ils ii’aieiit etc d’un usage
fortrépandti dans raiitiquité. Eu effet, le Musée Brilannique possède
six idoles d’Aphroditè, provenant de Chypre, deux en terre cuite et
quatre en marbre ; toutes les six ont la tète ornée de diadèmes de
cette espèce. Dans la collection assyrienne du même établisse-
^270
LE TROISIÈME TOMBEAU.
ment, je comiais aussi quatre figurines d’Hercule, en ivoire; elles
ont la tete ornée de diadèmes pareils aux diadèmes mycéniens.
Il y a deux autres diadèmes avec une ornementation de boucliers
encore plus simples, décorés au milieu, dans le sens vertical, de
deux rangées de spirales. Ces diadèmes se composent chacun de
deux moitiés qui, selon toute apparence, étaient réunies par l’ar-
mature de laiton autour de laquelle étaient roulés les bords du dia-
dème. Les fils minces des deux extrémités ont aussi disparu.
J’ai trouvé encore avec les trois corps du troisième tombeau neuf
croix formées de doubles feuilles d’or; j’en représente quatre ici.
CROIX D’OR.
271
C'est la ligure 285 qui est la plus richement décorée; les feuilles res-
semblent à des feuilles de laurier et sont ornées de belles fleurs au
repoussé ; il y a une décoration de spirales aux deux extrémités de
chaque feuille. Au centre de chacune de ces croix est fixée une
croix plus petite, faite d’une petite feuille d’or sans ornements.
La croix de la figure 286, qui présente la même forme que ces
Fig. 291. — Croix d’or. Troisième tombeau. Au quatrc-scptièmc environ de la grandeur reelle.
dernières, a probablement été fixée autrefois au centre de foriie-
ment en forme d’étoile (fig. 288). Mais, comme je n’en suis pas sûr,
je donne les deux dessins séparément.
; La figure 287 représente un petit ornement d’or composé de trois
) fleurs. La petite croix d’or de la figure 289 est trcs-curieuse, les
• feuilles en sont magnifiquement ornées de cercles et de spirales;
1 au centre est fixée une autre croix, composée de petites feuilles d'or
richement ornées. La grande croix de la figure 290 présente une
! ornemeiitation de boucliers en miniature; à rextrémité de chaque
LE TROISIÈME TOMREAU.
-27-2
feuille il y a trois petits cercles qui entourent deux autres cercles
intérieurs.
En difïéi’entes parties des feuilles de cette dernière croix,
011 aperçoit de petits trous, ce qui prouve qu’un autre ornement
était fixé au centre, probablement une croix comme celle de la
figure 585 ou une étoile comme celle de la figure 588.
J’ai trouvé encore dans ce tombeau deux grandes et belles
Fig. 292. — Broche d’or (zéçzvi). Troisième tombeau. Grandeur réelle.
étoiles d’or ; fuiie d’elles est reproduite ici (fig. 591). Elles sont
formées de deux croix d’un dessin différent, avec de riches orne-
ments au repoussé; les deux croix sont attachées ensemble par une
épingle d’or a tête ronde et plate, qui s’est conservée dans l’étoile
feproduite ici. Dans l’autre étoile, il ne reste plus que l’empreinte
laissée par la tête de l’épingle, qui a disparu. Il m’est impossible de
dire à quel titre ces croix servaient à la parure des morts, parce
que je n’en ai pas trouvé une seule en place.
Sur f un des corps, j’ai trouvé une broche d’or (nôpK-n), montée
GIGANTESQUE GROCHE D’OR.
273
sur nue très-grosse épingle d’argent, de 8 pouces (0”,20) de long
[\i\ fig. cette épingle, mise probablement en contact avec
(jiielque substance saline, s’est changée en un chlorure d’ar-
gent et s’est, par suite, brisée en deux: aussi ne peut-on voir dans
la gravure que la partie supérieure de cette épingle. La broche
représente une femme qui étend les bras, la face tournée de profil
vers la gauche du spectateur; les traits de cette femme onttrès-
Fig. 293. — Ornement d'or tiré dn troisième toml)eau. Au cinq-sixiôme de la grandeur réelle.
certainement le caractère grec. Son nez, qui est long, continue
le front en ligne droite; ses yeux sont grands; ses cheveux ne
descendent pas plus bas que le cou, qui est orné d’un collier;
ses puissantes mamelles sont bien indiquées. La tète est sur-
montée d’une ornementation composée de spirales, du milieu de
laquelle s’élance un beau palmier ; de cet arbre pendent des
deux côtés, à droite et à gauche, de longues tresses terminées
par des glands en forme de fleurs.
J’ai recueilli dans le même tombeau deux ornements d’or
très-curieux (fig. ^98); ils sont trop gros et trop lourds pour
avoir servi de pendants d’oreilles; c’étaient probal)lement des
18
MYCÈXKS.
274
LE TROISIÈME TOMBEAU.
parures pour la poitrine. Chacun d’eux se compose de deux pièces
au repoussé, soudées ensemble, de sorte que l’objet présente la
même ornementation sur ses deux faces.
La petite croix d’or (fig. 294) a une ornementation de spirales
sur chacun de ses bras. Il est à remarquer que les ornements
(fig. 291-294), de même que quelques-uns
des autres petits ornements de ce tombeau \
quoiqu’ils soient en or, ont la teinte rou-
geâtre du bronze. Si je les avais ^trouvés
seuls, je n’aurais pas osé les faire remonter
à une antiquité bien reculée; mais, en raison
des conditions où ils sont placés dans le tom-
Fig. 29k— Croix d’or. Troisième ^
tombeau. Grandeur réelle. beau, ü est iiiipossible de supposec que les
objets trouvés soient d’époques différentes.
Il a été recueilli aussi sur chacun des trois corps deux ornements
d’or (six en tout) qui ont presque la forme débouclés d’oreilles; les
figures 295 et 296 représentent deux de ces objets. Mais comme
les deux extrémités de chacun d’entre eux se terminent par des
spirales qui font quatre ou cinq tours, ils ne peuvent pas avoir servi
de boucles d’oreilles; d’ailleurs, ils auraient été beaucoup trop
lourds pour être employés à cet usage, attendu qu’ils sont en or
massif. Le seul usage, selon moi, auquel on puisse les avoir em-
ployés a été de retenir ensemble les boucles de la chevelure; je
crois qu’ils peuvent parfaitement expliquer le passage où Homère
dit- : ((Ces boucles, qui auraient pu rivaliser avec la chevelure des
Grâces, ces tresses brillantes, retenues par des ornements d’or et
d’argent, étaient souillées de sang. »
J’ai aussi recueilli sur les trois corps onze ornements d’or très-
curieux; j’en ai fait graver trois (fig. 297, 298 et 299). Tous ont
au milieu un tube étroit qui servait à les enfiler, car je ne
suppose pas qu’ils aient pu servir à autre chose qu’à composer
1. Comme les figures 26-2, 264, 265, 266, 272, 273, 274, 275, 276, 277, 279, 280, 303, .305,
306 et 316.
2. //wr/e, XVII, 51 et52;
AtaaTi o\ OiUOVTO xogai XapiT£crc7tv oijLOÎat,
7rXo'/[xoc 0’, oï àpY'jpm l(7.pr|X(j0VT0/
F
ORNEMENTS D’OR POUR TENIR I.ES CHEVEUX. 275
des colliers. Voici quelle en est la structure : aux deux extrémités
du petit tube, qui, comme on le voit sur la figure, est orné d’inci-
sions circulaires, on soudait un fil d’or délié; on l’enroulait onze
Fig. 295 à 300. — Ornements en or pour tenir les cheveux, bracelets et ornements pour colliers.
Au cinq-sixième environ do la grandeur réelle.
fois sur lui-même, et l’on soudait les spirales ensemble ; la spirale
extérieure de chacun des enroulements était à son tour soudée
au tube. J’ai trouvé six bracelets travaillés de la même façon
(fig. 300); chacun de ces bracelets se compose de douze spirales
276
LE TROISIÈME TOMBEAU.
faites d’un même fil d’or mince; pour les assujettir autour du bras,
on passait la petite baguette qui est à droite dans la spirale qui est
à gauche ; cette spirale servait ainsi de fermoir.
Toujours dans le même tombeau, j’ai recueilli deux paires de
balances en or (fig. 301 et 302) ; mais il n’y en a qu’une paire
dont j’aie pu photographier le fléau; celui de l’autre paire était
Fig. 301 et 302. — Balances en or (w.Xavca). Troisième tombeau. Au cinq-septième de la grandeur réelle.
BALANCES D’OR.
277
écrasé et n’avait plus de forme. Les deux fléaux sont des tubes for-
més de plaques d’or très-minces, qui étaient sans aucun doute tra-
versées d’un morceau de bois destiné à leur donner de la consistance;
j’ai même retrouvé des débris de bois carbonisé dans plusieurs
parties des tubes d’or. Les plateaux étaient reliés aux fléaux par de
longs rubans d’or très-minces. Deux des plateaux sont ornés de
fleurs, les deux autres de papillons bien dessinés. Il est évident que
ces balances n’ont jamais pu servir; elles ont été faites exprès pour
accompagner les corps des trois princesses dans leur tombeau et
doivent avoir, par conséquent, un sens symbolique. J’appelle l’at-
tention du lecteur sur les balances que l’on trouve dans les pein-
tures murales des tombeaux égyptiens, et où sont pesées les bonnes
et les mauvaises actions des morts. Dans tous les cas, ces balances
rappellent tout de suite à notre souvenir le beau passage d’Homère ^
où Jupiter prend ses balances d’or et pèse les destinées d’Hector et
d’Achille : (( Déjà, pour la quatrième fois, ils reviennent près des
fontaines, lorsque le père des dieux et des hommes déploie les
balances d’or et y pose deux sorts du long sommeil et de la mort,
celui d’Achille et celui du fils de Priam, et les soulève en tenant
le milieu. Le sort fatal d’Hector l’emporte et descend jusque chez
Pluton; alors Apollon l’abandonne. » (Trad. Giguet.)
La plaque d’or (fig. 303) doit avoir été collée sur quelque autre
objet, autrement on ne saurait en expliquer l’usage. Elle présente
une belle ornementation au repoussé, comme nous n’en avons pas
encore vu de pareille à Mycènes. Le masque d’enfant (fig 304)
se compose d’une plaque d’or très-mince; on y a découpé des
trous pour les yeux, et, quoiqu’il soit tout froissé, on voit encore la
légère saillie qui indique la place du nez.
Avec ce masque on a trouvé beaucoup de grands morceaux de
feuilles d’or qui ont évidemment jadis convertie corps d’un enfant ;
1. Iliade, Wll, 209-213 :
’A).V, OT£ OY] t'o TSTapXOV lui xpouvoù; àçiXOVTO,
xai tÔt£ ^p'jaeia uax^p STixatve xâXavxa'
Iv 6’ Ixtôei ôuo xYips xavy]).£Y£o; Oavàxoïo.
xriv [J.SV ’ Ax^'k'kr^QÇ, X'^v 8’ '''Exxopoç luuoSaixow
è'Xxs Sà p-lcra-a XaooSv plus 8’ "Exxopoç aîcripLov r^fxap,
œ/exo 8’ siç ’Aioao' Xi'usv 81 ê <I>o'i6o; ’AuôXXtov.
278
LE TROISIÈME TOMBEAU.
d’ailleurs deux de ces morceaux ont parfaitement conservé l’em-
preinle de ses petites mains ; l’enfant portait une grande bague à
Tun des doigts. Trois autres morceaux de feuilles d’or ont servi de
knémides à l’enfant : ils reproduisent la forme des jambes. Il est
donc certain qu’un ou plusieurs enfants ont été brûlés et ensevelis
303 304
305 306
Fig. 303 à 306. — Ornements d’or. Troisième tombeau, A la moitié de la grandeur réelle.
avec les trois femmes; ce fait concorde du reste parfaitement avec
la tradition citée par Pausaniasb
Quatorze objets en plaques d’or, magnifiquement décorés, sont
d’un style que je n’ai pas encore rencontré à Mycènes. La figure 805
représente un de ces objets. On voit un trou à la partie supérieure,
ce qui donne à supposer que ces ornements auraient pu servir de
pendants d’oreilles. La plaque d’or (fig. 306) doit avoir été collée
sur quelque autre objet, car on n’y voit pas de trou. Elle représente
1. Pausanias, II, xvi, 6. Vo^ez le passage cité en entier au ciiapitre III.
BOULES UE GBISTAL.
279
au repoussé, d’uii travail très-défectueux, deux hommes : Tun, qui a
des ailes et des pieds de cheval, semble jouer de la flûte; il se tient
debout, le pied droit sur la tête de l’autre, dont les bras sont éten-
dus et les jambes écartées. Ces deux hommes ont des cornes sur la
tête, et celles de la figure inférieure sont surtout bien marquées.
A la droite des deux hommes, et par conséquent à la gauche du
spectateur, on voit un étrange ornement qui, à première vue,
semble se composer de caractères d’écriture; en y regardant de
plus près, on voit que c’est une simple décoration.
La boule percée, en cristal de roche d’un beau poli, que repré-
Fig. 307 et 308, — Objets en cristal de roche. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
sente la figure 307 provient évidemment de la poignée d’un sceptre
ou de la garde d’une arme quelconque, car on voit dans le trou
une longue tige de métal, qui semble être de l’or, mais qui n’esl
probablement que du bronze ou de l’argent plaqué d’or.
L’objet représenté figure 308 est encore une boule de cristal
de roche d’un beau poli; elle présente d’un côté une large ouver-
ture, et de l’autre simplement un trou ; l’intérieur est ricliement
décoré de couleurs rouges et blanches. Je ne puis, en aucune
façon, me rendre compte de la destination de cet objet.
Je citerai encore : deux objets de bronze, dont fiin paraît être
un fragment et l’autre la poignée d’une arme; — deux objets
(f]g. 309 et 310) que je crois être des sceptres. La tige d’argent
de chacun de ces sceptres a été plaquée d’or, comme on peut le
voir sur la partie qui s’enfonce dans les pommeaux de cristal de
280 LE TROISIÈME TOMBEAU.
roche tournés avec tant d’élégance. La boule de cristal (fig. 309)
est ornée de sillons verticaux et percée dans toute sa longueur;
à certains signes, on reconnaît qu’un autre objet, probablement
en or, a été fixé à sa partie inférieure; justement un ornement
d’or qui s’y adapte très-bien a été
trouvé à part; je l’ai remis en place
dans la gravure {a) ; je me suis cru
d’autant plus autorisé à le faire^ que
l’on voit, aux brisures de sa partie
supérieure, qu’il était fixé primitive-
ment à un autre objet et qu’il en
avait été séparé. Un des côtés est orné
de lions, l’autre de griffons à têtes
d’aigle ; tout ce travail est d’un beau
repoussé.
J’appelle l’attention du lecteur sur
la dimension de ces sceptres, qui ne
sont reproduits ici qu’au tiers de leur
grandeur réelle. Je le prie, en outre,
d’observer que ces énormes tiges en
argent plaqué d’or s’enfonçaient sans
nul doute dans des bâtons de bois
revêtus de plaques d’or. Qu’il y ait eu
une grande quantité de ces bâtons pla-
qués d’or, on ne peut pas en douter un
seul instant quand on voit la grande
quantité de tubes d’or qui ont été
trouvés dans ces tombeaux, et qui
contiennent encore des morceaux de bois, tantôt carbonisés,
tantôt même en très-bon état de conservation.
La figure 311 est un coulant d’agate brune, percé, provenant
évidemment d’un collier, comme les quatorze autres qui ont été
trouvés dans le même tombeau. La ligure 3i2 présente un autre
type de perles pour collier ; il en a été recueilli beaucoup de
pareilles. Sur la magnifique gemme lentoide en sardoine (fig. 313),
Fig. 309 et 310, — Sceptres d’argent
plaqués en or avec poignées en cristal
de roche. Troisième tombeau. Au tiers
environ de la grandeur réelle. — a, boule
d’or trouvée à part, mais appartenant à
la poignée.
COULANTS DE COLLIERS.
281
l’artiste a représenté en intaille une femme revêtue d’un riche
costume ; la robe, oüverte sur la poitrine, est ornée, à la partie
supérieure et à la partie inférieure, de deux cercles de points,
destinés sans aucun doute à représenter des boutons d’or. La
tête est ornée d’une grande couronne ; les traits sont malheureu-
sement trop peu distincts pour qu’on en puisse déterminer le
type. Sur la robe, entre les genoux, on voit une fleur renversée.
A la gauche de cette femme est assis un homme qui semble être
revêtu d’une armure complète et qui porte sur la tête un casque
avec un long panache. Son long nez aquilin est très-caractéris-
tique : on dirait qu’il fait le geste de le toucher avec sa main
313 314
Fig. 311 à 315. — Coulants d’agate et gemmes leiitoïdes en sardoine et en améthyste.
Troisième tombeau. Grandeur réelle.
gauche. Les pieds de ces deux personnages sont bien indiqués;
mais l’artiste semble avoir oublié les bras de la femme. La
figure 314 est un ornement d’agate noire, en forme de toupie,
avec ornementation de spirales à la partie inférieure; cet orne-
ment n’est pas percé.
La gemme lentoïde en améthyste (fig. 315) est un objet très-
curieux ; la couleur en est d’un bleu violet transparent. Sur cette
gemme est représenté, en intaille, un animal qui tourne la tête
pour regarder son petit qu’il allaite. A n’en pas douter, cet animal
a le corps, les jambes et même la tête et les cornes d’une biche ;
mais je dois faire observer que les plus anciens didracbmes
de Gorcyre représentent, dans un style analogue, une vaclie qui
tourne la tête pour regarder son veau qu’elle allaite.
La figure 316 représente un ornement d’or en forme de roue;
il *en a été trouvé cinq autres du même type. Comme les roues de
282
LE TROISIÈME TOMBEAU.
bronze que nous avons passées en revue, ces six roues d’or n’ont
que quatre rayons, formant une croix autour du moyeu qui est
plein et dont le trou n’est qu’indiqué ; mais ici ces rayons décrivent
des courbes, de telle façon que les espaces vides entre les roues
sont en forme de demi-cercle. Tous ces rayons sont ornés d’in-
cisions horizontales ; les jantes sont très-larges et portent tout
autour un dessin courant de spirales.
J’ai encore recueilli dans ce tombeau un peigne de femme, en or.
Fig. 310, — Roue d’or. Troisième tombeau. Grandeur réelle.
avec dents en ivoire; mais les dents sont tellement endommagées,
que je ne puis les faire reproduire par la gravure ; — une grande
bague d’argent à cachet; cette bague, au contact de quelque sel,
s’est décomposée en un chlorure d’argent : aussi la gravure du
cachet a-t-elle disparu ; — douze tubes formés de plaques d’or,
qui ont évidemment contenu autrefois du bois destiné à les conso-
lider ; dans quelques-uns de ces tubes , on retrouve encore des
débris de bois carbonisé. A quoi servaient ces tubes? Il est difficile
de le deviner : peut-être appartenaient-ils à des sceptres ou à des
quenouilles ; — un grand nombre de grosses et de petites perles
en or provenant de colliers; et une énorme quantité de perles
d’ambre, provenant de colliers également. Ces perles, sans doute
ORNEMENTS D’OR.
283
à cause de leur très-grande antiquité, sont devenues d’un brun
foncé, et nous les avions prises d’abord pour de la résine; mais
l’analyse du professeur Landerer a montré qu’elles sont de l’ambre
le plus pur. Nous ne saurons jamais d’ailleurs si cet ambre pro-
venait des bords de la Baltique ou d’Italie, où on le trouve en
plusieurs endroits, particulièrement sur les côtes de l’est de la
Sicile. Mais il est bien vraisemblable que l’ambre fut introduit en
Grèce par les Phéniciens; en effet, en grec, ambre se dit electrum
iri'kiv.xpov) ; or elek signifie résine en arabe, et il est probable
qu’en phénicien il avait le même sens. L’ambre était très-bien
connu d’Homère, qui en parle trois fois dans VOdyssée comme
d’une substance que l’on emploie au même usage que les pierres
précieuses dans les parures d’orf
Autres objets trouvés avec les trois corps, dans le troisième
tombeau : un ornement formé d’une feuille d’or quadrangulaire ;
— deux épingles d’or pour parer la poitrine ; — une fleur d’or à tige
d’argent; — une quantité considérable de menus ornements en or;
— un grand nombre de coulants d’une pierre rouge transparente ,
provenant de colliers; — une broche de bronze plaquée d’or; —
sept ornements d’or représentant des lions, dont deux seulement
ont des têtes; — un ornement d’or qui figure un taureau attaqué par
deux lions ; — une grande quantité de petites feuilles très-minces
d’or battu, dont le tombeau était littéralement jonché, au-dessus
i. Odyssée, XV, 46U ;
Xp'J(7£OV op[J,OV ï'/JxiV, [XSTa Ô’ •^XéxTpOt'TlV ssp-ro.
U Portant un collier d’or, monté avec des perles d’ambre. >>
Et XVIII, 295-296 :
''OpiJ-ov ô’ Eopup-a'/w uoX’JÔai'ôaXov a'jxtx’ ’svsixsv,
*/puo-£ov, TjXéxxpotaiv lepp-évov, ^éXiov wç-
« 11 apporta aussitôt à Eurymaque un élégant collier d’or, monté avec des perles d'ambre, un
vrai soleil. «
Dans les deux cas, l’emploi du pluriel correspond exactement au sens de perles d'ambre ser-
ties dans une monture d’or.
Le troisième passage, Odyss., IV, 73:
XpodoO x’ rjXéxxpo'j xs xa\ àpyupou -^ô’ sXsçavxoç,
« L’or et l’électron (l’ambre), l’argent et l’ivoire, »
se trouve dans la description du palais de Ménélas ; dans ce vers, l'or et Vambre, qui sont
jaunes, semblent former une antithèse poétique avec l’argent et l'ivoire, qui sont blancs.
284 LE TROISIÈME TOMBEAU.
et au-dessous des corps; — la coupe d’or (fig. 317) et la boîte
d’or (fig. 318).
La coupe n’a qu’une anse ; la partie extérieure est divisée par
une bande horizontale en relief, composée de trois rubans, en
deux compartiments, dont l’un est au-dessus de la bande et l’autre
au-dessous ; tous les deux sont ornés de poissons en relief, au
repoussé, d’un dessin très-naturel. La boîte d’or (fig. 318) est
très-curieuse; elle est munie d’un couvercle bien ajusté, qui était
Fig. 317 et 318. — Coupe et boîte d’or. Troisième tombeau. Au trois-huitième euviron
de la grandeur réelle.
attaché à la boîte au moyen de deux fils d’or et de quatre trous;
un trou de chaque côté du couvercle et un trou de chaque côté
du bord. On trouve une combinaison semblable dans la boîte
qu’Arètè, femme du roi Alcinoüs, remplit de présents pour Ulysse ;
car voici les recommandations qu’elle lui adresse : ce Regarde
maintenant toi -même le couvercle et noue promptement un
nœud sur le dessus, de peur qu’on ne te vole pendant le voyage,
quand tu te reposeras dans un doux sommeil, une fois embarqué
sur le vaisseau noirL »
Homère ajoute dans les vers qui suivent immédiatement :
(( Mais aussitôt que le patient, le divin Ulysse, eut entendu ces
1. Odyssée, VIII, 443-445 :
AÙtoÇ vOV rSs TTtbfXa, botbç 5’ ItÙ Ô£(7piOV îïjXoV,
[XT^xiç TOI xaô’ ôôbv ôrjXv^asTat, otiuot’ av auxe
evô^erba yXuxùv utivov, tmv ev vr/l' (/.eXaiVY).
VASES D’OK AVEC COUVERCLES.
;285
paroles, il ajusta le couvercle et fit promptement par-dessus un
nœud compliqué que la vénérable Gircé lui avait autrefois pru-
demment enseigné f »
Ces passages prouvent clairement que les coffres et les boîtes
qui se fermaient par de semblables combinaisons étaient d’un
usage général au temps d’Homère. Il en était de même à Troie, car
j’y ai recueilli des centaines de vases en terre cuite, et même une
boite que l’on fermait par le même procédé ^ On voit des vases
en terre cuite de la même espèce dans la petite collection de
poterie préhistorique de l’École française d’Athènes. Ils ont été
trouvés dans une cité préhistorique de l’île de Théra, sous une
couche de pierre ponce et de cendres volcaniques de 60 pieds
(18 mètres) d’épaisseur. Ces pierres et ces cendres avaient été
lancées par ce grand volcan central qui, d’après les géologues
les plus compétents, doit s’être affaissé dans la mer et y avoir
disparu vers 1700-1800 avant Jésus-Christ.
A Mycènes, tous les coffres et toutes les boîtes ont du avoir le
même système de fermeture, c’est-à-dire un fd passé à travers des
trous pratiqués dans le couvercle et dans le bord de la boîte ,
puisque tous les vases d’or munis de couvercles que j’ai trouvés
ici se ferment de la même façon. La boîte de la figure 318 est tout
unie et sans aucun ornement.
Le beau vase d’or de forme sphérique (fig. 319) a une anse de
chaque côté et une troisième sur le couvercle ; le couvercle porte
encore le fil d’or qui l’attache au vase en passant par le trou du
bord. Ce vase n’a pour tout ornement que deux cordes en relief
à la naissance du cou. Les deux vases d’or (fig. 320 et 322)
1. Ochjssée, 44.6-448 :
A'jxàp £7îe\ Toy’ axo'jcre tzoXvxIolq oÎoç 'OSuo’O’Suç,
a'jTi'x’ £7rrjpT-u£ 7r&[xa, 6otbç ô’sut ÔEcabv îVi'Xev
TTOixtXov, ov nazi [xtv ôsoas Tcoxvia Ktpxr;.
Dans VOdyssée (II, 354), Télémaque, faisant ses préparatifs pour son voyage à Sparte, ordonne^
à sa nourrice Eurycléa, de remplir de vin douze amphores, et de les fermer avec des couvercles;
mais il fallait que ces couvercles fussent bien hermétiquement ajustés quand il s'agissait de
liquides :
A(jüO£xa ô’£[X7iX-/]a-ov, xac TTcopiacrtv àp<Tov arcavxaç.
2. Voyez VAtlas des Antiquités troyennes,i^\. 78, fig. 1661 et 166:2; pl. 105, tig. 2313; pl. 129,
fig. 3490 a-b.
286
LE TROISIÈME TOMBEAU.
et la boîte d’or (fig. 321) ont aussi des trous dans le couvercle
et dans le bord pour passer le fd d’or qui les reliait ensemble.
Fi(i. 31'J. — Va.se d’ur, do. il lo couvercle est relciiu [lar lui lil d’or. Troisième tombeau.
Au sept-dixième de la grandeur réelle.
La figure 320 a une petite anse de chaque côté et une plus
grande sur le couvercle ; elle est décorée de lignes [courbes en
Fig. 320, 321 et 322. — Trois objets en or. Troisième tombeau. An deux tiers environ de la grandeur réelle.
relief. La jolie boîte de la figure 321 n’a qu’une petite anse sur le
couvercle et pas d’ornements. Le beau vase de la figure 322 a une
nnse de chaque côté, et sur le couvercle une troisième qui est
BOITES FORMÉES DE PLAQUES DE CUIVRE.
287
plus considérable. Il n’a pas d’ornementation. On voit sortir du
couvercle le long fil d’or qui rattachait le couvercle au bord du
vase. Ces divers objets et tous ceux qui ont été précédemment
décrits sont travaillés au repoussé. J’ai trouvé en outre, dans ce
tombeau, un vase d’argent uni qui n’a qu’une seule anse.
Dans la partie est du tombeau on a découvert quatre boîtes
formées de plaques de cuivre (lig. 323) ; toutes les quatre sont
Fig. 323. — Boîte l'oniiée de plaques de cuivre et remplie de bois. Troisième tombeau.
Au trois-di.xièmc environ de la grandeur réelle.
remplies de morceaux de bois très-bien conservés, et qui, dans
le haut des boites seulement ont été en partie carbonisés par
le feu du bûcher funéraire. Chacune de ces boites a 10 pouces
(0'“,25) de long, 5 pouces (0“,i25) de haut et 4 pouces l
de large. Les plaques de cuivre qui forment les côtés sont soudées
ensemble ; nulle part on n’y trouve de clous, excepté le long du
bord supérieur qui est à découvert et où l’on voit vingt longs clous
de cuivre. Ces clous ont été enfoncés de l’extérieur et forment
une grande saillie à l’intérieur. On se demande naturellement
ce que signifie leur présence en cet endroit. Je ne puis me l’expli-
quer qu’en supposant qn’il y a eu de ce côté de la boîte une
épaisse plaque de bois fixée par les clous de cuivre et qui aurait
lÆ TROISIÈME TOMBEAU.
été brûlée par le feu du bûcher. Je suppose que ces boites de
cuivre, remplies de bois, pouvaient servir d’oreillers pour les
morts et peut-être même pour les vivants ; car, dans tous les cas,
elles ne sont pas plus dures, elles le sont même moins, que les
oreillers d’albâtre ou de marbre trouvés dans les tombeaux égyp-
tiens et dont plusieurs sont conservés au Musée Britannique. Je
me suis imaginé d’abord que le bois contenu dans ces boîtes
était peut-être du bois de santal qui aurait servi à parfumer
le tombeau pendant que le bûcher funéraire était en feu; mais
Fig. 324. — Vase de terre cuite. Troisième tombeau. Au sept-di.xième de la grandeur réelle.
j’ai renoncé à cette explication, en songeant qu’il n’eût servi à
l’ien de mettre ce bois odoriférant dans les boîtes et de l’y main-
tenir renfermé à l’aide de longs clous; d’ailleurs, s’il y avait
été mis dans cette intention, il y en aurait eu davantage de brûlé.
Peut-être tout simplement le bois précieux avait-il été importé de
l’Inde dans ces petites boîtes. Dans l’état oû il se trouve présen-
tement, il est absolument impossible de reconnaître de quelle
espece d’arbre il provient. Toutes ces boîtes ont été trouvées près
de la tête des morts, mais aucune dessous.
La figure 324 représente un petit vase de terre cuite façonné à
la main. Le fond est d’un jaune clair; sur ce fond se dessine
en rouge foncé l’ornementation suivante : trois bandes circulaires
surmontées d’une spirale qui entrelace huit cercles; chacun de
OBJET EX ALBATHE.
289
ces cercles contient une feuille de palmier; les cercles sont
séparés par deux grosses taches rondes : nue au-dessus, l’autre
au-dessous de la spirale.
La fignre 825, qui à première vue semble taillée dans un
coquillage, est en réalité un objet d’albâtre; il représente deux
mains juxtaposées qui forment un creux; tous les doigts sont
distincts. Il est difbcile d’explif[uer (|uel a pu être l’usage d’un
Fig. 325. — Objet en albâtre. Troisième tombeau. Au sept-cli.\ième de la grandeur réelle.
pareil objet, car il est trop lourd pour avoir servi de cuiller ou
de truelle.
Dans le même tombeau j’ai trouvé un troisième morceau de
cristal de roche d’un très-beau [)oli; il forme un peu plus (run
hémisphère; le fond est perce d’un trou an milieu; il y a un
autre trou dans cliacim des côtés. L’intérieur est orné de pein-
tures d’un rouge brillant. Je ne puis m’expliquer l’usage de cet
objet; sans les peintures, je croirais qu’il provient de la poignée
d’un sceptre; mais les peintures m’empêclieut de m’arrêter à
cette supposition.
Voici encore d’autres objets trouvés dans ce tombeau : un vase
d’argent bien conservé, mais sans aucun ornement; —
MVCKXKS.
un vase
19
290
LE TROISIÈME TOMBEAU.
d’argent, brisé, avec ornementation de spirales ; — une coupe
d’argent, brisée, tout unie ; — un vase d’argent orné d’une bande
horizontale de douze étoiles d’or au repoussé; malheureusement,
il est en si mauvais état qu’on n’a pu le photographier; — un
grand couteau de bronze à manche de bois ; — l’orifice, plaqué
de cuivre, d’un grand vase; ce vase, selon l’opinion du professeur
Landerer, est une composition d’argent et de plomb ; peut-être
l’orifice n’a-t-il été plaqué de cuivre que pour que le cuivre pùt
être ensuite plaqué d’or; — une tasse d’albàtre ; — un vase de
cuivre réduit en morceaux; — deux grands vases de cuivre à
deux anses; — - un grand chaudron de cuivre (lé^riç) à deux
anses; — et deux autres chaudrons k trois anses; ces chaudrons
sont pareils à ceux qui ont été trouvés dans le quatrième touTbeau
et dont on verra les gravures au chapitre suivant.
On a trouvé aussi, dans le troisième tombeau, une grande quan-
tité de fragments provenant de vases façonnés à la main ou de
très-anciens vases de terre cuite fabriqués au tour; — enfin une
longue pierre bien polie , de forme presque ovale , qui , selon
M. Eustratiadès, peut avoir servi de contre-poids pour faire
fermer une porte.
Fig. 326. — Masque d’or eu forme de têle de lion. (Quatrième tombeau.
Au trois-dixième environ de la grandeur réelle.
CHAPITRE VIII
LE QUATRIÈME TOMBEAU DE l’ ACROPOLE DE MYCÉNES
Continuation des fouilles dans l’agora aux endroits où il n’y avait pas de stèles pour diriger les
recherches. — Découverte d’un autel de construction cyclopéenne; cet autel se trouve au-dessus
du centre du grand tombeau, qui est le quatrième. — Ce tombeau contient les corps de cinq
hommes, brûlés à l’endroit même ou ils reposent, chargés de bijoux et recouverts d'une couche
d’argile blanche. — Objets découverts. — Chaudrons de cuivre. — Dans un de ces chaudrons, cent
boutons plaqués d’or ornés d’intailles. — Ce qu’Homèrc dit des chaudrons. — Tête de vache en
argent, avec des cornes d’or et un soleil d’or sur le front : c’est une image de Hèra. — Têtes de
vaches avec des haches entre les cornes. — Épées et lances en bronze. — Fourreaux de bois dorés
et gardes d’épée ornées de clous d’or. — Trois masques d’or couvrant le visage des morts. —
Quatrième masque représentant une tête de lion. — Deux anneaux à cachet et bracelet, avec
ornements. — L’état de l’art correspond à celui que décrit Homère. — Cuirasses d’or sur
deux des corps. — Couronne d’or près de la tête d’un autre. — Ornement d’or des jambières.
— Le borax servait alors, comme aujourd’hui, pour souder l’or. — Plusieurs exemplaires du
oéuaç àp.pty.'j7rs).)ov, et autres vases d’or et d’argent. — Grande coupe d’or, avec des colombes
sur les deux anses; elle rappelle la coupe de Nestor dans V Iliade. — Vases en terre cuite, à
L
m
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
deux anses, modelés à la main, pareils à ceux de Troie. — Ornements d’albàtre. — Baudriers
d’or (Te>a[ji.û)V£ç), — Autres objets trouvés dans le tombeau, en cristal, ambre, albâtre. —
— Diadèmes d’or, dont quelques-uns semblent faits pour des enfants; ceinture d’enfant;
bandeau ou belle-Hélène, et autres ornements d’or. — Haches d’armes à deux tranchants. —
— Les Grecs en faisaient un symbole, particulièrement à Ténédos. — Fourche funéraire en
cuivre. — Couvercles de vases en os. — Vase d’argent et de plomb ayant la forme d’un animal.
— Boutons de bois, plaqués d’or, avec de magnifiques ornements. — Dessins et exécution de
ces ornements. — Centaines de fleurs d’or, de boutons unis , et autres ornements d’or. —
Boutons d’or plus grands, magnifiquement ornés. — Feuilles d’or répandues à profusion sous
les corps, dessus et autour. — Peigne de bois à manche d’or. — Modèles de temples en or.
— Plusieurs seiches en or. — Pommeaux pour gardes d’épées , magnifiquement décorés.
— Pointes de lïèches en obsidienne. — Dents de sanglier. — Grands vases de cuivre. —
Habitude de placer des vases de cette nature dans les tombeaux. — Trépied de cuivre. —
Usages divers du trépied dans Homère. — Épées, lances et couteaux de bronze. -^Plusieurs
épées avec des morceaux de leurs fourreaux de bois, des pommeaux eu albâtre, des clous
d’or, etc. — Restes de fourreaux en toile. — Écailles d’huîtres et huîtres non ouvertes. —
Poterîe brisée indiquant une coutume funéraire qui existe encore. — Les os des morts. —
Vases d’albâtre. — Poterie modelée â la main et très-ancienne poterie fabriquée au tour. —
Fragments de coupe d’une forme caractéristique, tantôt en terre cuite et tantôt en or. —
Autre type de coupe. — Deux pierres à aiguiser. — Une poignée d’un travail unique, en
or, avec incrustation de cristal de roche : 6a0[ji,a loéaOat.
Mycènes, 6 décembre 1876.
Encouragé par le succès, je résolus de fouiller le reste de l’es-
pace renfermé par le double cercle parallèle de dalles qui forme
l’enceinte de l’agora, et mon attention se porta tout particulière-
ment sur le terrain qui est immédiatement à l’ouest du dernier
tombeau que j’avais fouillé, et cependant aucune stèle ne me
signalait cet emplacement. Le sol, bien dilférent en cet endroit de
ce qu’il est partout ailleurs, n’est qu’une terre noire où déjà, à
la profondeur de 15 pieds (4“‘,50), on ne trouve que de la poterie
façonnée à la main et de la poterie très-ancienne faite au tour :
j’en conclus que le terrain n’avait pas été remué depuis une
antiquité reculée ; cette circonstance accrut l’espoir que j’avais
de faire une découverte intéressante.
A une profondeur de 20 pieds (6 mètres) au-dessous de la sur-
face primitive du monticule, j’atteignis une masse presque circu-
laire de maçonnerie cyclopéenne, qui offrait une grande ouverture
circulaire en forme de puits; cette maçonnerie avait 4 pieds (i'“,20)
de haut, et mesurait 7 pieds (2'", 10) du nord au sud, et 5 pieds J
(i'”,575) de l’est à l’ouest b Dans ce curieux monument, je reconnus
1. Voyez le plan F, pour le plan, la vue de l’autel, et une coupe du terrain de l’autel lui-même
et du quatrième tombeau.
UN AUTEL SUR UNE TOMBE.
293
tout de suite un autel primitif, destiné à la célébration des rites
funéraires ; je fus confirmé dans cette opinion par la présence de
deux dalles en forme de pierres sépulcrales de 2 pieds | (0‘",825)
de long sur 1 pied I (0"',45) de large, et par celle d’une courte
colonne couchée horizontalement au-dessous de l’autel; cette
colonne, selon moi, doit avoir été érigée en cet endroit pour
marquer l’emplacement d’un tombeau. Des fragments d’une belle
poterie façonnée à la main ou d’une très-ancienne poterie faite au
tour, ainsi que des couteaux d’obsidienne, sont les seuls produits
de l’industrie humaine que j’aie continué à trouver en cet endroit.
Enfin, à une profondeur de 26 pieds 5 (7"\95) et à 4 pieds 7 pouces
(l"b375) seulement du tombeau que j’ai décrit en dernier lieu,
j’en ai trouvé un autre de 24 pieds (7"',20) de long, et de 18 pieds I
de large. Ce tombeau avait été taillé dans le roc à une pro-
fondeur de 6 pieds (1"',80) du côté ouest, de 10 pieds (3 mètres)
du côté nord, de 8 pieds (2*'', 40) du côté sud, et de 6 pieds | (1™,95)
du côté est. Le fond de ce tombeau est à 33 pieds (10 mètres)
au-dessous de la surface primitive du monticule b
Voici un point qui mérite de fixer l’attention : c’est que l’autel
funéraire marquait juste le centre de ce tombeau ; il n’est donc
pas douteux qu’il n’ait été érigé en l’honneur des morts dont les
restes y reposaient.
Tout autour des quatre côtés du fond du tombeau s’élevait, sur
une fondation de grosses pierres communes, un mur incliné, de
7 pieds I (2”", 30) de haut, composé de gros morceaux de schiste
de forme irrégulière, qui avaient été joints avec de l’argile. Ce
mur faisait une saillie de 4 pieds (l‘",20), et par conséquent dimi-
nuait considérablement la dimension du tombeau. Comme dans
les autres tombeaux, le fond était recouvert d’un lit de cailloux
sur lequel, à distance à peu près égale les uns des autres, gisaient
les corps de cinq hommes. Trois d’entre eux avaient la tété du
côté de l’est et les pieds du côté de l’ouest ; les deux autres
avaient la tête tournée du côté du nord et les pieds du côté du sud.
1. Voyez les plans B, BB, C, et la planclie VI.
m LE QUATKIÈME TOMBEAU.
Évidemment les corps avaientélé brûlés àla place même oùchacun
d’eux reposait; ce qui le prouvait, c’était la quantité de cendres
qu’il y avait sur chacun des corps, et à côté de lui, c’étaient aussi
les marques laissées par le feu sur les cailloux et sur le mur de
schiste. La crémation de tous les corps sur le lit de cailloux, au
fond même de ce tombeau aussi bien qu’au fond de tous les autres,
a été officiellement constatée par les trois employés du gouver-
nement envoyés par le directeur général des Antiquités de^ Grèce,
le professeur Panagiotès Eustratiadès, pour m’aider à garder les
trésors. Elle a été constatée aussi parle professeur d’archéologie,
Phendiklès, qui a passé ici deux semaines avec moi, et enfin par
les milliers de personnes qui affluent ici de toutes les parties de
l’Argolide pour voir ces merveilles. En conséquence, quiconque
éprouverait des doutes sur l’exactitude de mon exposé au sujet de
cette crémation, est prié de s’adresser au susdit directeur général
ou au ministère de l’instruction publique, à Athènes.
Les cinq corps de ce quatrième tombeau étaient littéralement
ensevelis sous les bijoux, et ces bijoux — comme ceux des autres
tombeaux — portent des traces visibles des feux funéraires.
Ici, comme dans le premier et le troisième tombeau, j’ai remar-
qué que, pour une raison qui m’échappe, les corps brûlés, avec
leurs ornements d’or, avaient été recouverts, après la crémation,
d’une couche de 3 ou 4 pouces (0"h075-0'“,10) d’épaisseur de la
même argile blanche qui avait servi à joindre les morceaux de
schiste du mur incliné à l’intérieur du tombeau. Sur cette couche
d’argile était placé le second lit de cailloux. Jusqu’à I pied envi-
ron (0"‘,30) au-dessus du premier lit de cailloux, le travail des
fouilles ne présente aucune difficulté ; nous n’avons qu’à indiquer
aux travailleurs l’endroit précis oû ils doivent creuser. Mais, à
partir de ce point, nous sommes forcés de faire le travail nous-
mêmes ; c’est une besogne très-difficile et très-pénible pour nous,
surtout pendant cette saison pluvieuse; car, pour creuser, il faut
absolument que nous soyons à genoux et que nous enlevions soi-
gneusement la terre et les pierres avec nos couteaux, afin de ne
détériorer ou de ne perdre aucun des ornements d’or.
VASES DE CUIVRE SANS SOUDURE.
295
Eli commençant à explorer les couches inférieures de ce tom-
beau, à partir du côté sud, j’ai découvert tout de suite cinq grands
vaisseaux de cuivre (Xsêvjtsç, chaudrons). Dans l’un de ces chau-
drons il y avait un nombre rond de cent boutons, les uns très-
grands, les autres plus petits; ces boutons sont en os, plaqués
d’or, avec de magnifiques spirales en intaille et autres ornements.
Trois des vases de cuivre mesurent chacun de 14 à 20 pouces
(0“b35 à 0™,50) de diamètre et ont deux anses verticales; le qua-
trième, de la même forme que les autres, a trois anses ; le cin-
quième est une cruche haute de 1 pied \ (0™,525) ; elle a deux
anses, dont rime est fixée par des clous à l’orifice et au haut de
la panse du vase, tandis que la seconde anse est fixée à la partie
inférieure. Ces cinq vases de cuivre étaient debout, près du mur
intérieur, du côté sud.
Nous voyons, dans Vlliade, des allusions continuelles aux vases
de cuivre (XsSyjtsç) aussi bien qu’aux trépieds , comme prix dans
les jeux ou comme présents*. Mais, dans V Odyssée, il en est
généralement fait mention comme de bassins où l’on se lavait les
mains pendant le sacrifice ou avant le repas \ On s’en servait
aussi pour le bain de pieds ^ Il faut remarquer que trois des
cinq vases de cuivre, et notamment la cruche, portent des traces
non équivoques d’un long service sur le feu. C’est un fait notable,
qu’il n’y a de soudure dans aucun des grands vases de cuivre
provenant soit de ce tombeau, soit de tout autre des tombeaux
mycéniens ; ces grands vases se composent tout simplement de
plaques de cuivre solidement jointes ensemble par d’innombrables
petits clous. Toutes les anses sont également attachées aux vases
par des clous h large tête.
Près du vase de cuivre qui contenait les boutons d’or, j’ai
trouvé une tête de vache en argent, avec deux longues cornes
d’or, que je représente dans les figures 327 et 328.
1. Iliade, IX, 123, 265; XXIII, 259 et 267; XXIV, 233; Odijssée,\l\\. 13,
2. Od., I, 137 ; III, 440.
3. Od,, XIX, 386, 469.
296
LE QUATRIÈME TOMBEAU
Fig. 327. — Tète de vaclie en argent, avec cornes d’or. Quatrième tombeau.
Au sept-vingtième environ de la grandeur réelle.
Nota. — La légère différence qu’il v a enire la dimension de celte tète et celle de la ligure 3-28
est purement acci.lentelle ; elle proviènt de ce que les gravures ont été exécutées par deux
artistes différents
MERVEILLEUSE TÊTE DE VACHE
297
Fig. 328. — Autre vue de la tôte de vache en argent, avec cornes d’or. Quatrième tombeau,
298
LE quatrième tombeau.
Cette tête de vache porte sur le front un ornement magnifique :
c’est un soleil d’or de 2 pouces I (0"',055) de diamètre ; sur le
milieu de la tête, il y a un trou rond qui peut avoir servi à
mettre des fleurs. Je rappelle ici au lecteur que l’Apis égyptien
est représenté avec un soleil entre les cornes.
Il est évident que l’orfévre mycénien ne connaissait pas l’art
de plaquer l’or sur l’argent; car, toutes les fois qu’il avait à le
faire, il commençait par plaquer le cuivre sur l’argent, puis
il plaquait l’or sur le cuivre. C’est ce qu’il a fait pour cette
tête de vache, dont il avait à plaquer le mufle, les yeux et les
oreilles ; il a commencé par les plaquer de cuivre, et c’est sur le
cuivre qu’il a plaqué l’or. Sur le mufle, le plaqué d’or est très-
bien conservé, mais il a presque entièrement disparu des yeux et
des oreilles. On ne peut douter que cette tête de vache n’ait été
destinée à représenter la déesse Hèra , divinité protectrice de
Mycènes.
Dans le même tombeau ont encore été trouvées trente-cinq têtes
Fig. 329 et 330, — Deux têtes de vaches en or avec des doubles haches. Grandeur réelle.
de vaches, semblables aux figures 329et330; formées d’une feuille
d’or très-mince, elles ont une double hache entre les cornes. Six de
ces têtes de vaches sont assez bien conservées; les vingt-neuf autres
sont plus ou moins mutilées. J’ai ramassé en outre une grande
masse de débris de têtes de vaches semblables.
Je discuterai plus loin le symbole de la double hache, qui se
retrouve à plusieurs reprises dans ces tombeaux. Je voudrais ici
MONCEAU D’ÉPÉES ET DE LANGES.
299
appeler ratteiitioii sur les trois têtes de vaches à longues cornes
(dont deux seulement sont en or, et la troisième, à ce qu’il
semble, en argent), qui figurent parmi les offrandes, sur les
peintures murales d’un tombeau de Thèbes, conservées au Musée
Britannique. Les deux têtes d’or sont portées par des Asiatiques,
sur des vases d’or, tandi's que la tête de vache en argent est
offerte par des Égyptiens. J’appelle aussi l’attention sur les
Voyages en Éthiopie, de M. G. -A. Hoskins (p. 330); on y trouve
la reproduction d’une peinture murale tirée d’un tombeau de
Thèbes; cette peinture représente une grande procession, dans
laquelle, entre autres présents, il y a des anneaux et quatre têtes
de vaches avec de longues cornes : tous ces objets semblent être
en or.
En poursuivant mes fouilles de l’est à l’ouest, je découvris un
monceau de plus de vingt épées de bronze et d’un grand nombre
de lances. La plupart des épées avaient eu des fourreaux en bois
et des gardes également montées en bois, dont on pouvait voir
encore de nombreux débris. Tout le long du monceau d’épées,
et dans le monceau même, j’ai trouvé étendues en ligne beaucoup
de plaques rondes en or ornées de belles intailles, et des restes
de rondelles en bois, qui avaient autrefois formé une ornemen-
tation continue de chaque côté des fourreaux d’épée. La plus
grande plaque se trouvait à l’extrémité la plus large du fourreau,
et la plus petite plaque à l’extrémité opposée. Les gardes en bois
des épées avaient été pareillement ornées de gTandes plaques
rondes couvertes d’un riche travail en intaille. L’espace qui restait
entre les plaques a été constellé de petits clous d’or, et l’on
peut voir des clous d’or sur les gros pommeaux en bois ou en
albâtre des gardes d’épées. Sur les épées et sur les débris des
fourreaux, et tout autour, on remarquait en grande quantité une
fine poudre d’or, dont la présence prouve évidennuimt que
gardes et les fourreaux avaient été aussi dorés.
Quelques-unes des hampes de lances semblaient bien conser-
vées; mais elles tombèrent en poussière au contact de fair. Mal-
heureusement, les crânes des cinq squelettes étaient dans un état
300
lÆ QUATRIÈME TOMBEAU.
de décomposition si avancé, qu’il a été impossible d’en conserver
un seul en entier. Les deux corps dont la tête était tournée vers
le nord avaient le visage recouvert de grands masques, faits de
plaques d’or grossièrement travaillées au repoussé. Par malheur,
un de ces masques a tant souffert du feu funéraire et du poids
énorme des pierres et des décombres, de plus la cendre y
Fig. 331. — Masque d’or, trouvé sur la face d’un des morts. Quatrième tombeau.
Au tiers environ de la grandeur réelle.
adhérait si fortement, qu’il a été impossible d’en prendre une
bonne photographie. Cependant, il suffit de le considérer quel-
ques minutes pour se faire une idée assez juste des traits. Il
représente une grande figure ovale, jeune, avec un front élevé,
un long nez grec et une petite bouche à lèvres minces; les yeux
sont fermés, mais les cils et les sourcils sont bien indiqués.
Le second masque (fig. 331) représente une physionomie tout
à fait différente. La face est ronde, les joues pleines et le front
peu développé ; le nez ne continue pas le front en ligne droite
PORTRAITS-MASQUES EN OR.
301
comme dans raiitre masque; la bouche est petite et les lèvres
épaisses; les yeux sont fermés; les cils, ainsi que les sourcils
qui se rejoigueiit, sont assez bien représentés.
Un ti*oisième masque, formé d’une plaque d’or beaucoup plus
Fig. 332. — Masque d’or. Quatrième loinbeaii. Au Irois-luiitièmc environ de la grandeur réelle.
épaisse, a été trouvé couvrant le visage d’un des trois corps qui
reposent avec la tête à l’est.
Ce masque, dont je donne la gravure (fig. présente, à sou
tour, une physionomie complètement différente des deux autres;
les rides qui sont au-dessus de la bouche, à droite et à gauche.
302
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
l’expression de la bouche, qui est très-grande avec des lèvres
très-minces, ne nous permettent pas de douter que nous n’ayons
sous les yeux le portrait d’un homme plus avancé en âge. Le front
est très-développé, et les yeux très-grands; ils sont ouverts, et
l’on n’y voit ni cils ni sourcils ; le nez a été déprimé par les
pierres, et n’a plus de forme. Dans ce masque est conservée une
partie du crâne de l’homme dont il couvrait la figure.
Les physionomies représentées par ces trois masques diffèrent
tellement l’une de l’autre, elles sont en même temps si complè-
tement différentes du type idéal des statues de dieux et de héros,
qu’on peut affirmer, sans l’ombre d’un doute, que chacun des
masques représente le portrait du mort dont il couvrait la figure.
S’il en était autrement, tous les masques auraient représenté le
même type idéal.
Un quatrième masque d’or massif a été trouvé à la tête d’un
autre des trois corps qui avaient la tête tournée vers l’est. Cet objet
était plié en deux et ressemblait si peu à un masque, que je l’ai
pris tout d’abord pour un casque. C’est comme casque que je' l’ai
décrit dans une lettre publiée par le Times le 27 décembre dernier.
Mais, après l’avoir déplié, je m’aperçois qu’il n’a rien de la forme
d’nne coiffure et qu’on n’a pu avoir d’autre dessein que d’en faire
nn masque pour couvrir la face du mort ; il est probable qu’il
avait été dérangé par hasard pendant la crémation. A première
vue, la gravure (fig. 326) donne plutôt l’idée d’une blouse que
de tout autre objet; mais, en y regardant de plus près, on dé-
couvre qu’il représente une tête de lion, dont on distingue nette-
ment les oreilles et les yeux. Comme il est en or pur, il est si peu
résistant, qu’il s’en est détaché plusieurs morceaux, par exemple
un morceau du sommet de la tête, un autre du nez, un troisième
des mâchoires, et un quatrième de la crinière, â la gauche du
spectateur. Mais ces morceaux ont été recueillis et pourraient être
facilement remis en place par un habile orfèvre. Néanmoins ,
malgré tout ce qui lui manque, en l’état où il est maintenant, on
distingue nettement le nez du lion et son énorme mâchoire supé-
rieure. A la droite du spectateur, on voit dans le boi'd deux petits
CACHETS ANTIQUES.
303
Irons ronds, et il y a deux trous pareils dans le morceau qui
manque du coté gauche. Ces trous ont dû certainement servir à
fixer le masque sur un autre objet. Voici un fait sur leqnel j’appelle
rattention : les yeux et les oreilles de cette tête de lion sont d’une
•J
petitesse disproportionnée et n’offrent qu’une très-grossière repré-
sentation de la nature.
Ni dans Homère ni dans aucun des classiques postérieurs on ne
trouve aucune allusion à la coutume d’enterrer les morts avec des
masques reproduisant leur portrait ou même avec des masques
quelconques. On trouve quelquefois dans des tombeaux égyptiens
des masques de bois; mais ces masques ne représentent qu’un
type idéal et jamais un portrait*. Dans un tombeau, près de
Kertch, on a aussi trouvé un masque de femme, qui peut repré-
senter un portrait^. On a trouvé un masque de bronze à Nola ^
J’ai trouvé aussi, avec les trois corps dont les têtes étaient
A IJ
Fig. 333. — A, B. Deux bagues à cachet, eu or. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
tournées du côté de l’est , deux grandes bagues à cachet
(fig. 333, 334 et 335) et un grand bracelet d’or (fig. 336). Les
figures 333 (A et B) montrent l’envers des bagues àcacbet. Les
surfaces des deux cachets sont légèrement convexes ; l’un (fig. 334)
représente, en intaille très-archaïque, un chasseur avec son co-
cher dans un char traîné par deux étalons, dont les huit pieds sont
en l’air et sur une ligne parallèle au sol, pour montrer avec quelle
impétuosité ils s’élancent en avant. Leurs queues toutfues se
1. Voyez Caylus, Recueil d'antiquités, 1, -il, pl. XI.
2. Antiquités du Bosphore Cimniérien, pl. 1. Il y est fait mention aussi d’un masque d’or trouvé
à Olbia.
3. Tischbein, Recueil de gravures, U, 1. Il y est fait mention aussi d’un masuue de fer pro-
venant d’un tombeau, à Santa Agata dei Goti.
304
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
dressent en l’air et sont très-naturelles, ainsi que leurs corps; il
n’en est pas de même des têtes qui ressemblent beaucoup plus à des
têtes de chameaux qu’à des têtes de chevaux. On n’aperçoit pas de
courroies pour attacher les chevaux au char, qui diffère de forme
avec ceux que lions voyons dans les sculptures de Mycènes, car ici
les côtés sont évidés en forme de croissants, et consolidés par
des listels en saillie qui entourent probablement le char, du moins
de trois côtés. Mais la roue ressemble exactement à celles des
sculptures, car elle n’a que quatre rayons qui forment une croix
autour de l’essieu.
Les deux hommes sont nus et portent tout simplement une
Fig, 334 et 335. — Intailles sur les bagues à cacliet. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
ceinture autour des reins ; comme ils ont la tête une, on voit que
leur chevelure est courte et épaisse; tous les deux portent des
boucles d’oreilles. Leurs mâchoires sont très-saillantes, et ils ont
des figures très-archaïques, surtout le cocher, dont on voit le
corps tout à fait de face pendant que sa tête est tournée de prolil
vers la droite; ses épaules sont trop larges et trop anguleuses
et en disproportion avec le reste du corps. Le chasseur, qui
semble beaucoup plus jeune que son compagnon, se penche sur
le devant du char, tenant un arc dans sa main gauche. De la
main droite il tire la corde à lui et fait le geste de décocher une
flèche sur un cerf à longues cornes qui fuit devant le char, et
tourne la tête comme s’il était frappé de terreur. On remar-
quera que le cerf est représenté en l’air et que ses pieds de
SCÈNE DE DATAJLLE SUR UN ANNEAU.
305
derrière sont au niveau des hommes du char, tandis que ses pieds
de devant sont encore plus haut. D’ailleurs, le corps de ce cerf
ne manque pas de naturel. L’objet que l’on voit juste devant les
pieds des chevaux est destiné à représenter la surface du sol, bien
que la courbure de l’anneâu lui donne plutôt l’apparence d’un
arbre. Celui qui est à la fois au-dessus du cerf et au-dessus de
l’archer n’est qu’un pur ornement, qui est peut-être destiné à
représenter les nuages; M. Newton pense qu’il représente des
montagnes.
La scène de bataille représentée sur l’autre bague à cachet offre
encore plus d’intérêt (fig. 335) ; nous y voyons quatre guerriers,
et l’un de ces guerriers a évidemment vaincu les trois autres. Un
des vaincus, blessé, est 'assis sur le sol, à la droite du vainqueur,
appuyé sur ses mains. Il n’a qu’un casque bas de forme (yjjvi-fi)
sur la tête et est d’ailleurs complètement nu. On distingue bien
sa barbe, et le graveur mycénien s’est donné beaucoup de peine
pour représenter l’anatomie du corps ; bien qu’il soit assis avec
les jambes étendues de profil pour l’œil du spectateur, néanmoins
toute la partie supérieure du corps est vue complètement de face
et sans aucun souci des lois de la perspective.
Le second guerrier vaincu semble être également blessé, car il
a un genou en terre devant le vainqueur, tandis que son autre
jambe est étendue sur le sol ; mais il continue de lutter contre son
antagoniste, essayant de le frapper avec la longue épée qu’il tient
dans sa main droite. J’appelle l’attention sur le gros pommeau
qui termine la garde de l’épée.
Le guerrier blessé n’est pas complètement nu, car on voit dis-
tinctement qu’il.porte une espèce de pantalon, qui d’ailleurs ne des-
cend pas plus bas que le milieu des cuisses. Il aurait eu certainement
la tête bien proportionnée si l’artiste n’avait oublié d’enlever une
petite parcelle d’or; cette parcelle produit une petite ligne dans la
photographie, et cette petite ligne fait que le guerrier semble avoir
tout simplement un casque et pas de tête. Snpposons que celte
ligne a disparu, nous reconnaissons tout de suite les véritables pro-
portions de la tête, avec son petit casque, qui a une partie supé-
MYCÈNES.
306
LE QUATRIÈME TOMREAU.
rieurc ((paXog), mais pas de licoog on panache. Quoique ce guerrier
soit aussi agenouillé en profil pour le spectateur, ou voit néan-
moins le corps tout entier absolument de face, au mépris des
règles de la perspective.
Le troisième guerrier semble avoir pris la fuite ; on ne voit que
sa tête et ses pieds, parce que tout le reste du corps est caché par
un énorme bouclier d’une forme particulière; ce bouclier, si
l’homme était tout debout, le couvrirait de la tête aux pieds. On
voit une bordure tout autour du jbouclier, et il semble porter un
ornement, qu’il est du reste difficile de distinguer. Si le guerrier
semble n’être pas debout, cela tient seulement à la courbure de
ranneau. Le bouclier nous offre, sans aucun doute, le modèle
d’un de ces grands boucliers homériques, d’une si énorme dimen-
sion que le poète les compare à des tours L
(( Ajax s’approcha, portant son bouclier pareil à une tour, bardé
d’airain, formé de sept peaux de bœuf ; c’était l’œuvre de Tycliios,
le plus habile de ceux qui travaillent le cuir ; il habitait à Hyla. ))
La tête de ce guerrier est couverte d’un casque, avec une large
bordure et un grand «paXoç, auquel est attaché le ; au
Hotte un panache (innoopig) très-bien dessiné. Il semble s’être
arrêté dans sa fuite ; il a tourné la tête et il s’efforce de frapper le
vainqueur de sa longue lance. Le vainqueur est d’une taille gigan-
tesque ; il porte sur la tête un casque semblable à celui de l’homme
au bouclier ce grand comme une tour » ; le panache seul est différent :
il se compose de trois bandes qui représentent peut-être des plumes
d’autruche. On dirait qu’il porte un large ceinturon, car on voit
quatre longues courroies qui pendent de ses cuisses ; son corps
est le mieux proportionné des quatre. Il saisit de la main gauche
le vaincu qui est devant lui ; de sa main droite levée il lui porte
un coup mortel avec une large épée à deux tranchants ; sur la
garde de cette épée nous voyons encore un très-gros pommeau,
1. Voyez V Iliade, Vil, 219 :
Aiaç ô’eyyvôev fjXOe cpépwv aaxoç Tiopyov,
■/âXxeov, ETixaêosiov, o ol v.à[iz xeu'/wv,
crxuxox6[xwv oyj otptaxoç, "Y\y] evt otxta vaiwv.
Voyez aussi XI, 485; XVII, 128.
IIUACELET D’OR MASSIF.
comme nous en trouvons tant ici, soit en albâtre, soit en bois. La
pose du vainqueur est d’un naturel parfait. Il a porté le pied ganclie
en avant, et s’appuie de tout le poids de son corps sur la jambe
gauche pour asséner un coup plus terrible. Au-dessus des quatre
guerriers, il y a un ornement que M. Newton considère, peut-être
avec raison, comme une grossière représentation de montagnes. Je
dois ajouter ici que les deux bagues à cachet sont très-petites, et
il n’y a que des femmes qui aient pu les porter au doigt.
Au moment où je découvris ces merveilleux cachets, je m’écriai
involontairement : « L’auteur de V Iliade et àeV Odyssée doit néces-
Fig. 336, — Bracelet d’or. Quatrième tombeau. Grandeur re'elle.
capable de produire de pareilles œuvres. Un poète qui avait conti-
nuellement sous les yeux des objets d’art semblables à ceux-ci a
seul pu composer ces poèmes divins. » M. Glâdstone a déjà prouvé
jusqu’à l’évidence, dans son célèbre ouvrage intitulé Synchro-
nisme homérique y qu’Homère était *un Achéen, et constamment
je découvre dans les profondeurs des tombeaux mycéniens des
milliers de preuves nouvelles qui démontrent la parfaite vérité de
son assertion.
C’est aussi un objet d’un haut intérêt que le lourd bracelet en or
massif représenté par la figure 336. Il forme un remarquable con-
traste avec les deux bagues à cachet ; en elïetj il est de dimensions
si énormes, qu’il s’adapterait à la cuisse d’un homme ordinaire. Il
308
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
a une ornementation de traits verticaux entre deux marges formées
par deux bandes circulaires ; il est décoré en outre d’une belle
fleur d’or qui n’est pas soudée directement sur le bracelet : elle est
fixée à l’aide d’un clou d’argent sur une plaque du même métal, et
c’est cette plaque qui est soudée sur le bracelet. La plaque d’argent,
dont une partie a été brisée tout autour, semble avoir représenté
quatre fleurs; il y a des signes qui prouvent qu’elle a été plaquée de
cuivre ; ce cuivre, à son tour, devait sans aucun doute avoir été
plaqué d’or. En efïet,commeje l’ai déjà fait remarquer, les orfèvres
mycéniens ne connaissaient pas l’art de plaquer l’or sur l’argent.
Les deux corps dont la tête est tournée vers l’est et la figure
recouverte démasqués d’or avaient aussi de grands plastrons d’or
sur la poitrine. L’un de ces plastrons est en or massif, mais sans
aucun ornement ; l’autre est fait d’une plaque d’or beaucoup plus
mince ; il est décoré au repoussé de deux bordures de petits cercles ;
entre ces bordures, il y a cinq rangées d’ornements en forme de
boucliers formés de cercles concentriques. Ce dernier plastron
porte un trou à chaque extrémité pour l’attacher au corps. Près
de la tête d’un autre squelette, j’ai trouvé la belle couronne d’or
((7r£p.p,a, fig. 837) ; j’avertis le lecteur qu’elle est représentée ici à
l’envers ; en effet, du côté qui se trouve être en dessous dans la
gravure, étaient attachées avec de très-petits clous, dont six sont
encore visibles, une certaine quantité de feuilles dont il reste quel-
ques-unes ; si donc cette couronne avait été fixée autour de la
tête dans le sens où elle est représentée ici, les feuilles seraient
retombées sur les yeux, ce qui n’a jamais pu avoir lieuL Ainsi, les
feuilles étaient attachées à la partie supérieure de cette cou-
ronne ; elle avait à la partie inférieure une petite bordure for-
mée de petits traits obliques ; l’espace intermédiaire était rempli,
au milieu, de trois rosaces séparées par des rangées verticales
de très-petits cercles en forme de boucliers, aux deux extrémi-
tés, de cercles semblables entremêlés de cercles plus grands.
1. Cette explication était nécessaire, à cause de la position dans laquelle cette couronne a été
photographiée. Pour la remettre dans le vrai sens, il faudrait changer complètement la distri-
bution des ombres et des lumières; ce travail a été fait par notre artiste à propos de la figure 281
à cause de l’importance de cet objet.
SPLENDIDE COURONNE D’OR.
309
A chaque extrémité il y a un trou très-petit par où ron passait le
fil d’or pour attacher la couronne. Cette couronne ressemble à celle
310
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
qui a été déjà mise sous les yeux du lecteur (fîg. 281), mais
rornemeiitation en est moins riche.
La figure 338 représente le fémur d’un des corps de ce tombeau,
FlG. 338. — Fémur humain, portant encore un ornement d’or pour jambière. Quatrième tombeau.
Au quart environ de la grandeur réelle.
autour duquel est encore fixée la bande d’or qui servait tout à la
fois à attacher la jambière et à la décorer. Cette bande se
compose de deux parties ; la partie inférieure est horizontale, et la
jiartie supérieure verticale. La première s’attachait avec un mince
OR SOUDÉ AVEC DU BORAX.
311
fil d’or ; la seconde, au moyen d’un anneau que l’on voit à son
extrémité et où devait entrer un bouton fixé au pantalon court
dont nous avons vu un spécimen sur la bague de la figure 335.
Nous avons déjà vu^ que les jambières s’attachaient au-dessus du
genou, et la présence de cette attache de jambière sur le fémur ne
nous permet pas de douter que ce ne fût là une habitude géné-
rale. La bande inférieure est décorée tout autour d’une imitation
Fig. 339. — Coupe d’or à deux anses {Sér.a; à-jioiofûrsUov). Quatrième tombeau.
Au cinq-huitième environ de la gi’andeur réelle.
de feuilles et sur le [devant de deux rosaces. On voit une bande
plus étroite et plus épaisse soudée sur la bande verticale, évidem-'
ment pour lui donner plus de consistance.
A propos de soudure, je puis mentionner ici un renseignement
que je tiens du professeur Landerer: c’est que les orfèvres mycé-
niens soudaient l’or avec le borax (borate de soude), et c’est
encore le borax que l’on emploie aujourd’hui pour le meme
usage. Il ajoute qu’il a été assez heureux pour constater la pré-
sence de ce sel sur une fausse médaille antique d’Égine, qu'il
1. Voyez la figure 213.
312
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
s’appelait dans l’antiquité /po-oxoXXa (mastic d’or) et qu’il fut
importé de la Perse et de l’Inde sous le nom de haxirac-pounxa-tin-
Fig. 340. — Coupe d’or à une seule anse. Quatrième tombeau. Au cinq-huitième environ
de la grandeur réelle.
kal. Au moyen âge, les Vénitiens l’apportèrent de la Perse à Venise,
où il fut purifié et d’où on l’exportait sous le nom de borax Venetus.
1 (G. 341. Flacon d’or (oivc/;j6/j) pour le vin. Quatrième tombeau. Au sepl-dixième de la grandeur léelle.
J ai trouvé encore, avec les cinq squelettes de ce tombeau, neuf
vases d or. Le premier de ces vases (fig. 339) est une grande coupe
d or massif à deux anses , par conséquent un àpcptxvnsXXo'^
CURIEUX GORELETS D’OR.
.313
homérique. Il est sans ornements. Les deux coupes d’or, dont une
est représentée par la figure 340, appartiennent, comme me l’a
fait observer le professeur A. Rhousopoulos, au type que l’on appelle
en grec oaikav/sizi (cannelées) ; elles sont toutes les deux cerclées
de neuf cannelures parallèles et n’ont qu’une anse. La figure 341
est une belle mnokhoè, avec une grande anse, et décorée au
repoussé de trois rangées parallèles de spirales reliées entre elles
et formant une ornementation en entrelacs qui couvre tout le
corps du vase d’une sorte de réseau. Ce dessin est absolument
le même en principe que celui qui consiste à remplir le champ de
Fig. 342. — Coupe d’or. Quatrième tombeau. Au quatre-cinquième de la grandeur réelle.
méandres ou de spirales combinés dans le sens vertical. Le pied
de Vœnokhoè est orné de petits traits obliques. J’ai aussi trouvé
une coupe d’or à une seule anse (fig. 342) ; le corps de cette coupe
est cerclé d’une large bande, composée d’ornements très-simples,
au repoussé, qui ressemblent à des lames de couteaux de table.
La figure 343 représente une coupe d’or massif sans ornements,
d’une nouvelle forme et à une seule anse. Cette anse, comme
toutes les autres, est attachée au vase par des clous d’or à large
tête convexe, que l’on peut voir à rintérieur du bord. Si nous
enlevons l’anse, nous avons une coupe qui ressemble à nos verres
à pied; seulement le récipient est plus grand et le pied plus petit.
Je voudrais ici insister particulièrement sur ce fait que la forme
314
LE QUATRIÈME TOMÊEAU.
de cette coupe représente plus ou moins exactement celle de toutes
les coupes en terre cuite trouvées à Mycènes (voyez les figures 83,
84 et 88). Il faut noter spécialement aussi que le Musée Britan-
nique, comme je l’ai déjà dit, contient quatorze coupes en terre,
cuite, exactement de la même forme, trouvées dans le tombeau
d’Ialysos. J’insiste aussi sur ce point, que j’ai trouvé des coupes
absolument de la même forme à Troie (Hissarlik), à une profon-
Fig. 343. — Coupe d'or massif, sans ornements. Quatrième tombeau. Au deux-cinquième environ
de la grandeur réelle.
deur de 50 pieds (15 mètres), dans la plus ancienne des quatre
cités préhistoriques*.
Mais le plus remarquable des vases déposés dans ce tombeau
est une énorme coupe d’or massif à une anse dn poids de 4 livres
(fig. 344). C’est un des plus magnifiques joyaux du trésor de
Mycènes ; malheureusement elle a été bosselée par le poids
énorme des pierres et des décombres ; le corps a été rabattu
sur le pied, de sorte que le spectateur ne peut se faire, d’après
la gravure, une idée exacte de la magnificence de cette coupe
royale. N’importe quel orfèvre pourrait facilement lui rendre sa
1. Voyez V Atlas des Antiquités troyennes, pl. 105, fig. 2311.
MAGNIFIQUE COUPE D’OR. •
315
forme première ; mais je crois qu’il vaudrait beaucoup mieux
la laisser dans l’état où elle est, parce qu’elle a ainsi une plus
grande valeur pour la science. Règle générale, je puis faire
remarquer que moins les bijoux d’or antiques sont touchés et
maniés, mieux cela vaut, parce que ce qui fait leur plus grande
valeur, c’est l’empreinte laissée par les siècles, la patine, que
Fig. 344. — Grande coupe d’or massif à une anse, pesant 4 livres.
Quatrième tombeau. A la moitié de la grandeur réelle.
nulle main humaine ne peut imiter, et qui, une fois perdue, ne
se retrouve jamais.
Le corps de cette coupe précieuse est cerclé d’une rangée de
quatorze magnifiques rosaces, entre une bande supérieure de trois
lignes et une bande inférieure qui se compose de deux ; le pied est
entouré d’une bande formée de grosses demi-perles. L’anse porte
des ornements non-seulement sur le plat, mais encore sur la tran-
che. On voit très-bien sur cette coupe les têtes des clous d’or qui
attachent l’anse au bord et au corps de la coupe.
La figure 345 représente une grande coupe d’or massif, sans
ornements, à une seule anse ; le côté qui est tourné vers le specta-
teur est tout bosselé et tout déprimé ; elle n’a pour tout orne-
316
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
ment qu’une bande épaisse et saillante qui lait le tour du corps.
La magnifique coupe d’or massif de la figure 346 est également
déformée, parce qu’elle a été pliée par la pression du côté qui
est à la gauche du spectateur. Elle a deux anses horizontales,
toutes les deux formées de plaques épaisses et reliées entre elles
par un petit cylindre. La plaque inférieure de chacune de ces
anses est rattachée au grand pied rond par une longue bande d’or
Fig. 345. — Coupe d’or à une anse. Quatrième tombeau. Au onze-douzième environ
de la grandeur réelle.
qui est épaisse et large ; la partie supérieure a pour ornement une
ouverture de forme allongée dont l’extrémité supérieure forme une
pointe, l’extrémité inférieure un rond. La partie inférieure de la
bande d’or est, toujours en vue de l’ornementation, travaillée à
jour de manière à former trois rubans qui vont se rejoindre au
pied de la coupe. L’extrémité inférieure de la bande est attachée
au pied de la coupe par jdeux clous d’or à tête large et plate,
que l’on peut voir dans la gravure. Sur chacune des plaques supé-
rieures des deux anses est soudée une jolie petite colombe d’or,
moulée selon toute apparence ; ces deux colombes ont le bec
tourné vers la coupe, et se regardent l’une l’autre. Cette coupe
LE GOBLET DE NESTOB.
317
évoque dans la mémoire un souveuii' vivant de celle de Nestor \
La description que donne Homère de cette coupe de Nestor s’ap-
plique de tout point à l’objet que nous avons sous les yeux ; seule-
ment la coupe de Nestor est beaucoup plus grande et elle a quatre
anses, chacune avec deux colombes, au lieu de deux anses et une
colombe seulement sur chacune, comme on le voit dans la
Fig, 346. — Coupe d’or (SîTia; àiJ.'fixûite'XXov) avec deux colombes sur les anses.
Quatrième tombeau. Au trois-huitième de la grandeur re'clle.
gravure. La coupe de Nestor avait deux fonds; la nôtre en a deux
également, attendu que par cette expression « deux fonds », il est
impossible de comprendre autre chose que le fond de la coupe
proprement dite et le fond du pied. L’interprétation ordinaire de
la coupe de Nestor, qui consiste à lui attribuer deux récipients,
l’un en dessus, l’autre en dessous (forme attribuée également à
1. Iliade, XI, 632-635 ;
nàp ôà ôéuaç TispixaXXà?, o oî/oôsv f,Y’ 6 yipuioi,
yp'jo-etoi; Y]Xoi(Ji TieTuappLSVov ' ouata ô’ aùtoO
Técro-ap’ scrav, ôoia\ os TrsXecaôî; àp-çt; l'aao-Tov
•/P'J(7£tai V£p,£0ovtO ' ÔUW 3’ UTTO 7lu6p,£V£; f,(7aV.
a Elle y mit ensuite une coupe magnifique que le vieillard apporta de son pays ; parsemée de
clous d’or, elle avait quatre anses ; sur chacune des anses becquetaient deux colombes d'or ;
la coupe avait deux fonds. »
'318
LE OUATIUÈME TOMBEAU.
tous les dsTTa homériques) , est complètement erronée.
Une coupe de cette forme n’aurait qu’un seul fond commun aux
deux récipients et ne remplirait pas par conséquent les conditions
de la description homérique. De plus, comme dans une double
coupe de cette espèce on ne pourrait jamais, dans tous les cas,
remplir qu’un des récipients à la fois, ces deux récipients opposés
par le fond et ayant leurs orifices dans des directions opposées
n’auraient aucune raison d’être. D’ailleurs toutes les fois qu’une
coupe de vin est présentée par un personnage à un autre, Homère
donne clairement à entendre que c’est un ^sTzaç a/j.^ixoTïsXlov ,
c’est-à-dire que cette coupe a deux anses, et que celui qui l’offre
la présente par une anse, tandis que celui qui la reçoit la prend
par l’autre. Je ferai observer de plus qu’on n’a encore jamais trouvé
de coupe à deux récipients opposés, tandis que j’ai trouvé à Troie
vingt modèles différents de coupes à deux anses, et à Mycènes
également une grande quantité de coupes à deux anses, qui ne
peuvent être autre chose que des aixfixvnsXXa.
Athénée^ accorde une grande importance à l’explication de la
coupe de Nestor telle qu’elle est présentée par un certain Apelles.
Cet Apelles soutenait que ce n’était pas autre chose qu’une coupe
avec un pied, des deux côtés duquel étaient soudées deux bandes
(de métal) qui avaient une base commune et montaient vertica-
lement à peu de distance l’une de l’autre. Ces deux bandes s’éle-
vaient jusqu’au-dessus de l’orifice de la coupe ; là, elles se
repliaient et se rejoignaient de façon à ne former plus qu’une seule
bande, qui était soudée au bord. Apelles soutenait que, par les
quatre anses de la coupe de Nestor, Homère ne pouvait pas vouloir
désigner autre chose que ces anses. En effet, si à proprement par-
ler il n’y en avait que deux, et si pourtant Homère disait qu’il y
en avait quatre, c’était tout simplement parce que chacune d’entre
elles se divisait en deux parties. Ainsi, comme il n’y avait que
deux colombes au point où se réunissaient les deux bandes de
métal, la coupe de Nestor n’avait en tout que quatre colombes.
1. Deipnosophistœ, XI, 77.
COUPE SPLENDIDEMENT ORNÉE.
319
Cette explication d’Apelles concorde, à peu de chose près, avec la
forme de la coupe que nous avons sous les yeux.
Voici une interprétation que je voudrais proposer : on peut se
figurer la coupe de Nestor parfaitement semblable à celle qui est
devant nous, parce que la nôtre a réellement quatre anses,
savoir îles deux anses horizontales sur lesquelles sont posées les
colombes, et les deux anses inférieures formées par les épaisses
bandes verticales qui unissent les deux premières au pied de la
coupe. Dans ce cas, la seule différence qu’il y aurait entre les deux
coupes, c’est que celle de Nestor aurait une colombe de plus sur
chacune de ses doubles anses. Maintenant la question est de savoir,
en quoi était faite la coupe de Nestor. Il est probable que c’était
une coupe de bois ornée de clous d’or ; en effet, si elle avait été en
or ou en tout autre métal, on se figure difficilement qu’elle eût été
ornée de clous d’or.
/
Cette coupe merveilleuse (fig. 346) se compose d’au moins onze
plaques distinctes réunies par des clous; ce mode d’assemblage des
parties fait tout de suite songer à la description que nous donne
Pausanias (III, XVII, 6) de la plus ancienne statue en bronze
de Jupiter à Sparte : cc A droite du temple d’AthènèKhalkiœkos, se
trouve la statue de Jupiter 'Hypatos, qui représente tout ce qu’il y a
de plus ancien en fait d’objets de bronze; elle n’est pas faite d’un
seul morceau, mais elle est composée de différentes plaques, dont
chacune a été séparément repoussée au marteau, puis toutes les pla-
ques ont été ajustées ensemble à l’aide de clous. On dit que Kléar-
chos de Rhégium a fait cette statue et qu’il a été l’élève de Dipœnos
et de Skyllis ; d’autres disent qu’il a été le disciple de Dædalos lui-
même. ))
J’ai recueilli encore dans ce tombeau la grande et belle coupe
d’or représentée par la figure 347. L’anse est large et attachée au
bord et au corps de la coupe par trois clous a large tète ronde.
L’extérieur de cette coupe est divisé par des lignes verticales en
sept compartiments, dans chacun desquels est représentée au
repoussé une fleur qui remplit tout l’espace compris entre le bord et
le fond. J’ai trouvé dans ce tombeau encore une autre grande coupe
3-20
lÆ quatrième tombeau.
d’or, magnifiquement décorée au repoussé; mais, par suite d’une
méprise absolument inexplicable, elle n’a pas été photographiée.
La figure 348 représente une belle coupe d’argent massif d’un
^rand poids, qui est très-bien conservée ; elle n’a qu’une seule
anse, de la même forme que celle de la figure 346. Cette anse est
Fig. 347. — Grande coupe d’or. Quatrième tombeau. Au quatre-cinquiènic de la grandeur réelle.
attachée au bord et au corps de la coupe par quatre clous d’or
qui ont de grandes têtes plates. Le morceau de métal que l’on voit
sur le corps du vase y a été soudé accidentellement par le feu du
bûcher funéraire et n’en fait pas partie. Le corps tout entier a été
plaqué de cuivre : ce cuivre à son tour a été plaqué d’or, et l’or
a été couvert d’une magnifique ornementation d’intailles qui
semble bien conservée; mais on n’en peut voir qu’une très-petite
partie, à cause de la cendre qui s’est incrustée sur la coupe.
COUPE D’ARGENT MASSIF.
321
M. A. Postolaccas me rappelle que la bande spirale, dont une
Fio. 348. — Glande coupe d’argent, richement plaquée d’or. Quatrième tombeau.
Au quatre-septième de la grandeur réelle.
partie seulement est visible sur la gravure, se rencontre aussi sur
les médailles de Tarente et y représente les vagues de la mer.
Fig. 349, — Vase de terre cuite, fabriqué à la main. Quatrième tomlieau. A la moitié de la grandeur réelle.
Autres objets trouvés dans le quatrième tombeau :
Trois vases de terre cuite, à deux anses, fabriqués à la main;
la figure 349 représente un de ces vases. Cette forme est ti'ès-
•21
MYCÉNKS.
3-22 LE QUATRIÈME TOMBEAU.
comiEuiie à Troie ; mais les vases de cette espèce sont souvent
posés sur trois petits pieds*.
Les deux objets représentés par les figures 350 et 351 sont, d’après
l’opinion de M. Newton, en porcelaine égyptienne ; j’ignore absolu-
ment à quoi ils pouvaient servir. Le plus petit de ces objets a une
ornementation composée de lignes parallèles blanches et noires;
Fig. 350 et 351. — Objets de porcelaine égyptienne. Usage inconnu.
Quatrième tombeau. Au deux-cinquième de la grandeur réelle.
l’autre, sur un fond vert, présente des bandes parallèles formées de
quatre lignes blanches, qui s’entre-croisent de façon h former un
grand nombre de petits carrés. La partie inférieure de la figure 351
a une ornementation imprimée représentant des glands peints en
noir; on voit à chacun de ces glands un nœud coulant parfaitement
semblable pour la forme à la figure 352, également en porcelaine
égyptienne. La figure 352, représente un de ces ornements qui,
I. Voyez VAtlas des Antiquités troyennes ,])\. i9,üg. 1200et 1202 ; pl. 50, fig. 12U; pl. 14-3,
fig. 2831.
OlUETS EX POnCELÂlNE ÉGYPTIEXXE. 323
comme le prouvent les trois trous dont ils sont percés, oui été
cloués sur quelque autre objet. Ces espèces d’écharpes ont aussi,
sur un fond vert clair, une oruemeulatiou, aujourd’hui j)resque
ellacée, qui consiste eu bandes parallèles formées de deux ligues
blanches qui se croisent à angle droit et forment de [)etits carrés.
Fig. 352. — Modèle en porcelaine égyptienne d’une sorte d’écliarpe nouée avec un nœud coulant.
Quatrième tombeau. Au deux tiers environ de la grandeur réelle.
Dans chacun de ces deux objets, celui des deux bonis de l’écharpe
qui recouvre l’autre porte à son extrémité inférieure des glands
d’un relief peu accentué peints en noir. Ces deux écharpes ne
peuvent pas être autre chose que des ornements; mais la question
est de savoir à quel genre de décoration ils ont pu servir.
Mycènes doit avoir eu des relations de commerce suivies avec
l’Égypte, d’autant plus que, selon Pausanias (lY, xxxv, Nau-
plia était une colonie égyptienne.
M. Hubert, professeur au gymnase de Posen gPrusseY m'écrit à
m
LE OUATRIÈME TOMBEAU.
ce sujet : (c Je lis dans la Revue allemande^ éditée par R. Fleischer
(Berlin, chez Jaake, année, livraison du 7 avril 1878, p. 42),
à la lin d’une dissertation sur les mystères des anciens Égyptiens
par Brugsch-Bey : <( Les Égyptiens initiés (aux mystères) avaient
)) aussi riiabitude de porter un contre-signe qui consistait en un
)) ruban ajusté en forme de nœud coulant (comme la gravure ci-
)) jointe le représente ). Quand on visite les musées égyptiens, on
» remarque qu’une grande quantité de statues
)) représentant des rois , des prêtres ou d’autres
[01 )) grands personnages, portent ce ruban mysté-
rienx à la main pour faire connaître par ce signe
» extérieur qu’ils sont initiés aux jnystères. » L’idée
HJ me vint tout de suite que j’avais vu depuis peu un
Fiü. 35“2 a. rnban semblable ailleurs, et mes recherches ont
confirmé ma supposition. C’est dans votre ouvrage,
Mueènes 351 et 352, Objets de porcelaine égyptienne). Dans
votre gravure, il est vrai, le nœud coulant supérieur est plus
recourbé, tandis qu’il est représenté tout droit dans l’hiéroglyphe;
la forme des deux objets paraît néanmoins présenter une grande
analogie. Les trois trous de la figure 352 pouiTaient avoir servi
justement à lixer avec des clous le nœud à la main d’une statue ;
mais aucune main n’a été trouvée dans ce quatrième tombeau.
11 me paraît douteux, mais non impossible, qu’on puisse
établir un lien entre ces nœuds et l’objet d’albâtre de la figure 325,
représentant deux mains juxtaposées, qui proviennent du troi-
sième tombeau, et qui laissent un creux entre elles. Cependant ce
creux pourrait avoir contenu deux nœuds coulants d’albâtre, il
serait donc inq)ortant de constater s’il y a des traces de clous.
» Vous, dans votre livre, et M. Gladstone, dans sa préface, vous
démontrez en maints endroits que vos découvertes établissent
l’existence de nombreuses relations entre Mycènes et l’Égypte.
Vous auriez établi un point capital si vous pouviez démontrer que
vos nœuds coulants d’albâtre sont réellement des contre-signes
mystiques des Égyptiens. »
Le llacon d’argent, ou anwlihoè (fig. 353), qui a une longue anse
FLACON A VIN EN ARGENT.
325
verticale, est d’une forme élégante, mais il n’a pas d’ornements,
du moins on n’en aperçoit pas ; cependant il est possible qu’il
y ait une décoration au repoussé sous la cendre qui s’est incrustée
à la surface du vase. Il a été trouvé encore trois baudriers d’or
(rsXapiôovsç) ; je représente ici un de ces baudriers. Des deux autres,
le premier est une bande large, mais mince, sans ornements, et il
Ffg. 353. — Flacon à vin en arc:ent (oCvoyôr,) Quatrième tombeau. A la moitié environ de la prrandeur réelle.
semble avoir été fait exprès pour les funérailles, car il n'esl pas
assez solide poin* avoir servi a des hommes vivants ; il a d pieds J
(1"',35) de long sur une largeur qui vaiie de ^2 ponces (O'Mlo)
à 2 pouces I (0'”,05 ^).
Le baudrier d’or représenté ici par la ligure 351^ est beaucouj)
plus épais et plus solide ; il a 4 pieds I pouce 1 (1"\^23?) de long
sur 1 pouce I (0"’,04 bJ) de large. Il porte des deux cotés une petite
bordure formée par nu pli de la [)laqne d’or; il est orné d’une
326
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
rangée non interrompue de rosaces. A rime des extrémités, il
y a deux ouvertures en forme de trous de serrure ; ces ouvertures
servaient à agrafer le fermoir qui était attaché à l’autre extrémité,
comme le prouve la présence de deux petites entailles et d’un
petit trou. Le troisième baudrier d’or offre exactement le même
type et la même ornementation ; on y voit les mêmes ouvertures
en forme de trous de serrure à une extrémité, et à l’autre les
entailles qui servaient à fixer le fermoir. Seulement, ce baudrier
FiCr, 351. — Modèle d’un baudrier d’or {ukrj.nM'/) . Quatrième tombeau. Au trois-seizième environ
de la grandeur réelle.
a beaucoup souffert du feu, ce qui fait que l’ornementation en est
moins distincte. Il a été trouvé dans le même tombeau quatorze
objets en cristal de roche très-pur, dont l’usage est inconnu, et un
disque de porcelaine égyptienne de peu d’épaisseur sur lequel on
voit une fleur peinte.
A gauche de la tête d’un des trois corps qui reposaient la tête
tournée vers l’est, celui du milieu, j’ai trouvé en un monceau plus
de quatre cents perles d’ambre, grosses et petites. Je représente
sept de ces perles (fig. 355). J’ai recueilli à peu près le même
nombre de perles d’ambre près de l’un des corps dont la tête était
tournée vers le nord. Toutes ces perles, évidemment, avaient été
CHAPELETS D’AMBRE.
327
enfilées en forme de colliers, et leur présence dans ces tombeaux,
parmi des trésors si considérables d’ornements en or, semble
prouver que l’ambre était très-précieux et qu’on le considérait
comme une parure magnifique à l’époque des anciens rois de
Mycènes.
Parmi les plus beaux objets découverts dans ce tombeau étaient
nn vase et trois anses d’albâtre, que l’on a rassemblés dans la
Fig. 355. — Perles d'ambre pour collier. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
gravure 356. Chacune des anses est percée de deux on Irois
trous qui servaient pour les attacher au vase, sur lequel ou Irouve
des trous semblables; mais si l’on en juge par la petitesse des trous
qui sont juste assez larges pour qu’on y puisse passer des chevilles
très-fines, par la fragilité des anses qui sont d’nn tiuvail très-soi-
gné, et enfin par le poids du vase lui-mème, on arrive à se con-
vaincre que ce vase n’a jamais pu être autre chose qu’un ornement
et qu’on n’a jamais pu le soulever par les anses.
J’ai encore trouvé quatre diadèmes d’or, deux grands et deux
petits, semblables à ceux qui ont été représentés plus haut ‘.
1. Voyez les figures 282, 283,
284.
LE OlIATRIÈME TOMBEAU.
B28
Le plus grand a 1 pied 8 poucesj (0‘^,5125) de long sur 4 pouces
(0"\10) de large, au milieu. Entre deux bordures de lignes en zig-
zag, il présente une ornementation de doubles cercles en forme
de boucliers, travaillés an repoussé; l’intervalle entre les cercles
est rempli, en haut et en bas, de petits cercles du même dessin.
Fie. 35(j. — Grand vase d’ailtàlre à trois anses, reconstitue à l’aide dos fragments.
Quatrième tond)eau. A la moitié de la grandeur réelle.
tandis que les deux extrémités sont garnies d’une belle ornemen-
tation de spirales. A l’ime des extrémités adhère une épingle {ïu.^o-
Xov), et à l’autre un petit tube (aù'khxoç) qui servaient à attache
le diadème autour de la tête. Les petits diadèmes n’ont que 1 pied
5 pouces ^(0"b4375) de long et 2 pouces g (0’",07) de large au milieu ;
ils semblent avoir été faits pour une tête d’enfant. L’ornementation
qui estai! repoussé est très-variée et très-curieuse. Entre deux bor-
dures, composées chacune de deux lignes, on voit au centre un grand
CURIEUX DIADÈMES D’OH.
329
:ercle entoiiré de treize autres cercles plus petits ; des deux côtés
de cet ensemble de cercles les ornements se succèdent dans l’ordre
suivant : deux bandes verticales remplies de petits traits horizon-
taux ; uue rangée verticale de trois cercles; encore deux bandes
verticales remplies de petits traits horizontaux ; une bande verticale
de spirales, et deux cercles concentriques, entourés de cercles plus
petits du même dessin ; une autre bande verticale remplie de traits
horizonlaux, et enfin deux bandes verticales de cercles concen-
triques, entre lesquels une bande horizontale ornée de traits obli-
ques va jusqu’à l’extrémité du diadème. Il ne s’est conservé qu’une
des extrémités, qui est percée d’un trou. Il est probable que la
seconde extrémité ressemblait à la première et qu’un mince fil
d’or servait à assujettir le diadème autour de la tête de l’enfant. Il
est vrai qu’on n’a pas trouvé un seul corps d’enfant ; mais la quan-
tité de petits ornements recueillis, qui ne pouvaient convenir
qu’à un enfant, me portent à croire qu’il y en a eu un, peut-être
même plusieurs, dans ce tombeau. Aucun de ces diadèmes
n’avait les bords enroulés autour d’une armature de laiton.
J’ai à signaler encore deux autres diadèmes qui, comme les pré-
cédents, se composent d’une plaque d’or très-mince ; mais ils n’oiit
d’armature ni l’iin ni l’autre. Tous les deux sont si petits, qu’ils ne
pouvaient convenir qu’à des têtes d’enfants. L’un des deux a i pied
4 pouces I (0'*b4125) de longueur, et l’autre 1 pied et | de pouce
(t>b 31). Le premier est décoré, entre deux bordures de points, de
cinq petits cercles en forme de boucliers au milieu ; trois de ces
cercles représentent des rosaces, et les deux autres des roues en
mouvement. Le reste de l’espace, à droite et à gauche, est rempli de
spirales et de petits cercles en forme de boucliers, mêlés à deux
cercles plus grands qui représentent encore des roues en mouve-
ment. L’autre diadème a deux bordures de cercles conceutrique^ ;
dans l’intervalle, au milieu, est un cercle en fonne de bouclier qui
représente une roue en inouvement; à droite et à gauche, des cercles
semblables représentant des rosaces. Au-dessus du second cercle, à
partir de celui du milieu et à la droite du spectateur, est représenlé
un oiseau; vient ensuite une belle ornementation de spii’ales, très-
330
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
symétrique ^ deux cercles-boucliers représentant des roues en
mouvement, puis de nouvelles
spirales ou des cercles concen-
triques. Chacun de ces diadèmes
porte aux deux extrémités un
fd mince qui servait à les assu-
jettir autour de la tête.
Les figures 357 et 358 repré-
sentent une jolie petite ceinture
d’or richement ornée et aussi
une belle-Hélène ou bandeau
en or. Ces deux objets sont
formés de plaques assez épais-
ses ; mais ils sont si petits ,
qu’ils n’ont pu servir de parure
qu’à un enfant. Le baudrier est
décoré de sept cercles en forme
de boucliers, représentant des
roues en mouvement; les deux
extrémités sont percées de trous
pour passer le fil mince qui
servait à ajuster la ceinture.
La belle-Héléne est décorée
de rosaces et de croix au re-
poussé ; elle a trois trous dans
le bord, au milieu et à quelque
distance de chacune des deux
extrémités ; de deux de ces trous
pendent encore des fragments
de chaînettes très-fines ; il est
évident qu’une chaîne pareille
était fixée à l’autre trou. Les
trois chaînettes étaient néces-
Fig. .357 et 358. — Ceinture et belle-Hélène en or.
Quatrième tombeau. Au tiers de la grandeur réelle. Sairemeilt beaUCOUp pluS loil-
gues, et j’affirme sans hésitation qu’elles portaient, suspendus
RUBAN D'OR ORNEMENTÉ.
331
à leurs extrémités, les trois ornements représentés figure 370.
Cette belle-Hélène était par conséquent semblable aux dia-
dèmes troyens^, qui, selon l’opinion très-fondée de M. Gladstone,
ne ‘ sont autre chose que les TrXsxrai d’Homère.
A cbacune des deux extrémités de ce bandeau est attaché
un mince fil d’or pour l’assujettir autour de la tête. A la liste des
objets que j’ai recueillis dans ce tombeau, il faut ajouter un
petit ornement d’or pour ceinture ; — un ornement d’or pour
jambière ; — deux rubans d’or, et deux feuilles d’or ; tous ces
objets sont décorés au repoussé, comme ceux que j’ai si fréquem-
ment décrits; il est donc inutile d’en donner ici les dessins.
Le ruban richement orné de la figure 359 porte à chaque extré-
mité cinq trous qui servaient soit à le clouer, soit à le coudre sur un
autre objet. La décoration forme deux compartiments ; l’un de ces
compartiments est divisé par une multitude de lignes verticales en
bandes plus ou moins larges. Trois de ces bandes portent une ligne
ondulée, accompagnée à droite et à gauche de petits traits qui lui
donnent l’apparence d’une plume. Dans le second compartiment,
entre deux bordures, formées de trois ou quatre lignes horizon-
tales, il y a deux rangées de belles spirales et deux bandes ornées
de petits traits obliques. Les figures 360 et 361 sont de grosses épin-
gles en or massif d’un poids considérable, qui peuvent avoir servi
d’ornements soit pour la poitrine, soit pour la chevelure, car les
compatriotes d’Homère, les Achéens, portaient les cheveux longs,
et c’est pour cela que le poète les appelle \yaioi.
Les têtes de ces deux épingles ont une vague ressemblance avec
des casques; chacune d’elles est percée d’un trou vertical, qui peut
avoir servi pour placer soit un autre ornement, soit peut-être une
fleur. Ges deux épingles semblent très-usées. L’épingle de la
figure 362 est beaucoup plus mince; elle a pour ornemenl un
bélier à longues cornes admirablement rendu.
Les anneaux des figures 363,364 sont aussi en or; le premier,
qui est massif et sans aucune ornementation, semble avoir été une
bague; le second est un petit ruban orné de dessins, enroulé en
1. Voyez V Atlas des Antiquités troyennes, pl. 205 et 206.
332
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
cercle et fermé, ce qui en fait un anneau; peut-être s’en est-on
servi comme d’une boucle d’oreille; il en a été trouvé deux
semblables dans le même tombeaiu
La figure 365 est un lionceau d’or massif et très-pesant. Je pense
361
Fig. 359 à 365. — Divers ornements d’or. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
avec M. Newton qu’il a été jeté au moule et ciselé ensuite. Je
crois intéressant de rappeler ici que, selon Pausanias (IX, xlt, 1),
rhonneur d’avoir inventé l’art de jeter des métaux au moule revient
à Rhœkos et à Théodoros, de f ile de Samos, qui ont été les pre-
miers à jeter le cuivre au moule.
CYLINDHE D’OR ORNEMENTÉ.
333
Le cylindre d’oj* de la figure 366 provient, sans auenn doute, soit
de la poignée en bois d’un sceptre, soit de la garde en bois d’une
épée. En effet, on voit au milieu, depuis le haut jusqu’en bas, une
rangée de trous destinés à recevoir de petits clous; plus, quatre
tètes de clous plates, et au centre la tête d’un très-gros clou;
tous ces clous servaient à fixer le cylindre sur le bois. Il est orné
aux deux extrémités d’une large bordure de lignes ondulées.
Fig. 366. — Cylindre d’or richement décuré, provenant soit de la poignée d’un sceptre,
soit de la garde d'une épée.
Quatrième tombeau. Au quatre-cinquième de la grandeur réelle.
au centre, d’une bande plus étroite ornée de même ; l’espace
intermédiaire est rempli de spirales entrelacées; tous ces orne-
ments sont en intailles magnifiques.
Dans le même tombeau j’ai recueilli un ornemcnl composé (U‘
trois doubles feuilles en or, soudées ensemble par le milieu; le
tout représente une magnifique étoile, décorée dans toutes ses jiar-
ties de cercles concentriques au repoussé, Ibrmant comme des bou-
cliers. L’artiste de cette époque primitive u’a^ias oublié de décorer
les bords avec des petits traits [lour donner aux feuilles plus de
vérité et de beauté. On a recueilli encore deux autres étoiles, com-
posées chacune de deux doubles feuilles en or, soudées ensemble
334
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
pV le milieu; les trous dont elles sont pereées prouvent qu’on les
attachait au moyen d’un clou sur quelque autre objet. Les feuilles
de ces deux étoiles sont décorées au repoussé de cercles concen-
triques en forme de boucliers, entremêlés de dessins en forme de
poires; le bord des feuilles est, comme celui des feuilles précé-
dentes, orné de petits traits. Il est difficile de dire à quel genre
d’ornementation toutes ces étoiles ont été employées.
Ajoutons au catalogue des objets recueillis soixante-quinze petits
anneaux (fig. 367) sur lesquels est imprimée une ornementation de
petits cercles ; — trente-deux bâches d’armes à double tranchant,
découpées dans une mince feuille d’or (fig. 368). Outre ces trente-
deux haches d’or assez bien conservées, j’ai trouvé une masse de
débris de haches pareilles , il est bien évident que toutes ces bâches
ont figuré jadis entre les cornes de têtes de vaches semblables à
celles qui sont représentées sous les figures 329 et 330. Je rappelle
ici que j’ai trouvé six de ces têtes de vaches avec des haches en
entier et trente-deux têtes de vaches mutilées, sur plusieurs des-
quelles on voit les débris des haches. La hache qui est représentée
ici n’a conservé qu’une partie de son manche. On voit sur toutes
les médailles de file de Ténédos des haches qui ont exactement
la même forme ; nous les retrouvons aussi sur quelques-uns des
ornements d’or de Mycènes, sur une gemme lentoïde provenant
du grand Hèræon, dont il sera parlé plus loin, et entre les cornes
de deux petites têtes de vaches découpées dans une feuille d’or,
et qui ont été trouvées dans ce même tombeau f M. Postolaccas
appelle mon attention sur le passage suivant de Plutarque “ :
(( Les habitants de Ténédos ont emprunté la forme de la hache
aux crabes qui sont en grande abondance autour de l’endroit
appelé Astérion, parce qu’il paraît que le crabe est le seul animal
dont la carapace présente la figure d’une hache. » Le même ami
me rappelle en outre que la hache d’armes à double tranchant est
le symbole de Jupiter Labrandien, qui était adoré à Labranda, et
qu’elle est représentée sur les médailles des anciens rois de Carie,
1. Voyez les figures 329-330.
2. De Pythiæ oraculis in. Op. Moral., éd. Didot, vol. I, p. 488.
335
SYMBOLE DE LA HACHE A DEUX TRANCHAATS.
par exemple sur celles de Maussolle^ (353 av. J.-C.), d’idrieus
(344 av. J. -G.), de Pixodaros (336 av. J. -G.) et d’Olhomlopatos
(334 av. J. -G.). Je trouve aussi dans Plutarque'^ que la hache,
-cAsxuc, s’appelait )Æpvç en langue lydienne.
367 369
Fig. 367 à 370. — Ornements d’or. Quatrième tombeau. Aux deux tiers de la grandeur réelle.
Le professeur A. Rhousopoulos m’écrit à ce sujet : <c Je suppose
que la hache à deux tranchants, sur les monnaies de Ténédos, est
un emblème de sacrifice ou de guerre. Je suis amené à cette opi-
nion par analogie avec des monnaies d’une plus grande impor-
1. Ce nom est toujours écrit MauaaoXXoç sur les monnaies.
2. Quæst. Grœc., p. 45.
336
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
tance. On disait proverbialement, dans rancienne Grèce, Teviètog
niXexvç (hache de Ténédos), pour désigner les gens qui tranchent
les questions avec trop d’âpreté ou de brusquerie. L’Apollon de
Ténédos portait à la main la double hache, c’est-à-dire précisé-
ment celle qui est représentée sur les médailles de Ténédos; mais
011 expliquait de deux manières le sens de ce symbole dans l’anti-
quité. Quelques-uns regardaient la double hache comme le sym-
bole de Tennès ; d’autres (par exemple Aristote) soutenaient qu’un
certain roi de Ténédos avait fait une loi en vertu de laquelle qui-
conque surprenait une femme et un homme en flagrant délit
d’adultère devait les tuer tous les deux à coups de hache. Or il
arriva que son propre fils fut surpris en flagrant délit d’adultère;
le père déclara que le jeune homme devait être puni selon la loi
commune. A la suite de cet événement, la double hache fut placée
sur les médailles de Ténédos, en souvenir de la fin tragique du
jeune prince. )) Pausanias (X, xiv) raconte l’origine du proverbe
sur la hache de la manière suivante : « Les haches sont consacrées
par Périclytos, fils d’Euthymakhos de Ténédos, en souvenir d’une
ancienne légende. D’après cette légende, Kyknos était fils de
Poséidon et roi de Golonée, sur la côte de la Troade, en face de
file de Leucoplirys. Kyknos avait eu une fille appelée Hèmithéa
et un fils du nom de Tennès de sa femme Procléia, fille de Klytios
et sœur de Kalètor, qu’Hornère nous montre dans V Iliade tué par
Ajax au moméiit où il met le feu au navire de Protésilaos. Après la
mort de Procléia, la seconde femme de Kyknos, Phylonomè, fille
de Kragasos, s’éprit de Tennès; comme Tennès ne répondait pas à
son amour, elle raconta à son mari que Tennès avait essayé de la
séduire et de lui faire violence. Kyknos ajouta foi à cette fable, et
lit renfermer son fils dans un coffre que l’on jeta à la mer. Le coffre
aborda sur le rivage de file de Leukophrys ; Tennès en sortit sain et
sauf et donna son nom àrîle,qui fut appelée depuis Ténédos. Plus
tard, Kyknos, désabusé, s’embarqua pour aller trouver son fils,
afin de lui avouer son erreur et de lui demander pardon. Arrivé à
Ténédos, il attacha son navire à un arbre ou à un rocher ; mais
Tennès, irrité, coupa les cordes avec sa hache. Par allusion à ce
FOURCHE FUNÉRAIRE.
337
lait, 011 dit de celui qui tranche les questions avec trop de
brusquerie qu’il les tranche avec la hache de Tennès. »
J’avoue que le récit du professeur Rhousopoulos, emprunté
à rantiquité, me paraît plus vraisemblable que celui de Pausanias.
Néanmoins, sur la question de savoir quel était le sens de ce sym-
bole à l’époque reculée à laquelle appartiennent les tombeaux de
Mycènes, je n’ose me risquer à exprimer une opinion.
Le magnifique objet d’or de la figure 369 ressemble beaucoup
aux ornements dont on se servait communément pour attacher les
jambières autour de la cuisse, juste au-dessus du genou; mais il ne
peut pas avoir servi à cet usage, parce que la plaque d’or est beau-
coup trop épaisse pour cela; d’ailleurs cet ornement est complè-
tement plan, et l’on voit clairement qu’il n’a jamais été courbe.
Ce doit donc être autre chose. La forme générale de cet objet
rappelle celle des bonshommes que griffonnent les enfants;
l’anneau qui est au-dessus de la tête représenterait une couronne.
Le magnifique ornement au repoussé qui est sur le corps, nous
l’avons déjà vu, quoique moins élégant, sur la bordure de la stèle
funéraire^ de la figure 24. Les jambes présentent, entre deux
bordures étroites, des rangées de petits signes qui ressemblent à
la lettre koppa^ que l’on voit sur toutes les médailles de Corinthe.
La figure 370 offre le modèle des trois objets d’or qui étaient jadis
suspendus à l’extrémité des chaînettes du bandeau d’or, figure 357.
Il ne peut y avoir aucun doute à cet égard; ces trois ornements
offrent la même épaisseur et la même décoration (bordure et rosace-
formées par des points) que la belle-Hélène de la figure 357.
Les figures 371 et 372 représentent deux objets en cuivre. Il est
difficile de dire quel pouvait être l’usage du premier; il a un trou
quadrangulaire, mais qui n’a pas pu servir à introduire un manche,
parce que la plaque de cuivre n’est pas assez épaisse. La figure 372
est une fourche à trois dents recourbées par le bout, avec une
douille où s’enfonçait le manche de bois ; cette fourche a évi-
demment servi pour attiser le feu des bûchers funéraires.
1. Voyez la vignette du chapitre III.
MYCÈNES.
338
LE OÜATRIÈME TOMBEAU.
Les figures 873 et 374 représentent des objets en os et de forme
semblable. Tous les deux ont d’un côté une ornementation de spi-
rales ciselées, une bordure et deux ou trois cercles concentriques ;
ils sont percés de deux trous; au centre, il devait y avoir un bouton
Fig. 371 et 372. — Objets en cuivre. Quatrième tombeau. Au tiers environ de la grandeur réelle.
qui a disparu. A l’envers, dans la bordure, il y a trois proéminences
coniques en forme de pieds. La gravure représente la partie supé-
rieure d’un de ces objets et l’envers de l’autre. Il me serait impos-
sible de déterminer T usage de ces objets si je n’en avais trouvé à
Troie de semblables, mais en terre cuite, avec quatre pieds de
forme conique; Tun de ces objets étaitencore en position sur l’ori-
fice d’une grande jarre ou cruche, à laquelle il servait de couvercle.
Les deux trous servaient à assujettir le couvercle au bord du
vase, au moyen d’un lien L J’ai trouvé quatre couvercles pareils
en os dans le quatrième tombeau.
I. Voyez V Atlas des Antiquités t)'oyennes, pl. 21, fîg. 583 et 584. Cette circonstance explique
comment la nourrice Euryclée assujettit les couvercles des amphores pour Télémaque (Hom.,
Odyss., II, 354) :
AcüÔ£'/a ô’ à'p.uXYja'ov, xa\ u(jop,a<7tv apcyov ôtTrav-ïx?.
FRAGMENT D’IIA VASE IJ’ALIEVTIIE.
339
La figure 875 représeiilc uii fragment provenant (.run vase d’al-
bàtre, décoré d’une belle ornementation ciselée ({iii offre, entre
deux cordons parallèles, une rangée de s])irales, et au-dessous une
rangée de cannelures verticales.
Dans un vase de cuivre, à l’angle sud-est de ce tombeau, on a
Fiü. 373 à 375. — Doux couvercle? de jiirrc en os, cl un morceau provenant d’im vase d’albàtre.
Quatrième tombeau. Au cinq-sixième de la grandeur réelle.
trouvé un animal (fig. 376). Eu faisant l’analyse du métal, le pro-
fesseur Landerer a trouvé que c’est un composé où il entre deux
tiers d’argent et un tiers de plomb. Cet animal est creux et semble
avoir servi de vase; l’orifice, en forme d’entonnoir, est placé
sur le dos. Le corps est lourd et grossier, surtout les jambes,
qui ressemblent à celles du bison; la tète suggère l’idée d'uue
tète de vache; néaumoius, comme cette tète portait deux cornes de
cerfdont l’ime s’est conservée, il est hors de doute tpie l’artiste a eu
l’intention de représenter un cerf. Ce qui peut lui servir d’excuse
pour avoir fait son animal si massif, c’est que, s’il lui avait donné
exactement la forme du cerf, sou vase aurait été trop fragile. Les
340 LE OUATIUÈME TOMBEAU.
vases en terre cuite affectant des formes d’animaux étaient très-
communs à Troie ^
Les figures 377-386 représentent dix boutons d’os en forme de
croix, plaqués d’or, décorés de belles intailles et de riches ornements
au repoussé. Il en a été trouvé douze en tout^. Le plus grand de ces
Fig. 37(). — Cerf composé d’un alliage d’argent et de idoinb. Quatrième tumbi;au.
Au Irois-scptième environ de la grandeur réelle.
boutons (fig. 377) a un peu plus de 3 pouces i (0'",08 |) de long
et 2 pouces | (O’^bObJ) de large. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est
que l’os de ces boutons présente exactement les mêmes ornemen-
tations que la plaque qui les recouvre, comme on peut le voir sur le
grand bouton (fig. 377), h l’endroit où une partie de la plaque a
disparu. On se demande naturellement par quels moyens on est
arrivé à un pareil résultat. Après mûre réflexion, nous sommes con-
vaincus qu’on ne peut avoir obtenu ce résultat que de la manière
suivante. On commençait par donner aux morceaux d’os la forme
voulue; ensuite on y ciselait avec le plus grand soin, en bas-relief,
l’ornementation qui apparaît maintenant en repoussé sur la plaque
1. Voyez V Atlas des Antiquités troqennes, pl. 91, fig. 1893; pl. 101, fig. 2299; pl. 17i,
fig. 3380 ; pl. 188, fig. 34".0.
2. Les deux autres boutons sont du même dessin que le reste.
MERVEILLEUX BOUTONS EN FORME DE CROIX. 3il
d'or. Ensuite on étendait la plaque d’or sur le bouton; une fois
qu’on l’avait bien fixée au revers, le travail du marteau com-
mençait; peu à peu, la feuille pénétrait dans les creux, s’arron-
dissait sur les reliefs, et rornementation de l’os se trouvait re-
produite sur le métal. Après ce travail commençait celui des
intailles; comme la plaque d’or était mince, l’intaille se gravait
dans l’os aussi profondément que dans la feuille d’or. Je ne crois
pas qu’il y ait moyen d’expliquer autrement ce merveilleux travail.
Tous ces boutons en croix ont la forme du losange ; neuf d’entre
eux sont ornés, aux angles aigus aussi bien qu’aux angles obtus, de
deux petites pièces rondes, légèrement bombées, faisant saillie des
deux côtés de l’angle ; chacune de ces petites pièces porte quatre
cercles concentriques en intaille. Deux seulement de ces boutons
en croix (fig. 382 et 384) ont à chaque angle aigu trois de ces petites
pièces au lieu de deux, et un (fig. 380) en a trois aux quatre angles.
Le houton de la figure 378 a, dans l’intérieur du losange, une large
bordure ornée de trente-deux jolies petites croix, chacune marquée
d’un point au centre; dans le champ que forme cette bordure, il y a
deux spirales en forme d’oméga, qui sont opposées Tune à l’autre et
sont couronnées de branches qui paraissent être des branches de
dattier. Adroite et à gauche des deux spirales, il y a de petites rosa-
ces. La bordure du grand bouton (fig. 377) est remplie de petits
cercles en intaille. Au milieu du bouton on voit un double cercle,
avec ornementation de spirales, également en intaille ; de chaque
coté du cercle, il y a une spirale en forme d’oméga, et quelques
autres spirales plus petites et différents signes, le tout en intaille.
La bordure de la figure 379 se compose simplement de deux lignes ;
dans le losange circonscrit par ces deux lignes, il y a un cercle avec
ornementation de spirales ; dans chacun des deux angles aigus, on
voit une spirale en forme d’oméga. Sur ce bouton, la dernière spi-
rale seule est au repoussé; le reste est en intaille. L’ornementa-
tion de la figure 380 est encore plus simple ; la bordure ne se com-
pose que de deux lignes; l’intérieur est rempli par deux signes en
forme d’omégas et par quatre petites Heurs; les lleurs seules pa-
raissent travaillées au repoussé, le reste est en intaille. Le bouton
342 LE quatrième TOMBEAU.
de la figure 381 n’a pas de bordure ; le champ tout entier est
Fig. 377 à 381. — Boutons d'os recouverts de plaques d’or, avec do riches ornements.
Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
rempli de cercles concentriques en intaille, avec deux ou trois
petites décorations seulement, exécutées au repoussé.
MERVEILLEUX ROUTONS EN FORME DE CROIX. 313
Au contraire, toute rornemeutation du bouton de la figure 382
Fig. 382 à 38G. — Boutons d’os recouverts de plaques d’or, avec de riches oriionients.
Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
est au repoussé, même la ligne qui borde le losange inlérieur; on
voit dans fintérieur dece losange un grand cercle rempli de cercles
34i
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
plus petits, et dans les deux angles aigus un signe curieux qui est
fréquemment reproduit sur les fusaïoles de Troie. Sur le grand
bouton de la ligure 383, on retrouve une bordure garnie de vingt-
huit croix, an centre du losange intérieur un double cercle, un ^
dont les bras sont en ligne courbe ; sur chacun des bras et au centre
sont dessinés des points pour marquer la place des clous qui assu-
jettissaient les deux morceaux de bois destinés à la production du
feu sacré. Les deux angles aigus sont remplis par les mêmes signes
que nous avons trouvés à la même place dans la figure précédehfte.
La bordure de croix est au repoussé, le cercle et le ^ en intaille.
Dans la figure 384, la bordure du losange intérieur est décorée
de traits horizontaux. Au centre du losange, il y a deux spirales en
forme d’omégas, qui sont opposées l’une à l’autre, et dans chacun
des angles aigus, un petit ornement qur peut être une fleur. La
bordure et la fleur seules sont au repoussé, le reste est en intaille.
Le bouton de la figure 386 a la même ornementation en forme
d’omégas opposés Fun à l’autre. Enfin le grand bouton de la
figure 385 a une large bordure remplie de vingt-huit petits cercles
au repoussé ; la petite croix inscrite dans un cercle qui se trouve
à chaque angle aigu est également au repoussé, tandis que le
grand cercle avec le au centre est en intaille.
A l’envers de ces boutons, l’artiste a travaillé Fos de manière à
lui donner une forme qui se rapproche de celle de nos doubles
boutons de chemise; la seule différence, c’est qu’ici la partie infé-
rieure est de forme ovale. Ainsi on ne peut pas douter que tous
ces boutons n’aient servi à orner les vêtements; seulement on ne
pouvait pas évidemment les employer aux mêmes usages que des
'boutons réels. Ils portent tous des traces visibles du feu du bûcher
funéraire; mais, comme Fos a pu résister, il est certain que ce feu
n’était pas destiné à réduire les corps en cendres non plus qu’à
détruire les ornements dont ils étaient chargés.
On a encore trouvé avec les cinq corps de ce tombeau cent dix
petites fleurs d’or, semblables aux quatre qui sont représentées
par les figures 387-390; — soixante-huit boutons d’or sans orne-
ments, comme les figures 39i et 392; — cent trente-quatre ron-
CURIEUX DOUTONS D’OR. dio
déliés d’or avec des bordures (fig. 395 et 396); — quatre-vingt-
dix-huit grandes rondelles, semblables à des boucliers en minia-
ture, et travaillées au repoussé, avec double bordure en corde-
lières (fig. 402). Sui\^aucun de ces quatre cent dix objets on
ne trouve rien qui indique qu’ils aient été fixés sur des boutons
Fig. 387 à 401. — Plaques d’or. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
d’os ; il en faut conclure qu’ils étaient simplement fixés avec une
colle sur les vêtements et les draperies des morts.
Au même endroit j’ai recueilli cent dix-huit boutons d’or ornés
d’intailles de dix-sept modèles différents; ils sont reproduits par
les figures 393-401 et 403-413. Tous se composent d’une plaque
d’or fixée soit sur des boutons d’os semblables à nos doubles
boutons de chemise, soit sur de simples rondelles d’os; le plus
souvent l’os a disparu, et il ne reste que la plaque d’or. Comme
le lecteur a les dessins sous les yeux, je n’entreprendrai pas de
346
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
les décrire en détail. Cependant je voudrais appeler l’attention
sur les belles intailles du bouton de la figure 397 ; elles repré-
sentent quatre couteaux à larges lames, dont les manches se
prolongent en spirales.
J’ai trouvé encore dans le même tombeau cent trente grands
boutons d’or avec de magnifiques intailles (fig. 414-420) qui
402
406
Fig. 402 à 413. — Boutons d’or, eualriènie tombeau. Grandeur réelle.
représentent de belles étoiles, des fleurs ou des croix. D’autres,
comme la figure 421, ont de belles ornementations de spirales.
Ces grands boutons sont dans le meme cas que les petits dont il
a été question plus haut; beaucoup ont encore leur monture
d’os qui ressemble à nos doubles boutons de chemise ; beau-
coup d’autres sont montés sur de simples rondelles d’os ; dans
bien des cas, l’os a disparu, et il ne reste que la plaque d’or.
Enfin j’ai recueilli huit boutons d’or de grande dimension, avec
MAGNIFIQUES BOUTONS D’OU
34T
Fig, 414 à 422 a. — Boulons d’or. Qunfrièinc toniboau. Grandour ré(
348
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
de belles intailles. Je donne (fig. 422 et 422^?) les dessins de deux
de ces boutons. Le premier représente un soleil qui porte au centre
un beau ^ dont les bras sont transformés en spirales et où est
conservé, sous forme de points creux, le souvenir des clous qui
servaient à fixer les branches de Fobjet réel. Le second représente
aussi un soleil rayonnant, au centre duquel est l’ornementation de
spirales qui nous a si souvent déjà passé sous les yeux.
Ces huit grands boutons sont montés sur de simples rondelles
d’os. Gomme je trouve souvent des boutons de ce modèle disposés
en ligne droite, et dont la dimension va en diminuant régulière-
ment; comme ces rangées se rencontrent souvent à côté des épées,
je suis certain que ces boutons étaient collés à la file sur les four-
reaux de bois, le bouton le plus large à l’endroit le plus large de
l’épée, et les autres diminuant graduellement avec la largeur du
fourreau h Voici encore un fait qui mérite une attention particu-
lière ; toutes les fois que les boutons d’or ont conservé leur monture
d’os, qu’elle soit une simple rondelle ou une sorte de bouton de
chemise, cette monture reproduit sans exception exactement les
mêmes intailles que l’on voit sur la plaque d’or. Il est donc bien
certain que le travail des intailles ne se faisait que quand la plaque
était fixée sur le moule, et que l’iiitaille de la plaque d’or s’impri-
mait dans l’os par la pression de la main de l’artiste.
L’immense tombeau était jonché dans toute son étendue
de petites feuilles d’or; ce que j’en ai recueilli pèse environ
200 grammes, ou plus d’une demi-livre anglaise. Je les ai ramassées
en grande quantité jusque sous les corps, d’où je conclus qu’on en
avait jonché le fond du tombeau avant d’y dresser les bûchers
funéraires.
Voici encore une série d’objets trouvés dans le même tombeau:
deux gobelets d’argent ; — deux coupes d’argent ; — dix vases
d’argent réduits en pièces ; — trois grands vases d’argent et un
autre plus petit, qui sont plaqués de cuivre et de forme très-aplatie.
Je suppose donc qu’on s’en servait comme de cuvettes ‘ou sou-
1. Voyez la figure 460.
MODÈLE DE TEMPLE EN OR.
349
coupes pour des vases d’argent de plus grande dimension ; — un
peigne en bois, avec un grand manche en or, recourbé ; ce peigne
a dû se placer sur le front pour rejeter les cheveux en arrière.
Les plus curieux peut-être de tous les objets recueillis dans les
tombeaux sont cinq petits édifices en or, travaillés au repoussé,
dont trois ont été trouvés dans le quatrième tombeau et deux
dans le troisième. La figure 423 représente un de ces édifices.
Fig. 423. — Modèle d’un temple, en or. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
Ils offrent un aménagement trop incommode pour qu’on y voie des
maisons d’habitation ; il est donc naturel de supposer que ce sont
de petits modèles de temple ou de sanctuaires. Ce qui me con-
firme dans cette opinion, ce sont les quatre cornes qui forment le
couronnement de la tour, les colombes aux ailes déployées qui
sont perchées de chaque côté, et les trois colonnes à chapiteaux qui
sont représentées dans les trois niches en forme de portes. Je prie
le lecteur de remarquer la ressemblance de ces colonnes avec celle
qui est entre les deux lions de la porte des Lions. Une circonstance
qui doit aussi frapper tout particulièrement, c’est que les lignes
obliques qui sont à droite et à gauche des colonnes donnent a ces
niches une ressemblance frappante avec l’intérieur des tombeaux,
350
LE quatrième tombeau.
qui sont aussi revêtus de murs inclinés. Au-dessous des niches
sont nettement indiquées quatre assises de maçonnerie formées de
grosses pien^es de taille; par contre, toute la partie supérieure nous
semble représenter un édifice en bois. C’est aussi un objet du plus
haut intérêt que l’espèce de tour qui domine la niche du centre;
au milieu de cette construction on aperçoit trois signes curieux qui
ressemblent à des lettres. Je voudrais aussi rappeler au lecteur
les monnaies de Paphos, sur lesquelles est représenté un temple
d’Aphroditè, avec une colombe perchée sur chaque pignon.
J’ai recueilli encore dans le quatrième tombeau jusqu’à cin-
Fig. 424. — Seiche en or. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
quante-trois seiches d’or. La figure 424 représente une de ces
seiches. Elles sont toutes absolument pareilles et portent en relief
une curieuse ornementation qui représente des spirales ; tous
leurs bras se recourbent également en spirale. Il est assez
difficile de déterminer de quelle manière ces seiches étaient
employées comme ornement : probablement elles étaient assu-
jetties par un procédé quelconque sur les étoffes et les draperies.
Il semble qu’elles aient été toutes jetées dans le même moule;
autrement, on ne comprendrait pas pourquoi elles sont exacte-
ment pareilles.
Je ne puis m’expliquer l’usage de deux objets (fig. 425-426)
formés d’épaisses plaques d’or et qui ressemblent à des toupies;
chacun de ces objets se compose de deux moitiés.
Les figures 427-434 représentent huit plaques d’or (il y en
l‘OMMEAUX DE GAUDE D’ÉPÉE EN OR.
351
a dix en tout) avec de belles intailles; ces plaques étaient
destinées à recouvrir de grands pommeaux d’épée en bois ou en
Fig. 425 et 426. — Les deux moitiés d'iiii objet en forme de fusaïole, forme d’iiiie épaisse plaque d’or.
Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
albâtre. La figure 427 représente un lion. La figure 428 est ornée
à profusion d’une magnifique décoration d’intailles; on n’y dé-
couvrirait pas un quart de pouce (| de cent, carré) qui ne soit
Fig. 427. — Revêtement en or pour le pommeau d’une garde d’épée. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
couvert d’ornements. Au centre, on voit un double cercle conte-
nant cette belle spirale que l’on rencontre souvent à Mycènes,
mais qui est représentée ici avec de sextuples lignes. Autour du
352
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
cercle double, il y en a un autre; l’espace compris entre le pre-
mier cercle et le second est rempli de petits cercles en miniature.
Suit un nouveau cercle élégamment orné de spirales; enfin un troi-
Fig, 4:28, — Revclcmcnl, en or pour le pommeau d’une garJe d'épée. Quatrième tjiubeuu Grandeur réelle.
sième cercle, rempli de petites spirales séparées, puis une bor-
dure de trois lignes et un quatrième cercle de spirales très-
curieuses; ensuite une nouvelle bande circulaire de trois lignes, et,
pour finir un large cercle de spirales.
L’objet en or de la figure 429 appartient
évidemment à la partie supérieure de
la garde. La plaque d’or de la figure 430
provient aussi d’un pommeau d’épée;
nous y voyons les trous ronds par où
passaient les clous d’or destinés à l’as-
Fig. 429. — Revêtement on or pour le . .
pommeau d’une g'.ardo d'épée. Quatrième SUjettir; elle eSt OFliee d llltailleS qUl
tombeau. Grandeur réelle. , i i n • i
représentent de belles spirales.
Les revêtements de pommeaux d’épée des figures 43i et 432 ne
sont pas moins magnifiques. Le premier est orné d’une quantité
de cercles concentriques et de spirales en intaille; le second pré-
sente, en intaille aussi, une bordure de jolies petites spirales et
POMMEAUX DE GARDE D’ÉPÉE EN OU. U53
plusieurs cercles concentriques; le dernier de ces cercles à Tinté-
Fig, 430. — Revêlcincut d’or pour le poniaicau d'une garde d’épée. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
rieur a une bordure de spirales en forme de poisson; le centre de
Fig. 431 à 434. — Revêtements d’or pour pomnioa.iN; d’épéo. Quatrième tombeau. Grandeur réelle.
la plaque est rempli d’ornements en forme de fer à cheval. Les
MYCÈNES liîS
354-
LE QUATRIÈME TOMREAU.
objets représentés par les figures 433 et 434 ont servi également
à revêtir des pommeaux d’épée ; le premier est orné de deux
cordes en bordure, le second de cannelures verticales.
Trente-cinq pointes de flèche en obsidienne ont été trouvées
en un seul tas; elles étaient probablement emmanchées de hampes
l iG. 435. — Püiiilcs de fièehc en obsidienne. Qualrièinc tombeau. Grandonr réelle.
en bois et contenues dans un carquois en bois qui aura disparu.
La figure 435 représente les quinze types différents de ces pointes
de flèche. Rien ne peut mieux donner idée de la grande antiquité
de ces tombeaux que la présence de ces pointes de flèche en pierre,
car l’///rtr/c ne semble connaître que les pointes de flèche , en
bronze f On avait probablement aussi déposé des arcs dans ce
tombeau; mais, comme ces objets étaient en bois, ainsi que les car-
]. Voyez par exemple Vlliade, XIII, 650 et 662.
DENTS DE SANGJJED SERVANT D’ORNEMENTS.
:>55
quois et les hampes de déclic, ils seront tombés en poussière.
J’ai recueilli encore soixante-dix dents de sanglier ; le revers de
chacune de ces dents est taillé à plat et percé de deux trous, qui
devaient servir à la fixer sur un autre objet, peut-être sur des
harnachements de chevaux. Mais nous voyons aussi dans VIliade
qu’on en mettait sur les casques soit pour les orner, soit pour
parer les coups f
Il y avait aussi une grande quantité de morceaux plats qua-
drangulaires, taillés dans des dents de sanglier. Ces morceaux
ont de -1 h 2 pouces (0’“,025 à 0"^,()5) de long et de ^ pouce à I de
pouce (0“,01 - — g) de large; ils sont percés à chaque
extrémité d’un trou qui servait à les fixer sur d’autres objets,
peut-être sur des harnachements de chevaux. On ne peut douter
que ces sortes d’objets en os ou en ivoire n’aient servi à l’oriic-
rnentation des harnachements; on semble avoir eu l’habitude de
les teindre avec de la pourpre pour leur donner plus de richesse,
car nous lisons dans VIliade (IV, J 41 -145) : (c Tel est l’ivoire
qu’une femme de Méonie ou de Carie a coloré de pourpre, et qui
doit orner le frontail des coursiers; elle l’étale dans sa dcmeui'e,
joyau convoité par la multitude, mais réservé aux rois ; parure de
l’attelage, honneur du cavalier'b » (Traduction Giguet.) J’ai trouvé
aussi un morceau d’os, plat et pres(iue circulaire; il est percé
d’un trou rond au centre et de six auti’es petits trous; j’ignore à
quoi il pouvait servir.
J’ai recueilli dans le même tombeau deux grandes anses de
cuivre; on reconnaît à des marques non équivoques qu’elles ont été
1. X, 261-265 :
Ô£ Q'. y.'jvi/)v xsaaX^cptv sO/jxsv,
pivoO 7iorrjT‘/^v • TzoÀscriv o’ svxoaôsv [[xa^iv
£VT£TaTO 0-T£p£a)Ç * £yTOCr0£ Ô£ >v£UXo\ OÔOVT-:
àpytooovTo; vbç ôajxk; £'/ov £vOa xat ’£vOa
£'j xai £TCt(TTa[ji,£va)^.
« 11 couvre sa tete d’un casque de peau, doublé do courroies solides, enlouré dos dents blanches
d’un sanglier, rangées de tous côtés avec art. » (Traduction Giguet.)
2. 'Oç ô’ bT£ Ti; t’ £A£cpavTa Y'jvq ootvcxt [atVivr,
Mr,ov'i; r,£ Kâ£ipa 7rapr,Vov £p.[ji£vat î'titcwv •
x£Îxat ô’ £V OaXaixw, tco>v££; T£ giv r^priCravTo
tTC7i:?,£ç çop££cv ' Paa-tXr|t' û£ XEîxai aya)v[xa,
àp.:pÔT£pov, xoa-goç 0’ Tittk.), IXaTTipt T£ xOôoç.
356
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
plaquées d’or ; il est donc probable qu’elles ont appartenu à um
srand vase d’argent.
Outre les cinq grands vases de cuivre trouvés, comme je l’ai déjà
dit, à l’extrémité sud du tombeau, j’en ai découvert cinq autres du
côté est, derrière les têtes des morts, dix autres du côté ouest, à
leurs pieds, et douze à l’extrémité nord, vers laquelle étaient tour-
nées les têtes de deux des morts. Ainsi, le tombeau contenait en
tout trente-deux vases de cuivre, dont quelques-uns, cependant.
Fig, 436. — Grand vase de cuivre. Quatrième tombeau. Au huitième de la grandeur réelle.
étaient en trop mauvais état pour être conservés. Les gravures qui
suivent reproduisent les principaux types de ces vases de cuivre.
La figure 436 représente une grande cruche qui a 1 pied
8 pouces (0''*,50) de profondeur et 1 pied 4 pouces (0'",40) de
diamètre. Elle a deux anses : l’iine verticale, l’autre horizontale ;
l’anse verticale unit le bord au ventre de la cruche; l’anse hori-
zontale est placée à la partie inférieure. Les deux anses sont assu-
jetties au vase par des clous à grande tête plate. Parmi les vases
trouvés dans le quatrième tombeau, il y en ii sept qui ont la
même forme.
La figure 437 représente une autre cruche exactement pareille à
VASES EN CUIVRE.
celle de la figure 436; mais ou n’en peut voir que la partie supé-
rieure, parce que le reste du vase disparaît dans un vase plus grand
et y adhère fortement ; il est probable que c’est le feu du bûcher
funéraire qui a ainsi soudé ces deux vases. Il a été trouvé sept
autres vases semblables à celui où l’autre est enfoncé; ils ont
Fig. 437. — Deux grands vases de cuivre soudes euseiuble. Quatrième tombeau.
Au huitième environ de la grandeur réelle.
deux anses verticales attachées au bord par quatre gros clous à
grande tête plate.
La figure 438 représente un vase large et profond, à trois anses
verticales, assujetties au bord comme les précédentes au moyen de
gros clous ; parmi les vases recueillis, il y en a quatre de ce modèle,
outre deux spécimens de la même forme, mais qui n’ont que deux
anses. La figure 439 représente un grand vase à deux anses verti-
cales. Il en a été trouvé huit ou neuf de la même forme.
Voici d’autres types dont les dessins ne sont pas reproduits ici :
d’abord une bassine ou casserole profonde, avec une seule anse en
358
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
forme de douille où s'enfonçait un manche de bois ; ce vase a
2 pieds (0'“h60) de diamètre ; — une grande chaudière à trois
Fig, 438. — Grand vase de enivre à trois anses, enalricmo toinboan. Au iuiilièmo do la grandeur réelle,
anses verticales, de 2 pieds 6 pouces (0"h75) de diamètre ; les trous
dont le bord du fond est percé prouvent que le fond a été adapté à
Fig. 439, — Grand vase de cuivre à doux anses. Quatrième tombeau. Au^quart de la grandeur réelle#
l’aide de clous. Ce vase est tellement grand, qu’il ne peut avoir servi
qu’à faire chauffer de l’eau pour le bain ; on devrait donc l’appeler
Xsê'/jç loBTpGxoog; seulement, le poète donne toujours trois pieds à
TIlÉPIEnS HOMÉRIQUES.
359
ces vases, quand il a occasion d’en parlée, et les appelle en consé-
quence zpŒovq lozTpG)(^ooçK II y avait aussi un élégant bassin de
cuivre de forme ovale : il avait probablement deux anses aux deux
endroits où le bord est brisé. On n’a trouvé qu’un seul exemplaire
de chacun de ces trois derniers types.
Sur la plupart de ces vaisseaux de cuivre, chaudrons, bassins ou
cruches, il y a des marques qui prouvent jusqu’à l’évidence qu’ils
ont fait nn long service sur la flamme du foyer ; quelques-uns ont
l’air de n’avoir jamais servi.
L’habitude de déposer dans les tombeaux une quantité de chau-
drons ou de grands vases de cuivre remonte à une antiquité recu-
lée. Le musée du Warwakéion à Athènes possède sept urnes funé-
raires en cuivre, avec des couvercles qui tournent sur des
charnières, et qui contenaient les cendres des morts. Pour qu’on
ait trouvé si peu de ces urnes, il faut que les vases de cuivre aient
été bien peu employés en Grèce pour cet usage; mais un fait sans
précédent dans l’histoire des tombes grecques, c’est qu’on y ait
déposé un surcroît de chaudrons de cuivre, simplement pour
honorer les morts. Telle était pourtant la coutume dans l’anti-
quité lapins reculée, comme le prouvent les tombeaux deMycènes,
le tombeau de Gorneto et le tombeau nouvellement découvert de
Palestrina, dont j’aurai occasion de parler plus loin. Des vases de
cuivre, déposés comme ornements dans les tombes, ont été trouvés
dans le cimetière de Hallstatt, en Autriche^, qui appartient cepen-
dant à une époque beaucoup plus récente que les tombes de
Mycènes.
Le trépied de la ligure 440 est un objet du plus haut intérêt. Il a
trois anses, deux horizontales et une verticale, et une sorte de bec
qui est à la droite du spectateur. Le trépied joue un grand rôle dans
les temps homériques. Dans VOiiijssée^ et dans ïl/i(((Ir '% c’est un
présent d’honneur. Dans V Iliade''^, on le donne comme prix dans
1. Iliade, XVIII, 310; Odijssée, VIII, 135.
■2. Voyez Edward Freihcrr yon Sacken, das Gi'abfeld l'on IlaUstatl.
3. XllI, 13; XV, 8i.
4. VIII, 290; IX, 122.
5. XI, 700; XXIII, 2G4., 4-85, 513, 718.
360
LE QUATRIÈME TOMBEAU.
les jeux; c’est un ornement pour les habitations^ ; on s’en sert aussi
pour chauffer l’eau et faire la cuisine^. Quand Homère le fait
servir à cet usage il lui donne l’épithète de siJ.nvpi^^Tr}g.
J’ai recueilli dans ce tombeau une grande quantité de petites
rondelles de cuivre, percées de trous sur les bords, ce qui prouve
qu^on les employait comme ornements, peut-être dans le harna-
Fig, 4i0. — Trépied de cuivre. Quatrième tombeau. Au tiers de la grandeur réelle
chement des chevaux ; j’ai trouvé aussi une anse de vase en
cuivre, plaquée d’or.
J’ai recueilli dans ce tombeau quarante-six épées de bronze plus
ou moins détériorées, quatre lances et six couteaux longs. Je ne
décrirai que les plus remarquables de ces objets. La figure 441
représente une des lances; comme toutes les lances mycéniennes,
elle a une douille où s’enfonçait la hampe; il y a ici, par exception,
. 1. Iliade, XVIII, 373.
2. Odyssée, VIII, 434; Iliade, XVIII, 344.
3. Iliade, XXIII, 702; XXII , 1G4. Dans ce dernier exemple, il est appelé xptTioç, au lieu de
conserver la forme ordinaire xpiTrooc.
ARMES DE BRONZE.
361
un anneau de chaque côté; ces anneaux servaient à assujettir, au
moyen d’une corde, la pointe de la lance à la hampe pour l’empe-
cher de tomber. Gomme je l’ai déjà dit, toutes les lances homé-
riques paraissent avoir eu une
441
442
442 a
douille semblable pour rece-
voir la hampe. A la partie exté-
rieure de la douille, on voit
encore la large tête plate du
clou qui fixait la pointe de la
lance à la hampe.
Parmi les épées, il y^en a dix
qui sont courtes et n’ont qu’un
seul tranchant. Les figures 442
et 442 a représentent deux de
ces épées. Elles se composent
d’un seul morceau de bronze
massif et mesurent, quand elles
sont conservées dans leur en-
tier, de 2 pieds à 2 pieds 3 pouces
(0™,60 à 0"',675) en longueur.
La poignée est trop épaisse pour
avoir reçu une garniture de
bois ; elle a dû servir telle
qu’elle est. L’extrémité forme
un anneau qui servait à sus-
pendre l’épée soit au baudrier
(isXapLwv) , soit au ceinturon
{^(ùGxrip ou ÇcovYî). Comme ces
petites épées ne sont à propre-
ment parler que de longs couteaux, elles représentent évidemment
l’objet désigné par le mot homérique pris dans son accep-
tion primitive L En effet, le mot est dérivé, par une trans-
position de lettres euphonique, de la même racine que Godspri et
1. 4>àcryavov pour açayavov, de la racine crçay. Il y avait aussi un verbe çacryavw, tuer avec
l’épée. (Hesych., Lex., s. v.)
Fig. 441. — Pointe do lance en bronze Qualrièn.o
tombeau. Au cinquième environ de la grandeur
réelle.
Fig. 442 et 442 a. — Petites épées de bronze à un
seul tranchant. Quatrième tombeau. Au trois-
seiziènie environ de la grandeur réelle.
362
lÆ QUATRIÈME TOMBEAU.
(égorger)] par conséquent cette arme doit avoir primitive-
ment servi surtout pour égorger les animaux, peut-être aussi pour
tuer un ennemi dans un combat corps à
corps ; mais peu à peu le mot perdit sa
signification première, et dans Homère il
est absolument synonyme de ^/tpoçet de aop.
J’éprouve quelque embarras à décider
quelle est la nature d’une autre arme h
double tranchant, qui se termine par un
long tube {ocvloç) ; le tube est si étroit, qu’il
ne semble guère possible qu’on ait pu y
introduire la hampe d’une lance; ce serait
donc plutôt, selon moi, une sorte de long
poignard dont le manche serait creux, tout
simplement pour que l’arme soit moins
lourde . La figure 443 est un fragment de lame
d’épée, en bronze, à deux tranchants, dont
l’arête est dentelée des deux côtés ; peut-être
cette dentelure était-elle un simple orne-
ment, peut-être les dents de scie avaient-
elles pour objet de rendre les blessures plus
dangereuses. Une autre arme (fig. 444) est
formée de deux ou trois plaques de bronze,
longues, étroites et épaisses, soudées en-
semble. La partie inférieure est ronde ; dans
l’intérieur on voit une grande quantité de
petits clous de bronze, dont la présence est
aussi difficile à expliquer que l’usage même
de l’arme. A partir du point où finit la fente
inférieure, l’arme est quadrangulaire, mais
elle va en diminuant graduellement d’épais-
seur jusqu’à l’extrémité, qui forme une lame étroite, plate et
acérée. Il y a seize marques de petits clous ou épingles au bord
gauche de la fente inférieure; ce qui m’amène à penser que peut-
être la partie inférieure de l’arme a été assujettie à un manche
Fig. 443 et 444. — Fragment d’une
épée de bronze à deux tran-
chants. Autre arme, qui était
probablement un poignard. Qua-
trième tombeau. Demi-grandeur.
ÉPÉES DE PRONZE.
363
de bois ou d’os et qu’on a pu s’en servir comme d’un poignard. Je
rappellerai ici que le trésor de Troie contenait deux armes de la
même forme, mais composées d’un seul
morceau massif de métaP.
J’ajoute à la liste : une pointe de lance
avec douille pour fixer la hampe, mais
dépourvue des anneaux que l’on voit sur
la lance de la figure 441 ; — un fragment
très-intéressant d’épée à double tran-
chant, dont l’arête forme une saillie très-
remarquable ; — fragment de la lame
d’une courte épée à deux tranchants, où
Ton voit encore des restes du fourreau de
bois; à l’extrémité inférieure, il y a des
deux côtés trois grosses têtes de clous,
rondes et plates en or, qui servaient à
fixer la lame à la garde; — fragments de
trois lames d’épée à deux tranchants,
très-longues, dont deux ont gardé des frag-
ments de leurs fourreaux de bois. La
première a 2 pieds (0"',60) de long, la
seconde 2 pieds | (O"', 75) , la troisième
1 pied 9 pouces (0"^,525) ; mais, quand
elles étaient dans leur entier, chacune
d’elles a eu probablement plus de 3 pieds
(0"h90) de long. On retrouve sur toutes les
trois, des deux côtés de l’extrémité infé-
rieure, les têtes plates des clous qui les
. 1 • f TV * — Epées de bronze
fixaient a la poignee. Dans toutes les trois à deux tranchants et pommeau
. i, . , , . ^ d’épée en albâtre. Quatrième tom-
on voitl arete, qui est proemmente. beau, au sixième de la grandeur
Les figures 445 a, b, c représentent
deux lames d’épée et un pommeau d’épée en albâtre, orné de
deux larges têtes plates de clous en or. J’ai trouvé à Troie des
1. Voyez Y Atlas des Antiquités troijennes, pl. 193, fig. 3495; et pl. !20I, fig. 3000 b.
364 LE QUATRIÈME TOMBEAU.
pommeaux d’albâtre absolument semblables, mais sans clous
d’or; je ne savais pas alors qu’ils provenaient de gardes d’épée,
et je m’imaginais qu’ils avaient pu servir de boutons de portes
ou de pommes de canneb La lame d’épée à deux tranchants
(fig. 445 a), à la pointe de laquelle
adhèrent encore des fragments du four-
xeau de bois, a 2 pieds 7 pouces (0"b775)
de long. Des deux côtés de son extré-
mité inférieure on voit les quatre clous
de bronze à tête plate qui la fixaient
à la garde. L’extrémité inférieure de la
lame d’épée de la figure 445 c est ornée
de trois têtes plates de clous d’or de
chaque côté.
Je citerai en outre : un long couteau,
qui a encore une partie de son manche
en os, dont l’extrémité avait dû évidem-
ment être recourbée ; — la lame d’une
courte épée à deux tranchants, ornée de
chaque côté de son extrémité inférieure
de quatre têtes plates de clous d’or
(fig. 446) ; une plaque d’or s’étend sur
tout le milieu de la lame, des deux côtés,
et des débris du fourreau de bois sont
encore visibles au milieu et à l’extré-
mité ; — les fragments de quatre lames
d’épée à deux tranchants. L’arête d’une
de ces épées est découpée en dents de
scie tout du long. L’extrémité inférieure
d’une autre est, des deux côtés, plaquée
d’or et ornée de trois larges têtes de
clous en or; on distingue très-bien la partie plaquée d’or. La
figure 447 représente un des nombreux pommeaux d’épée en
Fig. 446. — Épée de bronze à deux
tranchants. Quatrième tombeau. Demi-
grandeur.
1. Voyez V Atlas des Antiquités troijennes, pl. 199, fig. 2158 et 2171.
ÉPÉES MYCÉNIENNES EN FORME RE RAPIÈRES.
365
albalre, tous décorés de deux clous en or. Les figures 448 et 449
sont des lames d’épée, dont la plus longue (fig. 448) est très-bien
conservée; elle a 2 pieds 10 pouces (0"',85) de long. La figure 449
a conservé un morceau de sa garde, qui était plaquée d’or et
418
assujettie à l’aide de clous d’or; tout le
long de la lame on voit des lignes verti-
cales en intaille qui rehaussent la beauté
de l’arme.
Un autre fragment qui provient d’une
grande et belle épée de bronze est plaqué
d’or dans toute sa longueur; la garde, qui
est aussi recouverte d’une épaisse plaque
d’or, est ornée de magnifiques intailles.
Mais elle a tant souffert du feu du bûcher,
elle est tellement défigurée par la fumée
et les cendres, que l’ornementation n’est
pas visible sur la photographie ; je n’en
puis donc donner ici la gravure.
Je ferai observer au lecteur combien
toutes les épées mycéniennes sont étroites
et combien en même temps la plupart
d’entre elles sont longues , puisqu’elles
semblent le plus souvent avoir dépassé
une longueur de 3 pieds (0'",90) ; tandis
qu’elles ne sont pas généralement plus
larges que nos rapières. Autant que je
sache, on n’a encore jamais trouvé d’épées
de ce modèle.
Voici une remarque très-juste de M. New-
ton à propos de ces épées mycéniennes : ce L’arête ou filet de ces
épées forme au centre de la lame un relief assez considérable pour
faire penser que cette arme servait, comme la rapière, uiiiquemeiit
à pointer. >
Avec quelques-unes des épées, j’ai trouvé des Iraces d’une toile
d’un beau tissu, dont quelques parcelles adhéraient encore aux
Fig. 447 à 449. — Deux opoes de
bronze et un pommeau d’epc'e en
albâtre. Quatrième tombeau. Au
huitième environ de la grandeur
réelle.
366
ÎÆ QUATRIÈME TOMBEAU.
lames ; on peut donc affirmer que beaucoup de ces épées avaient
des fourreaux de toile.
J’ai recueilli en outre dans ce tombeau une grande quantité
d’écailles d’huîtres, et beaucoup d’huîtres qui n’avaient pas été
ouvertes : d’où je conclus qu’à Mycènes, comme dans l’ancienne
Égypte, l’habitude de déposer de la nourriture pour les morts, dans
leurs tombeaux, fai sait partie des rites funéraires. Il y avait dans ce
tombeau aussi bien que dans les autres une grande quantité de
poterie brisée. A ce sujet, M. Panagiotès Eustratiadès, directeur
général des antiquités en Grèce, m’a rappelé l’usage, encore
répandu en Grèce, de briser des vases remplis d’eau sur les tom-
beaux des amis que l’on a perdus. M. Eustratiadès m’a encore fait
savoir que les chaudrons et les vases de cuivre avaient été la
grande parure des maisons, non-seulement dans l’antiquité, mais
encore pendant tout le moyen âge et jusqu’à l’époque de la révo-
lution grecque. Voilà un fait admis ; mais, excepté dans les tom-
beaux de Mycènes et dans ceux du cimetière d’Hallstatt, de Corneto
et de Palestrina, on n’a pas encore trouvé d’exemple qui prouve
que ces objets aient aussi servi d’ornements à la demeure des morts.
L’anse d’un vase de terre cuite façonné à la main attira surtout
mon attention, à cause des six trous dont elle était percée;
l’iin de ces trous était assez large pour qu’on y pût passer une
attache ; on s’en servait peut-être pour suspendre le vase ; mais
les cinq autres trous étaient trop étroits pour donner passage
même au fd le plus mince; donc on ne s’en servait pas pour
suspendre le vase; peut-être y plaçait-on simplement des fleurs,
comme ornements.
Quant aux ossements des cinq corps de ce tombeau et de ceux
qui ont été trouvés dans les autres, j’ai recueilli tous ceux qui
n’étaient pas en trop mauvais état; ils seront exposés avec les
trésors au Musée national d’Athènes. Naturellement on placera
ensemble les objets trouvés dans chaque tombeau, et l’on formera
ainsi des groupes séparés. Je ne mets ici sous les yeux du lecteur
que la mâchoire la mieux conservée (fi g. 450) ; elle a encore treize
dents en bon état de conservation ; il n’en manque que trois.
OSSEMENTS TROUVÉS DANS LES TOMBES. 3(37
J’ai recueilli encore deux vases d’albâtre brisés en morceaux, un
piédestal d’albâtre sur lequel on plaçait des vases et une grande
quantité de fragments provenant d’une poterie façonnée â la main
ou d’une très-ancienne poterie faite au tour. A la première caté-
gorie appartient un vase dont la surface est très-brillante pour
avoir été polie â la main. Il a eu deux anses, mais il ne s’en est
Fig. 450. — Mâchoire humaine. Quatrième tombeau. Aux trois quarts de la grandeur réelle.
conservé qu’une. Un autre vase est un beau spécimen de l’ancienne
poterie mycénienne faite au tour. Il a quatre anses et porte sur
un fond jaune clair une décoration d’nn rouge foncé qui repré-
sente des spirales, des bandes circulaires et des cercles avec un
réseau de lignes.
Dans ce tombeau, comme dans les quatre autres, on a trouvé des
fragments de cette espèce de coupe en terre cuile, donl la forme
s’était conservée sans altération â Mycèiies pendant plus de mille
3G8 \Æ QUATRIÈME TOMBEAU.
ans. La couleur seule et le mode de fabrication variaient. En effet,
tandis que dans les tombeaux elle est d’un vert clair avec une belle
décoration de spirales en noir, nous la trouvons plus tard, tou-
jours avec une couleur d’un vert clair, mais sans ornementation ;
dans les deux cas, elle est toujours modelée à la main. A une
époque plus récente, elle a une couleur uniforme d’un rouge foncé
très-brillant, sans ornements, ou bien le fond est d’un jaune
clair, avec une décoration de bandes de couleur noire ou d’un
rouge foncé, comme on le voit dans quelques-unes de nos gravures
précédentes*. Enfin, dans des temps encore plus rapprochés, ces
coupes n’ont plus d’autre couleur que la teinte jaunâtre ou blanche
de l’argile elle-même^. On a dû se servir à Mycènes de ces sortes
de gobelets pendant de longs siècles et jusqu’à la prise de la cité,
parce qu’on en trouve les fragments par quantités énormes; j’aurais
pu, comme échantillons, recueillir par milliers les pieds de ces
coupes. Nous avons aussi quantité de coupes de ce même modèle
en or, semblables à celle que représentent les figures 343 et 528.
iV Troie j’ai retrouvé exactement le même modèle dans la première
et la plus ancienne des cités préhistoriques, à une profondeur
d’environ 50 pieds (15 mètres)^.
Comme spécimen du seul autre type de coupe en terre cuite, je
citerai au lecteur celle qui a déjà été citée comme ayant été décou-
verte dans le premier tombeau L C’est la partie inférieure d’une
grande coupe d’un noir brillant, avec un pied creux orné au milieu
de cannelures horizontales. Mais il a été aussi trouvé des frag-
ments de cette espèce de coupes dans les quatre autres tombeaux.
Rarement on les trouve ailleurs que dans les tombeaux; en tout
autre endroit, on ne les rencontre que clair-semées et dans les
couches inférieures. Mais je l’ai rencontrée dans les ruines de la
plus ancienne cité préhistorique de Troie.
Dans ce quatrième tombeau on a recueilli deux pierres à aiguiser
1. Voyez les figures 84, 88.
2. Figure 83.
3. Voyez mon Atlas des Antiquités troyennes, pl. 105, fîg. 231 1
4. Voyez la figure 230.
DRAGON EN OR AVEC ÉCAILLES DE CRISTAL.
309
d'un grès lin et dur. Toutes les deux ont, à leur extrémité, un trou
par où l’on passait l’attache pour les suspendre.
Je dois ajouter à la liste des objets recueillis dans le quatrième
tombeau un beau cylindre d’or(fig. 451) et une magnifique poignée
en or qui se termine en tête de dragon (fig. 452). Il est certain que
ces deux fragments proviennent du même objet, (|ui était peut-être
Fig. 451 et 45!2. — Cylindre d’ur cl dragon d’or avec incmslation de cristal de roche, provenant
probablement d’une poigne'e de sceptre. Quatrième tombeau. Aux trois quarts de la grandeur réelle.
la poignée d’un sceptre ou d’un bâton augurai ou de quelque autre
insigne aussi important; en effet, ce sont les seuls objets que j’aie
trouvés, parmi les antiquités de Mycènes, où l’or soit incrusté d’une
sorte de mosaïque de cristal de roche. Examinons d’abord le
cylindre d’or (fig. 451) ; il se compose de fleurs à quatre pétales,
qui se touchent par leurs pointes. Gbacun des pétales est formé
d’un morceau oblong de cristal de roche, enchâssé dans un
creux également oblong et de peu de profondeur, où il s’adapte
parfaitement. Dans l’entre-deux des fleurs, il y a des espaces carrés,
dont les côtés forment des lignes courbes et qui sont garnis, eux
MYCÈNES.
370
lÆ QUATIUEME TOMBEAU.
aussi, de morceaux de cristal parfaitement ajustés. Dans la gravure
que le lecteur a sous les yeux, un seul de ces morceaux de cristal
est en place et visible au milieu du côté droit du cylindre; les
autres morceaux, conservés pour la plupart, seront replacés aussitôt
que la Société archéologique d’Athènes sera en mesure d’exposer
sous les yeux du public la collection mycénienne.
L’aspect du cylindre, lorsque tous les morceaux de cristal étaient
en place, devait être d’une merveilleuse beauté. La poignée d’or
à tête de dragon (fig. 452), qui appartient au cylindre, est creuse et
contient encore des fragments du bois sur lequel elle était montée.
On distingue très-nettement la tête du dragon, avec ses grands
yeux, dont un seul est visible dans la gravure, et sa gueule ouverte.
Les écailles ont été imitées, avec une rare perfection, à l’aide de
petits morceaux de cristal si habilement taillés, si adroitement
enchâssés dans l’or, que jusqu’ici il ne s’en est encore détaché
qu’un seul. Cela est d’autant plus surprenant, que la poignée porte
des traces visibles du feu auquel elle a été exposée sur le bûcher
funéraire. Si Homère avait vu cette merveilleuse poignée quand
elle était dans son entier, il l’aurait sans aucun doute attribuée
k la main ingénieuse d’Hèphaïstos et aurait exprimé son admi-
ration pour une si belle œuvre par l’expression , Oc^.viia
« merveille k contempler )).
r
Fig. 474. — Masque d’or massif du mort placé à l’extrémité sud du cinquième tombeau
Au tiers environ de la grandeur réelle.
CHAPITRE IX
LE CINQUIÈME TOMBEAU; LES FOUILLES REPRISES DANS LE PREMIER.
Après de longs siècles, il y a de nouveau une garnison et des feux de bivouac sur Facropole de
Mycènes. — Exploration du cinquième tombeau. — Ses stèles funéraires. — Description
du tombeau. — 11 ne contient qu’un seul corps. — Diadème d’or et autres objets trouvés
dans ce tombeau. — Vases de terre cuite modelés à la main; l’iin d’eux est orné de mamelles
de femme, comme les vases préhistoriques de Santorin et^de Troie. — Poterie faite au tour.
— Achèvement des fouilles du premier tombeau. — Sa position et sa construction. — Il
contient trois corps; celui du milieu a été dérangé et dépouillé de ses ornements. — Grande
taille des corps. — Masque d’or et état du premier des cadavres. — Merveilleuse conser-
vation du troisième. — Son lourd tuasque d’or, sa face, ses dents. — Description du corps.
— Étal singulier où l’a réduit la compression. — Cuirasse d’or et feuilles d'or sur le front,
les yeux et la poitrine. — Émotion causée par cette découverte. — Mesures prises pour
êonserver et enlever ce corps. — Son baudrier, son épée de bronze avec ornement de
cristal, et disques d’or pour le fourreau; tous ces objets ont été faits spécialement pour
servir d’ornements funéraires et non pour être employés aux usages ordinaires. — Description
des cuirasses d’or de ce corps et du premier. — Épées de bronze magnifiquement ornées,
et autres objets trouvés avec le troisième corps. — Feuilles d’or décorées d'ornements, peigne
37*2
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
de bois et épées de bronze trouvés avec le second corps. — Amas considérable de débris
d’épées de bronze, avec des couteaux et des lances. — Autres armes, généralement brisées. —
Perles d’ambre et d’or, et différents objets d’or et d’argent. — Vase d’albâtre. — Admirables
plaques d’or. — Les deux masques d’or massif de la première tombe. — La perfection du
travail dénote une école d’artistes en possession d’une longue tradition. — Plusieurs grandes
coupes d’or et d’argent. — Objets trouvés dans ce tombeau. — Vase d’argent, plaqué de
cuivre sur l’argent et d’or sur le cuivre. — Coupe à boire en albâtre. — Plaques d’or en
forme de doubles aigles, etc. — Fragments de vases d’argent ; l’un d’eux a un orifice et une
anse en or. — Plaque d’or richement décorée, qui recouvre un cylindre de bois carbonisé.
— Centaines de plaques de boutons en or, grandes et petites, avec des ornements variés. —
Nouveaux types. — Plaques d’or, rubans et ornements de jambières. — Tubes et boutons en
os ; à quoi ils servaient probablement. — Plaque d’ivoire et objet curieux en porcelaine
égyptienne vernie. — Poterie faite à la main et au tour. — Sept grands vaisseaux de cuivre,
chaudrons et cruches. — Boîte quadrangulaire en bois, avec des reliefs très-intéressants.
Mycènes, 6 décembre 1876.
Pour la première fois depuis la prise de Mycènes par les Argiens
en 468 avant Jésus-Christ, par conséquent pour la première fois
depuis deux mille trois cent quarante-quatre ans, l’acropole de
Mycènes a une garnison dont les feux de bivouac, aperçus pendant
la nuit de tous les points de la plaine d’Argos, rappellent à l’ima-
gination l’homme de garde qui guettait l’arrivée d’Agamemnon
à son retour de Troie, et le signal qui avertit de son approche
Clytemnestre et son amant h Mais cette fois l’objet de cette occu-
pation militaire est d’un caractère plus pacifique, car elle est
destinée tout simplement h tenir les paysans en respect et à les
empêcher soit de pratiquer des fouilles clandestines dans les tom-
beaux, soit d’en approcher quand nous sommes au travail.
Tout en m’occupant des fouilles du quatrième grand tombeau,
dont j’ai fait connaître les résultats, j’ai exploré le cinquième et
dernier tombeau, qui est immédiatement au nord-ouest du quatrième
(voy. les plans B et C, et l’ichnographie, pl. VI). Ce tombeau est
celui dont l’emplacement était marqué par la grande stèle, ornée
defrettes ou méandres sculptés, en forme de serpents, et par une
seconde stèle sans sculptures. Ces deux stèles avaient été trouvées
à 11 pieds 8 pouces (3'", 50) au-dessous de la surface du sol, dans
l’état où il se trouvait quand j’ai commencé mes travaux. A une
profondeur de 10 pieds (3 mètres) au-dessous des deux stèles funé-
. Voyez la première scène de VAgamemnon d’Eschyle.
UN SEUL CORPS DANS CE TOMBEAU. 373
raires, par conséquent à 21 pieds 8 pouces (6"\50) au-dessous
de la surface primitive du sol, j’ai trouvé deux stèles sans sculp-
tures, évidemment de beaucoup plus anciennes que les précé-
dentes. A 3 pieds 4 pouces (1 mètre) seulement au-dessous des
dernières stèles, j’ai découvert un tombeau de il pieds 6 pouces
(3"\45) de long sur 9 pieds 8 pouces (2™, 90) de large, qui avait été
taillé dans le rocher calcaire à 2 pieds de profondeur seulement;
de sorte que le fond de ce tombeau est à 27 pieds (8"", 10) au-des-
sous de la surface du sol. Il différait des tombeaux précédents en
ce que les quatre côtés intérieurs n’étaient point revêtus de murs,
mais simplement de gros morceaux de schiste, qui étaient posés
obliquement le long du rebord peu élevé de la tombe et n’étaient
point joints avec de l’argile.
Le fond du tombeau, comme d’habitude, était recouvert d’un
lit de cailloux sur lequel j’ai trouvé les restes mortels d’un seul
personnage, dont la tête était orientée à l’est; comme les corps
des autres tombeaux, il avait été brûlé à la place même où il repo-
sait. En effet, les cailloux étaient calcinés sous le corps et à côté
de lui; le corps lui-même était couvert de cendres qui n’avaient
point été dérangées de leur place ; enfin le feu du bûcher avait
laissé des traces sur les parois du tombeau. Autour du crâne, qui
était malheureusement trop fragile pour être conservé, j’ai trouvé
un diadème d’or, semblable à ceux qu’on a déjà vus plus haut.
L’ornementation, au repoussé, représente, au milieu du diadème,
trois cercles en forme de boucliers, avec des fleurs et une roue en
mouvement; le reste de l’espace est rempli par de belles spirales.
A la droite du corps j’ai trouvé une pointe de lance, avec un anneau
de chaque côté, et semblable à celle qui a été représentée plus
haut^; deux petites épées de bronze et deux longs couteaux du
même métal. A sa gauche a été trouvée la coupe d’or représentée
par la figure 453. Elle n’a qu’une anse ; l’ornementation, travaillée
au repoussé, se compose de quatre bandes horizontales réunies deux
par deux; ces bandes sont décorées de traits obliques, qui conver-
1. Voypz la figure 441.
374
JÆ CINQUIÈME TOMBEAU.
gent vers la ligne de séparation des bandes et forment à cet
endroit des angles ou coins. L’ensemble de deux bandes donne une
décoration en arêtes de poisson. Pour rehausser l’effet des doubles
bandes en y introduisant un nouvel élément de variété, l’artiste a
tourné les angles ou coins de chacune des doubles bandes dans une
direction opposée à ceux de l’autre bande. Toute la partie supé-
rieure est décorée d’une série d’arcatures ogivales, dont les
Fig. 453. — Coupe d’or richement décorée. Cinquième tombeau. Au neuf-dixième de la grandeur réelle.
colonnes sont ornées de neuf traits horizontaux. L’anse est fixée
par quatre clous au bord et au corps de la coupe. Avec les épées,
j’ai trouvé de petits morceaux de toile d’un beau tissu, qui pro-
viennent, sans aucun doute, des fourreaux de ces épées.
Dans le même tombeau , j’ai recueilli un vase d’un vert clair,
brisé en morceaux; ce vase, qui a 6 pouces | (0"bl6 l) de haut, est
en porcelaine égyptienne; il est décoré de deux rangées de bosses
d’un certain relief; il y a trois bosses à chaque rangée. J’ai trouvé
aussi des fragments provenant d’un vase en terre cuite, d’un rouge
clair, décoré de spirales noires et de deux mamelles de femme
entourées de cercles formés de traits noirs. Le professeur Landerer,
VASE PAllEIL A CEUX DE THÈRA.
qui a examiné et analysé un fragment du premier de ces deux vases,
ni’écrit que la porcelaine en est très-calcaire et qu’on l’appelle-
rait en minéralogie Thonmergel-schiefer (schiste de marne argi-
leuse); que les bords, examinés au microscope solaire, laissent
apercevoir un vernis doré et argenté, produit par un vernis de
plomb dont le vase avait été recouvert, et qui par la cuisson avait
pénétré dans la pâte.
A propos du vase orné de deux mamelles de femme, je rap-
pellerai que des vases semblables ont été découverts dans les îles
de Thèra (Santorin) et de Thèrasia. On les a retirés des ruines de
deux cités préhistoriques dont j’ai déjà parlé. Ces villes avaient été
ensevelies par une éruption du grand volcan central qui, d’après
les géologues les plus autorisés, se serait effondré et aurait disparu
vers 1700 ou 1800 avant Jésus-Christ. On en rencontre aussi beau-
coup de pareils dans les ruines de Troie; ces derniers, cependant,
outre les deux mamelles de femme, portent aussi un nombril et une
tête de chouette b
Ce tombeau contenait encore, outre une masse de fragments de
poterie façonnée à la main, des fragments d’une belle poterie
fabriquée au tour, décorés de plantes contournées en spirales, et
d’autres fragments encore où l’on voit, sur fond jaune clair,
une magnifique décoration de spirales d’un rouge foncé.
Comme le beau temps avait séché la boue dans premier tom-
beau, celui dont l’emplacement était marqué par les trois stèles
ornées de bas-reliefs, j’ai pu reprendre les fouilles commencées
et arriver enfin au fond de ce tombeau, qui a été creusé dans
le roc à une profondeur de 17 pieds | du côté nord et de
17 pieds (b”b lO) du côté sud-est. Mais, à partir de ces deux points,
la pente du rocher est si rapide que, bien que la largeur de l’ouver-
ture du tombeau ne dépasse pas 10 pieds 10 pouces (3"\'2b), il a
suffi, pour la plus grande partie du côté ouest, de creuser le roc à
une profondeur de il pieds (3'”, 30) pour atteindre le niveau du
fond. Ce côté est proche du mur cyclopéen qui supporte les deux
cercles parallèles de dalles calcaires qui forment la clôture et les
1. Voyez V Atlas des Antiquités troijennes, pl. 51, fig. 1275; pl. 59, fig. 1355 et 1360.
376
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
bancs de l’agora et s’élèvent juste dans la verticale au-dessus
du tombeau (voy. les plans B et C). Pour toutes ces raisons, je
m’étais imaginé, en commençant à fouiller ce tombeau, que le mur
cyclopéen devait le traverser à l’angle nord-ouest. Mais, en étayant
avec des planches et des poutres la terre et les pierres qui adhèrent
au mur et surplombent l’angle nord-ouest du tombeau , je suis
parvenu à le déblayer dans toute sa longueur, et les visiteurs con-
stateront que le mur ne coupe pas le tombeau, mais qu’il en effleure
simplement le bord à l’angle nord-ouest.
La longueur du tombeau est de 21 pieds 6 pouces (6"", 45) ; sa
largeur, au fond, est de ii pieds 6 pouces (3‘'b45) ; elle excède donc
de 8 pouces (0’",20) celle de rouverture. Les quatre parois laté-
rales étaient bordées d’un mur cyclopéen de 3 pieds (0’",90) de
haut sur 2 pieds (0"b60) de large; ce premier mur était recouvert
d’un second mur incliné, formé de plaques de schiste maçonnées
avec de la terre glaise, haut de 6 pieds l (1™,95) et faisant dans
toutes ses parties une saillie de 1 pied (0"’,30) sur le mur cyclo-
péen; la saillie des deux murs réunis était donc de 3 pieds
(0"',90) au fond du tombeau. Le fond était couvert, suivant l’usage,
d’un lit de cailloux qui formaient cependant une couche moins
régulière que dans les autres tombeaux, car il y avait des endroits
où les cailloux faisaient complètement défaut. Je m’étais même
figuré d’abord, à cause de cette circonstance, qu’il n’y avait pas de
lit de cailloux dans ce tombeau. Mais, en y regardant de près, j’ai
vu qu’il y en avait un, et meme que, sous les corps, il était abso-
lument aussi régulier que dans les autres. Cette circonstance
semble prouver une fois de plus que les lits de cailloux n’avaient
pas d’autre destination que de favoriser la circulation de l’air
sous les bûchers.
Les trois corps que contenait ce tombeau étaient couchés à
3 pieds (0'",90) environ l’un de l’autre et avaient été brûlés à
l’endroit même oû ils reposaient. Tl m’était impossible d’en douter
en voyant les traces du feu sur les cailloux et sur le rocher, au-
dessous des corps et tout autour, sur les parois à droite et à gau-
che, et en constatant que les cendres n’avaient pas été remuées.
TROIS AUTRES CORRS DANS CE TOMBEAU. 377
Cependant cette dernière assertion serait inexacte en ce qui con-
cerne le corps du milieu. Les cendres avaient certainement été
dérangées; l’argile qui recouvre les deux autres corps et leurs
ornements, et le second lit de cailloux qui ‘recouvre l’argile avaient
été écartés de ce corps. D’autre part, comme il a été trouvé presque
sans aucun ornement d’or, il est évident qu’il avait été dépouillé de
ceux qui servaient à le parer. Cette opinion est confirmée par ce
fait que douze boutons d’or, des petites plaques d’or et un grand
nombre de petits objets en os ont été découverts pêle-mêle avec
de petites quantités de cendres noires, à différentes profondeurs
au-dessous des trois stèles sculptées qui ornaient ce tombeau. Elle
est corroborée par cette circonstance que des fragments de la
poterie mycénienne en usage à une époque postérieure étaient
mêlés dans ce tombeau avec des vases très-anciens, façonnés à la
main ou au tour. Probablement quelqu’un aura creusé un puits
pour explorer le tombeau; il aura rencontré le corps en question
et l’aura dépouillé à la bâte ; craignant d’être surpris, il aura
emporté son butin avec une telle précipitation, qu’il ne songea
qu’aux ornements d’or massif, comme le masque, le plastron, les
diadèmes, et aux épées de bronze. En remontant à la surface du
sol, il aura laissé tomber beaucoup de menus objets, comme les
douze boutons d’or, etc., que j’ai trouvés à différentes profondeurs
dans le travail des fouilles. Il n’est guère douteux que ce vol n’ait
été commis avant la prise de Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.),
car, s’il avait eu lieu pendant que la dernière cité grecque s’élevait
sur le monceau de ruines préhistoriques, j’aurais aussi rencontré
des fragments de poterie grecque dans ce tombeau, et je ifen ai
pas trouvé trace.
Les trois corps de ce tombeau étaient étendus, la tête à l’est et les
pieds à l’ouest. Tous les trois étaient de grande taille, et il semble
qu’on ait été obligé d’employer la violence pour les faire entrer dans
l’étroit espace de 5 pieds 6 pouces (l'“,b5) qu’on leur avait ménagé
entre les murs intérieurs. Les os des jambes, qui sont bien conser-
vés, sont d’une grandeur extraordinaire. Quoique la tête du pre-
mier personnage, à partir du côté sud, fût recouverte d'un masque
378
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
d’or massif, le crâne tomba en poussière au contact de l’air; je n’ai
pu recueillir que quelques os, outre ceux des jambes. Il en a été
de même pour le second corps, celui qui avait été dépouillé dans
l’antiquité.
Le troisième corps, au contraire, celui qui était couché à l’extré-
mité nord du tombeau, avait encore la figure avec tout son relief 'et
toute sa chair, qui s’était merveilleusement conservée sous son
pesant masque d’or. Il n’y ayait plus trace de cheveux, de barbe,
de cils ni de sourcils, mais les yeux étaient parfaitement visibles; à
cause du poids énorme qui avait comprimé la figure, la bouche
était grande ouverte et montrait trente-deux belles dents. Examen
fait de ces dents, tous les médecins qui sont venus voir le corps
ont conclu que l’homme ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans
lorsqu’il est mort. Le nez avait complètement disparu. Gomme
l’espace laissé entre les murs intérieurs était insuffisant, la tête
avait été pressée contre la poitrine avec tant de violence, que la
ligne supérieure des épaules se trouvait de niveau avec le sommet
de la tête. Malgré le grand plastron d’or, il s’était conservé si peu
de chose de la poitrine, que l’on voyait en plusieurs endroits la
partie intérieure de l’épine dorsale. Comprimé et mutilé comme il
l’était, ce corps ne mesurait que 2 pieds 4 pouces I (0^,7i
depuis le sommet de la tête jusqu’à la naissance des reins; la
largeur des épaules ne dépassait pas 1 pied i pouce I (0"',33) et la
largeur de la poitrine 1 pied 3 pouces (0™,37|); mais la grandeur
des fémurs ne laisse aucun doute sur les proportions réelles de ce
corps. La pression des pierres et des débris avait été telle, que le
corps avait été réduit à une épaisseur qui varie de 1 pouce à
1 pouce I (0™,02 1 à 0™,03 l) . Pour la couleur, ce corps ressemblait
beaucoup à une momie égyptienne. Le front était orné d’une
feuille d’or ronde, sans ornements ; une feuille encore plus grande
était appliquée sur l’œil droit. J’ai remarqué encore une grande et
une petite feuille d’or sur la poitrine, par-dessous le grand plas-
tron d’or ; il y en avait encore une grande juste au-dessus de la
cuisse droite.
Le bruit s’étant répandu avec une rapidité incroyable à travers
UN CORPS HUMAIN RIEN CÛNSERVt
379
toute TArgolide que l’on venait de découvrir, chargé d’ornements
d’or, le corps assez bien conservé d’un homme des âges fabuleux et
héroïques, les curieux affluèrent par milliers d’Argos, de Nauplie
et des villages pour voir cette merveille. Mais, comme personne
n’était en état de donner conseil sur la meilleure manière de con-
Fig. 454. — Partie supérieure d’un corps trouvé dans le premier tombeau. D’après une peinture
à l’huile, exécutée immédiatement après la découverte.
server le corps, j’envoyai chercher un peintre pour en garder
du moins un portrait à l’huile, car je craignais de voir ces restes
tomber en poussière. Je puis donc donner une image fidèle de ce
corps, dans l’état où il se trouvait après avoir été dépouillé de ses
ornements d’or. Mais, à ma grande joie, le corps résista pendant
deux jours au contact de l’air; au bout de ces deux jours un phar-
macien d’Argos, nommé Spiridon Nicolaou, le rendit dur et solide
380 -LE CINQUIÈME TOMBEAU.
en \ersant dessus de l’alcool dans lequel il avait fait dissoudre de
la sandaraque.
Gomme on ne voyait pas de cailloux sous le corps, on supposa
qu’il serait possible de l’enlever sur une plaque de fer; on recon-
nut bien vite qu’on s’était trompé, que le corps était couché,
comme tous les autres, sur un lit de cailloux. Mais, comme tous ces
cailloux, à cause de la masse énorme qui avait pesé sur eux pen-
dant des siècles, avaient pénétré plus ou moins profondément dans
la roche tendre, tous les efforts que l’on fit pour passer une plaque
de fer par-dessous afin de les enlever avec le corps échouèrent
complètement. Il ne restait d’autre alternative que de tailler
une petite tranchée dans le rocher tout autour du corps, de pra-
tiquer une section horizontale, de manière à détacher une dalle de
2 pouces (0™,05) d’épaisseur, d’enlever la dalle avec le corps et les
cailloux, de placer le tout sur une planche épaisse, de construire
autour de cette planche une caisse solide et d’expédier la caisse
au village de Charvati, d’où elle sera envoyée à Athènes aussitôt
que la Société archéologique aura un local convenable pour les
antiquités mycéniennes. Avec les misérables outils que nous avions
sous la main, ce ne fut pas une tâche facile que de détacher la
dalle horizontale du rocher; mais ce fut une entreprise bien plus
difficile encore d’amener la caisse et son contenu du fond de
cette fosse profonde à la surface du sol, et de la faire transporter
sur les épaules de nos hommes jusqu’à Charvati, qui est à plus
d’un mille de distance. Cependant l’intérêt capital qu’avait pour la
science ce corps contemporain de l’antiquité héroïque, et l’espoir
mélangé d’inquiétude que nous avions de le conserver nous a fait
passer légèrement sur toutes les difficultés d’un pareil travail h
Ce corps, aujourd’hui presque momifié, était paré d’un baudrier
d’or (T£Xap.«v) de 4 pieds (l™,20j de long et de 1 pouce | (0‘", 04 |)
de large. Ce baudrier, pour une raison ou pour une autre, n’était
pas à sa place , car il traversait le bas des reins et s’étendait en
1. Je me fais un devoir de constater ici que la Société archéologique d’Athènes s’est donné
toute la peine et a pris à sa charge toutes les dépenses nécessaires pour momifier le corps de
façon à le rendre dur et solide, pour le faire hisser du fond du tombeau et pour le faire trans-
porter à Charvati. Je n’ai eu de ce chef ni démarches ni dépenses à faire.
UN BAUDRIER RIEN CONSERVÉ.
381
ligne droite à une assez grande distance du corps, à sa droite. Au
milieu de ce baudrier est suspendu et solidement fixé le fragment
d’une épée de bronze à double tranchant (fig. 455); à ce frag-
ment d’épée adhérait par hasard un objet en cristal de roche,
Fig. 455. — Baudrier d’or (-ce^aixwv), avec ua fragment d’épée à deux tranchants. Premier tombeau.
Au quart de la grandeur réelle.
d’un beau poli, percé, ayant la forme d’une cruche {niOo:;) et orné
de deux anses d’argent. Il est traversé dans tonte sa longueur par
une épingle d’argent. Ce petit objet s’est malheurensement détaché
quand on a transporté le trésor de Cdiarvati à Athènes ; je le repré-
sente donc à part (fig. 456). Avec le baudrier et la petite cruche
de cristal on a trouvé un autre petit objet en cristal de roche
(fig. 457), qui a la forme d’un entonnoir. A l’extrémité du baudrier.
38:2
LE CINQUIEME TOMLEAÜ.
à la gauche du spectateur, on distingue deux trous; il y a eu pro-
bablement un fermoir à l’autre extrémité, car on n’y voit pas de
trous; sur le fragment d’épée, on remarque un de ces petits disques
en forme de boucliers ou de boutons d’or, avec décoration au
repoussé, qui ornaient les fourreaux
d’épée en fdes continues, et dont le dia-
mètre variait avec la largeur du four-
reau. Celui que nous avons sous les
yeux est divisé par trois cercles concen-
triques en trois compartiments ou ban-
des circulaires. Celle du milieu et celle
du bord portent des ornements qui
ressemblent à des fers à cheval. Il suffit
de jeter un coup d’œil sur ce baudrier
pour voir qu’il est beaucoup trop mince et trop fragile pour avoir
servi réellement. D’ailleurs je suis certain que jamais guerrier n’a
marché au combat avec une épée sur le fourreau de bois de
laquelle les rangées de plaques d’or auraient été simplement col-
lées. Aussi pouvons-nous considérer comme
certain qu’une grande partie de ces orne-
ments d’or a été fabriquée exprès pour servir
aux cérémonies funéraires. Avec les objets
précédents j’ai trouvé aussi un disque d’al-
bâtre sur lequel on plaçait un vase.
Fig. 457. - Objet de cristal de La cuirasse d’or massif de ce même corps
roche, en forme d’entonnoir. , , . ,
Premier tombeau. Grandeur CSt tOUt UUic ; d CSt dOnC inUtllc d Cn doil-
ner un dessin. Elle a 15 pouces | (0’'’,39) de
long et 9 pouces I (O"", 23 de large ; elle n’a pour toute ornemen-
tation que deux mamelles en relief que l’on distingue aisément;
elles ne sont pas, il est vrai, à leur place naturelle, mais rejetées
vers la droite du spectateur. Puisque je parle de cuirasse, je puis
aussi bien donner ici la cuirasse du corps qui est à l’extrémité sud
de ce premier tombeau (fig. 458). Elle a 1 pied 9 pouces (0‘%52 |)
de long et 1 pied 2 pouces g (0'“,36 de large. Les deux mamelles
y sont nettement représentées par deux bosses saillantes en forme
Fig. 456. — Petite cruche on cristal de
roche. Premier tombeau. Grandeur
re'elle.
CUIRASSE EN OR.
38:5
de bouclier; tout le reste de la cuirasse est décoré de belles spi-
rales travaillées au repoussé.
Les parties les mieux conservées de ce même corps (celui qui est
à l’extrémité sud du tombeau) sont deux grands os et un petit. Sur
ce dernier, qui est probablement un humérus, est encore attaché
un large ruban d’or, avec une magnifique oruementation au
384
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
repoussé (fig. 459). Je reviens au corps de Textrémité nord. A sa
droite étaient les deux épées de bronze représentées par la
figure 460, et près d’elles les autres objets dans l’état même où la
gravure les représente. La garde de l’épée du dessus est en bronze,
mais le bronze est recouvert d’une épaisse plaque d’or, sur laquelle
sont de magnifiques intailles qui forment
les dessins les plus variés. A la partie
supérieure de la garde, à l’endroit où com-
mence la lame, est fixée une large plaque
d’or convexe ornée de magnifi |ues intail-
les; elle ressemble à celles qui sont repré-
sentées par la figure 46^ ; c’est ici, pour
la première fois, que nous reconnaissons
la véritable destination de ces sortes de
plaques. Cette épée a eu certainement un
fourreau de bois qui a dù être décoré de la
longue plaque d’or que l’on voit à sa droite ;
elle se termine par un anneau et présente
vaguement la forme d’un homme. Cette
plaque d’or offre de l’analogie avec celle
qui est représentée par la figure 369. Le
fourreau doit avoir été orné en outre du
bouton d’or où sont gravés des cercles con-
Fig. 45'j. - Petit us, avec le Ira- ceiitriqiies et que nous voyons près de la
mont du ruban d’or Ircs-riclic-
ment décoré. Premier tombeau. Au laiiie. Il est évideiit que \'à décoratioii de
Irois-lmitième de la grandeur réelle. r r i i r r • i
1 autre epee de bronze a ete encore plus
riche; en effet, son fourreau de bois a dù être décoré, dans toute
sa longueur et des deux côtés, d’une série de ces grands boutons
(for à spirales en intaille que l’on voit au-dessous de l’épée et
à sa droite. La plaque d’or tubulaire ornée de spirales en
intaille dans laquelle la lame est encore engagée a dù être aussi
un des ornements du fourreau.
La garde de cette épée a dù être en bois, parce qu’elle a entiè-
rement disparu; nécessairement elle a été ornée des deux plaques
d’or quadrangulaires que l’on voit, sur le sol, encore unies l’une à
Kl>ÉES MEnVEILLEüSEMEM Oll.NÉES.
385
i te
"O
'y O
l’autre, à la place même où aurait dû être le pommeau de l’épée;
seulement, sur rimdes petits
côtés, celui qui est tourné
vers le spectateur, il y a une
légèi'e solution de continuité
entre les deux plaques. Par
leur dimension et par leur
forme, elles sont parfaite-
ment semblables à celle qui
est représentée plus loin par
la figure 472. C’est exacte-
ment , de part et d’autre ,
la même ornementation de
spirales entrelacées, au re-
poussé; ici, comme dans la
figure 472, on voit, le long des
grands côtés, les marques
d’une quantité de petits clous.
Ces clous doivent avoir servi
à fixer les deux plaques à un
morceau de bois pris entre
les deux, et dont il reste
quelques débris. Il faut que
cette plaque de bois ait
été très-mince ; autrement,
quand le bois est tombé en
poussière, la plaque supé-
rieure n’aurait pu retomber
sur l’autre avec assez de pré-
cision pour avoir l’air d’être
encore unie avec elle. Il est
certain qu’elles ont dû servir
d’ornement h la garde de
l’épée, mais je ne puis m’ex-
pliquer comment. Je trouve impossible d<' supposer (pie la garde se
MYCÈNES, 25
O Cu
O —
J.E CINQUIEME TOMJIEAU.
O Mb
soit terminée par une plaque de bois assez mince pour avoir pu être
fixée entre les deux plaques ; cette supposition d’ailleurs est contre-
dite par le relief de leurs bords. A côté des deux plaques on voit
une perle d’ambre dont la présence ne peut être qu’accidentelle,
car naturellement elle ne peut rien
avoir de commun avec les épées.
Le gland d’or (fig. 461) trouvé
près des épées a été sans doute
attaché à l’une d’elles. Probable-
ment toutes ces armes étaient sus-
pendues à un baudrier brodé, qui
a disparu.
A droite du corps, à la distance
de 1 pied (0'“,30) à peine, j’ai
trouvé onze épées de bronze; neuf
de ces épées ont souffert plus ou
moins de riiumidité, mais les deux
autres sont très-bien conservées.
L’une d’elles atteint la lonsrueur
O
énorme de 3 pieds 2 pouces )0'”,95)
et l’autre celle de 2 pieds 10 pouces
(0“b85). Avec ces épées, j’ai trouvé
les deux plaques d’or représentées
par la figure 462 ; toutes les deux
ont appartenu h des gardes d’épée.
Celle de gauche ornait la partie
FIG. 401 - Gland d'or pour épée. supérieurc dc la garde, à laquelle
beau. Au cmq-huitieme de la grandeur reelle. i o ? i
elle était fixée par douze petits
clous d’or ^au moins, dont les têtes arrondies se voient encore au
nondjrc dc cinq. Cet objet est tellement incrusté des cendres du
bûcher, que l’on distingue très-peu dc chose de son ornementation
de spirales en intaille. L’autre plaque d’or servait à couvrir le
pommeau en bois de l’épée; elle est exactement semblable à celles
que nous avons déjà passées en revue en décrivant les objets
découverts dans le quatrième tombeau (voy. tlg. 430 et 431).
OlUETS TUOLVÉS AVEC JÆS Él*ÉËS.
387
J’ai trouvé avec les épées trois tubes formés de plaques d’or ; le
premier a pouces \ (0'",31 |) de long, le second 10 pouces I
(0'",26 \) ; tous les deux contiennent des débris de bois ; le troi-
sième ii’a que 5 pouces | (0"Vl4). Il y avait aussi cent vingt-quatre
gros boutons d’or, ronds, soit unis, soit décorés de magnifiques
iutailles; deux de ces boutons ont jusqu’à 2 pouces (0"b05) de dia-
mètre, et quatre sont larges comme des pièces de 5 francs; les
cent dix-huit autres sont plus petits; — de plus, cinq gros boutons
d’or magnifiquement ornés, en forme de croix ; trois de ces boutons
Fig. 4Ü2, — Kevôleuieiits eu o»' pour gardes d’épées, avec orueiueutatious d’iiitailies.
Premier tombeau. Au quatre-neuvième de la gi’andeur réelle.
ont 3 pouces (0‘",07 |) de long et 2 pouces \ (0"b05 1) de large. Tous
ces boutons sont ou bien de simples rondelles de bois recouvertes
de plaques d’or, et dans ce dernier cas ils ont été invariablement
collés ou soudés comme ornements sur les fourreaux d’épée ou
autres objets, ou bien ce sont de vrais boutons en bois, semblables
à nos doubles boutons de chemise, plaqués d’or et évidemment
employés pour orner les vêtements. La beauté des intailles de ces
deux espèces de boutons nous prouve clairemeut quelle importance
on y attachait. Je puis ajouter que, dans ce tombeau, non-seule-
ment les boutons d’or en croix, mais aussi les grands boutons d'or
de forme ronde, ont en dessous un morceau de bois plat.
A^ ec le corps qui occupe le milieu du tombeau on a (rouvé ({uel-
({ues feuilles d’or rondes et poi’tant des ornements imprimés, plus
les débris d’un peigne de bois. Avec le corps qui esta l’exti’émité
sud du tombeau, j’ai trouvé quinze épées de bronze, dont dix
388 I^E ClNQÜlÈiME TOMBEAU.
étaient aux pieds du mort. Huit d’entre elles sont d’une très-grande
dimension et en assez bon état de conservation.
Entre le corps dé l’extrémité sud et celui du milieu il y avait du
côté ouest lin amas considérable d’épées de bronze, plus on moins
•
4G3 461 465 466
Fig. 463 à 466, — Hache d’armes et épées en bronze. Premier tombeau.
Au quart environ de la grandeur réelle.
détériorées; ces débris pouvaient représenter l’équivalent d’une
soixantaine d’épées entières ; il y avait aussi quelques couteaux de
bronze et des lances. La hache de combat (lîg. 463) est nu
objet très-remarquable, car je n’ai pas encore rencontré ici de
haches de cette forme, quoique j’en aie trouvé beaucoup à Troie;
le trésor de Troie en contenait quatorze L Mais cette forme de
1. Voyez VAlluÿ des Antiquités troijenues, pl. 193, lîg. 3191, 3191, 3495-/;, 3490-.^.
UN MORCEAU D’ARME EN RRONZE.
389
liaohe do combat était usitée en Egypte ; on en voit au Louvre
dans la collection égyptienne, salle V. Elle l’était aussi dans
rancienne Babylonie, car on en voit plusieurs exemplaires dans la
collection babylonienne du Musée Britannique, à Londres.
La différence entre nos haches modernes et les haches d’armes
de Mycènes et de Troie, c’est que ces dernières n’ont pas de
trou au milieu pour y fixer le manche. B est donc évident qu’on les
fixait dans ou sur le manche
par un moyen quelconque, au
lieu d’y introduire le manche.
On voit sur quelques-unes
des épées des traces qui prou-
vent qu’elles ont été dorées;
plusieurs portent des clous
d’or à la garde. Les autres
armes représentées par les
figures 464, 465 et 466 sont
de courtes épées. Au bas de
la figure 465, on voit des restes
de plaqué d’or.
J’ai trouvé aussi avec le corps
de l’extrémité sud la grande
poignée et le fragment d épée m. — Garde d’épée, plaquée d’or et richement
de bronze que représente la
figure 467. Cette garde est
recouverte d’une épaisse plaque d’or richement décorée d’in-
tailles; ces intailles sont encore assez visibles, quoique la garde
ait été très-altérée par la fumée et les cendres dn bûcher funé-
raire. L’ornementation est exactement la même des deux cotés.
Dans le creux de la garde on retrouve encore une partie de la
monture en bois qui la remplissait.
J’ai trouvé aussi avec le corps de l’extrémité sud une grande
quantité de perles d’ambre et six petits cylindres unis formés de
plaques d’or (dans l’un desquels il reste encore un morceau de
bois) ; ces cylindres ont évidemment l’econvert un bâton, (umt-ètre
390
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
un sceptre; — sept pommeaux d’épées en albâtre et en bois, tous
ornés de clous d’or; — un petit objet en or, qui ressemble à la
barrette d’une chaîne de montre (fig. 468), et qui ne peut être
autre chose qu’une espèce de fermoir pour baudrier (raXap/iv) ; —
trente-sept feuilles rondes en or de différentes dimensions ; —
vingt et un fragments de feuilles d’or; —
deux vases d’argent mis en pièces; - — une
paire de pinces ou pincettes en argent
(fig. 469); — un grand vase d’albâtre,^ dont
l’orifice est en bronze plaqué d’or. Les trous
que l’on voit à la partie supérieure de la
panse du vase prouvent clairement qu’il avait
trois anses; le grand trou rond entouré de
trous plus petits, à la partie antérieure du
corps, montre bien qu’il avait un tuyau. J’ai
trouvé dans ce vase trente-deux petits et trois
grands boutons d’or de forme ronde, ornés
de beaux dessins en intaille ; — deux autres
boutons d’or en forme de croix, chacun avec
deux anses très-petites en or-; — enfin un
en or. Pinces d’ar-ent. Pre- graiid boutoîi d’or de forme coiiique et un
micr tombeau Grandeur réelle.
tube d’or qui a la forme d’un coin.
Les gravures suivantes représentent encore trois de ces admi-
rables plaques d’or, dont nous avons déjà parlé en décrivant les
objets que représente la figure 460. J’en ai trouvé douze en tout, à
droite et à gauche du corps qui est à l’extrémité nord du tombeau.
La figure 470 représente un lion qui donne la chasse à un cerf ; les
quatre pattes du lion sont sur une meme ligne horizontale, pour
marquer la rapidité de sa course; il vient d’atteindre le cerf qui
s’affaisse devant lui, et il ouvre la gueule toute grande pour le
dévorer. La tète du lion et la crinière sont très-bien représentées.
Au contraire, le cerf, dont l’artiste, faute d’espace suffisant, a rejeté
les cornes en arrière, est d’un dessin grossier et confus. Préoccupé
de ne point laisser de vides dans le champ de son dessin, l’artiste
a multiplié les ornements. C’est ainsi qu’on voit entre la tête du
Fig. 408 et 409. — Objet curieux
MERVEILLEUSES UI.AQUES D’ÜR.
391
lion et celle du cerf un objet h trois pointes dont il est difficile de
déterminer la nature, et qui est peut-être un ornement de pure
fantaisie, dont la forme ourait été déterminée par celle du vide à
Fig. 470. — Plaque d’or où est représenté en intaille un lion chassant un cerf.
Premier tombeau. Grandeur réelle.
remplir. Au-dessus du lion on voit deux feuilles de palmier, et
au-dessus les couronnes de deux palmiers et une autre feuille de
palmier.
La figure 471 représente h peu près le même sujet; on y voit
Fig. 471. — Plaque d’or où est représenté en iulaille un lion qui saisit un cerf.
Premier tombeau. Grandeur réelle.
encore un lion qui s’élance de toute la vitesse de ses pattes et qui
saisit un cerf. Le cerf est tourné vers son ennemi et détourne la
tête; il est debout sur ses pattes de derrière, (|ue le lion saisit dans
sa gueule ouverte; le cerf lève ses deux pattes de devant, dont le
bas se replie en formant un angle droil à partir du genou. Juste
m
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
en face du poitrail de ce cerf, nous voyons la bouche toute grande
ouverte d’une grosse tête de' vache qui a deux cornes en croissant
et deux yeux énormes , sur lesquels j’appelle particulièrement
l’attention. Entre les deux grandes cornes il yen a deux plus petites,
et l’espace intermédiaire entre les quatre cornes est rempli de
petits objets qui ressemblent à des figues. Quoique l’artiste ait
représenté de face la tête de vache, la bouché est cependant vue de
profil. A la droite de la tête de vache, il y a cinq feuilles de palmier
de forme allongée; au-dessous des feuilles de palmier, dans l’angle
qui est à la droite du spectateur, se trouve un objet dont je ne
devine pas la nature ; il ressemble à une patte d’oiseau.
L’ensemble de la scène me paraît évidemment symbolique.
Je crois qu’on ne peut raisonnablement douter que la tête de
vache ne représente Itéra Boôpis‘, la divinité protectrice de Mycè-
nes; il est certain aussi que, quand plus tard on donna à la
déesse la figure d’une femme, les grands yeux lui ont été con-
servés comme le seul souvenir de sa forme primitive, parce que
l’épithète la seule qui la caractérise, consacrée parmi long
usage à travers les siècles, fut désormais employée indistinctement
pour désigner soit les déesses, soit les simples mortelles qui avaient
de grands yeux. Ainsi, par exemple, Glymène, une des suivantes
d’Hélène, est appelée par Homère- Glymène aux yeux de vache
((BowTug). En représentant ici Hèra, avec une double paire de cornes
accompagnées de fruits, on ne peut, je pense, avoir eu d’autre inten-
tion que de lui rendre hommage. Je suppose encore que le lion
représente la maison des Pélopides, peut-être Agamemnon lui-
même, que le cerf est l’image d’un sacrifice offert par le lion (soit
la maison des Pélopides, soit Agamemnon en personne) à la divi-
nité protectrice de la ville. En représentant cette tête de vache la
bouche ouverte, on a peut-être voulu montrer que la divinité
accepte le sacrifice avec bienveillance.
1. C’est la powTct; uotvca "Hpr] d’Homère, « la vénérable Junon à la tête de vache «, puis « à
figure de vache », puis « qui a de grands yeux comme la vache », ou « aux yeux de vache ».
Voyez la note qui est à la fin du chapitre I".
2. Iliade, III, 144.
MASQUE IVOU MASSIU.
393
La dernière plaque (fig. 472) porte la même ornementation de
spirales que nous avons déjà si souvent rencontrée.
A propos de ces plaques d’or, M. B. -A. Irving, professeur au
collège de Windermere en Angleterre, me suggère l’idée qu’elles
étaient peut-être des décorations militaires, des insignia, ana-
logues, dans une certaine mesure, aux insignes, qui, de nos jours,
distinguent les dignitaires dans les ordres de chevalerie. Dion
Cassius (LYI, 42) dit, en décrivant les obsèques d’Auguste, que,
« quand le corps eut été placé sur le bûcher funéraire, tous les
prêtres, magistrats, chevaliers et légionnaires, défdèrent devant
Fig. 472, — Plaque d’or, avec décoration de spirales, en intaille. Premier tombeau. Grandeur réelle .
le bûcher; alors toutes les décorations triomphales qu’ils avaient
reçues de lui pendant ses glorieuses expéditions furent jetées sur
son corps; puis le bûcher fut allumé. )) M. Irving ajoute : cc Les
coutumes ou cérémonies funéraires se conservent pendant de longs
siècles, et quelques nations européennes observent encore des rites
funéraires que leurs ancêtres pratiquaient probablement avant la
guerre de Troie. Par analogie, on peut croire que les rites, observés
aux funérailles d’Auguste, avaient pu l’être à celles d’Agamemnon,
à un intervalle de douze ou treize cents ans.
Au revers de ces admirables plaques d’or adhère, en assez grande
quantité, une substance noirâtre, qui était peut-être une espèce de
mastic, destiné à coller les plaques d’or sur les deux faces des
plaques de bois.
Cette opinion semble confirmée par les marques de clous que
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
3ü-i
l’on voit sur les bords des plaques ; en effet, on n’a dû se servir de
clous que pour fixer les plaques de métal sur une matière moins
dure que le métal.
La figure 473 représente le masque d’or massif du corps qui est
h l’extrémité nord du premier tombeau*. Malbeureusernent la
partie inférieure du front a été si fortement pressée contre les
yeux et le nez, que la face est défigurée et qu’on n’en peut
pas bien distinguer les traits. Cependant il y a beaucoup de
caractère dans cette tête ronde très-dé veloppée, dans cet énorme
front et dans cette petite bouche à lèvres minces.
Au contraire, le masque d’or massif du mort qui est à l’extrémité
sud est dans un état de parfaite conservation (fig. 474)^. Les
traits sont absolument helléniques, et j’appelle surtout l’attention
sur le nez long et mince qui continue directement la ligne du
front; le front est assez petit. Les yeux, qui sont représentés fermés,
sont grands, et les paupières en indiquent bien la forme ; la bouche,
qui est grande, avec des lèvres bien proportionnées, est très-carac-
téristique. La barbe aussi est bien représentée, et particulière-
ment les moustaches, dont les pointes sont relevées en croissant^
Cette circonstance semble prouver clairement que les Mycéniens
employaient l’huile ou une sorte de pommade pour les cheveux
et la barbe. Les deux masques sont travaillés au repoussé, et il
ne viendra à l’idée de personne qu’ils ne fussent pas destinés
à représenter le portrait des morts dont ils ont recouvert la
figure pendant des siècles.
Ici se présente tout naturellement la question de savoir s’ils ont
été faits du vivant des personnages ou seulement après leur mort.
Ils ont été faits probablement après leur mort; mais alors on se
demande avec étonnement comment ils ont pu être faits si vite,
parce qu’ici, comme dans tous les climats chauds, on enterre les
morts dans les vingt-quatre heures qui suivent le décès, et cette
coutume doit avoir existé de tout temps àMycènes. Si Homère laisse
1. Voyez la vignette du chapitre X.
2. Voyez la vignette du chapitre IX.
3. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »
(UJUIEÜSES COUINES D’OU.
305
les corps de Patrocle et d’Hector pendant dix ou douze jours sans
sépulture, cette dérogation à l’usage tient à des circonstances par-
ticulières; si ces deux corps ont pu se conserver si longtemps, c’est
que Tliétis avait versé de l’ambroisie dans les veines du premier, et
Apollon dans celles du second. Sans préjuger ce qui a pu se passer
à propos des corps que nous avons sous les yeux, nous sommes
émerveillés de l’habileté des anciens orfèvres mycéniens, qui
pouvaient modeler des portraits dans des plaques d’or massif et,
Fig. 475. — Grande coupe d’or. Premier tombeau. Au trois-septième environ de la grandeur réelle.
par conséquent, pouvaient faire tout ce que nos orfèvres modernes
seraient capables de faire eux-mêmes.
Mais cette habileté des orfèvres mycéniens dénote une grande
pratique de ce genre de travail ; on peut être sûr, par conséquent,
qu’ils avaient été précédés d’nnc école d’artistes qui avait été
florissante pendant des siècles avant d’avoir pu pousser l’art jus-
qu’à cette perfection.
A la droite du mort qui reposait à l’extrémité nord a été trouvée
la grande coupe d’or à une anse qui est représentée par la
figure 475. Elle a 6 pouces (0"Vf5) de diamètre et G pouces (0'“,15)
de hauteur; elle est décorée d’une belle ornementalion au repoussé
divisée en deux compartiments [lar une bande horizontale ({ni
396
lÆ (:ii\QCIÈME T0MI5EAIÎ.
représente une corde. Dans le compartiment supérieur, il y aune
rangée d’arcatures qui reposent sur ce qu’on pourrait appeler de
grands pilastres de pierres taillées en cubes; l’ensemble du dessin
donne l’idée d’un aqueduc romain. Le compartiment inférieur est
décoré de lignes brisées qui composent une ornementation en
forme d’angles ou de coins.
Dans le même tombeau j’ai trouvé une autre coupe d’or, de
Fig. 470. — Grande coupe d’or. Premier tombeau. A la moitié environ de la grandeur réelle.
dimensions considérables, qui n’a aussi qu’une anse très-grande et
très-large (fig. 476). Elle a 5 pouces | (0"Vl4) de diamètre; elle est
divisée, comme la précédente, en deux compartiments par une
bande horizontale ; ces deux compartiments sont ornés, dans le
sens horizontal, de deux rangées parallèles de belles spirales, tra-
vaillées au repoussé. On y voit un nombre considérable de ces
curieuses croix que l’on rencontre si souvent dans les ruines de
Troie, et que l’on regarde comme le symbole du feu sacré, Varani
des brahmanes L
La figure 477 représente une magnifique coupe d’or massif.
1. Voyez V Atlas des Antiquités troijennes, pl. 121, fig. 2377 et 2385.
GOBELETS D’Oll ET D’ABGENT.
397
trouvée dans le même tombeau. Elle est décorée au repoussé de
trois lions qui sont représentés courant avec une grande rapidité.
Cette coupe reproduit encore le type de toutes les coupes en terre
cuite de Mycènes, avec une seule exception (fig. 83, 84, 88). Les
anses de toutes ces coupes d’or sont fixées au bord et au corps
à l’aide de clous d’or dont les têtes sont larges et plates.
Fig. 477. — Coupe d’or. Premier tombeau. Au sept-dixièmo environ de la grandeur réelle.
J’ai à signaler encore deux autres coupes d’or; rune d’entre
elles est massive comme les précédentes, ce qui ne l’empêche pas
d’être toute bosselée; elle a une belle anse massive, d’une forme
que nous avons souvent décrite à propos des vases du quatrième
tombeau. L’autre coupe d’or a une ornementation, au repoussé, de
deux doubles bandes parallèles en forme de cordes. Le compar-
timent supérieur présente une ligue horizontale en zigzag, unie
par des bandes verticales de traits horizontaux à la double bande
supérieure qui est en forme de corde. Celle ornemenlation a une
398
LE CiiXQüiÈME TOMBEAU.
remarquable ressemblance de forme avec les passages en ogives
de Mycènes et de Tiryntbe. A Fintérieur de cette coupe adhère
Fig. 478. — Partie supérieure et partie inférieure d’un grand vase d’argent. Premier tombeau.
Au quatre-dixième environ de la grandeur réelle.
une autre coupe d’or très-mince, beaucoup plus petite et toute
bosselée.
Sur quatre coupes d’argent trouvées dans le premier tombeau,
la première a une anse, mais pas d’ornementation; la seconde a
une ornementation au repoussé ; ce sont des bandes composées de
SPLENDIDE VASE D’AUGENT.
31)9
doubles lignes et qui forment des arcs à la partie supérieure.
Les deux autres sont très-grandes, mais elles sont brisées et le
dessin en est effacé; l’ime d’entre elles, qui a pour toute orne-
mentation une bande horizontale en relief, est encore pleine des
cendres du bûcher funéraire. La seconde est décorée d’une quan-
tité de bandes horizontales en
forme de sillons; une coupe plus
petite en argent y adhère à l’in-
térieur. Sous le fond de cette coupe
est encore attaché un des cailloux
qui jonchaient le fond du tombeau.
Près du corps en question, il a
été trouvé aussi un vase d’argent
jdusgrand que ceux qui précèdent;
il a 2 pieds 6 pouces ((>‘,75) de
hauteur et 1 pied 8 pouces (0"‘,50)
de diamètre à la partie la plus
large de la panse; malheureuse-
ment, il s’est trouvé en contact
avec quelque substance saline, qui
a converti l’argent en chlorure
d’argent; aussi le vase s’est-il brisé
en morceaux. La figure 478 repré-
sente la partie supérieure et la
partie inférieure de ce vase rap-
prochées fune de l’autre. Le corps
tout entier était décoré d’une ornementation au repoussé repré-
sentant des spirales entrelacées; la partie inférieure élail ornée
de cannelures horizontales, mais je ferai observer au lecteur que
le dessin représente seulement la paroi intérieure de cette partie.
L’orifice ainsi que la bande ornée de trous qui est à la partie
supérieure du corps sont plaqués de cuivre, et ce cuivre avait été
plaqué d’or. Le fond est tout entier en cuivre, sans doute ])our
que le vase soit plus solide. Il est probable que le bord de ce
fond de cuivre avait été également plaqué d’or. Ou peut donc dire
Fig. 479. — Grande coupe en albâtre. Proiiiier
tombeau. Au trois-huitième environ de la gran-
deur réelle.
400
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
à propos de ce vase que l’artiste avait fait tous ses efforts pour
y réunir l’élégance à la solidité.
La figure 479 représente une grande coupe d’albâtre; elle a
10 pouces eil de hauteur, et sa forme rappelle celle de
nos verres â pied.
Aux découvertes précédentes j’ajouterai cinq plaques d’or en
Fiu. 480. — Doubles aigles d’or. Premier tombeau. Grandeur réelle.
forme de doubles aigles. La figure 480 représente deux de ces
plaques; elles sont toutes au repoussé, et ont exactement la même
forme et la même dimension.
L’image des aigles reproduit fidèlement la nature, sauf une spi-
rale en relief qu’ds portent sur le cou ; immédiatement au-dessous
de la spirale on voit un long serpent en travers du corps des deux
aigles; il est possible que le serpent et la spirale aient eu un sens
symbolique. Les aigles sont appuyés l’im contre l’autre, dans toute
disques D’OU EN FODME DE DOUUMEll.
401
la longueur du corps, y compris les griffes, mais leurs tetes sont
tournées eu sens inverse. Au-dessus de leurs têtes ou voit un long
tube, qui a dû servir à passer un fd, pour faire coucouiâr ces orne-
ments à la décoration d’un collier.
J’ai recueilli encore cinq grands disques, en forme de boucliers,
et un sixième qui est plus petit; ces disques sont des plaques d’or
Fig. 481. — Plaque d’or avec dessin au répoussé. Premier tombeau. Grandeur réelle.
décorées d’une ornementation au repoussé ; au centre il y a
une étoile; autour de l’étoile, dans une bordure formée de deux
doubles cercles de points, se déroule une ornementation de spi-
rales (fig. 481).
J’ignore l’usage de deux objets creux en oi' qui ressemblent à
des fusaïoles et qui s’adaptent l’un à l’autre. Des objets exacte-
ment semblables ont été représentés par les tigures et 4^26. Les
figures 482 et 483 représentent l’élégant orifice en or et l’anse en
or d’un vase d’argent, brisé en morceaux; ces deux fragments
portent une décoration travaillée au repoussé. Le long du cercle
MYCÈNES. 'JG
A
402
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
de rorifice, on voit les six trous des clous qui le fixaient sur le col
du vase d’argent, dont un fragment adhère encore à l’anse. Ajou-
*Fig. 482. — Orifice d’or d’un vase. Premier tombeau. Au cinq-septième environ de la grandeur réelle.
tons à la liste : deux vases en argent uni, réduits en pièces ; — la
moitié inférieure d’un de ces vases est bien conservée; — un vase
d’argent en morceaux, avec un fond
et un orifice en cuivre, qui doit avoir
été plaqué d’or ; — un grand vase
d’argent en morceaux, orné de spi-
rales au repoussé; — deux grands
disques de cuivre, plaqués d’argent,
qui doivent provenir de deux vases
d’argent; — le petit cylindre formé
d’une plaque d’or (fig. 484), qui est
orné ü'intailles à profusion, et contient encore un morceau de bois
carbonisé; la plaque d’or était fixée sur le morceau de bois par
trois clous d’or; la tête d’un de ces clous est encore visible, à la
droite du spectateur. Si nous examinons le cylindre en commençant
par le haut, nous voyons que la partie supérieure est divisée en
quatre compartiments par des bandes horizontales formées de
NOMBREUX BOUTONS D’OR. 403
trois OU quatre lignes; le premier compartiment ou compartiment
supérieur est orné de petits cercles concentriques*; le second, de
traits verticaux; le troisième, comme le premier, de cercles concen-
triques; et le quatrième, comme le second, de traits verticaux; de
chaque côté de ce compartiment il y avait des clous d’or; un seul,
celui qu’on voit à droite, est encore à sa
place. L’espace inférieur est divisé par des
bandes verticales en trois compartiments;
le compartiment de droite et celui de gauche
sont remplis par une ornementation de spi-
rales, la bande du milieu offre une décora-
tion qui ressemble à un arbre ; du sommet de
l’arbre se projettent, à droite et à gauche,
comme des branches, deux spirales qui
forment chacune un cercle, dans l’intérieur
duquel s’enroulent des spirales plus petites;
le reste de l’espace est rempli par d’autres
spirales et des ornements en forme de coins
très-serrés les uns contre les autres. Ainsi,
on voit que, sur ce cylindre, il n’y a pas la fig. 48k - cyimdrc formé d une
dixième partie de 1 pouce (2'"‘",5) qui ne soit
couverte d’ornements.
En y comprenant les boutons d’or déjà décrits, il en a été
trouvé en tout, dans le premier tombeau, trois cent quarante, dont
la plupart avaient perdu leur moule d’os; de sorte qu’il ne
restait plus que les plaques d’or. Quatre-vingt-quatre de ces bou-
tons sont unis et sans aucune ornementation; entre autres, trente-
cinq boutons de grande dimension, puisqu’ils ont 2 pouces (0'”,05)
de diamètre; trente-six d’un modèle plus petit, mesurant 1 pouce |
I) de diamètre, et treize petits qui ont 1 pouce (0*“,0^ 1) ou
au-dessous. Les deux cent cinquante-six autres sont ornés d’in-
tailles. Ces deux cent cinquante-six boutons peuvent se classer ainsi
qu’il suit : treize boutons d’une très-grande dimension, 2 pouces
1. A cause des cendres et des traces de fumée qui recouvrent le cylindre, la première rangée
de cercles ne se voit pas sur la photographie.
m LE CINQUIÈME iïOMBEAU.
(0'“,05) de diamètre; trente-neuf de i pouce | (0"\03|); environ
cent quatre-vingt-quatorze de 1 pouce (0'“,02 ou au-dessous ;
huit grands et deux petits en forme de croix; ce qui donne en tout
dix boutons en croix, qui ont conservé leurs moules d’os. Comme je
l’ai déjà dit, deux des grands boutons en croix ont chacun deux
petites anses en or. Pour ne pas fatiguer le lecteur, je ne reproduis
pas ici les boutons unis; et meme, parmi ceux qui sont richement
décorés, je ne donne que ceux dont l’ ornementation diffère des
modèles du quatrième tombeau. Le lecteur peut donc être sur que,
parmi les grands boutons du quatrième tombeau, ceux qui sont
Fig. 485 et 480, — Boutons d’or avec ornements. Premier tombeau. Grandeur réelle
reproduits sous les figures 485-491 sont les seuls où l’ornenien-
tation offre quelque chose de nouveau.
La figure 485 se compose des ornements suivants : au centre,
trois cercles concentriques ; entre le dernier de ces cercles et la
bordure du bouton, composée de deux cercles, une ornementation
qui figure une étoile à lignes courbes et à pointes arrondies,
chacune de ces pointes renfermant un petit cercle ; l’espace compris
entre les rayons de l’étoile et la bordure est orné d’un croissant à
pointes arrondies et d’un petit cercle. La figure 486 a une large
bordure de six cercles concentriques; dans l’espace que limite cette
bordure se déroule une magnifique ornementation de spirales qui
offrent à l’œil une combinaison nouvelle. Il y a dans la bordure une
rangée non interrompue de signes qui ressemblent à la lettre
koppa. .
nOüTOXS D’OU ORNEMENTES.
405
Au centre de la figure 487 on voit deux spirales opposées furie à
l’autre; elles sont entourées de cinq cercles concentriques; vient
ensuite une bande composée de quatre signes en forme de cornes
d’abondance; quatre autres cercles forment la bordure.
Le milieu de la figure 488 est occupé par une figure à peu près
491
Fig. 487 à 491. — Boutons d’or avec ornements. Premier tombeau. Grandeur reelle.
ovale, dans l’intérieur de laquelle sont des spirales qui échappent
à la description ; le reste de l’espace est rempli par une pelite bor-
dure, un grand nombre de lignes coui'bes et deux signes qui
ressemblent à de petites scies à main, donl les manches seraient
contournés en spirales. La figure 490 représente un cei'cle central
entouré de deux larges bordures circulaires; la première, celle qui
est la plus voisine du bord du bouton, se compose d'une l’angée
406
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
circulaire de doubles cercles; la seconde, celle qui touche au
cercle central est remplie d’ornements qui font songer à des frondes
dans chacune desquelles il y aurait une pierre. La figure 491 est
très-belle, mais rornementation en est si compliquée, que je
renonce à la décrire.
Parmi les boutons de la deuxième grandeur, le seul qui offre un
dessin nouveau est la figure 489; au centre, une belle spirale
représente un serpent replié sur lui-même, dont on distingue bien
la tête; autour de cet ornement, il y a trois cercles concentriques
et une bordure remplie par une ornementation qui donne l’idée
d’une rangée de figures.
Les figures 492-499 et 501-512 représentent de petits boutons
d’un type nouveau. J’en ai cependant ajouté deux d’un type déjà
connu du lecteur, parce que dans ces exemplaires le dessin est
d’une beauté supérieure. La figure 492 offre, dans une petite bor-
dure de deux cercles, un ornement qui donne l’idée d’une fleur à
trois pétales, avec trois petits cercles sur les trois pétales et trois
autres à l’extérieur, dans les intervalles. La figure 493 a une
bordure formée de signes ronds ou carrés, et au centre une spi-
rale en forme de serpent. La figure 494 offre deux cercles con-
centriques denticulés, séparés par une bande unie. On voit dans
la figure 495 un ornement en spirale, qui se rencontre très-fré-
quemment à Mycènes et à Troie. La figure 496 se compose de deux
cercles concentriques formés de petits triangles. La figure 497
représente une fleur à cinq pétales. La figure 498 est un bouton
d’or massif sur lequel s’épanouit une belle fleur avec une double
rangée de pétales, onze grands et onze petits. Gomme il est percé,
il est possible qu’il n’ait jamais été employé comme bouton, mais
qu’il ait servi de couvercle à une petite cruche ou à une petite bou-
teille d’or. Dans la figure 499 on distingue la forme d’une belle
fleur, avec deux cercles denticulés. La figure 501 représente exac-
tement le même ornement que la figure 495, seulement moins
compliqué. Les figures 502 et 503 sont des fleurs. L’ornementation
du bouton de la figure 504 est difficile à décrire ; si l’on tourne la
figure à droite, elle ressemble, de fort loin d’ailleurs, au buste d’un
407
DOUTONS D’OU ORNEMENTÉS.
homme. Dans la figure 505, nous voyons deux spirales d’une nou-
velle forme. Nous retrouvons encore une fleur dans la figure 506.
Fig. 492 à 500. — Boutons d’or avec orncineuls. Premier tombeau. Grandeur re'elle.
La figure 507 représente un triple dont les bras sont convertis
en spirales; chacune des spirales se termine par un point rond ; ce
408
LE ClNOniÈME TO^^LEAU.
point rond est réuni par un trait à un autre point rond qui marque
la place habituelle des têtes des quatre clous de ce signe, La
figure 508 n’offre pas d’autre ornement que quatre cercles concen-
triques. Dans la figure 509, nous retrouvons pour tout ornement
le avec les bras en spirales et la marque des quatre clous.
Dans la figure 510,1a décoration se compose de trois couteaux avec
des manches contournés en spirales. La figure 511 est exactement
semblable à la figure 501. La figure 512 porte une ornementation
toute pareille à celle de la figure 507 ; seulement, dans la
figure 507, les lignes sont triples au lieu d’être simples, et les
points terminaux des bras sont unis par un trait avec ceux qui
représentent les têtes de clous.
Quant aux dix grands boutons en forme de croix, il n’y en a
qu’un seul d’un nouveau dessin ; il est représenté par la figure 500.
Gomme nous l’avons vu à propos des grands boutons en croix du
quatrième tombeau, les moules d’os reproduisent sous la plaque
d’or exactement les mêmes intailles que porte la plaque elle-même.
Donc le travail des intailles avait lieu quand la plaque d’or était
déjà fixée sur le moule d’os, et la gravure faite sur la plaque se
reproduisait sur l’os par la pression de la main de l’artiste. Voici
quelle est l’ornementation du bouton en croix (fig. 500). A chaque
angle aigu du losange il y a deux protubérances arrondies et trois
à chaque angle obtus, toutes ornées de cercles concentriques ;
dans l’intérieur du losange, deux spirales en forme à' oméga,
opposées l’une à l’autre; les quatre angles sont remplis de petits
cercles.
Voici les types des autres boutons en croix, qui ne diffèrent pas
assez de ceux que nous connaissons pour être reproduits ici en
gravure. L’un de ces boutons porte à chaque angle trois protubé-
rances arrondies ; mais il n’a pour toute ornementation que des
cercles disposés de manière à figurer des fleurs. Un autre n’a que
deux protubérances arrondies à chaque angle; le losange est bordé
d’une large bande sur laquelle il y a une rangée continue de petits
cercles ; au centre, il porte un double eercle rempli de spirales,
semblaliles à celles que nous avons déjà décrites tant de fois.
DOUTONS D’OR ORNEMENTÉS
409
L’espace demeuré vide dans chaque angle aigu est rempli par une
CO
ïO
O
s
spirale en forme à' oméga, et trois petites figures semblables à celle
Fig. 507 à 518. — Bouton d’or avec ornements. Premier tombeau. Au cinq-sixième de la grandeur réelle.
410 LE CINQUIÈME TOMBEAU.
de la figure 501, Nous retrouvons une ornementation identique
Fig. 519. — Ornement d’or pour les jambières. Premier tombeau.
Au dix-treizième de la grandeur réelle.
dans un troisième bouton en forme de croix ; la seule différence,
c’est que la bordure de ce dernier est plus large, et au lieu du signe
520 521 522 523
524
Fig. 520 à 524. — Tubes et boutons d’os. Premier tombeau. Grandeur réelle.
que l’on retrouve dans la figure 500, il n’a qu’un petit cercle dans
chaque angle aigu du losange intérieur. Je n’ai rien à dire des
RUBANS D’OR ORNEMENTÉS.
411
autres boutons en croix, parce que les dessins en sont pareils à
ceux que nous avons déjà représentés.
J’ai trouvé dans le même tombeau les larges rubans d’or que
représentent les figures 513-518, et qui sont décorés d’une magni-
fique ornementation au repoussé; — une plaque d’or, ronde,
portant au centre une étoile entourée de
trois cercles concentriques, d’une bande
circulaire de petits ornements en spirales
et d’une bordure de trois cercles; — une
autre plaque d’or double, qui a probable-
ment formé un cylindre.
En fait d’objets d’or, j’ai trouvé dans
ce tombeau deux ornements pour jam-
bières (xvY3p.fô£ç); la figure 519 représente
un de ces ornements. Il se compose de
deux bandes d’or : l’une perpendiculaire,
rattachée à angle droit avec l’autre, qui
est horizontale. La bande supérieure se
termine par un anneau qui devait s’accro-
cher à un bouton; la bande horizontale,
comme les diadèmes, est large au milieu
et va en diminuant vers les extrémités,
qui ont servi à attacher l’ornement autour
de la cuisse. La bande supérieure n’a pas 525.- Morceau d’ivoire: peui-
^ ^ être le manche d’un poignard. Pre-
d’ornements ; on y voit seulement une- tombeau. Grandeur réeiie.
plaque d’or plus épaisse, en forme de tube.
Soudée au bord de l’anneau, cette plaque va en diminuant de
grosseur à mesure qu’elle descend et est fixée par de petits clous
à la partie inférieure de la bande perpendiculaire pour lui donner
plus de consistance. La bande horizontale est décorée au repoussé.
Au milieu il y a trois ornements qui consistent on trois cercles
concentriques de points en relief; à chaque extrémité il y a une
jranche avec des feuilles.
Je citerai encore, parmi les objets trouvés dans ce tombeau, les
trois tubes en os des figures 520,521, 5^2*2, et les deux boutons d’os
412
LE CINQUIÈME TOMP.EAU.
des figures 523 et 524. La figure 524 conserve encore un fragment
de la tige en os, qui a dû jouer le rôle de piston dans les trois
tubes, primitivement fixés bout à bout, selon toute probabilité.
Il est donc permis de supposer que nous avons sous les yeux
une ancienne seringue mycénienne.
L’objet de la figure 525 est un morceau d’ivoire massif et aplati,
qui peut avoir servi de manche à un poignard de parade. La partie
supérieure, au profil arrondi, est légèrement concave ; on voit.
Fig. 52G. — Olijct en porcelaine égyptienne. Premier tombeau. Grandeur réelle.
gravée dans un double cercle, une décoration composée de ces
belles spirales que l’on rencontre si fréquemment à Mycènes.
Au-dessous de cette décoration, il y en a une seconde composée de
quatre triples cercles concentriques soulignés par une bande hori-
zontale composée de trois lignes.
L’objet que représente la figure 526 et qui a la forme d’un
fer à cheval est, selon le professeur Landerer, en porcelaine
égyptienne. Cette porcelaine, avant d*etrc mise an four, a été
frottée d’un vernis de plomb; celte opération lui a donné une
couleur verdâtre très-brillante ; l’envers est creux; par consé-
quent l’objet a dû être appliqué ou fixé sur un autre objet. Cet
VASES DE TEUUE CLIÏE.
413
objet ainsi que les trois qui précèdent ont évidemment beaucoup
souffert du feu du bûcher.
Ce tombeau contenait, en quantités considérables, des frag-
ments de belles poteries, fabriquées soit à la main, soit au tour.
Parmi les vases façonnés à la main, je citerai tout particulière-
ment les suivants : coupes du type mycénien ordinaire, mais d’un
vert clair avec spirales en noir; — coupes beaucoup plus grandes,
noires, avec un grand pied creux, décoré au milieu de profondes
Fig. 527. — Vase de terre cuite, fait au tour. Premier tombeau.
Au tiers environ de la g'randeur réelle.
cannelures horizontales; — les petits vases faits à la main, rouges
ou noirs, monochromes, d’une forme très-élégante, d’une fabri-
cation beaucoup plus soignée que tous les vases peints, travaillés
au tour, que l’on rencontre ici; — les vases d’un vert clair, avec
spirales noires, façonnés aussi à la main; le travail en est grossier
et l’ornementation peinte encore plus grossière. J’ai trouvé des
fragments de ces derniers vases dans toutes |les tombes, et parmi
les pierres des murs cyclopéens dumontEubœa. Parmi les vases
peints faits au tour, les plus intéressants sont ceux qui ont des
ornements d’un ronge foncé sur un fond rouge clair ou jaune
clair. La figure 5^27 en offre un spécimen.
414
LE CINQUIÈME TOMBEAU.
Je n’ai trouvé que sept grands vases de cuivre dans ce tombeau,
et tous du côté ouest. L’un de ces vases est un Xsêvjç; ou
chaudron pour faire chauffer l’eau du bain; il ressemble à celui
qui a été représenté sous la figure 438. Il a trois anses verti-
cales et mesure 22 pouces (0"‘,55) de diamètre. Il y en a un
second, plus petit que le premier, mais de la même forme et
pourvu aussi de trois anses verticales ; il y en a trois autres de la
même forme, mais qui n’ont que deux anses ; les deux autres vases
sont deux énormes cruches à deux anses : l’une des anses va du
bord au corps de la cruche, l’autre est fixée plus bas. Comme j’ai
déjà mis sous les yeux du lecteur (fig. 436 et 437) des cruches
semblables trouvées dans le quatrième tombeau, je ne les
reproduirai pas ici.
Autres objets trouvés dans le même tombeau : le fond d’un vase,
en cuivre ; — un disque de marbre qui peut avoir servi de fond à
un vase d’albâtre; — une grosse pierre à aiguiser, en grès d’un
grain très-fm; — seize morceaux d’os plats et quadrangulaires,
percés de deux trous à chaque extrémité ; ils ontl pouce (0''b04^)
de long et ^ de pouce (0™,0I de large ; ils doivent avoir servi
d’ornements, probablement pour des harnais de chevaux. Ce qui
distingue ce tombeau de tous les autres, c’est la grande quantité
de bois qu’il contenait. Outre un grand nombre de morceaux de
bois à demi consumés provenant des bûchers funéraires, j’y ai
trouvé un morceau de bois de cyprès, de 9 pouces (0™,22 i) de
long sur 4 1 (0''\ 11 l) de large, qui n’avait pas été atteint par le feu,
quoique, selon toute apparence, il eût fait partie du bûcher. On y
a recueilli aussi une très-grande quantité de morceaux de bois
fendu, qui étaient des outils ou des manches d’outils, et trois
couvercles déboîtés en bois, ainsi que des fragments de fourreaux
d’épées et d’ustensiles domestiques.
Un objet plus important peut-être et plus intéressant que tous
les bijoux recueillis dans ce tombeau, c’est une petite boîte carrée
en bois (va^^yjH), dont j’ai retrouvé deux côtés, sur chacun desquels
une sculpture en relief représente un lion et un chien ; à présent ces
animaux sont détachés ; mais il y a apparence qu’ils faisaient jadis
SCULPTURES SUR ROIS.
415
partie intégrante de la boîte, puisqu’ils étaient sculptés sur le bois
même dont elle est formée.
Si petites que soient ces sculptures, elles n’en sont pas moins d’un
très-grand intérêt pour la science, puisqu’elles suffisent à prouver
que la sculpture sur bois était florissante en ces temps fabuleux
et héroïques.
Au moment où on l’a retiré du tombeau, tout ce bois était humide
et spongieux; maintenant il est sec, il a repris de la consistance, et
j’espère qu’avec des soins particuliers on parviendra à le conserver.^
J’ai trouvé aussi une certaine quantité de morceaux de liège de
toutes les dimensions ; quelques-uns avaient le bord en ligne courbe,
d’où je conclus qu’ils doivent avoir appartenu à des boucliers ; sinon,
je ne puis m’en expliquer l’usage. Il semble que l’on ait aussi déposé
de la nourriture avec les trôis corps de ce tombeau, car j’y ai
recueilli une grande quantité d’écailles d’huîtres, et parmi ces
écailles, plusieurs huîtres qui n’avaient pas été ouvertes. Il y avait
aussi une grande quantité de dents de sanglier.
La présence des bûchers funéraires au fond des tombeaux de
Mycènes nous donne l’explication du mot nvpd, dont plusieurs
poètes posthomériques, entre autres Sophocle {Élecire, 901), se
servent pour désigner un tombeau. Ils employèrent cette expres-
sion au sens propre, et non comme un synonyme poétique; la
meilleure preuve, c’est cette coutume achéenne de brûler les
corps au fond des tombeaux et d’y laisser les squelettes, sans y
toucher, après l’extinction des flammes du bûcher.
Fig. 473. — Masque d’or massif du corps placé à l’exlrémité nord du premier tombeau.
Au cinquième environ de la grandeur réelle A
CHAPITRE X
RAPPORT ENTRE LES CINQ TOMBEAUX ET LA MAISON ROYALE
DES PÉLOPIDES. — DATE DE l’aGORA.
Discussion sur ce point : les cinq tombeaux sont-ils les mêmes que mentionne Pausanias comme
les sépultures d’Agamemnon et de ses compagnons? — Opinions des savants au sujet de la
guerre de Troie. — Les anciens sont unanimes à affirmer qu’elle a réellement en lieu. —
C’est parce que l’auteur avait foi dans les traditions qu’il a été amené à découvrir Troie et les
cinq tombes royales de Mycènes. — La civilisation était pins avancée à Mycènes qu’à Troie.
— Dans les deux cités, la poterie est très-primitive. — L’écriture alphabétique était connue
à Troie, inconnue à Mycènes. — Les deux civilisations, malgré leur dilïérence, peuvent avoir
été contemporaines. — La disposition et l’apparence de toutes choses dans les tombeaux
prouve que certainement ceux qui reposent ensemble dans le même, et probablement tous
ceux qui reposent dans les cinq, sont morts en même temps. — Vénération traditionnelle
1. Ce masque a été décrit précédemment. J’insiste tout particulièrement sur ce fait : que la
gravure représente le masque seulement au cinquième de sa grandeur réelle.
MYCKNES.
-7
418
LES TOMBES ROYALES ET 1/AGORA.
pour CCS tombeaux. — Ou élève à plusieurs reprises des monuments sur ces sépultures. —
Il n’y a pas de tombeaux entre les deux rangées circulaires de dalles obliques qui formaient
à la fois la clôture et les bancs de l’agora. — L’agora fut probablement construite lorsque
l’on renouvela les stèles funéraires; et l’autel fut bâti au-dessus du quatrième tombeau, sous
rinfluence do l’enthousiasme excité par les chants des rhapsodes. — Ces monuments furent
ensevelis dans la suite des siècles, mais le souvenir de remplacement se conservait encore par
la tradition, longtemps après la destruction de la nouvelle cité de Mycèncs. — Témoignage
de Pausanias. — L’énorme richesse des trésors prouve que ce sont bien là des sépultures
ivyales ; or la royauté, à Mycènes, prit fin avec l’invasion dorienne. — Cette invasion doit
être antérieure à la date généralement reçue (1104 av. J.-C.). — Réponse à une objection. —
Honneurs rendus aux princes tués, meme par leurs meurtriers. — Coutume d’ensevelir les
morts avec leurs trésors. — Le trésor sépulcral de Palestrina. - - Le tombeau de Nitocris à
Babylone. — Pyrrhus et les sépultures royales à Ægeæ. — Le tombeau de Corneto^
Après avoir décrit les cinq tombeaux et les trésors qu’ils conte-
naient, je vais maintenant discuter la question de savoir si l’on peut
affirmer que ces tombeaux sont bien ceux que Pausanias, suivant la
tradition, attribue k Agamemnon, à Gassandre, à Eurymédon et h
leurs compagnons.
Beaucoup de savants distingués ont pendant longtemps regardé
la guerre de Troie comme un mythe, dont, d’ailleurs, ils ont vai-
nement essayé de trouver l’origine dans le Piig-Vêda. Mais, dans
toute l’antiquité, on a considéré le siège et la prise d’Ilion par
l’armée grecque, sous la conduite d’ Agamemnon, comme un fait
historique hors de doute; c’est bien comme un fait historique que
l’accepte un historien aussi autorisé que Thucydide h La tradition a
même conservé le souvenir de beaucoup de détails de cette guerre,
qui avaient été omis par Homère. Pour ma part, j’ai toujours cru
fermement à la guerre de Troie ; ma foi dans Homère et dans la
tradition n’a jamais été ébranlée par la critique moderne; et c’est
à cette foi inébranlable que je dois la découverte de Troie et de
son trésor.
Cependant, comme les bijoux de Troie sont sans aucune orne-
mentation, comme la poterie troyenne est façonnée à la main, sans
couleur, et ne porte que des décorations imprimées ou gravées,
comme le fer et le verre font absolument défaut, je suis convaincu
que les ruines de Troie remontent à une assez haute antiquité pour
etre antérieures de bien des siècles aux ruines de Mycènes, dont j’ai
i . Thiirvdide. 1, 8-10.
OPINION DE L’AUTEUR SUR LA GUERRE DE TROIE.
4]0
cru pouvoir fixer la date, d’après les observations faites dans les
trente-quatre puits que j’ai creusés dans l’acropole, en février 1874.
Je pensai donc qu’Homère n’avait eu connaissance du siège et
de la destruction de Troie que par une ancienne tradition, con-
servée par des poètes antérieurs, et qu’en reconnaissance de
certaines faveurs dont il aurait été l’objet, il avait introduit ses
contemporains comme acteurs dans sa grande tragédie. Mais je
n’ai jamais douté un instant qu’un roi de Mycènes nommé Aga-
memnon, son écuyer Eurymédon, une princesse Gassandre et
leurs compagnons n’eussent été tués par trahison, soit par Égisthe
à un banquet, (c comme un bœuf à la crèche, » selon l’expres-
sion d’Homère ‘, soit par Giytemnestre, dans le bain, comme le
racontent les poètes tragiques plus modernes^. J’ajoutai une foi
pleine et entière au récit de Pausanias^, quand il disait que les
victimes avaient été enterrées dans l’acropole, en quoi je me sépa-
rais, comme je l’ai déjà dit, de Leake, de Dodwell, de 0. Müller,
de E. Gurtius, de Prokesch et autres explorateurs du Pélopon-
nèse, qui tous avaient mal compris le récit de Pausanias et pen-
saient que les victimes avaient été ensevelies dans la basse ville.
G’est parce que j’avais une foi entière dans la tradition que j’ai
entrepris mes dernières fouilles dans l’acropole et que j’ai été
amené à la découverte des cinq tombeaux et de leurs immenses tré-
sors. Quoique j’aie trouvé, au point de vue technique, dans ces
tombeaux les preuves d’une civilisation très-avancée, néanmoins,
ici comme à Ilion, je n’ai recueilli que de la poterie façonnée à
la main ou de la très-ancienne poterie fabriquée au tour, et pas
de fer. D’autre part, l’écriture était connue à Troie , car j’y ai
trouvé quantité de courtes inscriptions en caractères cypriotes très-
anciens et, autant que nous en pouvons juger, dans une langue
qui est essentiellement la meme que le grec^; tandis que nous
avons maintenant la certitude que l’alphabet était inconnu à
Mycènes. S’il avait été connu, les orfèvres mycéniens, toujours
1. Odyssée, IV, 530-535; XI, 100-411.
2. EscliyO', Agamemnon, 1438 ; Euripide, Oreste, 26.
3. Pausanias, II, xvi, C. - .
4. Voyez Troie et ses ruines, pages 363-372.
420
LES TOMI5ES ROYALES ET 1/AGORA.
en qiiete de quelque nouvelle décoration, auraient profité avec
empressement de cette nouveauté pour introduire les caractères
étrangers dans leur ornementation. D’ailleurs, dans l’antiquité
reculée à laquelle se rapportent les rhapsodies homériques et la
tradition des tombeaux mycéniens, il n’y avait pas encore de rela-
tions commerciales entre les peuples. Personne ne voyageait, sinon
pour accomplir des exploits de guerre ou de piraterie. Il pouvait
donc y avoir à Mycènes une civilisation très-avancée pendant qu’à
la même époque les arts étaient dans leur première enfance à
Troie ; mais cela n’empeche pas que l’écriture en caractères
cypriotes ait pu être usitée à Troie plus de mille ans avant que
l’alphabet ait été connu en Grèce.
Je ne vois pas la moindre objection à admettre l’exactitude et la
vérité de la tradition qui désigne les tombes de Tacropole comme
celles d’Agamemnon et de ses compagnons, traîtreusement assas-
sinés à leur retour d’Ilion par Clytemnestre ou par Egistbe, son
amant. J’incline d’autant plus à la croire parfaitement correcte,
que nous savons avec certitude, pour ne rien dire de plus, que les
corps de chaque tombeau ont été ensevelis en même temps : ce fait
est prouvé jusqu’à l’évidence par cette circonstance que les cailloux
sont calcinés sous chacun des morts, que le feu a laissé des traces
à droite et à gauche sur les murs intérieurs des tombeaux, que les
cendres étaient encore en l’état ainsi que le bois carbonisé sur les
corps et autour d’eux. Si l’on considère l’énorme profondeur des
tombeaux et le peu de distance qui sépare les corps, on verra
qu’il est impossible que Tenait dressé trois et surtout cinq bûchers
dans le même tombeau, à des époques dilférentes.
L’identité du mode d’ensevelissement, la parfaite ressemblance
de toutes les tombes, qui sont en outre si voisines Tune de l’autre,
l’impossibilité d’admettre que trois et surtout cinq personnages
d’une immense richesse, qui seraient morts de mort naturelle
à de longs intervalles, auraient été jetés pêle-mêle dans la même
tombe; et, enfin, la grande ressemblance entre tous les ornements,
qui sont exactement du même style et de la même époque ; tous ces
faits sont autant de preuves que les douze hommes, les trois femmes
VÉRACITÉ DE LA TRADITION. 421
et probablement deux ou trois enfants, avaient été assassinés et
brûlés ensemble.
La véracité de la tradition semble encore confirmée par la véné-
ration que non-seulement les Mycéniens, mais encore les habitants
de l’Argolide ont toujours témoignée pour ces cinq tombeaux. Les
bûchers funéraires n’étaient pas encore éteints quand on les a
recouverts d’une couche d’argile, puis d’un lit de cailloux, sur
lequel on a immédiatement jeté de la terre. C’est à cette circon-
stance que nous devons la conservation d’une si grande quantité
de bois, et aussi celle des corps, qui est relativement si satisfai-
sante. Dans aucun cas les os n’ont été consumés, et meme dans
plusieurs corps qui étaient recouverts de masques et d’épaisses
cuirasses d’or, une grande partie de la chair s’est conservée.
L’emplacement de chaque tombeau était indiqué par des stèles
funéraires, et quand les premières eurent disparu, ensevelies sous
la poussière des siècles, on en érigea d’autres sur le nouveau ter-
rain, et toujours au-dessus de l’endroit oû les anciens monuments
étaient enfouis. Sur le grand tombeau seulement, celui qui con-
tient les cinq corps, on avait élevé, au lieu de stèles, un autel
pour les sacrifices, de forme presque circulaire.
Gomme je l’ai expliqué précédemment, le premier tombeau,
selon toute apparence, avait été décoré d’un monument considé-
rable, d’oû proviennent les trois stèles ornées de bas-reliefs; ces
trois stèles en ont été probablement tirées pour être érigées sur le
nouveau terrain.
J’avais pris d’abord pour des pierres sépulcrales, destinées à
indiquer des sépultures, chacune des grandes dalles de la double
rangée circulaire qui forment l’enceinte et les bancs de l’agora ;
mais il n’en était rien. Il n’y a réellement de tombeaux ni entre les
deux rangées, ni h leur droite, ni à leur gauche. Les douze réci-
pients quadrangulaires en Ibrme de tombeaux, qui forment une
partie de la clôture de l’agora (côté nord) ne sont pas autre chose
que des petits réservoirs ou citernes. Je les ai trouvés remplis de
débris domestiques et d’os d’animaux. Dans tous les cas, fagora
semble avoir été construite en l’honneur des morts qui avaient été
m
LES TOMBES ROYALES ET L’AGORA.
enterrés dans les cinq tombeaux, mais évidemment à une époque
postérieure, quoique cette époque ait certainement précédé de
plusieurs siècles la prise de Mycènes par les Argiens. Ce qui me
porte à faire cette induction, c’est l’architecture irrégulière et peu
soignée du mur cyclopéen qui supporte la double rangée de dalles,
dans la partie inférieure de l’acropole, et le nombre de dalles sem-
blables à celles de l’enceinte que l’on voit dans ce mur.
Voici encore une autre preuve; entre les pierres du mur^de
même qu’entre les deux rangées circulaires de dalles qui forment la
clôture et les bancs de l’agora, de même que dans les citernes en
forme de tombeaux, je ne rencontre que des fragments de la
poterie ordinaire de Mycènes, et aucune trace de l’ancienne poterie
façonnée à la main ou faite au tour que j’ai trouvée dans les tombes
royales. Je crois donc très-probable que l’agora a été construite en
même temps que l’on posait de nouvelles stèles sur le premier, le
second, le troisième et le quatrième tombeau, et que l’on construi-
sait l’autel destiné aux sacrifices sur le quatrième tombeau; je
pense que ce renouvellement des stèles a eu pour cause l’immense
enthousiasme excité parmi le peuple pour les héros de Y Iliade et de
Y Odyssée par les rhapsodes, quand ils s’en allaient de maison en
maison chantant les hymnes homériques. Très-probablement les
glorieux exploits du roi des hommes, Agamemnon, et de ses compa-
gnons furent fréquemment célébrés à Mycènes, dans l’agora où
étaient leurs tombeaux. Je ferai observer que, tandis que toute
l’acropole est couverte de ruines de murs de maisons cyclopéens,
il n’y a pas trace d’une construction préhistorique dans l’enceinte
sacrée de l’agora circulaire.
Mais, néanmoins, les décombres continuaient à s’accumuler, et
dans la suite des temps les nouvelles stèles et l’agora elle-même
furent enfouies et disparurent, tandis que les habitants gardaient
toujours le souvenir de l’emplacement des tombeaux. Je crois donc
que, malgré les changements survenus dans la configuration du
terrain, on peut admettre comme un fait certain que l’agora con-
tinua à servir de lieu d’assemblée à la nation jusqu’à la prise de
Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.). Il y avait à cela deux
DATE DE L’AGORA.
423
raisons : d’abord les Mycéniens étaient attachés à cette enceinte
sacrée par les souvenirs les mieux faits pour toucher leur cœur
et flatter leur orgueil; ensuite parce que c’était le plus bel empla-
cement de toute la cité, parce que de là le peuple assemblé avait
sous les yeux non-seulement la basse ville, mais encore la plaine
tout entière, avec Argos, Tirynthe, Nauplie et le magnifique golfe
de Nauplie. Il est donc également certain que jusqu’à l’an 468 avant
Jésus-Christ l’agora demeura en bon état, et que l’accumulation
des décombres commença seulement après que les Mycéniens
eurent été contraints d’émigrer. Je crois avoir prouvé par les cita-
tions tirées d’Euripide ‘ que ce poète doit nécessairement avoir
visité Mycènes ; car il avait été frappé du caractère particulier de
l’architecture de ses murailles cyclopéennes ; il connaissait très-
bien l’agora située dans l’acropole, et il n’ignorait pas que tout près
de l’agora se trouvait l’édifice qui a été mis à découvert par mes
fouilles et que la tradition désignait comme le palais des rois. Aux
témoignages précédents on peut ajouter le passage où le messager
dit à Oreste, « même en pénétrant dans l’intérieur des murs (de
l’acropole) tu ne pourrais » (tuer Égisthe)^; et encore le passage
où le messager dit à un des personnages qu’ « il vient rarement à
la ville (Mycènes) et dans le cercle de l’agora »
Le premier de ces deux passages nous donne une nouvelle preuve
^u’Euripide savait que le palais d’Égisthe était dans l’acropole ; le
second prouve une fois de plus que le poète savait que l’agora était
de forme circulaire. Voici encore un passage qui nous semble prouver
qu’Euripide connaissait Mycènes : (( Je vois le peuple venir et s’asseoir
sur la hauteur (évidemment l’acropoley où, selon la tradition,
Danaos pour la première fois assembla le peuple sur des sièges
communs, quand il fut mis en jugement pour le crime dont Ægyptos
1. Iphigénie en Tauride, 845; Iphigénie à Aulis, 152 et 1 498-1 499; Hercule furieux, 94 4;
Oreste, 1246-47 ; les Trogennes, 1088 ; Éleclre, 710-712 et I 158.
2. Electre, 615 : . .
9'^'^ èX6wv evxbç ouosv av aOfvoi:.
3. Oreste, 919 :
’Oiydcxt; a-TTu xxyopîç ypaivwv xuxXov.
l.ES TOMBES ROYALES ET L’AGORA.
42 i
demandait vengeance )) M. Newton pense que le poëte parle ici
d’Argos, et on est tenté d’abord de le croire en voyant les noms
d’Ægyptos et de Danaos, qu’aucune tradition ne fait venir à
Mycènes, et en se souvenant que les murs de l’acropole d’Argos
étaient attribués à Danaos. Mais, après avoir lu tout ce qui pré-
cède, je crois que ce passage ne peut absolument se rapporter qu’à
l’acropole de Mycènes. Du reste, quoi qu’il en soit, il nous montre
une fois de plus que, dans l’agora, le peuple était assis.
Il est impossible de dire combien d’années après la prise de
Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.) Euripide visita cette ville.
Euripide était né en 480 et mourut en 402 avant Jésus-Christ.
Mais les détails très-précis qu’il nous donne sur l’agora, ainsi que
ses allusions au palais, semblent prouver clairement qu’il a vu ces
monuments et que par conséquent ils n’étaient pas encore complè-
tement enfouis sous les décombres quand il visita l’acropole. D’un
autre côté, mes fouilles ont prouvé que l’agora était déjà couverte
d’une épaisse couche de décombres quand la cité grecque posté-
rieure fut bâtie par-dessus; et pour les différentes raisons que j’ai
fournies^ il est certain que la nouvelle ville fut bâtie environ 400 ans^
avant Jésus-Christ. Mais, comme tous les décombres qui couvraient
l’agora ne pouvaient y avoir été déposés que par les pluies qui
les avaient amenés des cinq terrasses naturelles ou artificielles de la
partie supérieure de l’acropole, nous sommes conduits à conclure
que quand Euripide visita Mycènes, il était encore tout jeune, et
que c’était, par conséquent, peu de temps après la prise de la ville ;
si l’on plaçait son voyage plus tard, on ne pourrait s’expliquer qu’en
l’an 400 avant Jésus-Christ l’accumulation des décombres fût si
considérable.
Mais, quoique les tombes fussent profondément enfouies au-
dessous de la nouvelle ville, les habitants de l’Argolide se souve-
naient très-bien de l’emplacement de chacune d’elles. Après une
1. Oreste, 871-873 :
aipi) ô’ o'/\ov r7T£:-/0VTa xai 0a(7'7OVT’ axpav
ou (parti TipwTov Aavaov AcyuTTTo) otxa?
oloovt’ aOpoîo'a'. >.aov eîç xoivàç êopac.
2. Chapitre III, page 109.
TOMBEAUX DE MYCÈXES.
durée d’environ deux cents ans, la nouvelle cité, pour une cause
inconnue, fut de nouveau abandonnée, et cette fois pour toujours.
Malgré cela, la tradition se conserva si fidèlement, qu’environ
quatre cents ans après la destruction de la ville, on montra k Pau-
sanias remplacement de chacun des tombeaux. Bien plus, l’intérêt
que les habitants du Péloponnèse portaient k ces sépultures était
encore tel, seize ou dix-huit siècles après la mort tragique d’Aga-
memnon et de ses compagnons, que les Lacédémoniens d’Amyclées
disputaient aux Mycéniens l’honneur de posséder le tombeau de
Cassandre, qu’ils croyaient avoir dans leur cité. Quoi qu’il en
soit, Pausanias ^ dit que les Amycléens avaient dans leur village le
sanctuaire et la statue d’Alexandra qui pour eux était le meme
personnage que Cassandre.
Les cinq tombeaux de Mycènes, ou tout au moins trois d’entre
eux, contenaient des trésors si considérables , qu’ils ne peuvent
être attribués qu’k des membres de la famille royale. Mais la
période des rois de Mycènes appartient k une antiquité très-reculée.
Il n’y eut plus de rois k Mycènes k partir de l’invasion dorienne,
dont on a toujours fixé la date k 1104 avant Jésus-Christ. Thucydide
dit que l’invasion dorienne eut lieu quatre-vingts ans après la
guerre de Troie, et jusqu’ici on a toujours supposé que cette guerre
s’était terminée en 1184 avant Jésus-Christ. Mais, d’accord avec
tous les archéologues, je persiste k conclure, d’après le témoi-
gnage des monuments de Troie, que la prise et la destruction de
cette ville, et par conséquent l’invasion dorienne, doivent avoir eu
lieu k une date bien antérieure.
On a objecté qu’il était impossible que ces tombeaux fussent
ceux d’Agamemnon, d’Eurymédon, de Cassandre et de leurs com-
pagnons, par la raison que ces personnages avaient été tués par
leurs ennemis Égisthe et Clytemnestre ; que ces ennemis ayant
usurpé le pouvoir ne les auraient pas enterrés et n’auraient pas
permis k d’autres de les enterrer avec d’immenses trésors. Mais
cette objection tombe devant le témoignage d’Homère. Il dit, en
1. Pausaiiias, lll, xrx, G,
i;
m
LES TOMBES ROYALES ET L’AGORA.
effet, que même “celui qui tuait son ennemi le brûlait avec son
armure complète et toutes ses armes. Ainsi, par exemple, Andro-
maque dit à Hector^ : ce Je n’ai plus mon père ni mon auguste mère.
Le divin Achille, après avoir dévasté la célèbre ville des Gilieiens,
Thèbes aux superbes portes, tua mon père Èétion. Mais une crainte
religieuse lui défendit d’enlever ses dépouilles. Il brûla, dans ses
armes merveilleuses, le corps du roi; et, sur lui, il éleva une
tombe... )) (Traduction Giguet.)
Il suffit de lire Homère pour voir que c’était l’usage dans les
temps héroïques d’enterrer avec les morts les objets qu’ils avaient
aimés pendant leur vie. L’ombre d’Elpénor demande à Ulysse d’en-
terrer son corps avec ses armes, et d’élever un tertre par-dessus”.
Selon Scylax {Périple ^ 8), on montrait ce tombeau d’Elpénor dans
le Latium.
Mon honorable ami, le professeur Sémitèlès me rappelle qu’Ajax,
dans la tragédie de Sophocle, demanda à être enterré avec ses
armes
Il semble donc que les meurtriers, en enterrant les quinze per-
sonnages royaux avec d’immenses trésors, ne faisaient que se con-
former à un antique usage et par conséquent accomplir un devoir
sacré. On ne peut conserver là-dessus l’ombre d’un doute, si l’on
, 1. Iliade, VI, 413-419 :
.... O'jôé [xoi euTi Ttarrip xa'i TioTVia
7]T0t yàp TtaTsp’ à[xov à:iéxTavs otoç
èx Ô£ TioXiv Tcipaev KtXixwv e'jvaiSTawaav,
0r,ê-/iv 6<|'t7r'j)vOV • xaxà o’ exxavsv ’Hexteova
oùSs [jLiv è^Evapt^s • crEoàao-axo yàp xoys 6u[X(ü • . . .
hXn apoL [xiv xaxlx-/)£ aùv EVXEdt oatSaXEotatv,
V]i5’ £Tc\ aîîpi.’
- 2. Odyssée, XI, 72-76 ;
My] [jl’ àxàauxov, ctSauxov, Iwv ô'tciôev xàxaXEtTie'.v
vocrçiaÔElç, [x-rj xoi xi Ôe&v [x-^vt[xa yÉvwjxaf
àXXà [X£ xaxxeîai <tÙv xeu^stiv, àcraa [xot laxtv,
crr)[j.a xé [xot TioXir]? Èm 9iv\ 0aXà<7<7/];.
« Ne la quitte pas (l’ile d’Éa) pour continuer ta route, sans pleurer sur moi, sans m’inlmmer, de
peur que je ne devienne pour toi, de la part des dieux, un sujet de colère; mais fais-moi brèler
avec toutes mes armes, élève-moi une tombe au bord de la mer. » (Trad. Giguet.)
3. Soph., Ajax, 555 :
Tà ô’ àXXa T£'J)(y; xotv’ £p,o\ x£0à'|'£xat.
« On enterrera mes autres armes avec moi. »
SÉPULTURE IGNOMINIEUSE IVAGAMEMNON. i27
relit le pasStTge d’Homère [Od., III, 306-310) où Oreste, après
avoir tué les assassins de son père Agamemnon, Clytemnestre et
Égisthe, leur fait des obsèques solennelles et offre au peuple un
banquet funéraire.
D’un autre côté, la coutume de l’époque semble avoir laissé pleine
et entière liberté aux meurtriers de donner au tombeau la forme
qu’il leur plairait, et à la cérémonie le caractère qu’ils voudraient;
voilà pourquoi ils rendirent l’un et l’autre aussi ignominieux que
possible. Aussi les tombeaux ne sont-ils que des trous profonds
dont la forme quadrangulaire est irrégulière et mal dessinée; et
les victimes royales y furent jetées pele-mêle trois et même cinq
ensemble, elles furent brûlées au fond même des tombeaux,
mais à distance les unes des autres pour empêcher les osse-
ments de se mêler.
Je partage complètement l’opinion de M. Newton, et je pense avec
lui que les cinq immenses et magnifiques trésors de la basse ville et
du faubourg sont nécessairement beaucoup plus anciens que les
cinq tombes royales de l’acropole. Si donc nous songeons que ces
princes, qui se servaient de ces magnifiques palais souterrains pour
y conserver leurs richesses ont été jetés , comme des animaux
immondes, dans de misérables trous, nous trouverons dans cette
forme ignominieuse d’ensevelissement un puissant argument en
faveur de la tradition; nous penserons qu’elle est vraie quand elle
désigne ces tombeaux comme ceux d’Agamemnon, roi des hommes,
et de ses compagnons traîtreusement mis à mort par Égisthe et par
Clytemnestre, à leur retour d’Ilion. . •
Le professeur Paley me rappelle une remarque d’une excellente
helléniste, A. Swanwick, qui a donné, entre autres traductions,
celle de l’Or^^/^c d’Eschyle. Swanwick a déjà fait observer que,
selon la tradition antique, Agamemnon fut enseveli en silence, et
avec ignominie. Le même ami appelle aussi mon attention sur les
passages suivants des poètes tragiques pour montrer qu’ils sont tous
d’accord sur ce point. Ainsi nous lisons dans Eschyle : ce C’est par
nos mains qu’il est tombé et qu’il est mort, et c’est nous qui l’en-
terrerons sans qu’il soit honoré des lamentations de ceux de sa
428
LES TOMBES ROYALES ET L’AGORA.
maison ^ » Nous voyons continuellement dans Homère que les
lamentations des jjarents et de ceux qui appartiennent h la
maison sont considérées comme un honneur absolument dû au
mort et une cérémonie nécessaire h son repos. Par exemple, nous
lisons dans Ylliade^ : (( A ces mots, elle (Briséis) sanglote, et les
autres captives gémissent, en apparence sur Patrocle, mais réelle-
ment sur leurs propres malheurs. » (Trad. Giguet.)
Nous lisons encore dans Eschyle : ce O mère insolente, ce sont
les funérailles d’un ennemi que tu as osé faire à ton seigneur;
roi, il a été privé des larmes des citoyens; époux, de celles de
son épouse ^ » Et plus loin : ce O mon père, toi qui n’es pas mort en
roi h )) Sophocle dit : ce Après l’avoir assassiné ignominieusement
comme un ennemi, elle a mutilé son corps )) Et Euripide : ce Oui,
comme un criminel, tu seras enterré ignominieusement de nuit,
et non à la lumière du jour 'h »
Je ferai observer ici que Eschyle n’a probablement janiais visité
Mycènes, car il s’imaginait que le tombeau d’Agamemnon avait la
forme d’un tertre”^ : (( Sur le tertre de son tombeau, je crie à mon
père de m’entendre. »
Le témoignage de différents auteurs classiques prouve que c’était
1 . Agamemnon, 1552-1554 :
Upbç Tip.ôjV
xauTrecrev, xatOavs, 'fjtxs'îç xa\ xaTaOâ'|io[X£V
où'/ U 7:0 xXxuOp.a)V Tu)V olxwv.
2. Iliade, XIX, 301-302 :
‘ü; ïcpaxo xXato'Jo-’ • £tc\ 0£ (7T£va/ovTo yuv^.îxî:,
Haxpoxbov 7ip6:paa-tv, o-eptov 0’ aÙTwv xr|b£’ ixifJTq.
3. Choëphores, 430-433 :
UaVToX[JL£ [JlàT£p, oatatç £V Ex'fopxîç
av£u TcoXiTàv àvaxt’,
av£u ôà 7r£vO-/][xâT(ov
Exbaç àvotp-wxTov avùpa Oa'j/at
4. IbuL, 479 ;
UetTEp, TpoTTocaev OU Tupavvcxotç Oavcbv.
5. Élecire, 444 :
Oavà)V àTt[XOÇ, (loOTE ôu(7[X£VyiÇ,
ÈpLacr/aXtaOy].
0. Troijennes, 446 :
~H xaxbç xaxw; rap-z^aEi vuxxb;, oùx ev vi[xÉpa.
7. Choëphores, 4 ;
Tù[x6ou ô’ eu’ ô/0(j) T(j)5£ x-/]pua-aw TiaTp'c
xXuEtV.
(UHiirME 1)’E.\SEVELIU AVEC DES TRESOHS.
Tusage, dans une antiquité reculée, d’enterrer les rois avec leurs
trésors. Nous voyons, par exemple, dans Diodore de Sicile \ que
Sardanapale, dernier roi d’Assyrie, fit élever dans une de scs cours
un immense bûcher, sur lequel il se brûla lui-méme, avec tousses
trésors, ses ornements royaux, scs femmes et ses eunuques.
D’un autre côté, nous lisons dans Hérodote - : « Cette même reine,
Nitocris, imagina la tromperie que voici. Au-dessus de la porte la
plus fréquentée de la ville (Babylone), elle se fit construire un tom-
beau, qui faisait saillie sur la partie supérieure de la porte. Sur ce
tombeau elle fit graver l’inscription suivante : ce Parmi les rois de
)) Babylone, mes successeurs, celui qui se trouvera dans un pres-
» sant besoin d’argent n’aura qu’à ouvrir le tombeau et pourra y
» prendre autant d’argent qu’il voudra; mais qu’il ne l’ouvre pa^^
)) sans avoir réellement besoin d’argent : autrement il ne s’en
» trouvera pas bien. )> Le tombeau resta intact jusqu’au règne de
Darius. Mais ce prince était irrité de ne pouvoir jamais passer sous
cette porte et de ne pouvoir mettre la main sur les trésors qui
étaient dans le tombeau et qui semblaient cependant l’inviter à les
prendre. S’il ne pouvait passer sous cette porte, c’est qu’en la
franchissant il aurait eu un corps mort au-dessus de la tête. Or,
s’étant décidé à ouvrir ce tombeau, il n’y trouva point de trésors,
mais seulement le corps de la reine et l’inscription suivante :
c( Si tu n’étais pas insatiable et avide de trésors, tu n’aurais pas
)) ouvert les tombeaux des morts. ))
Ce récit d’Hérodote prouve deux choses : la première, c’est que
l’usage, à Babylone, était d’enterrer les morts de race royale avec
leurs trésors; la seconde, c’est qu’une crainte religieuse empêchait
de piller les tombeaux.
Nous lisons encore dans Diodore^ : (( Lorsque Pyrrhus eut pillé
Ægéæ, qui était la résidence des rois macédoniens, il y laissa les
Galates. Ayant ouï dire que, d’après une ancienne coutume, on en-
terrait avec les morts des trésors considérables dans les tombeaux
1. Il, 21-28.
2. I, 187.
3. lY, 22, 23.
43Û
LES TOMBES ROYALES ET L’AGORA.
des rois, les Galates fouillèrent tous les tombeaux, les mirent au
pillage, se partagèrent les trésors et jetèrent les os des morls.
Pyrrhus les réprimanda de cet acte sacrilège, mais il ne les punit
pas, parce qu’il avait besoin de leurs services pour ses guerres. »
Nouvelle preuve que c’était aussi en Macédoine une ancienne cou-
tume d’enterrer des trésors avec les morts de race royale et qu’une
crainte religieuse protégeait ces trésors contre les voleurs ; en effet,
il était depuis longtemps de notoriété publique que ces tombeaux
renfermaient des trésors, et cependant personne n’avait osé les
piller.
Il me semble que la présence du mot Tvij£o)pv)(^oç (pilleur ou
voleur de tombeaux) dans la langue grecque prouve jusqu’à l’évi-
dence que les Grecs enterraient des trésors dans les tombeaux,
puisqu’on avait créé un mot spécial pour désigner ceux qui vio-
laient les sépultures afin de voler les trésors.
Je rappellerai ici au souvenir du lecteur les riches trésors de vases
d’or et d’argent, de bijoux, de vaisseaux et de vases de bronze, etc.,
si savamment travaillés, que l’on a récemment découverts en Italie,
à Palestrina (l’ancienne Préneste), et que l’on fait remonter au
septième siècle avant Jésus-Christ, époque où l’influence de la civili-
sation et de l’industrie orientale dominait dans l’Étrurie et dans le
Latium avant que ces contrées eussent subi l’ascendant du génie
hellénique. C’est l’époque où les deux courants du luxe et des idées
d’Assyrie et d’Égypte avaient, en se mêlant ensemble, produit leur
effet sur le développement de l’art. Ils avaient pris leur cours vers
les pays de l’Occident, grâce aux artistes et aux trafiquants phéni-
ciens qui y apportaient leurs productions, décorées d’après les
idées qu’ils avaient reçues d’une part des bords de l’Euphrate et,
d’autre part, des rives du Nil.
J’appelle aussi l’attention sur le tombeau de Corneto; les objets
qu’on y a découverts ont été, comme je l’ai déjà dit, transportés
au musée de Berlin. Ce tombeau, qui remonte à une époque où
l’influence de la civilisation grecque ne s’était pas encore fait sentir
enitalie, par conséquent antérieure au septième siècle avant Jésus-
Christ, contenait non-seulement l’armure et les armes d’un riche
COUTUME D’ENSEVELIR AVEC DES TRÉSOUS.
4:11
guerrier, mais encore un assortiment complet d’o?jjets domestiques,
cliaudronsde cuivre, vases à boire, etc. Je n’ai pas besoin de rappe-
ler au lecteur que c’était l’usage dans l’ancienne Égypte d’enterrer
les morts avec leurs trésors, puisque la plupart des collections
d’antiquités égyptiennes du monde entier proviennent de tombeaux
égyptiens.
Mon savant ami, le docteur Karl Blind, dans son excellente bro-
chure intitulée : DeTiisage de brûler les morts (Fire Burial), cite la
loi Scandinave d’Odin dont voici la teneur : ce Odin ordonna de
briller les morts et d’apporter sur le bûcher funéraire tout ce qui
leur avait appartenu. Il dit que chacun arriverait au Walhalla avec
toutes les richesses que l’on aurait pu entasser sur son bûcher et
qu’il jouirait aussi dans le Walhalla de tout ce qu’il aurait caché
dans la terre. Les cendres seraient jetées à la mer ou profondé-
ment enterrées dans le sol ; pour les hommes illustres seulement
on élèverait un tertre qui perpétuerait leur mémoire. »
Dans la même brochure, le docteur Blind donne la description
des funérailles de Beowulf, pour prouver que c’était aussi l’usage,
chez les Anglo-Saxons, de brûler les morts avec des trésors.
(( Les hommes de Geatland lui élevèrent alors un large bûcher,
très-solidement construit; ils l’ornèrent de casques et y suspen-
dirent des boucliers de guerre et des armures brillantes, comme il
le leur avait commandé. Ces héros en deuil placèrent au milieu
leur chef puissant, leur seigneur bien-aimé. »
Nous avons donc la preuve que dans une antiquité reculée c’était
l’usage à Babylone, en Égypte, en Italie, en Macédoine, en Scan-
dinavie et en Germanie d’enterrer les riches avec leurs trésors, et
mes fouilles ont prouvé que cet usage existait aussi à ^lycènes au
temps des Atrides.
Fig. 528. — Coupe d’or {Si-7.ç ô.nsiy.ù-^iXKo'/) avec des anses orne'es de têtes de chien.
Tombeau situé au sud de l’agora. A la moitié de la grandeur réelle.
CHAPITRE XI
TRÉSOR DU TOMBEAU SITUÉ AU SUD DE l’aGORA.
découverte et description d’un autre tombeau situé dans l’acropole au sud de l’agora. — Ld
maçonnerie cyclopéenne de ses parois ressemble à celle des cinq autres tombeaux. — Bijoux
d’or trouvés dans ce tombeau. — Gobelets à deux anses. — Coupe d’or sans ornements (çiriD.r,).
Spirales et anneaux en fils d’or et d’argent semblables à ceux des tombeaux égyptiens.
— Bague à cachet couverte d’intailles. — Description complète du cachet. Les objets qui
protègent les figures des femmes prouvent que les masques n’étaient pas réservés unique-
ment pour les morts. — Figure destinée à représenter un palladium. — Six autres ligures
grossières qui ressemblent à des idoles troyennes. — Elles rappellent le k casque corinthien »
d’Atbènè. — Le travail de cet anneau fait songer à la description du bouclier d’Achille dans
Homère. Opinion do M. Sayee. — Bague à cachet plus petite avec quatre palladia et trois idoles
de Hèra. — Un beau lion en or massif. — Coulants d’or provenant d’un collier. — Os d’animaux
trouvés dans cette tombe. Les restes humains ont été probablementen levés quand on a cons-
truit la conduite d’eau^ mais le petit coin où étaient enfouis les bijoux n'a pas été pillé. — Trois
curieuses gemmes lentoïdcs pour colliers, trouvées : l’uue sur l’emplacement de Phœniké, les
deux autres près de l’ancien Hèræon. — La première représente des ligures phéniciennes.
28
MYCÈXES.
434
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
— Description des deux autres. — Fondations cyclopéennes de l’ancien Hèræon ; elles sont
probablement aussi anciennes que les murs de Tirynthe et de Mycenes. — L’ancien Hèræon
a été détruit par le feu en 423 avant Jésus Christ, et l’emplacement en a été abandonné. —
Lettre de M. Sayee. — Lettre de M. Burnouf. — Télégramme au roi de Grèce, et réponse du
roi. — Conclusion.
Athènes, 1®’’ mars 1877.
Mon ingénieur, le lieutenant Vasilios Drosinos, de Nauplie, est
venu le 20 janvier à Mycènes, en compagnie du peintre D. Tounto-
poulos, qui avait à faire pour moi une ichnographie des cinq grands
tombeaux et de l’agora qui les entoure. En vérifiant les plans qu’il
avait dressés pour moi, le lieutenant Drosinos a reconnu, juste au
sud de l’agora, la forme d’un tombeau, dont l’emplacement est
marqué par la lettre P, dans le plan B, et dont je donne un plan
séparé dressé avec le plus grand soinE En jetant les yeux sur ce
plan, on verra que la construction de ce tombeau diffère de celle
des cinq tombeaux de l’agora; ainsi, du côté nord, le roc est taillé
verticalement sur une longueur de 2 mètres seulement (6 pieds
8 pouces) , tandis que du côté sud, le roc est taillé sur une longueur
double de celle que demanderaient les proportions du tombeau, la
hauteur verticale du rocher étant de i"',70 (5 pieds 8 pouces). Le
rocher (côté de l’est) qui est taillé verticalement est bordé d’un mur
grossièrement construit en pierres unies sans ciment; il en est de
même du rocher (côté du nord) ; mais de ce côté le mur cyclopéen
continue en droite ligne pendant 6 mètres (20 pieds), par consé-
quent encore 4 mètres (13 pieds 4 pouces) à l’ouest plus loin
que le bord du rocher. Des deux côtés, ouest et sud, fl n’y a pas de
rocher, mais tout simplement le même mur grossièrement cons-
truit. Le plan en est si irrégulier que, tandis que le côté nord du
tombeau a 20 pieds (6 mètres) de long et le côté est 13 pieds
4 pouces (4 mètres) , le côté sud a 17 pieds 4 pouces, de long (5“', 20)
et le côté ouest 12 pieds (3“b60). Dans le coin sud-est du tombeau,
la maçonnerie cyclopéenne a été démolie sur une longueur de
l"h80 (6 pieds), probablement par ceux qui ont construit la conduite
d’eau, bâtie sans ciment avec des pierres non taillées, qui court
1. Voyez le pion G. Tombeau situé au sud de l’agora.
GOBELETS A DEUX ANSES.
435
le long du côté est et tourne ensuite à angle droit pour suivre le
côté nord. Il est évident que cette conduite d’eau est plus moderne
que lé tombeau.
Comme on peut le voir sur le plan G, j’avais fouillé cet emplace-
ment jusqu’à une profondeur de6'^,70 (22 pieds 4pouces), et j’avais
pénétré d’un côté à 5 pieds et de l’autre à 5 pieds 4 pouces de pro-
fondeur dans l’intérieur des murs du tombeau, où j’avais laissé une
couche de décombres del pied 10 pouces (0™, 55) seulement d’épais-
seur. Mais comme cette tombe se trouve immédiatement à l’est de
la grande maison cyclopéenne dont j’avais fouillé plusieurs cham-
bres jusqu’au rocher sans rien trouver d’intéressant, j’avais consi-
déré ce tombeau comme une dépendance de la maison, et je n’avais
pas pris la peine de fouiller la mince couche de décombres qui
recouvrait encore le fond.
Mais mon excellent ingénieur fut plus clairvoyant que moi. Frappé
de la physionomie des murs, dont l’appareil est beaucoup plus
grossier que celui des murs de la maison cyclopéenne, il reconnut
tout de suite que la maçonnerie était identique à celle des cinq
grands tombeaux. Ayant remarqué que le mur du nord s’appuyait
en partie et le mur de l’est entièrement contre une paroi de rocher,
il eut la ferme conviction que ce devait être un tombeau. Aussi, de
retour à Nauplie, il communiqua son importante découverte à un
employé du gouvernement; ce dernier était arrivé le jour meme à
Nauplie, dépêché par le directeur général, M. P. Eustratiadès, avec
mission de choisir dans l’acropole de Mycènes un emplacement pour
y bâtir une hutte en bois destinée aux gardiens. M. Drosinos lui
indiqua sur mes plans l’emplacement précis du tombeau, et lui
donna des instructions si minutieuses, que l’employé trouva tout de
suite la place. Il fit venir un des ouvriers ; dès le premier ou le
second coup de pioche, on vit sortir de terre un vase d’or, et en
moins d’une demi-heure on recueillit les objets suivants : d’abord
quatre grands gobelets d’or à deux anses ; la vignette qui est en tête
de ce chapitre représente un de ces gobelets (fig. 528). Les quatre
gobelets ont exactement la même forme et presque la même dimen-
sion. Tous représentent le ^inocç d’Homère, puisque
II
m
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
ions ont deux anses. Ces anses sont fixées an bord et an corps dn
gobelet par des dons d’or; elles se terminent tontes par des têtes de
(diiens qui tiennent le bord dans lenr gueule et semblent boire dans
Fig. 529. — Anneaux d’or; fils d’or (ronds et quadrangidaires) en spirales; anneau d’argent.
Tous ces objets sont au double de la grandeur réelle.
le gobelet. Ces gobelets n’ont pas d’antres ornements que les têtes
de cbien, et la forme en est identiqne à celle de la figure 343;
il n’y a qn’nne différence, c’est que le gobelet (fig. 343) est h une
senle anse.
Avec ces quatre gobelets, il a été trouvé une grande conpe
CACHET MEriVEILEEUX.
tout unie ('pîsJXvî). Elle u’a qu’uiie anse, qui tient au bord et au corps
du vase par quatre clous d’or à larges tetes plates ; — quatre spi-
rales d’un gros fd d’or quadrangulaire et sept d’un gros fil d’or
rond ; — cinq anneaux d’or sans ornements ; — un anneau de même
forme en argent ; la figure 5"29 représente des modèles choisis parmi
ces différents objets. Je rappelle au lecteur que l’on voit dans les
peintures murales des tombeaux égyptiens des spirales semblables
et des anneaux d’un gros fil d’or. On suppose que ces objets ont été
employés soit comme présents, soit comme moyen d’échange.
Dans ce tombeau, il a été encore trouvé une bague à cachet de la
Fig. 530. — Bague à cachet, tirde du tuiubeau au sud do l’agora.
Au double de la grandeur réelle.
même forme, mais deux fois plus grande que celles que j’ai décou-
vertes dans le qucatrième tombeau. Il suffit de jeter un coup d’œil
sur la gravure qui représente au double de la grandeur réelle le
sceau de cette bague, pour voir qu’il est entièrement couvert d'in-
tailles (fig. 530). A la gauche du spectateur est représenté un arbre,
dont le tronc ressemble certainement à celui du palmier ; il a quinze
branches assez courtes, sur lesquelles on ne voit pas de feuilles,
mais seulement de grosses grappes composées de petits fruits, et qui
ressemblent à des pommes de pin. Sous l’arbre une figure Itnninine,
de petite taille, se tient debout ; elle est légèrement penchée en
arrière, et étend les deux mains juste au-dessous de la grappe la
plus basse, comme si elle étaiten train de la cueillir. Mon honorable
438
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
ami le professeur de botanique, M. T. Orphanidès (d’Athènes), dit
que, de tous les arbres de la Grèce, celui auquel le nôtre ressemble
le plus, c’est le pin ; mais que, comme la petite femme se dispose à
cueillir un des fruits, il faut que ce fruit soit bon à manger; il en
conclut que l’arbre représenté ici doit être l’arbre à pain, parce que
de tous les fruits de l’Inde c’est l’arbre à pain qui ressemble le plus
à celui que nous avons sous les yeux. Mais je ne me souviens pas
d’avoir jamais vu d’arbre à pain dans l’Inde ;je n’en ai rencontré
que dans l’Amérique centrale. Un autre de mes amis, l’honorable
professeur de botanique, von Heldreicli (d’Athènes), suppose que
l’artiste mycénien a voulu tout simplement représenter un pied de
vigne chargé de ses grappes de raisin, et que c’est uniquement par
gaucherie et par ignorance qu’il a représenté la vigne comme un
gros arbre ; je partage son opinion.
Deux longues tresses de cheveux descendent de la tête de la petite
femme et pendent derrière son dos ; son vêtement, au-dessous de la
ceinture, est divisé par deux bandes horizontales en trois comparti-
ments, probablement pour donner idée de sa richesse ; de ses bras
descendent deux bandes qui sont peut-être destinées à représenter
les manches.
De l’autre côté de l’arbre, le bras droit appuyé contre le tronc, est
assise une femme de grande taille, qui a les nobles traits de la race
grecque. Les yeux sont grands, le nez continue la ligne du front,
comme on le voit dans les sculptures du Parthénon ; elle a la tête
couverte d’un turban qui se termine en pointe ; de dessous ce tur-
ban une tresse de cheveux descend sur le dos de la femme ; au-
dessus de la tresse, le turban porte deux ornements. Je signale à
l’attention du lecteur le signe curieux qui se trouve au-dessus du
front, et qui est sans doute destiné à représenter le diadème ; mais
je n’ai trouvé de diadème de cette forme dans aucun des cinq tom-
beaux. La partie supérieure du vêtement est très-étroitement
ajustée, ce qui n’empêche pas les deux mamelles de la femme d’être
très-saillantes. La partie inférieure est ornée d’un grand nombre
de bandes horizontales ; on dirait un large pantalon qui se termine
en forme de croissant à la hauteur des chevilles. La main droite
CACHET MERVEILLEUX.
439
repose sur la ceinture ; la main gauche, qui est levée à là hauteur du
visage, tient trois pavots, que le personnage semble offrir à une
femme de haute taille, richement vêtue; cette seconde femme est
debout en face de la première, et elle étend la main droite vers les
fleurs.
Cette grande femme a pour coiffure une espèce de turban, qui
ressemble d’une manière frappante à ceux que l’on porte aujour-
d’hui dans l’Inde. Cependant il en diffère en quatre points : IMe
turban représenté ici se termine à la partie postérieure par une
pointe, d’où pend un long ornement qui descend le long du dos de
la femme ; 2° à la partie antérieure du turban une sorte de masque
qui fait saillie, et où l’on distingue clairement les trous des yeux et
la forme du nez ; mais comme ce masque est levé, on aperçoit par
dessous les yeux de la femme ; 3° du côté droit, par conséquent à la
gauche du spectateur, pend une bande qui doit aussi être un orne-
ment; 4"" il y a au-dessus du front un ornement étrange, qui
doit être une espèce de diadème. Les traits de cette femme ont cer-
tainement quelque chose de masculin, et elle porte les cheveux
courts ; mais l’artiste, pour ne laisser aucun doute sur son sexe,
lui a donné deux mamelles très-développées et très-saillantes.
Au-dessus des mamelles, il y a deux bandes horizontales qui sont
probablement destinées à figurer des colliers ; n’oublions pas une
longue bande qui pend de l’épaule droite. La partie inférieure
du costume semble aussi représenter un pantalon d’une largeur
énorme. A partir des cuisses jusqu’en bas, on voit le long de cha-
cune des jambes du pantalon cinq larges bandes parallèles, en
ligne courbe, qui n’ont peut-être pas d’autre objet que de repré-
senter la richesse et la magnificence du costume. A mesure que les
bandes se rapprochent du bas, la courbure de la ligne s’accentue,
et la dernière présente exactement la forme d’un croissant. Au-
dessous de l’extrémité inférieure du pantalon, on aperçoit le bas
d’un caleçon qui est fixé par des fermoirs. On ne peut discerner la
nature de l’ornemenLque porte cette femme, comme la précédente,
au-dessus de la partie antérieure du turban.
Sous son bras droit, qui est étendu, il y a une autre petite
440
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
figure féminine : c’est peut-être une enfant ; cette figure tient clans
chacune de ses mains étendues un objet que je ne puis bien distin-
guer, et qu’elle semble offrira la femme assise. Cette enfant a sur
la tête un turban ; on voit quelque chose qui peut être ou une
longue tresse de cheveux ou quelque ornement, et qui lui pend
dans le dos. Elle porte un collier, et son vêtement est divisé par des
bandes horizontales parallèles en trois ou quatre compartiments.
La physionomie de cette enfant est très-expressive.
Au-dessus de la main droite de la grande femme il y a deux
doubles haches montées sur un seul manche. Elles ressemblent
exactement à celles des médailles de Ténédos et à celles qui sont
entre les cornes des vaches (fig. 329, 330) ; mais elles sont riche-
ment décorées. La seconde double hache, plus large que l’autre,
se profde nettement des deux côtés de la première, derrière laquelle
elle est placée. Le seul manche visible de ces deux haches se tei-
mine en pointe et est travaillé avec art.
Derrière la grande femme qui est debout, une autre se tient
debout également. Je ne décrirai pas son costume, puisqu’il
ressemble de tout point à celui de sa compagne, y compris l’étrange
ornement qui est au-dessus de la partie antérieure du turban et
dont je ne puis reconnaître la nature. On distingue très-nettement
son turban indien qui se termine en pointe, et d’où part un orne-
ment en forme de bande qui lui descend derrière le dos. Le masque
qui fait saillie à la partie antérieure du turban lui couvre la partie
supérieure du visage et du nez; il a des trous pour les yeux, car
l’œil gauche de la femme, qui est grand, regarde à travers le trou.
J’insiste sur la présence de ces deux appendices au front des deux
femmes, parce qu'elle nous prouve jusqu^à l’évidence que l’on ne
réservait pas les masques pour les morts seulement, mais que les
vivants en portaient aussi. Elle tient dans sa main droite, qui est
levée, trois objets, dont la forme rappelle beaucoup celle de l’orne-
ment qui est à la partie antérieure du turban de la femme assise.
Elle a dans sa main gauche deux fleurs à longues tiges, que le
professeur Orphanidês croit être deux lys. Deux bandes flottent de
son épaule gauche, et une troisième part du coude gauche. Comme
CACHET MERVEILLEUX.
Ui
la grande femme qui est devant elle, elle a les pieds nus, mais eüe
porte lin caleçon ; on distingue nettement sur son pied droit l’orne-
ment qui sert à attacher le bas du caleçon.
Au-dessus des objets étranges qu’elle tient dans sa main droite,
on voit une curieuse figure en forme de gourde ; cette figure porte
un long bâton qui est peut-être une lance ; la tête est vue de profil ;
le reste du corps, qui est représenté de face, se compose de deux
cercles, le premier représentant le torse et le second le reste du
corps, de la ceinture jusqu’aux cuisses; cette figure est sans jambes
et on ne lui voit qu’un bras ; deux longues bandes flottent par
derrière, à partir du cou. Les deux cercles qui forment le corps ont
des bordures et ressemblent tout à fait à deux boucliers. Néan-
moins l’intention de l’artiste n’était pas d’en faire deux boucliers,
puisque les mamelles sont indiquées par deux points, comme sur
les cuirasses.
Cette figure si grossièrement représentée à côté des femmes où
l’artiste a déployé toutes les ressources de son art, ne peut être
autre chose, selon moi, qu’un palladium d’un type très-ancien et
très-primitif. Gomme celui des idoles de Hèra, idoles à cornes ou
à tête de vache, le respect religieux qui s’y attachait le maintenait
en dehors des caprices de la mode ; il traversait les siècles sans
subir la moindre altération.
Le bord du sceau, entre le palladium et les pieds de la seconde
des deux grandes femmes est rempli par six objets d’une forme
étrange, qui ont des têtes et des yeux et portent une espèce de
casque; comme ces objets ressemblent beaucoup à des idoles
troyennes^ nous sommes portés à croire que ce sont encore des
palladia. Mais le professeur Rhousopoulos me fait observer que
ces figures ressemblent beaucoup au ypdvo:; Kopt'jOiyr/.dy ou
casque corinthien de Pallas Athènè, tel qu’il est représenté sur
les monnaies corinthiennes du quatrième siècle avant Jésus-Christ,
tel qu’on le voit encore sur trois bustes en bronze de la déesse,
grands comme nature, dont l’un est au Musée Britannique, le
I. Voyez V Atlas des Antiquités troyennes, pl. ;20.
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
m
second au Ministère de rinstruction publique, à Athènes, et le
troisième dans une maison particulière du Pirée. Sur les monnaies
corinthiennes et sur les bustes de la déesse, la partie antérieure du
casque est levée, parce qu’elle ne la baissait que pour combattre.
Sur cette partie antérieure du casque on voit les deux yeux, le nez
et la bouche; c’est donc un véritable masque : nouvelle preuve que
l’on avait l’habitude de porter des masques.
La ressemblance est certainement frappante entre ces six figures
et le -apavog KGpiv9ta7.ov ; il est évident que l’invention de ce casque
ne date pas du quatrième siècle, mais qu’il a été copié sur quelque
idole antique ; et je suis absolument convaincu que ces six figures
sont des représentations de cette même idole.
Enfin on voit à la partie supérieure de l’écusson deux lignes
ondulées qui ne peuvent représenter autre chose que la mer; c’est
ainsi qu’elle est représentée sur les monnaies de Tarente. Du sein
de la mer, à gauche, se lève le soleil dans toute sa splendeur; les
rayons sont très-nettement indiqués; à gauche du soleil, par consé-
quent à droite du spectateur, on aperçoit le croissant de la lune.
A la vue de ce merveilleux anneau, nous nous sommes écriés invo-
lontairement, Schliemann et moi : (( Il faut qu’Homère ait
\u cet anneau avant de décrire toutes les merveilles qu’Hèphaïstos
avait ciselées sur le bouclier d’Achille h »
M. Sayee m’écrit que, selon lui, la femme assise est dans l’acte
d’adoration; que les deux grands personnages sont des hommes
revêtus du costume caractéristique des prêtres babyloniens pri-
mitifs, et que le soleil et la demi-lune qu’on voit en haut sont le
1. Iliade, XVnU 183489 :
’Ev jjiàv yxïxv ïxvjW £v ô’ oupivbv, ev ôà ôala'TJxv,
TjsXtbv t’ àxafxavxa, ael-^v/jv xe n'k-q^ov'jxy,
£V Ô£ xà xstpsa Trâvxa, xàx’ oupavbç saxsçavwxat,
llXriïâoaç 0’ 'râoaç xs, xo xe o-Oévoç ’üpitovoç,
’'Apxxov b\ îqv xa\ a[xa|av Imxk'qaiv xxkiovaiv,
rjx’ auToO axplçexat, xx\ x’ ’Opi'wva ôoxs'jet .
oi'q 8' ap-[xop6ç ecrxi Xoexpwv ’Oxsxvoîo.
« Il représente la terre, le ciel, la mer, le soleil infatigable et la pleine lune ; il représente
tous les signes dont le ciel est couronné : les Pléiades, les Hyades et le fort Orion; l’Oiirsc,
que l’on appelle aussi le Chariot, qui tourne aux mêmes lieux en regardant Orion, et seule n'a
point de part aux bains de l’Océan. » (Trafl. Giguet.)
CACHET MERVEILLEUX.
4i3
symbole babylonien archaïque ordinaire. Il affirme en outre que
les figures, leur pose et l’ensemble de leurs personnes repro-
duisent ce que nous voyons sur les pierres gravées babyloniennes
de l’époque la plus reculée ; il en conclut que cet anneau appar^
tient à la même époque. Selon lui, cette époque (en tant qu’il
s’agit de son influence sur l’art des peuples étrangers) se termine
au treizième siècle avant Jésus-Christ, quand l’Assyrie devient
prépondérante.
J’appelle ici l’attention sur les personnages babyloniens repré-
sentés aux pages 318 et 319 de V Hérodote de Rawlinson; ils por-
Fig. 531. Seconde bague à cachet, trouvée dans le premier tombeau. Au double de la grandeur réelle.
tent aussi des turbans et des vêtements semblables à ceux des
figures de notre anneau (fig. 530). Il paraît qu’à Babylone on se
servait de verres grossissants pour graver les pierres fines ; dans
tous les cas, on en faisait déjà usage à Ninive (voy. VHérodote de
Rawlinson, I, 512).
Avec le premier anneau, il en a été trouvé un second en or, un
peu plus petit. Il est représenté également au double de la grandeur
réelle (fig. 531). Ony voit, en bonnes entailles, jusqu’à quatre
dia et trois idoles de Hèra. Les palladia ressemblent tout à fait aux
idoles troyennes de Pallas Athènè^; il n’y a guère de différence que
dans la forme de la tète, qui est ici un peu plus allongée ; c’est peut-
être parce que l’artiste a eu l’intention de la représenter couverte
1. Voyez l'Atlas des Antiquités troyennes, pl. 20.
444
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
d’un casque. Le palladium de la seconde rangée, h gauche, est exac-
tement semblable aux idoles troyennes ; seulement, il est un peu
effacé; on voit au-dessus trois épis de blé. Quant aux idoles de Hèra,
en forme de têtes de vache ornées de cornes, il y en a une dans la
première rangée et deux dans la seconde. Les cornes des deux
dernières sont remarquables par leur longueur ; dans la tête qui
est la première à la droite du spectateur il y a deux cornes plus
petites entre les deux grandes; elle a donc quatre cornes en tout.
Le dernier dessin à droite de la première rangée représente un
objet curieux que je ne puis pas bien distinguer; en tournant la
gravure à droite, on le prendrait pour un oiseau. Entre les deux
rangées de palladia et d’idoles de Hèra, il y a douze signes qui
ressemblent à des yeux.
A propos des idoles de Itéra en forme de têtes, M. A. H. Sayce
me fait observer que l’expression homérique 'Wfjt]
doit être d’une antiquité beaucoup plus reculée que Fexpression
IzvvAAivoq ll/3vî, parce qu’elle indique la prononciation de '\\pr\
avec un digamma initial. Il ajoute que Hèrè était dans l’origine
Swârâ (la luisante) ; si donc l’expression remonte à une antiquité
aussi reculée, on n’a plus à objecter que ne peut pas signi-
fier (( à figure de vache », sous prétexte que les Grecs de la
période historique ne représentaient pas leurs divinités avec des
têtes d’animaux.
En même temps que les deux bagues, j’ai recueilli le beau lion
d’or massif qui est représenté au double de la grandeur réelle
(fig. 53*^). Il est fixé sur un gros fil d’or, couché, et la tête tournée
du côté du spectateur ; cette tête, comme tout le reste du corps, est
une reproduction très-fidèle de la nature. Je crois, avec M. Newton,
que ce lion a été d’abord jeté dans un moule et ciselé ensuite.
J’ai encore recueilli quatorze coulants d’or provenant d’un
collier ; j’en reproduis seulement six (fig. 533-538) ; ils sont tous
décorés de quatre rangées de protubérances en forme de perles.
Gomme on le voit sur le plan G, tous les bijoux que je viens de
décrire ont été trouvés au même endroit, sur un espace de deux
pieds (0'",60) de long sur 8 pouces (O'b^O) de large ; juste à 6"590
LION D’OPx ET COULANTS DE Gül.LJElL
4i5
(OU pieds) au-dessus de la surface du sol telle qu’elle était
avant le commeiicemeiit des fouilles, et à 8 pouces (0'",20) seule-
uieiit au-dessous du point oùj’avais laissé les fouilles le 6 décembre
dernier. Le plan G montre en outre qu’il restait encore 1 pied
B’ig, 532. — Lion d’or. Même tombeau. Au double de la grandeur réelle.
^ pouces (0“,35) de décombres au-dessous de l’endroit où les
bijoux ont été découverts.
On avait aussi trouvé des os dans ce tombeau, et nous avions tous
cru d’abord que c’étaient des os humains; mais mon honorable
ami le docteur Théodoros Arétæos, le célèbre chirurgien athénien,
déclare, après examen, que ce sont des os d’animaux. Gomme je
Fig. 533 à 538. — Coulants d’or d’un collier. Même tombeau. Au double de la grandeur réelle.
l’ai déjà dit plus haut, la conduite d’eau cyclopéenne, représentée
dans le plan G, a été évidemment construite à une époque préhis-
torique postérieure à celle du tombeau ; et les constructeurs, qui
ont eu à fouiller le tombeau jusqu’au roc vif, ont certainement volé
ce qu’il contenait et jeté les os du squelette. Heureusement le petit
coin qui avoisine le mur pieds (0'“,G0) de long, 8 pouces (0‘*b^20)
de large) et où se trouvaient les bijoux, a échappé à leurs rocher-
elles; et c’est grâce à cette circonstance que les bijoux ont été
conservés pour la science h
I. L’endroit où ont été trouvés ces bijou.v est indiqué par la lettre et sur le plan et sur la coupe
fldati G.)
446
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA.
Enfin je mets sous les yeux du lecteur trois gemmes lentoïdes
provenant de colliers. Je les ai achetées à Chonika, village de la
plaine d’Argos, tout près de l’emplacement de l’ancienne ville de
Phœnikè [^oivUri)^ à la distance d’un mille anglais de l’ancien
Hèræon. Je ferai observer au lecteur que ce nom de Ghonika n’est
qu’une corruption du mot
Les deux paysans qui m’ont vendu ces trois gemmes lentoïdes
m’ont dit qu’ils avaient trouvé celle du milieu en travaillant sur
l’emplacement de Phœnikè, et les deux autres près de l’emplace-
ment de l’ancien Hèræon. Je n’ai aucune raison de révoquer en
doute l’exactitude de leur renseignement; car, comme son nom le
prouve, Phœnikè était une colonie phénicienne, et la gemme du
Fig. 539 à 541. — Trois gemmes lentoïdes, de serpentine et d'agate, ornées d’intailles,
trouvées sur l’emplacement de Phœnikè et sur celui de l’Hèræon. Grandeur réelle.
milieu (fig. 540) qu’ils affirment avoir trouvée en cet endroit,
représente très-certainement deux figures phéniciennes, qui doivent
être de très-anciens types d’idoles. Leurs têtes ne sont indiquées
que par des creux horizontaux, sans trace de visages ; les cous sont
très-longs, et les épaules, qui, comme tout le reste du corps, sont
d’un dessin rectiligne, sont d’une largeur énorme. Rien de plus
caractéristique que leurs longues jambes et leurs pieds, qui res-
semblent plutôt à des sabots de chevaux qu’à des pieds humains.
Un de ces hommes tient dans la main droite et l’autre dans la main
gauche un zigzag qui doit être un symbole du feu, peut-être même
lafoudre. L’hommequi est àlagauche du spectateur lève son bras
gauche qui est très-court et semble soulever quelque chose; le bras
gauche de l’autre figure est très-long et la main touche presque le
sol. Au-dessus de l’épaule droite de l’homme qui est à la gauche du
spectateur, il y a un signe étrange, qui est peut-être un caractère
d’écriture ; et l’on voit près du cou de l’autre homme un signe en
GE31MES LENTOÏDES ACHETÉES A CHONIKA. 447
forme de flèche ; j’appelle particulièrement l’attention sur ces deux
signes. Cette gemme lentoïde est en agate d’un rouge foncé, et
hémisphérique ; elle est percée d’un trou horizontal.
La gemme lentoïde qui est à la gauche de cette dernière (fig. 539),
dans la position où elles sont sous les yeux du spectateur, est en
serpentine verdâtre. Elle est convexe des deux côtés et percée d’un
trou horizontal. Elle représente, en intaille, deux chevaux dressés
sur leurs jambes de derrière, en face l’un de l’autre, mais détour-
nant la tête en sens inverse. La queue du cheval qui est à la gauche
du spectateur est représentée par une simple bande; celle de
l’autre est touffue ; sur la tête de chacun des chevaux se dresse un
ornement, qui faisait sans doute partie du harnachement. Entre les
têtes des chevaux apparaissent deux figures humaines ; celle qui est
à la gauche du spectateur est coiffée d’un bonnet phrygien; elle
étend les mains vers l’autre figure qui semble avoir la tête nue, et
qui tient un objet rond dans la seule de ses deux mains qui soit
visible.
La troisième gemme (fig. 541) est une agate jaspée de blanc et de
brun; elle est également convexe et percée d’un trou horizontal.
Les intailles en sont bien plus artistiques. Elle représente une idole
de Hèra; c’est une tête de vache, à longues cornes, qui reproduit
fidèlement la nature. Entre les deux cornes on voit, renversée, une
hache à deux tranchants, embellie d’ornements. L’extrémité du
manche porte deux ornements qui sont ou des anneaux ou des bou-
tons tournés. A droite et à gauche de la tête de vache, il y a un
objet très-élégamment orné, dont nous ne pouvons expliquer la
nature; ces deux objets ressemblent à des cornes d’abondance.
Je rappelle au lecteur que cette gemme lentoïde et celle où sont
représentés les deux chevaux ont été trouvées près de l’ancien
Hèræon, dont on voit encore les fondations. Elles se composent de
différentes assises de maçonnerie cyclopéeime, formées d’énormes
blocs non taillés ; ces fondations sont probablement aussi anciennes,
peut-être même plus anciennes que les murs de Mycènes et de
Tiryiithe. Les fouilles que j’ai pratiquées sur cet emplacement, en
février 1874, ont montré que raccumulatioii de décombres ify
448
TOMBEAU AU SUD DE lUAGOBA.
dépasse pas une épaisseur qui varie entre 1 pied et demi et 3 pieds
(0"\45 à 0"\90), par conséquent il n y a rien à chercher de ce côté.
L’ancien Hèræon fut accidentellement détruit par le feu en 423
avant Jésus-Christ, et l’emplacement a été abandonné, parce que le
nouvel Hèræon était bâti sur la pente, 50 pieds (15 mètres) plus
bas que l’ancien.
M. A. H. Sayce m’écrit : « J’incline à croire que les antiquités
» de Mycènes sont d’une date bien antérieure à celle que vous leur
» attribuez. Je ferais remonter les plus anciennes à l’époque où
» l’influence babylonienne commença à prévaloir dans le bassin
» ouest de la Méditerranée, à la suite des conquêtes du roi
» chaldéen Naram Sin d’Agané (dont le second successeur était
» le conquérant élamite Khamuragas, qui étendit son pouvoir
)) jusqu’aux bords de la Méditerranée, 2000-1700 avant Jésus-
)) Christ). En outre je crois que les trésors, la porte des
» Lions, etc., sont postérieurs aux tombaux et aux murailles cyclo-
» péennes. La civilisation assyro-babylonienne est venue en Grèce
t) non-seulement par la Phénicie, mais aussi par l’Asie Mineure.
)) Les dessins de M. Perrot et de plusieurs autres explorateurs
)) sont comme les anneaux de la chaîne qui rattache l’ancien art
)) grec à l’art assyrien (ou plutôt babylonien). Peut-être en
)) explorant Sardes y trouveraiPon un art et des types semblables
)) à ceux de Mycènes. Mais le grand centre d’où cet art se répan-
» dit par l’Asie Mineure était Karkhémish, la riche capitale des
)) Hittites, dont les ruines ont été découvertes, à Jerablûs (près
)) de Birajik sur l’Euphrate), par MM. Skene et George Smith.
)) En pratiquant des fouilles, on y trouverait une seconde Ninive,
)) avec des sculptures qui montreraient la transition de l’art assy-
» rien à la forme que l’on pourrait appeler forme grecque ou
)) forme de l’Asie Mineure. Ce ne sont pas là de vaines conjec-
» tures, car on y a déjà découvert des morceaux de sculpture
)) qui présentent ce caractère. La domination hittite s’étendait
)) sur la Cilicie et la Lycaonie ; on en a pour preuves les scul-
» ptures récemment découvertes, et tout particulièrement celle
» qui a été trouvée à Ibreez, et qui porte une inscription en
DATE DE LA PDISE DE MYCÈAES.
410
» hiéroglyphes hittites. Ce fait, que j’ai sigoalé à M. Gladstone,
confirme les preuves qu’il a fournies de l’identité des Hittites
» et des Kétéiens
ï» J’aperçois dans les antiquités de Myeènes un point d’une
)) imporLance capitale : l’art de graver sur la pierre dans l’Asie
)) occidentale et en Europe est venu de la Babylonie, où la pierre
)> était rare et précieuse. Dans la Babylonie archaïque (antérieure
)) au seizième siècle avant Jésus-Christ], la civilisation avait fait
» de grands progrès, et cependant elle était encore dans l’âge du
)) bronze. Le fer n’était pas employé en Babylonie, et probable-
)) ment il y était inconnu. Comment alors pourrions-nous expli-
)) quer l’état relativement avancé de la civilisation dans l’aii-
)) cienne Myeènes, quoique le fer y fût inconnu, sans supposer
)) que cette civilisation était née de celle de la Babylonie ar~
)) chdiqne ou qu’elle s’y rattachait par des liens quelconques.
» Si elle était parente de la civilisation de l’Assyrie, de l’Égypte
)) ou de la Babylonie postérieure au seizième siècle avant Jésus-
)) Christ, nous aurions assurément trouvé à Myeènes trace de la
)) connaissance du fer. »
M. A. H. Sayee appelle en outre mon attention sur le savant
article de J. P. Mahaffy, professeur au Trinity College de Dublin.
Cet article, publié dans VHermathéna^ V, a pour titre : Sur la
date de la prise de Myeènes par les Argiem. J’en donne ici la
traduction : « Il semble que personne n’ait trouvé de diffi-
cultés dans le récit de Diodore répété par Pausanias, où il est
dit que la ville de Myeènes fut détruite par le peuple d’Argos
après les guerres Médiques. Je crois cependant que la plupart des
savants, en y regardant de plus près, s’étonneront, dès le premier
abord, que l’ancienne ville de Myeènes ait pu exister aussi long-
temps dans le voisinage immédiat d’Argos, et que son rôle ait
été si peu important dans l’histoire grecque. Mais rétoimement
cessera, et tous les doutes seront levés si l’on se reporte au texte
d’Hérodote. Hérodote, en effet, rapporte que quatre-vingts Mycé-
niens rejoignent les Grecs aux Thermopyles, et il cite d’autre part
les Tirynthiens et les Mycéniens parmi les villes ou tribus des Grecs
MYCÈNES. "29
450
DATE DE LA PRISE DE MYCÈAES.
inscrites sur le piédestal du trépied de Delphes, pour avoir con-
tribué à repousser rinvasion des Perses. Le piédestal qui est
aujourd’hui à Constantinople confirme le récit d’Hérodote, car on
lit dans la liste le mot Moxavsg; d’où il faut nécessairement con-
clure que les Mycéniens existaient encore en l’an 470 avant Jésus-
Christ. Néanmoins, je doute sérieusement que ces différents histo-
riens nous aient donné des faits un récit véridique, et je propose
en conséquence l’hypothèse suivante pour provoquer une discus-
sion. Je citerai d’abord tous les récits de Pausanias sur le point en
litige ; mais, pour faciliter la discussion, je les grouperai en deux
classes sans tenir compte de l’ordre dans lequel l’auteur les pré-
sente. Pausanias, II, xv, 4 : ockiav ze yp'/.ào) zov or/jz[j,Gv
xal ’^vziva npofao'iv 's\pysÏGi MvxYjvaz'Gvç... d^so'zv](7av (...mais je
dirai la cause de la colonisation et quel prétexte saisirent les
Argiens pour détruire la ville des Mycéniens). Paus., II, xvi, 5 :
Mvxr]vag \\pysÏGi xocOdlGV vnb ^rilGzantag’ ^t^Gvy^a^GVZGdV twv
'Ap^/dGiV x(/.zd zriv iniGzpazslav zgv MvyxiVaÏGi 7iip.nGVGVj dg
(^spp.GnvXc/.g g^^gyiy.gvzc/. dv^pag, g'i AaYs^aipiGVùGig [izziGyGV zgv îp^/GV'
ZGVZG (7(Diaiv Gl^OpGV zo ©îXotqj.r/p.a r.apo'^vvav 'ApydGvg.
(Les Argiens détruisirent Mycènes par jalousie; car les Argiens
restèrent tranquilles pendant l’invasion des Mèdes, tandis que les
Mycéniens envoyèrent aux Thermopyles quatre-vingts hommes qui
assistèrent les Lacédémoniens; c’est ce qui leur porta malheur,
en excitant l’ambition des Argiens.)
)) Vient ensuite le fameux passage sur les ruines et les tombeaux
d’Agamemnon et de ses compagnons, sur lequel le docteur
Schliemann vient d’attirer si vivement l’attention.
» Pausanias, V, xxiii, 2 (dans la liste des cités inscrites sur le
monument commémoratif de la défaite des Perses, que Pausanias
vit à 01ympie,et qui ne parait pas avoir été un duplicata exact de
cellede Delphes) : ydpagzrjg'ApyslagTipvvOiGi, UlY'Y.isîg 5s [jdvGt
RGrjOTwv, YMi 'ApydG)V Gi AlvYc(]Y(/.g iyGVzsg... zgvzg)V twv tlgXscùy zggyI’^z
kd-rjij/jYJ ep-/][iGi. MvY'/]vaÏGt piv xal TtpvvOiGt t«v AT/î5r/5)V S^-spcv
h/ivGvzG vTiG ’Ap7S£«v dvYzzazGi. (De l’Argolide les Tirynthiens, de
laBéotie les seuls Phvtéens, et parmi les Argiens ceux qui hahi-
DATE DE LA PUISE DE MYCÈAES.
451
talent Mycèiics... De ces villes, les suivantes étaient de notre
temps désertes. Les Mycéniens et les Tirynthiens furent, après
les guerres Médiqnes, expulsés par les Argiens.)
)) Pansanias, VII, xxv, 5 : Myy.yjVfj'/ofç ri piv T2Ïyoc 7.c<Tà
ri h-yvpov ovy. soév^/TO vno {ixzzdyj^TO yjjzb. 'zy'j’zy. toj
£V iino Twv Ro7Xo)7ro)V xaloviiivc^v) , yc/.Ta œjÿ.’i'Ari'j dà zyj.clnov^t
Mvy.rjyaht vh^ irdlztrLo'vxuv tôjv o'£tjX)v, 7a! aXXoj p.sv livsc Iz
KXscovà? àîLoyupovrzrj adt^ôv, tgo ds ttXsov pdv rip.j^o Ig Atoi-
ooyiav yy-acûzij^lovGi noepà ’AXsgavdpov, w Alapdsvîog 6 ro)[^pyov
àYYcX/av kuioxzDGzv Ig ' AO^o'^y.iovç ànc/r/^jülar b dl aXXog d-^p.o; ao/-
70VTG Ig xriv Kspévciav, 7a! di;vaTC.)T£pa t£ yj Kzpvvzty. or7-/îTopo)V tAk-'c^^z.i
vm Ig To ImizuLhiivizo lû£©av£7T£pa dtai-^v Gvvoiyrt'iiv xoyj Mvyrivy.tr^rj .
(Les Argiens ne parvenaient pas à prendre la forte citadelle de
Mycènes (comme celle de Tirynthe, elle avait été bâtie par les
Cyclopes) ; néanmoins le manque de vivres força les Mycéniens h
quitter leur ville ; un petit nombre d’entre eux émigra à Gléonée-
plus de la moitié de la population se réfugia en Macédoine près
d’Alexandre, le même auquel Mardonius, fds de Gobryas, confia
son message aux Athéniens ; le reste de la population émigra
à Kérynéa. Par cet accroissement de population, Kérynéa devint
plus puissante, et sa gloire brilla d’un plus vif éclat dans l’avenir,
parce qu’elle avait adopté les Mycéniens.)
)) Rien de plus précis que ce qui précède. Évidemment Pansanias
était parfaitement sûr des faits, bien qu’un de ces faits -—la partici-
pation des Mycéniens à la bataille des Thermopyles — fùtcontrouvé,
d’après le témoignage d’Hérodote. Les Mycéniens allèrent aux
Tliermopyles, mais ils se retirèrent avec les antres Grecs, laissanl
les Spartiates et les Tliespiens avec Léonidas. Ouoi qifüen soit, il
paraît qu’alors les Argiens furent si jaloux de la gloire de Mycènes,
à cause de cette glorieuse bataille {h laquelle les Mycéniens
n’avaient pris aucune part), qu’ils entreprirent le siège de la
grande citadelle cyclopéeime. Ayant alfamé la ])0[)nlation de la
place, qu’ils ne pouvaient prendre d’assanl, ils en chassèrent les
habitants, qui se réfugièrent à Gléonée, à Kérynéa et en Macé-
doine. Pour la même raison, les Tiryntliiens subirent le même
45-2
DATE DE LA PUISE DE MYGÈNES.
traitement; il est vrai que Pausaiiias ne donne aucun détail sur
le siège de leur citadelle, quoiqu’elle fut assez remarquable pour
avoir excité en lui un vif sentiment d’admiration.
)) Hérodote confirme ce fait que Mycènes et Tirynthe concou-
rurent aux guerres Médiques, et dit que ces deux villes réunies
équipèrent et fournirent quatre cents hommes à l’armée grecque
qui combattit h Platées. Il garde le silence sur les conséquences
de cet acte. Examinons à présent un passage fort différent.
)) Pausanias, VIII, xxvii, i : 1vv^\9gv vnlp layjjo^ ig avvrjv ol
OLTZ yai 'Ap'^/ztGVç ïma'zi.\xiyGi là piv îzi nalaiGTipa pJvGV .gu
yy.za pjyv ^xipav ixac^z'^v yjv^vvzvGVzaç vtzg Aaye^yjp.GUiG)U napaGzrjvyt
ZG) TiGléi^Gj, snziyn yvOpûncùv jù/riOzi zg ApyGç sn-r]u^^r]7au yazalu-
cayzsg TipuvOy ym Tczidcg zs yai 'OGUsig yyi Muy-huyg yyi yy\ si
dl] zc aXX<5 rJjlxipMGuy à’^tGXG^^GV sv z^ Ap^/Gll^i ?v, rd rs dnh Ayys^aL-
p^Gubv d^ssazspy zGÏg 'Ap^/stGtg vndp'^yvzy yyl dp.y kg zGug nspiGiyGug
loyuy 7£vopiv'/]v yuzGig. (Les Arcadiens se réunirent (à Mégalopolis)
dans l’intention d’augmenter leur puissance, car ils savaient que
jadis les Argiens étaient chaque jour en danger de succomber
dans une guerre contre Lacédémone, et que, par la destruction de
Tirynthe, Hysiée, Ornée, Mycènes, Midéa et autres villes de peu
d’importance de l’Argolide, les Argiens avaient augmenté la popu-
lation d’Argos, et que non-seulement ils étaient devenus indépen-
dants des Lacédémoniens, mais encore avaient acquis plus de
puissance sur leurs voisins.)
)) Ce passage est confirmé par Pausanias (II, xxv, 6 et 8), qui
parle en termes presque semblables de la destruction d’Ornée
et de Tirynthe. Ainsi, dans le paragraphe 8 : ’AvsW/ifjav ^s yai
TipuvOiGug 'Ap^/sÏGi^ GuvGiyGug npGGla^sïv yoà zg Ap’^/Gg inavË’^Gai
ûsX^n^ayzsg. (Les Argiens détruisirent Tirynthe, parce qu’ils vou-
laient augmenter la population et la puissance de la ville d’Argos.)
» Il semble que ce récit n’est pas seulement en désaccord avec le
précédent, mais qu’il le contredit de tout point. Dans le premier,
les habitants de Mycènes sont chassés, et s’en vont augmenter la
puissance des autres villes; dans le second, les Argiens s’attaquent
à Mycènes avec le projet d’augmenter le nombre des citoyens
DATE DE LA [‘DISE DE MYCÈXES.
453
d’Argos, et d’agrandir et de consolider son pouvoir. Si l’on consi-
dère avec soin les termes du problème, on n’hésitera pas à préférer
le dernier récit (qui témoigne d’une idée politique très-juste) au
conte sentimental de la jalousie argienne. Le du terri-
toire argien était semblable à celui de Tlièbes, d’Atljènes ou de
Mégalopolis, et l’on ne peut douter que l’importance d’Argos'dans
l’histoire grecque ne soit entièrement due à ce qu’elle a pu, dans
un temps fort reculé, accomplir cette révolution tout à la fois ti ès-
difficile et très-impopulaire.
)) Mais est-il possible que cette révolution se soit accomplie après
les guerres Médiques? Je ne le crois pas. Après la conduite si
patriotique de Tirynthe et de Mycènes, et au moment où Argos
était le plus impopulaire dans toute la nation, le seul dessein de
détruire des villes grecques libres aurait provoqué l’intervention
de toute la Grèce. D’ailleurs, les anciens historiens gardent le
silence sur ce point. Hérodote et Thucydide n’y font jamais allu-
sion. Mais, ce qui est encore plus remarquable, Eschyle, qui com-
posait des tragédies dont Mycènes était le théâtre obligé, ne fait
pas une senle fois mention de Mycènes, et transfère le palais
d’Agamemnon à Argos. Il paraît pourtant que cette erreur a déjà
été remarquée par des critiques très-anciens, puisque Sophocle
et Euripide citent les deux villes, et les distinguent l’une de
l’autre, tout en paraissant en confondre les habitants. Étant sur
les lieux, je n’ai pu reconnaître le tableau qu’on voit au commen-
cement de VÉlectre de Sophocle, et cependant ce tableau sem-
blerait avoir été peint d’après nature; mais il est plus que pro-
bable que c’est une œuvre de pure fantaisie ; du moins Mycènes y
occupe une place éminente. Sophocle a inôme écrit une })ièce
ayant pour titre : Azpsug ^ UvxYiVaïat.
» Si l’ancienne ville de Mycènes, dont les habitants avaient com-
battu aux côtés d’Eschyle dans la grande lutte contre les Perses,
n’eûtperdu son indépendance qu’à l’époque de l’age mùr (rEsclivle.
serait-il alors possible de concevoir une ignorance aussi inexpli-
cable que la sienne? Je pense donc que le o-'jvoiydGpôç du territoire
argien eut lieu longtemps avant, et que Pausanias, induit en
DATE DE LA PRISE DE MVCÈNES.
45 i
erreur par les monuments de la guerre Médique, l’a placé h une
époque où cet événement n’aurait pu se produire.
Si nous remontons dans l’histoire primitive, et si nous recher-
chons à quelle époque Argos attendait journellement une attaque
de Sparte et se trouvait par conséquent dans la nécessité de for-
tifier son pouvoir, nous serons naturellement conduits à placer
cette époque non pas immédiatement après les guerres Médiques,
mais immédiatement après lesciuerres deMessénie, e'est-à-dire après la
seconde des guerres de Messénie qui se termina dans la XXIX^ olym-
piade. D’après notre chronologie revisée, le développement du
pouvoir^de Pheidon à Argos se place à peu près dans ce temps-là,
c’est-à-dire prohahlement dans laXXYIIP olympiade, que Pheidon
célébra à Olympie avec les Pisatains, à l’exclusion des Éléens.
Naturellement les Spartiates furent obligés d’intervenir; mais la
guerre de Messénie dut paralyser leur action, du moins en partie.
Lorsque, après la guerre, Sparte eut accru son territoire et aug-
menté son prestige, les Argiens durent s’attendre à être attaqués
les premiers. C’est donc à Pheidon et à sa politique que j’attribue
l’absorption de toutes les ])etites villes par Argos, et peut-être
l’exécution de ce dessein a-t-elle été le secret de sa grandeur.
» Mais comment alors pourrions-nous expliquer l’existence de
Tirynthe et deMycènes pendant les guerres Médiques? Voici ce que
je suppose : ces villes, quoiqu’elles eussent été conquises et que
leurs dieux pénates eussent été transférés à Argos, continuaient
néanmoins d’exister comme ou villages : seulement elles
étaient habitées par des citoyens argiens. En conséquence, ces
descendants des anciens habitants qui embrassèrent la cause
patriotique, parce qu’ils n’avaient pas oublié leur histoire, se joi-
gnirent à l’armée hellénique sous ces dénominations surannées,
que la nation sanctionnait avec joie afin de montrer son dédain
pour les Argiens neutres h
» Ce qui confirme cette opinion, c’est le très-petit nombre
1. Il n’est pas le moins du monde nécessaire que les troupes auxiliaires soient venues directe-
ment de Mycènes et de Tirynthe; elles peuvent très-bien avoir été composées d’exilés qui se
seraient réunis sous les noms de leurs anciennes villes.
DATE DE EA DDISE DE MYCÈAES.
155
d’hommes qu’ils étaient à môme d'éq U iper(qiialre-viii gts dcMycènes,
aux Tliermopyles; quatre eents de Mycèiies et de Tirynthe réunies,
à Platées); car, à cette époque, les plus petites villes grecques
elles-mêmes avaient nue population armée considérable. — Pla-
tées, par exemple, pouvait mettre sur pied six cents hommes. Il est
fort probable que les Argiens furent piqués de cette bravade et se
décidèrent à détruire complètement ces cités. Ce changement était
très-insignifiant J puisque le avvoivdaiLÔç, réel était depuis long-
temps un fait accompli; aussi, à l’époque meme, attira-t-il à
peine l’attention ; mais, dans la suite des temps, il prêta à de
fausses interprétations et induisit les historiens en erreur.
)) Voici, pour conclure, un fait analogue : Pausanias(IV,xxvii, 10)
dit que les Minyens d’Orchomène furent chassés par les Thébains
après la bataille de Leiictres. Or nous savons très-bien que la
puissance d’Orchomène s’était depuis longtemps évanouie ; Tiièbes,
dont la puissance s’était fort accrue, eut à se plaindre de la con-
duite qu’avait tenue sa vassale pendant que les armées thébaines
luttaient contre Sparte; elle forma donc le dessein de raser Orcho-
mène. Il ne s’agissait pas de faire un siège en règle et de triompher
d’iine ville libre , puisque Orchomène était depuis longtemps
abattue et soumise. Par analogie, je crois que la prise de la grande
citadelle de Mycènes avait probablement en lieu longtemps avant
les guerres Médiques.
)) Le passage explicite deDiodorc (XI, lxv), qui, à première vue,
semble confirmer absolument l’opinion généralement adoptée, n'est
pour moi qu’une raison de plus de croire qu’elle est fausse. Diodore
indique la date avec précision. Il dit que, dans la LXXYITP olym-
piade (468-464 av. J. -G.), pendant que les Spartiates luttaient
contre de grandes difficultés, à cause d’un tremblement de terre
qui les avait éprouvés et d’une insurrection des Ilélotes et des
Messéniens, les Argiens profitèrent de roccasion pour assaillir
Mycènes. Mais s’ils agissaient ainsi, c’est parce que Mycènes, seule
parmi les villes de leur territoire^ ne voulait pas se soumellre à
eux. Ce fait prouve clairement ([iie toutes les autres villes, telles
que Tirynthe, Midéa, etc., avaient été depuis longtemps snhjii-
45G
DATE DE LA PRISE DE MYCÈNES.
guées, et par conséquent il dément les assertions de Pausanias.
Diodore énumère ensuite les divers titres de Mycènes aux anciens
privilèges sur rUèræon et les jeux néméens, et il ajoute, en con-
formité avec Pausanias, que seuls, parmi les villes argiennes, ils
ont fait cause commune avec les Grecs aux Thermopyles. Les deux
auteurs semblent ignorer que Tyrinthe a pris part, avec Mycènes,
à la bataille de Platées. C’est après avoir attendu lontemps l’occa-
sion que les Argiens réunirent alors une grande force tirée d’Argos
et des cités alliées, et firent la guerre à Mycènes. Or Mycènes et
Tirynthe, en réunissant leurs contingents, avaient envoyé en tout
quatre cents hommes à Platées, et Mycènes, réduite à ses propres
forces, n’avait pu envoyer que quatre-vingts combattants aux Ther-
mopyles! Les Argiens les défirent d’abord dans une bataille, et ils
assiégèrent ensuite la citadelle ; au bout de quelque temps, la cita-
delle n’ayant plus assez de défenseurs (ce qui se comprend facile-
ment), fut prise d’assaut. Ce fait encore contredit les assertions de
Pausanias. Diodore conclut en disant que les Argiens asservirent
les Mycéniens, consacrèrent la dîme du butin et rasèrent la ville.
)) Je pense que mon hypothèse est parfaitement compatible avec
les conclusions que la critique pourrait tirer de ce passage. Il est
probablement vrai, je pourrais dire certainement vrai, que les
Argiens rasèrent Mycènes dans la LXXVIIP olympiade ; mais ce qui
n’est pas moins vrai, c’est qu’ils rasèrent alors une ville déjà sou-
mise. S’ils en asservirent les habitants, cette mesure fut proba-
blement prise pour punir une ville assujettie d’avoir osé envoyer
un contingent indépendant à une guerre dans laquelle la ville
souveraine avait décidé d’observer une stricte neutralité. Il me
semble presque incroyable que les faits racontés par Diodore
n’aient pas provoqué de tous côtés des observations critiques, ou
bien qu’aucun écho de ces observations ne nous soit parvenu. Il
est possible de trouver une confirmation du récit de Diodore,
quand il affirme que Mycènes fut la dernière conquise des villes
assujetties, en parcourant le catalogue homérique dans lequel
Tirynthe est déjà mentionnée comme soumise à Argos, tandis que
Mycènes est encore la capitale d’Agamemnon. Mais, même au
DATE DE LA PUISE DE MVCEAES.
iol
temps où ce catalogue fut compilé, Argos avait déjà conquis tout
le rivage de la péninsule argolique, et Myccnes est située dans
l’extrême sud du territoire (principalement corinthien et sicyo-
nien), qui était assigné à Agamemnon. Peut-être les traditions
étaient-elles encore trop fortes pour que le poète osât faire de
Mycènes la sujette d’ Argos ! »
M. A. H. Sayce appelle encore mon attention sur un passage
d’Homère, qui — dans son opinion — semble aussi favoriser cette
hypothèse, et qui paraît contredire catégoriquement les récits
que Pausanias et Diodore ont empruntés à Éphorosh Ce dernier
a apparemment fait une erreur sur l’époque de Pheidon. Le
passage signalé par M. Sayce est dans Vlliadc, IV, 50-56 :
Tiv STTciTa PowTTi; roTvia^^Hpr,’
"'Htoi eaclrpsT; pAv 7ro)vù cciXTarat eîai ttoX-zis;,
T£ 2iTàpT-/i T£ xal eOpua-^uia Muxivivyi*
Ta; ô'.aTvspcat, ot’ àv rot aTrsy^ôwvTai TTsp't 5cxpi’
Tawv cuTOi è-yto Trpo'aô’ laTap-at &ù<^£ u.c-^ai'po.
El'-;T£p cpÔGv£to T£ xat oùx. £Îw c>''ia77£paat,
eux àvUCi) Cp8cv£CU(j’, £7T£171 TïoXÙ O£pT£p0; £(701.
(La vénérable Hèrè aux grands yeux répondit à Jupiter : En
vérité, trois villes me sont extrêmement chères : Argos, Sparte
et Mycènes aux larges rues; détruis ces villes, si tu les hais pro-
fondément dans ton cœur; je ne les protégerai pas et je ne t’em-
pêcherai pas de les détruire, car si je te l’interdis et te défends
de les détruire, je ne réussirai pas à t’en empêcher, puisque
tu es beaucoup plus fort que moi.) Dans l’opinion de M. Sayce,
il est évident qu’Homère a voulu désigner dans ce passage la
destruction d’au moins une des trois villes qu’il cite, et comme
Argos et Sparte n’étaient pas détruites, la ville détruite ne pouvait
être que Mycènes. M. Sayce croit pouvoir conclure du mot oty-io7y.'
que la destruction de Mycènes devait être complète. S'il en est
ainsi, rien ne pourrait mieux prouver la haute antiquilé de cet évé-
nement que cette citation d’Homère.
1. Selon Sayce, quia soigneusement étudiii les IVagmenls d'Éphoros, cos fragments et cer-
taines autres indications prouvent que Diodore a presque calqué scs récits sur ceux d'Ephoros.
et qu’il n’a fait que reproduire une très-grande partie de ce qu'Éplioros avait écrit.
458
])ATE DE LA PRISE DE MVCÈNES.
Je dois dire que cette hypothèse de MM. Sayce et Mahaffy, en
vertu de laquellè Mycènes aurait été déjà détruite dans une haute
antiquité, n’est que trop confirmée par les monuments. Je rappelle
d’abord ce que j’ai dit à cet égard vers la fin du chapitre lY.
a Du côté ouest, le mur cyclopéen de ceinture a été démoli sur
une longueur de 46 pieds ( iS^gSO), et du côté intérieur l’on a bâti,
» pour en soutenir les ruines, un mur de petites pierres cimentées
» avec de la terre. On ne peut émettre absolument que des conjec-
)) turcs quant à l’époque où fut détruit le mur cyclopéen, et celle où
» fut bâti le mur en petites pierres; mais, dans tous les cas, ces
» deux faits doivent s’être passés des siècles avant la prise de
» Mycènes par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ, car le petit
» mur était profondément enfoui dans les décombres préhisto -
)) ri q lies. ))
Je rappelle en outre que l’inscription suivante, qui, nous en
ToBER’oo^JeM
avons la certitude, appartient au sixième siècle avant Jésus-Christ,
est gravée sur un tesson de cette poterie grecque noire, qui semble
être au moins de trois siècles postérieure à la poterie mycénienne
archaïque, même la plus moderne, que l’on trouve à Mycènes
immédiatement au-dessous delà couche des décombres de la ville
macédonienne.
J’appelle en outre l’attention particulière des archéologues sur
la masse immense d’idoles en forme de vaches ou de femmes
à cornes ou à têtes de vache, que j’ai recueillies à Mycènes
(voyez, par exemple, figures 2-ii, 111-119, 212, 327-330, 531).
Ce sont sans contredit les types d’idoles les plus archaïques qu’on
ait encore trouvés en Grèce. On rencontre tous ces types
d’idoles jusqu’à la surface des couches de décombres archaïques;
il est donc bien certain qu’ils étaient encore en usage lors de la
prise de Mycènes. Mais il nous paraît parfaitement impossible qne
llèrè, la divinité tutélaire de Mycènes, ait encore été représentée
nu cinquième siècle avant Jésus-Christ sous la forme de la vache
m
HELATIONS ENTRE L’ÉEYPTE ET jIYCÈNES.
OU SOUS celle d’idole présentant les signes caractéristiques de la
vache.
11 est évident que dans les poèmes homériques Iléré est léinme,
sans aucun des signes caractéristiques de la vache; elle n’en a
gardé que l’épithéte épithète consacrée par Tustige des
siècles, mais qui dans Homère ne peut signifier que la déesse
rfifx grands yeux.
Il nous paraît donc certain qu’à l’époque d’Homère l’usage do
représenter Hèrè sous la forme d’une vache ou avec les signes
caractéristiques de la vache, était déjà tombé en désuétude et
abandonné, et que, par conséquent, la catastrophe de la grande
destruction de Mycènes doit être reportée à une époque anté-
homérique; même, en considérant le caractère des monuments
que j’ai découverts, je ne vois aucune objection à ce qu’elle soit
attribuée à l’époque de l’invasion des Héraclides. En effet, la
destruction de Mycènes par les Héraclides expliquerait aussi ce
fait étrange qu’Oreste n’a jamais régné à Mycènes.
Dans l’art de Mycènes je ne puis découvrir aucune trace d’in-
fluence égyptienne ; mais une foule d’objets qui proviennent cer-
tainement de l’Égypte : par exemple la masse énorme de têtes
de vache en or, l’œuf d’autruche, les sphinx (voy. fig. 277) et les
objets de porcelaine égyptienne (fig. 350-352), nous amènent
à conclure qu’il y a eu des relations suivies entre l’Egypte et
Mycènes. Ce qui prouve avec le plus d’évidence que ces relations
ont existé, c’est le culte de la divinité-vache lunaire Hèra,dont
j’ai prouvé (voyez la note Hèra Boôpis à la fin du chapitre I"0
l’identité avec la déesse égyptienne Isis, qui était également vénérée
en Égypte comme femme avec des cornes de vache (Hérodote, H,
41) ; je rappelle en outre que Isis était née à Argos(Diod. Sic., 1,
XXIV, 25; Apollod., II, i, 3), et que Apis, petit-fils du lleuve argieu
Inakhos et neveu de la déesse-vache lunaire lo, était d'abord roi
d’Argos ; que, de son nom, cette ville et tout le Péloponnèse furent
appelés Apia ; que cet Apis céda à son frère sa souveraineté en
Grèce et qu’il devint roi d’Egypte (Eusèbe, Chron., 1, 00, 127, 130.
éd. Aucher; Augustin, de Civ, Dca\ XVHI, 5f ; qu'après sa mort il
460
RELATIONS ENTRE L’ÉGYPTE ET MYCÈNES.
fut adoré en Égypte sous le nom de Sérapis et sous la forme d’un
bœuf. De même le mythe grec fait émigrer la déesse-vache ar-
gienne lo en Égypte; là elle mit au monde Épaphos, qui n’est
qu’un second nom du dieu-bœuf Apis. Mais, selon Diodore de
Sicile (I, XXIV, 25), Apollodore (II, i, 3) etHygin (145), lo était la
même divinité que Isis. Tous ces mythes grecs semblent prouver,
non pas que le culte de la déesse-vache lunaire est venu de l’Égypte
en iVrgolide, mais, au contraire, qu’il a été importé de Mycènes ou
d’Argos en Égypte, et peut-être les égyptologues, en constatant
l’époque à laquelle le culte d’Isis a commencé en Égypte, pour-
raient-ils nous donner une idée de l’antiquité des relations entre
Mycènes et l’Égypte. En effet, le culte de la déesse vache lunaire
ne peut pas avoir été importé d’Égypte à Mycènes, mais il doit
nécessairement avoir été introduit de Mycènes en Égypte, puisque
lo était éminemment une déesse pélasgique ; elle avait un temple
célèbre à Byzance, et le mythe attribue même la fondation de
cette ville à sa fdle Kéroessa, autrement dit, celle qui porte des
cornes. Le culte d’Io semble avoir été apporté d’Asie par les
Pélasges; dans tous les cas, ils l’ont importé, aune époque fort
reculée, en Argolide. Je rappelle que l’on continua, même dans
les temps classiques, de donner à la lune le nom d’Io dans les
mystères religieux d’Argos, et que ce nom est purement grec.
(Voy. la note Hèra Boôpis à la fin du premier chapitre.)
Pour conclure, je ferai remarquer qu’un sixième tombeau ayant
été découvert dans l’agora de Mycènes après mon départ, on s’est
efforcé de nier l’identité de ces sépulcres avec ceux que la tradition,
dontPausanias se fait l’écho, désignait comme ceux d’Agamemnon,
de Gassandre, d’Euryrnédon et de leurs compagnons. Mais il suffit
de relire le fameux passage de Pausanias (II, xvi, 6) pour voir
qu’il ne désigne pas clairement le nombre des tombeaux; il parle
distinctement de six, mais on peut admettre qu’il y en avait même
plus de six, sans faire violence au texte de Pausanias :
IrjTi piv ^ATpi(^)ç, sîG’î y.(/l o(70vg cèv ' Aq knaV'ii7.ovi:aç kg
OEinviGaç KaT£(povev(Jsv A^lqiGOog.
Mon honorable ami, le célèbre orientaliste M. Émile Burnouf,
LETTUE DE M. ÉM. BUUNOUF.
461
directeur honoraire de l’École française d’Athènes^ m’écrit : « Je
ne crois pas difficile de prouver que les tombeaux de Mycènes sont
bien ceux des Pélopides; leur place dans l’acropole et la masse des
objets précieux qu’ils renfermaient montrent clairement que ce
sont des tombes royales et non celles de particuliers. L’enceinte
circulaire, construite à un niveau supérieur, dans un temps où ces
princes étaient passés à l’état de héros tutélaires, prouve la meme
chose ; elle a pu servir à' agora comme les textes l’indiquent; mais
elle a été certainement aussi une enceinte funéraire où ont été
célébrés des sacrifices en l’honneur des morts placés au-dessous ;
vous y avez trouvé la trace de ces cérémonies nationales. Je ne crois
pas qu’on puisse voir dans les squelettes les restes des dynasties
antérieures aux Pélopides : elles n’ont aucun caractère historique
et appartiennent totalement à la mythologie des peuples aryens. On
peut objecter qu’une partie notable de la légende des Pélopides est
elle-même mythologique ; mais ce fait est commun à toutes les
dynasties préhistoriques chez les peuples aryens, dynasties dont la
réalité n’est cependant contestée par aucun savant. Celle-ci d’ail-
leurs touche à l’histoire, puisqu’elle a été éteinte par l’invasion
dorienne, ’dont la date peut être fixée avec une grande approxi-
mation.
>> Vous me demandez aussi mon sentiment sur les objets trouvés
par’ vous à Mycènes. Il y en a de plusieurs catégories, qu’il serait
imprudent de confondre en une seule; car ces catégories portent
les marques d’origines différentes. On ne peut pas méconnaître le
caractère assyrien ou assyro-babylonien des objets d’or fournis
en si grand nombre par vos belles excavations ; ces ornements sont
identiques à ceux que l’on voit sur les sculptures assyriennes des
musées de Londres et de Paris ; ils ne ressemblent en rien aux
parures égyptiennes. Deux d’entre ces bijoux sont caractéristiques
et pourraient donner lieu à d’importantes dissertations; ce sont les
deux cachets d’or que vous avez publiés sous les ligures 530 et
531. Le premier représente une scène religieuse, celle de la récolte
de la plante sacrée; tout y est assyrien, le soleil avec le croissant
de la lune et les eaux célestes, les six jours, l'arbre, les costumes
LETTRE DE M. É31. ]]UUN0ÜE.
.i(T2
des personnages. Le second est une sorte d’hiéroglyphe asiatique
comme on en rencontre souvent sur les cylindres et les pierres
gravées des pays de rEuphrate et du Tigre ; il se rapporte certaine-
ment h un fait qui s’accomplissait dans le premier des grands mois
de l’année, c’est-à-dire après l’équinoxe du printemps; l’objet
placé à gauche paraît signifier qu’il s’agit d’une opération agricole,
récolte ou semailles. Quoi qu’il en soit, ces deux cachets me sem-
blent venus à Mycènes d’un pays asiatique, peut-être des rives de
l’Euphrate ou du Tigre. ^
)) Je n’ai rien à vous dire sur la masse de poteries brisées que vous
avez retirées des excavations. Elles présentent les plus grandes
analogies avec celles que fournissent presque tous les rivages médi-
terranéens. On les attribue maintenant au commerce des Phéni-
ciens ou, plus précisément, des Sidoniens; peut-être y a-t-il ici
quelque exagération. Il n’est pas probable que Sidon ait fourni de
poterie tonte la Méditerranée; en outre la nature de la terre
employée par les fabricants varie d’un lieu à un autre; mais les
procédés de fabrication sont à peu près les mêmes et le genre d’or-
nementation varie peu. On est ainsi conduit à penser que l’art
du potier est venu de fOrient de la Méditerranée, mais que de
très-bonne heure il s’est établi presque partout des fabriques
locales.
)) Les idoles et les vaches, trouvées par vous en si grand nombre
dans les ruines de Mycènes, sont évidemment des produits locaux.
Si ces statuettes grossières étaient phéniciennes et représentaient
Astoretb, ce n’est pas Hèra, mais Apbroditè, qui aurait été la
déesse principale de l’Argolide; on aurait eu, non un Hèræon,
mais un Apbrodision. D’ailleurs la coiffure de beaucoup d’idoles
juycéniennes caractérise Hèra dans tous les siècles suivants ; et,
comme vous le remarquez très-justement, la forme de croissant de
plusieurs autres indique cette vieille divinité lunaire qui portait le
nom d’io et qui, au fond, était identique à Hèra. J’en dirai autant
des vaches de terre cuite ; c’est une erreur manifeste que de les
identifier au bœuf égyptien. Les musées de l’Europe possèdent un
nombre immense d’Apis; ils ont des formes et des marques bien
LETTI’vE DE M. ÉAE EEIENOUE.
disüiictes, qui ne manquent à aueun d’entre eux; ee sont surtout
les trois grandes taches noires sur la croupe, le dos et la partie
antérieure du corps; les vaches de Mycènes sont le plus souvent
jaunes rayées de rouge. Il est vrai qu’elles n’ont pas de mamelles,
mais elles n’ont pas non plus l’organe masculin. A ce propos, per-
mettez-moi de rectifier une erreur devenue classique; les motSj^ooç
et hos de la mythologie grecque et latine sont presque toujours tra-
duits par bœuf ; cependant ils sont généralement au féminin dans
les auteurs et par conséquent désignent des vaches, les vaches du
soleil, les vaches enlevées par Cacus, abs tract œqiie baves ^ abjura-
Ucque rapinœ (Virg.); nous connaissons aussi la vache suprême des
hymnes indiens, c’est-à-dire le ciel considéré comme source de la
vie cosmique et identique à i’Hèra des traditions grecques. Je ferai
observer que les anciens peuples agriculteurs d’xisie et d’Europe
élevaient non des bœufs, mais des vaches; qu’ils attelaient des
taureaux à la charrue et que le bœuf était presque inusité chez eux.
Ainsi l’absence de sexe dans les terres cuites mycéniennes ne laisse
le choix qu’entre la vache et le taureau; or la tradition religieuse,
ainsi que l’épithète signale constamment la vache comme
symbole de Junon. C’est donc cette divinité qui est figurée par
ces terres cuites. Et comme vous les avez trouvées en très-o'rand
nombre dans les excavations, c’est là une preuve nouvelle del’iin-
portance attribuée dès lors en Argolide à cette divinité. Ces conclu-
sions sont d’ailleurs en parfait accord avec les textes homériques et
avec les traditionsreligieuses de toute l’antiquité grecque. J’ajoute
qu’elles viennent à l’appui de l’assertion, souvent combattue, qui
donne aux idoles troyennes la signification d’Athèna glaucopis : la
vache mycénienne et la chouette troyenne sont deux faits du même
ordre, qui occupent deux places corres|)ondantes dans la mytho-
logie grecque et se rapportent à la même époque du développe-
ment linguistique dans la symbolique religieuse de fantiipiité. ))
M. Burnouf me fait en même temps savoir (pf il a adressé à la
Revue des Deux-Mondes un article dévelopjié sur les fouilles de
Mycènes.
Après la découverte des trésors des sépultures royales, j'eus
464
DON DES TRÉSORS A LA GRÈGE.
rhoiiiieur d’adresser un télégramme à S. M. le roi des Hellènes;
je l’insère ici avec la gracieuse réponse de Sa Majesté^
(( A Sa Majesté le roi George des Hellènes, Athènes.
» Avec une extrême joie j’annonce à Votre Majesté que j’ai
découvert les tombeaux que la tradition, dont Pausanias se fait
l’écho, désignait comme les sépulcres d’Agamemnon, de Gassan-
dre, d’Euryrnédon et de leurs camarades, tous tués, pendant le
repas, par Clytemnestre et son amant Égisthe. Ils étaient entourés
d’un double cercle parallèle de plaques, qui ne peut avoir été
érigé qu’en l’honneur desdits grands personnages. J’ai trouvé dans
les sépulcres des trésors immenses en fait d’objets archaïques en
or pur. Ces trésors suffisent à eux seuls à remplir un grand musée,
qui sera le plus merveilleux du monde, et qui, pendant les siècles
à venir, attirera en Grèce des milliers d’étrangers de tous les pays.
Gomme je travaille par pur amour pour la science, je n’ai natu-
rellement aucune prétention à ces trésors, que je donne, avec un
vif enthousiasme, intacts à la Grèce. Que Dieu veuille que ces
trésors deviennent la pierre angulaire d’une immense richesse
nationale.
)) Henri Schliemann.
» Mycènes, 28 novembre 1876. »
Réponse de Sa Majesté :
(( Monsieur le Docteur Schliemann, Argos.
» J’ai l’honneur de vous annoncer que Sa Majesté le Roi, ayant
reçu votre dépêche, a daigné me charger de vous remercier de
votre zèle et amour pour la science, et de vous féliciter de vos
importantes découvertes, et Sa Majesté espère que vos efforts
seront toujours couronnés d’aussi heureux succès.
)) Le Secrétaire de Sa Majesté Hellénique,
)) A. Galinskis. »
1„ Les deux télégrammes sont en fi ançais dans le texte. {Note du traducteur.)
CONCLUSION.
465
Je ne veux pas terminer sans citer les noms de mes honorables
amis, xMM. les professeurs Euthymios Kastorkhès, Stôphanos Kon-
manoudes, et Kokkidès, d’Athènes, et sans les remercier publique-
ment des bontés qu’ils ont eues pour moi pendant les fouilles si
laborieuses que j’ai faites à Mycènes.
C’est aussi pour moi un devoir agréable de remercier jiublique-
nient mon excellent ingénieur, le lieutenant Vasilios Drosinos,
pour sa sagacité, pour le soin scrupuleux et l’attention qu’il a
apportés à dresser mes plans de Mycènes et pour le grand service
qn’il a rendu à l’archéologie, en indiquant avec tant d’empres-
sement à l’employé du gouvernement grec le tombeau qu’il avait
découvert au milieu de mes fouilles, et dont le contenu, grâce
à lui, a pu être conservé pour la science.
MYCÈNES.
oO
APPENDICE
ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÈNES
M. P. Eustratiadès, directeur des antiquités d’Athènes, ayant eu l’obligeance
de me donner quelques échantillons des métaux de Mycènes, je ne crus pouvoir
mieux faire que de prier le docteur Percy, de Londres, si connu comme chi-
miste et comme métallurgiste, de vouloir bien en faire l’analyse. Je ne lui
témoignerai jamais assez combien je lui suis reconnaissant de l’inappréciable
rapport qu’il a bien voulu rédiger à ce sujet. J’appellerai particulièrement
l’attention du lecteur sur les faits suivants prouvés par l’analyse : on faisait
grand usage à Mycènes du métal qui est probablement l’or natif ; on y
employait cet alliage (For et (Vargent où l’argent entre dans des proportions
considérables, et qui devient le fameux électrum, quand on y augmente les pro-
portions de l’argent (j’ai trouvé plusieurs coupes LVêlectruni dans les ruines de
la Troie préhistorique); enfin l’analyse a jeté nue lumière nouvelle sur la ques-
tion du homérique, si amplement discutée par M. Gladstone, en prouvant
que le cuivre et le bronze étaient simultanément en usage dans les temps
héroïques de Mycènes, mais que le bronze servait pour fabriipier les armes et
certains vases, tandis que les ustensiles domestiques, par exemple les chaudrons,
étaient en cuivre. Ainsi le métal d’une épée provenant des tombes royales
contient un peu plus de 80 pour 100 de cuivre et plus de lo pour lOtt d'élaiu ;
celui d’une anse de vase contient presque 90 pour 100 de cuivre, et plus
de 10 pour 100 d’étain; tandis que le métal d’un des chaudrons contient
468
APPENDICE.
98, 47 pour 100 de cuivre, et quelques traces seulement d’étain. Je rappellerai
au lecteur que, parmi les liacbes d’armes en bronze trouvées à Troie, l’une
ne contenait que 4 pour 100 d’étain, la seconde 8 pour 100 et la troisième
9 pour 100 b
Dans la lettre suivante, qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire, le docteur Percy
indique la marche qui a été suivie pour faire cette analyse.
Cher docteur Schliemann,
Londres, 10 août 1877.
J’ai le plaisir de vous communiquer les résultats de l’analyse des divers échantillons
de métal que vous m’aviez confiés à cet effet. 11 a fallu beaucoup de temps et beau-
coup de soin pour parfaire ce travail; je vous serai très-obligé de vouloir bien faire
savoir au public que, sauf dans deux cas, les recherches de l’analyse ont été complè-
tement dirigées par mon savant aide, M. Puchard Smith, dans le laboratoire métallur-
gique de l’École royale des mines, à Londres. M. Smith, je puis vous endonner l’assu-
rance, a montré, dans ce travail d’investigation, beaucoup de conscience et beaucoup
d’ardeur; c’est donc à lui que l’honneur en doit revenir. Quelques-uns des résultats
sont, je crois, à la fois nouveaux et importants pour la métallurgie aussi bien que pour
l’archéologie.
Je suis toujours votre bien dévoué,
John Percy, m. d., f. r. s.
Professeur de inétallurgie à l’Ecoîc royale des mines
de Londres, etc.
I. — FEUILLE D’OR ARGENTIFERE (Fig. 542).
L’échantillon pesait en tout 1 grain 177, et son épaisseur variait de à—,
de pouce. C’était une des feuilles d’or dont le fond des tombeaux était abon-
damment jonché autour des corps. Elle était toute chiffonnée, d’un jaune rou-
geâtre, et les deux faces semblaient avoir été
vernies ou laquées. Une esquisse de l’échan-
lillon, de la grandeur même de l’objet, est
reproduite ci-contre. Quand on le chauffe, le
métal devient d’une couleur beaucoup plus
pâle et prend une teinte d’un jaune verdâtre;
en même temps il s’en dégage une substance
volatile, probablement organique. La couleur
du métal ne s’altère pas quand on le plonge
dans un bain chaud d’alcool, d’éther ou de
benzine ; mais, quand on le fait bouillir dans
une forte solution aqueuse de potasse caustique,
il perd sa teinte rouge et devient plus pâle, moins pâle cependant que quand on
le chauffe. 7^ de grain du métal, nettoyé avec de l’eau chaude, une solution
Fig. 542. — Morceau d’uiie feuille d’or
argentifère. Quatrième tombeau ; gran-
deur réelle.
1. Voyez Troie et ses ruines, p. 361.
ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÈNES.
4C9
d’acidc chlorhydrique, et soumis à uu froltement doux, a perdu 15 millièmes
de grain, soit 1,28 pour 100. Le de grain du métal nettoyé soumis à l’ana-
lyse a donné les résultats suivants:
COMPOSITION POUR 100
Argent
Cuivre
Plomb
Fer. .
99.20
D’après la composition du spécimen, on peut inférer ({u’il provenait d’un
alliage artificiel; car la proportion du cuivre et du plomb y dépasse de beaucoup
celle qu’on trouve dans Y or natif, quelle qu’en soit la provenance. La présence
du plomb est due probablement à ce fait, que l’argent employé pour l’alliage
avait été raffiné, quoique imparfaitement, à l’aide du plomb. Si la proportion
d’argent est si considérable, c’est peut-être qu’on avait employé l’argent pour
économiser l’or. Un alliage composé de 75 pour 100 d’or et de 25 pour 100
d’argent a une couleur marquée d’un jaune d’or. Mais quand l’argent est dans
la proportion de 33,33 pour 100, l’alliage est d’une couleur beaucoup plus pâle ;
un alliage où l’argent entrerait dans des proportions plus considérables ne pour-
rait plus être appelé de l’or ; la présence du cuivre empêcherait l’or de prendre
la teinte pâle que lui donne l’argent.
L’altération de couleur qui se produit quand on chauffe le métal peut pro-
venir non-seulement de ce que l’on enlève de la suiTace un enduit de matière
organique, mais encore de Faction suivante. C’est un fait bien connu que dans
un alliage d’argent et d’or, lorsque l’argent est en proportion assez considérable
pour donner sa propre conleur à l’alliage, on peut rendre à l’alliage la couleur
de l’or, en éliminant l’argent à la surface. On peut arriver à ce résultat par
plusieurs procédés, dont quelques-uns, il y a lieu de le croire, étaient connus
des anciens. Quand les alliages d’argent et d’or semblables à ceux dont nous
venons de parler ont repris la couleur de l’or par un des procédés eu question,
et qu’on les chauffe jusqu’au rouge pendant un certain temps, ils reprennent
leur première couleur d’argent. Les grandes monnaies ovales des Japonais, qui
ressemblent à des médailles, fournissent une excellente démonstraiion de ce
fait. Dans le laboratoire de FEcole royale des mines, on a trouvé qu’une de ces
pièces se compose, au poids, de deux parties d’argèiit et d’une partie d'or.
Quand on chauffe suftisamment cet alliage, il devient presque aussi blanc que
l’argent; si on le traite ensuite par l’acide sulfuriipie chaud, il reprend sa pre-
mière couleur d’or.
/i.70
APPENDICE.
IL ~ OR EN FEUILLE (Fig. 543).
L’écliantillon pesait en tout 1 grain ; son épaisseur était d’environ de
pouce. Sa densité spécifique à GO degrés F. était 18,867.
Une esquisse, de la grandeur de l’objet, est reproduite
ci-contre. Cet échantillon était jaune, mou, ductile, et
portait à la surface des marques ou indentations ; la surface
en feuille. Quatrième P^^r^lSSait legeremeilt terme. Apres avoir procédé au net-
tombeau, grandeur réelle. toyage, en employant Peau chaude, la solution d’acide chlor-
hydrique et le frottement doux, j’ai trouvé que le métal
pesait 1 grain 0 avait donc perdu au nettoyage 0,235 pour 100. L’analyse
d’un grain du métal nettoyé a donné les résultats suivants :
COMPOSITION POUR 100
Or
Argent . .
Cuivre
Fer
89.30
8.55
0.57
0.20
98. G8
L’absence de plomb donne à penser que le métal est peut-être de l’or natif ou
a été préparé avec de l’or natif, dont l’argent, dans des proportions variables,
est toujours un des éléments constitutifs.
IlL _ MORGEAU D’UN VASE D’ARGENT (Fie. 544, 545).
L’esquisse, de la grandeur de l’objet, est reproduite ci-après. Ce fragment
avait une courbure très-marquée, parce qu’il provenait d’un vase creux tà parois
minces.
L’échantillon pesait en tout 44 grains Le métal était très-corrodé sur les
deux faces. La surface convexe ou extérieure était complètement couverte d’une
croûte assez irrégulière, tandis que la surface concave ou intérieure n’était qu’en
partie couverte d’une croûte semblable, et en partie d’une pellicule jaunâtre qui
se ternissait. Quand on casse la croûte en travers, on voit, à l’inspeclion de la
cassure, que la croûte, des deux côtés du métal, se compose de deux couches
distinctes; la couche’ la plus voisine du métal est noire, terne, un peu sectile et
facile à casser; tandis que la couche extérieure était d’un gris clair, molle,
sectile et semblable à de la cire. En plusieurs endroits le métal était complète-
ment rongé. La croûte a été enlevée par l’emploi de l’eau chaude contenant de
l’ammoniaque et par un frottement doux; le métal qui est resté était cassant.
ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÈNES.
471
plein de trous à la surface, d’un blanc terne à la cassure et rempli de petites
cavités irrégulières; même en employant le microscope on n’a constaté ni fibres
ni structure cristalline. En recuisant le métal on lui a rendu à un degré sensible
Surface convexe. Surface concave.
Fig. 5i4, 545. — Fragment d’un vase d’argent. Quatrième tombeau ; grandeur re'elle.
sa mollesse et sa malléabilité. L’épaisseur du spécimen, en y comprenant la
croûte d’un seul côté, était de ^ de pouce ; dans les endroits où la croûte était le
plus épaisse, l’épaisseur du spécimen était de de pouce. L’épaisseur du métal
après l’enlèvement complet de la croûte par l’opération indiquée plus haut
était de ^ de pouce.
On a pris, pour l’analyser, une partie de réchantillon à laquelle la croûte
adhérait seulement du côté extérieur ou convexe, tandis qu’elle avait à peu près
disparu de l’autre côté; la quantité sur laquelle on devait opérer était de
15 grains En renouvelant à plusieurs reprises le lavage dans une eau chaude
ammoniacale de concentration moyenne, le frottement doux et le lavage dans
l’eau chaude, on a pu enlever aisément la croûte; une grande partie de cette
croûte était dissoute par l’eau ammoniacale qui devenait d’un bleu pâle; tandis
que la partie insoluble demeurait sous la forme d’une poudre d’un brun noir,
mélangée de quelques parcelles d’argent métallique. Le métal, séché après
l’opération, pesait 11 grains Le métal lui-même (1), la portion de la, croûte
soluble dans l’eau ammoniacale (:2) et le résidu insoluble dans l’eau ammo-
niacale (3) furent l’objet de trois analyses séparées, dont voici les résultats :
COMPOSITION POUR 100
I . Métal. Argent 71.00
Or 0.“2“2
Cuivre :2. 12
Plomb O.oo
Fer 0.00
Chlore traces
7 l .. 00
A reporter 7i.00
472
APPENDICE.
74.66
2. Croûte. Chlorure d’argent 19.98
Portion insoluble dans Protoxyde de cuivre) ^
l’eau ammoniacale. (Oxyde noir). i
Chlore 0.15
Cuivre 0.13
Acide sulfurique traces
Acide carbonique) ^
Eau . ' j
21.97
3. Croûte. Or 0.05
Portion insoluble dans 1-36
l’eau ammoniacale. P‘’Oloxytle de cuivrej ^
(Oxyde noir). j
Carbonate de chaux . 1.36
Silice. ^
Peroxyde de fer.f ....... 0.30
Alumine. )
3.16
99.79
La composition pour 100 du métal, sans y comprendre la croûte, telle qu’elle
a été analysée précédemment, est donnée ci-dessous; mais on ne peut pas en
inférer avec certitude que le métal primitif offrait exactement la même compo-
sition que celle qui résulte de l’analyse, parce que quelques-uns des éléments
(lui y entraient peuvent n’avoir pas été éliminés pendant la corrosion dans les
mêmes proportions relatives ou ils existaient dans l’alliage primilif.
COMPOSITION POUR 100
Argent . . .
Or
Cuivre
Plomb
Fer
95.59
0.30
3.23
0.44
0.12
99.68
Une portion de la croûte chauffée dans un tube de verre a donné de l’eau, et
il y a eu des taches jaunes sur le verre.
Une portion de la croûte traitée par une solution d’acide chlorhydrique entra
en effervescence, l’acide devint d’un bleu pâle, et l’on constata qu’il contenait du
cuivre et de la chaux.
La croûte a été examinée au microscope; mais on ne put y découvrir aucune
trace de structure cristalline. L’analyse qualitative d’une portion de la croûte
intérieure montra que la composition était semblable à celle de la croûte
extérieure.
ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÈNES.
473
lY. — MORCEAU D’UNE ÉPÉE DE BRONZE (Fig. 546;.
Fig. 540. — Fragmenl
d’une épée de bronze.
— Quatrième lornbcau.
Les dimensions sont in-
dii^uées en fractions de
pouce.
Le poids de réchantillon, y compris l’incrustation, était de 585 i^rains ; il avait
1 pouce - de long, et l’épaisseur variait de ^ de pouce.
Le lecteur trouvera ci-contre une esquisse de la section du spécimen. Le
fragment tout entier était revêtu d’une ou plusieurs couches irrégulières d’une
certaine substance, qui varient dans leurs caractères chimiques et physiques
aussi bien que dans leur épaisseur. Au centre, quand la
-croûte eut disparu, l’épaisseur du métal solide variait entre
quatre et cinq huitièmes de pouce.
Un côté était principalement incrusté de taches irrégu-
lières d’une substance terne, terreuse, non cristallisée, dont
les teintes variaient du vert au brun ; cette substance se
composait de carbonate vert et d’oxj'chlorure de cuivre en
proportions différentes ; on remarqua sur l’autre face
quelques menus cristaux d’un vert pâle, semblables à des
aiguilles ; on observa aussi de minces couches irrégulières
ou taches de cristaux verts et bleus qui variaient de nuance et
d’éclat. On reconnut que les cristaux verts étaient du carbonate vert de cuivre,
contenant par places plus ou moins d’oxychlorure de cuivre, et que les cristaux
bleus étaient du carbonate bleu de cuivre. Une extrémité du spécimen était cou-
verte d’une croûte vert foncé d’un lustre velouté ; on reconnut qu’elle se composait
de menus cristaux transparents d’oxychlorure de cuivre; l’extrémité opposée qui
était plate et semblait avoir été coupée ou frottée était recouverte principale-
ment d’un oxyde rouge de cuivre non cristallisé, d’un rouge foncé ; une dépres-
sion de la surface était bordée d’une croûte d’un vert sombre velouté ; sur les
bords, là oû la partie extérieure de la croûte avait été brisée et avait disparu, il
y avait une couche opaque d’un blanc terne de bioxyde d’étain, et des deux côtés
de cette couche il y avait d’autres couches d’un oxyde rouge de cuivre compact
et d’un rouge foncé ayant de place en place des cavités remplies de cristaux de
la même substance, transparents et d’un rouge rubis. Quand l’incrustation exté-
rieure eut été ensuite enlevée, on trouva que ces substances s’étendaient plus ou
moins loin sur U surface qui était dessous.
Le spécimen fut coupé en travers, au centre, quand des portions de l’incrusta-
tion eurent été détachées ; de la sorte, la structure du spécimen et la nature des
substances qui formaient l’incrustation pouvaient être bien observées. Les sub-
stances se sont généralement présentées dans l’ordre suivant, en allant du dedans
au dehors :
I. — Métal solide.
II. — Parcelles de métal ressemblant à de la limaille, et plus ou moins
mélangées d’une substance d’un gris verdâtre terne qui contenait du chlore, du
cuivre et de l’étain.
474
APPENDICE.
III. — Une couche compacte, molle et d’un vert pâle terne, qui se composait
principalement de carbonate de cuivre, contenant du chlore, probablement en
combinaison comme oxychlorure de cuivre, et un peu de bioxyde d’étain.
IV. — Oxyde rouge de cuivre, dont la couleur variait du rouge brique au
rouge foncé, compacte, terne et opaque, et en partie cristallisé.
V. — Dioxyde d’étain ; en rexaminant au microscope, on découvrit qu’il était
veiné de petites couches minces d’oxyde de cuivre rouge.
VI. — Oxyde rouge de cuivre, ayant les mêmes caractères que celui du
numéro IV.
VII. — Taches irrégulières de substances amorphes et cristallisées de nuances
variées, vertes, bleues et brunes, comme celles qui ont été décrites précé-
demment.
Cet ordre de superposition n’était pas toujours observé; ainsi, à plusieurs
places, il y avait une couche d’oxyde de cuivre rouge dans le numéro III.
Quand on eut fait disparaître l’incrustation en sciant le spécimen par le milieu
et en le limant, on constata que le métal était pur et sans cavités. La cassure
était d’un rouge de cuivre tirant sur le jaune, et présentait de fines granulations.
Des portions de métal absolument débarrassées d’incrustations furent choisies
pour l’analyse.
COMPOSITION POUR 100
I
II
Moyenne,
Cuivre. . .
, . 86.41
86.31
86.36
Étain. . . .
, . 13.05
13.07
13.06
Plomb . .
. . . .
. . —
0.11
0.11
Fer , . .
. . 0.17
__
0.17
Nickel . .
. . 0.15
—
0.15
Cobalt . .
. . . .
. . traces
—
traces
9^^
Le poids spécifique du métal était 8,858 à 60 degrés F.
On employa pour l’expérience une portion de métal pur et solide pesant
24 grains
Les substances qui formaient l’incrustation n’ont pas pu être assez parfaite-
ment isolées les unes des autres pour qu’il fût possible de les analyser à part.
V. — FRAGMENT D’UNE ANSE DE VASE EN BRONZE
(Fig. 547 à 549).
Des esquisses de la grandeur de l’objet sont reproduites parles figures 547-549.
Cette anse est en ligne courbe; sur la partie convexe, il y a trois lignes en creux,
qui, sans aucun doute, devaient faire partie d’une ornementation. Elle
était recouverte partout d’une incrustation qui s’était formée sous l’action des
influences atmosphériques. Sur la surface convexe, la couleur dominante était
ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÉXES.
i75
le verl, entremêlé eà et là de taches d’un gris bleu ou d’un bleu foncé ; sur la
surface convexe, la croûte était beaucoup plus mince et d’un vert plus uniforme.
547 549
Fig. 547 à 549. — Anse de vase en bronze. Plan (547). — Élévation en coté (548).
Élévation à l’extrémité (549); grandeur réelle.
Il est impossible de décrire ces apparences. La partie à analyser avait été débar-
rassée avec la lime de ses incrustations. L’analyse a été faite dans le laboratoire
de l’École royale des mines par M. W.-F. Ward.
COMPOSITION POUR 100
Cuivre 89.69
Étain 10.08
99.77
C’est là la composition la plus ordinaire du bronze antique. Ici le métal paraît
avoir été d’une pureté exceptionnelle.
VI. — FRAGMENT D’UN CHAUDRON DE CUIVRE
PROVENANT DU QUATRIÈME TOMBEAU.
Ce spécimen était d’un seul morceau, tout bosselé, de forme irrégulière, avec
des bords déchiquetés; il pesait environ 800 grains; son épaisseur variait d'un
vingt-cinquième à un trentième de pouce. Il y avait trois rivets de métal, dont
les bouts ressortaient d’un côté d’environ un huitième de pouce; il n'y avait
qu’un trou sans rivet. En donnant quelques coups de lime, on constata que le
métal du rivet semblait avoir la même couleur que celui du fragment. Il n’y
avait pas trace de l’objet qui avait été fixé au chaudron par ces rivets. Um\des
surfaces du spécimen semble avoir été originairement incrustée d’une substance
bleue et grise; entre cette substance et le métal, il y avait, comme d'habitude,
un mince revêtement d’oxyde de cuivre rouge ; sur l’autre surface, celle où
apparaissent les pointes saillantes des' rivets, le métal était recouvert d'abord
d’oxyde rouge de cuivre et ensuite d’une substance brune d'un vert foncé.
476 APPENDICE. - ANALYSE DES MÉTAUX DE MYCÈNES.
entremêlé çà et là de taches vert clair, bleu foncé, et vert foncé surtout autour
du bout des rivets.
Certaines parties de la feuille de métal ont été chauffées au rouge dans un
courant d’hydrogène où elles ont acquis la couleur et l’éclat du cuivre. L’eau
qui s’est dégagée pendant cette opération contenait du cuivre et du chlore, indi-
quant ainsi la présence de l’oxychlorure de cuivre dans la substance incrustante,
une partie du chlorure cuivreux ayant échappé à la décomposition par l’hydro-
gène. On fit bouillir un morceau de métal, dégagé des incrustations, dans un
flacon contenant de l’acide chlorhydrique et du perchlorure de fer ; la vapeur
qui se dégageait fut condensée dans un vase refroidi; il se produisit un liquide,
dans lequel on trouva de l’arsenic en quantité considérable. Cette opération avait
pour but la détermination quantitative de l’arsenic sous forme d’arséniate
ammoniaco-magnésien; elle fut répétée plusieurs fois, et le résultat fut toujours
le même. Le métal choisi pour l’analyse fut celui qui avait été chauffé dans l’hy-
drogène, comme il a été dit plus haut. L’analyse a été faite dans le laboratoire
de l’École royale des mines par M. W.-F. Ward.
COMPOSITION POUR 100
Cuivre .
Étain .
Plomb .
Bismuth
Argent .
Fer . .
Nickel .
Arsenic.
09.783
98.47
0.09
0.16
traces
0.013
0.03
0.19
0.83
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Préface
La tombe de Spata
CHAPITRE PREMIER
FOUILLES A TIRYNTHE
Position de Tirynthe. — Description de Pausanias. — Murs cyclopécns; ce que signifie
cette épithète, — La carrière. — • Le roclier de Tirynthe et le mur qui l’entoure. —
Galeries, porte et tour. — Murs et terrasses de l’acropole. — Traditions mythologiques
et histoire de Tirynthe, — Tirynthe détruite par les Argiens. — Rôle que joue dans
son histoire le mythe d’Hcrcule. — Marécages de la plaine d’Argos. — Les murs de
Tirynthe sont le plus ancien monument de la Grèce. — Poterie, preuve d’antiquité.
Commencement des fouilles. — Murs de maisons et conduites d’eau de construction
cyclopéenne. — Objets découverts. — Vaches de terre cuite et idoles féminines à
cornes de vache ; ce sont des représentations de la déesse Hèra Boôpis. — Idole à
tète d’oiseau. — Figure de bronze; c’est le seul objet qui soit d’un métal autre que
le plomb, à Tirynthe. — On n’y trouve aucun ustensile de pierre. — Poterie. — Débris
helléniques en dehors de la citadelle, qui était la cité primitive. — Preuves que la
ville a été habitée à différentes époques. — La dernière cité de Tirynthe. — La
poterie archaïque de Tirynthe ressemble à celle de Mycènes. — Comme formes et
comme décoration, elle dénote une civilisation plus avancée qu’on ne s’y attendrait
en considérant la grossièreté des murs. — Poterie plus ancienne sur le sol vierge,
mais on n’y trouve ni vaches ni idoles. — Date probable de l’époque où la seconde
nation habita Tirynthe, environ 1000 ou 800 avant J.-C. — Date probable de la con-
struction des murs cyclopéens, environ 1800 ou 1600 avant J.-Cs — Rien qui ressemble
à la poterie des strata d’Hissarlik, excepté les coupes. — Découverte d’un squelette
humain. — Fusaïoles. — Quantité de terrains qu’il faudra remuer à Tirynthe. —
Importance supérieure de Mycènes
CHAPITRE II
TOPOGRAPHIE DE MYCÈNES. — PORTE DES LIONS ET TRÉSOR D’.YTRÉE
La route d'Argos à Mycènes. — La plaine d’Argos; rivières et collines, chevaux et végé-
tation. — Mythe relatif à l’aridité de son sol. — Marais dans le sud et fable de l'hydre
de Lerne, — Le développement social y commence de bonne heure. — Légende de
Phorôneus. — L’Argos pélasgique. — Les États aebéens d’Argos et de Mycènes, —
Situation de Mycènes. — La citadelle et ses murs cyclopéens. — Définition de ce terme.
— « Porte des Lions — La poterne. — Citernes. — Confusion poétique entre Argos
et Mycènes.
La basse ville : murs de maisons, pont, trésors et poterie. — Mur qui ne l’entoure qu'en
partie. — Le faubourg non fortifié et scs grands édifices. — Son étendue. — Les deux
seuls puits 'de Mycènes. — Trois trésors dans le faubourg. — Trésors dans la basse
ville. — Description du « trésor d’Atrce ». — Argumentation de Dodwell pour prouver
478
TABLE DES MATIÈBES.
que cet édifice doit être regardé comme un trésor. — Ces édifices sont d’une con-
struction dont on ne retrouve pas d’exemple. — Fouilles exécutées dans le trésor
par Véli-Pacha
CHAPITRE III
HISTOIRE 1)E M Y CÈNES ET DE LA FAMILLE DE PÉLOPS
LES TOMBEAUX D’AGAMEMNON ET DE SES COMPAGNONS
La tradition attribue à Pcrsée la fondation de Mycènes. — Sa dynastie remplacée par
celle des Pélopides. — La légende de leurs crimes inconnue d’Homère et d’Hésiode.
— Histoire homérique du meurtre d’Agamemnon par Égisthe et par Clytemnestrc et
de la vengeance qu’en tire Oreste. — Cycle de crimes imaginé par les aèdes posté-
rieurs. — Empire d’Agamemnon. — Fin de la dynastie des Pélopides cà Mycènes ave^
Égisthe. — Oreste et scs fils. — L’invasion dorienne. — Part que prit Mycènes aux
guerres Médiques. — Les Argiens assiègent et prennent Mycènes. — Les murs de la
citadelle épargnés par respect religieux. — Épithètes homériques de Mycènes. — Sa
« richesse en or », confirmée par Thucydide. — Les trésors des Pélopides mentionnés
par Pausanias. — Trésor du Hèræon près de Mycènes. — Existence probable d’un
autre trésor à Mycènes.
Les tombes royales décrites par Pausanias. — Ce passage est généralement mal inter-
prété. — Puits d’essai creusés à Mycènes en février 1874. — Commencement des fouilles,
7 août 1876. — Loge de gardien à la porte des Lions. — La cité habitée de nouveau
après l’an 468 av. J.-C. — On ne connaît pas de monnaies mycéniennes. — Ce qu’on
trouve au-dessous de la première couche. — Vases archaïques peints comme ceux de
Tiryntlie. — Les vases sont presque tous faits au tour. — Idoles féminines et vaches
en terre cuite. — Autres idoles et animaux. — Couteaux de fer et clefs curieuses d’une
période postérieure. — Couteaux et pointes de flèche en bronze. — Ustensiles de pierre
et autres objets. — Découverte d’un peu d’or et d’une grande quantité de plomb. —
Fragments d’une lyre et d’une flûte. — Plaques de terre cuite ornementée, destinées
à la décoration des parois des murs. — Murs de maison de construction cyclopéenne.
— Une remarqua))le conduite d’eau. — Douze réservoirs en forme de tombe. — Deux
stèles funéraires avec bas-reliefs, probablement contemporains du bas-relief qui est
au-dessus de la porte des Lions
CHAPITRE IV
FOUILLES DANS LA CITADELLE DE MYCÈNES (suite)
Salaires et prix du travail à Mycènes. — Le double cercle de dalles. — Encore deux
stèles sculptées. — Stèles sans sculptures. — Cendres et ossements près des stèles,
provenant sans doute de sacrifices. — Fragments d’autres stèles funéraires. — Le style
de ces stèles est unique en son genre. — Leur date probable : environ 1500 avant J.-C.
— Maison cyclopéenne remplie de cendres d’os, etc. — Objets trouvés en cet endroit
et dans les douze réservoirs. — Importance significative des stèles trouvées dans l’acro-
pole. — Elles désignent les tombes royales que Pausanias n’a mentionnées que d’après
la tradition. — Fouilles dans le trésor voisin de la porte des Lions ; il est à peu près
aussi grand que celui d’Atrée. — Les vases, idoles antiques, etc., que l’on rencontre
dans les décombres qui le recouvrent montrent qu’il est enfoui depuis une haute anti-
quité. — Idoles de Hèra et autres trouvées dans le dromos et dans l’acropole en
grande quantité. — Têtes de vache sur des anses de vases, comme à Troie. — Moules
pour boucles d’oreilles et autres ornements d’or et d’argent, et curieux cônes d’argile.
— Autres ornements d’argile vernie, pierre ollaire, etc. — Nombreux objets de bronze.
— Roues curieuses. — Coulants de diverses pierres pour colliers, avec des intailles
d’animaux, et autres objets analogues de formes différentes. — Coupes à deux anses ;
le ÔETTaç àp.cpixéue>vXov d’Homère. — Profondeur des décombres. — Brèche dans le
mur cyclopéen; elle est bouchée avec un mur antique de petites pierres. — La carrière
de Mycènes
1
TAÏUÆ DES MATIEDES.
-iTO
CHAPITRE V
FOUILLES DANS L’ACROPOLE ET LE TRÉSOR (suite). — LA PORTE DES LIONS ET L’AGORA
Le trésor exploré par M“® Schliemann. — 11 est plus ancien et moins somptueux que le
trésor d’Atrée. — L’entrée, ses ornements. — Poterie archaïque trouvée dans le
passage. — Perles de colliers. — Fragment d’une frise de marbre. — Le seuil de
la porte des Lions, — Le double cercle parallèle de dalles n’est probablement pas
d'une antiquité reculée. — L’acropole seulement en partie accessible aux chars. —
Double entrée comme à la porte Scée à Troie. — Corridors et murs de maisons cyclo-
péennes. — Idoles de liera et pointes de flèche en bronze et en fer. — Loge du
gardien de la porte. — Murs de soutènement. — Tour de l’acropole reposant sur
un mur massif. — Le double cercle de dalles formait la clôture des tombes royales
et de l’agora. — Arguments à l’appui de cette assertion. — Objets intéressants trouvés
en cet endroit. — Vaste maison cyclopéenne avec citernes et conduites d’eau; c’est
très-probablement l’ancien palais royal. — La fontaine Perséia. — La maison n’a
pas de fenêtres. — Objets d’art et de luxe trouvés en cet endroit. — Un cachet
d’onyx. — Peintures de vases représentant des guerriers vêtus de cottes de mailles.
— Poterie façonnée à la main, dans l’acropole 180
. CHAPITRE VI
LE SECOND GRAND TRÉSOR
ACROPOLE ET RUINES CYCLOPÉENNES DES ENVIRONS DE MYCÈNES
Suite des fouilles dans le trésor exploré par Schliemann. — Le dromos, la porte et
le seuil. — Objets trouvés en cet endroit. — Idoles de Hèra. — Conduites d’eau et
citernes cyclopéennes dans l’acropole. — Anneaux de bronze. — Poterie portant des
marques qui ressemblent à des lettres. — Boucles d’oreilles semblables à celles qui ont
été trouvées à Troie. — Poterie peinte, façonnée à la main. — Nouvelles formes d’idoles
de Hèra. — Trépieds et berceaux en terre cuite; ce sont probablement des offrandes
votives. — Poinçons d’ivoire, perles et boutons. ■— Épée de bronze. — Pinces de fer
d’une date plus récente. — État des décombres amoncelés à la porte des Lions. —
L’empereur du Brésil visite les fouilles. — Ascension au mont Eubœa. — Enceinte
cyclopéenne au sommet de cette montagne : c’était probablement un très-ancien sanc-
tuaire. — Autres ruines cyclopéennes près de Mycènes. — État des fouilles -l"
CHAPITRE VII
PRE 1ER, SECOND ET TROISIÈME TOMBEAU, BANS L’ACROPOLE
Découverte du tombeau indiqué par les trois stèles sculptées. — Curieux boutons plaqués
d’or, objets d’ivoire, d’argile cuite, d’or, de verre, de bronze, etc. — Poterie fabriquée
au tour. — Poterie façonnée à la main. — Second tombeau au-dessous des stèles
sculptées. — Découverte de trois corps humains, qui ont été brûlés en partie à l’endroit
même où ils reposent. Quinze diadèmes en plaques d’or minces, trouvés sur les corps.
— Croix formées de feuilles de laurier en or, trouvées aussi sur les corps. — Autres
objets curieux, prouvant une certaine connaissance de l’art de travailler et de colorer
le verre. — Couteaux en obsidienne. — Vase d’argent avec orifice eu bronze, plaqué
d’or, et autres objets. — Vases de terre cuite, avec tuyaux doubles de chaque côté pour
la suspension, et trépieds dans le genre des poteries troyennes. — La prés'Uice dans ce
tombeau d’un certain nombre d’idoles de Hèra avec cornes prouve que le eulte symbo-
lique de Hèra sous cette forme existait dans l’antiquité la plus reculée à Mycènes. —
Ce culte a duré jusqu’à la fin de fexistence de cette cité. — ^ ases primitits eu terre
cuite, fabriqués au tour. — ■ Découverte de nouvelles stèles iunéraires. Diflerents
objets trouvés avec clics. — Le troisième tombeau. — - Plusieurs squelettes d hommes,
non brûlés, et objets découverts avec eux. — Curieux poignard en bronze a double lame.
— Sur le point d’être écrasés par la chute d’un rocher. — iflurs intérieurs du tombeau.
480
TABLE DES MATIÈRES.
— Trois squelettes de femmes, évidemment brûlés à l’endroit où ils reposent. — Ils
sont chargés de joyaux en or. — Plaques rondes en or avec ornementation au repoussé,
trouvées sur tes corps et dessous. — Description de leurs différents types. — Description
des autres joyaux. — Bijoux pour colliers, avec intailles. — Griffons d’or. — La
légende des griffons vient de l’Inde. — Ornements d’or en forme de cœurs, en forme
de lions, pour parer les draperies. — Broches curieuses formées de palmiers, de cerfs,
de lions. — Femmes avec des pigeons. — Cinquante-trois seiches d’or. — Papillons,
cygnes, hippocampes, aigles, sphinx, arbres et oiseaux en or. — Magnifique couronne
d’or sur la tète d’un des morts. — Signes curieux à la partie supérieure de cette
couronne. — La seconde couronne d’or. — Encore cinq diadèmes en or. — Croix for-
mées de doubles feuilles d’or. — Étoiles d’or. — Broche d’or et autres ornements. —
Colliers et bracelets. — Deux balances en or. — Plaques d’or. — Masque d’enfant,
en or. — Autres ornements. — Boules, etc., en cristal de roche, en argent, en bronze,
provenant sans doute de poignées de sceptres. — Gemmes lentoïdes en agate, en sar-
doine, etc., avec intailles. — Gemme lentoïdc en améthyste, sur laquelle est gravée
une vache allaitant son veau, comme sur les monnaies de Corcyre. — Roues en or. —
Peigne d’or avec dents en ivoire, etc. — Perles d’ambre. — Autres ornements. — • Mor-
ceaux de feuilles d’or répandus sous les corps et tout autour, — Coupe d’or: —
Curieuse boîte en or, et vases d’or dont les couvercles sont retenus par des fils d’or. —
Vase d’argent et manche de sceptre en or. — Boîtes en plaques de cuivre, dont l’inté-
rieur est rempli de bois; c’étaient peut-être des oreillers pour les morts. — Autres
objets trouvés dans le troisième tombeau, — Poterie façonnée à la main et très-
ancienne poterie travaillée au tour
CHAPITRE VIII
LE QUATRIÈME TOMBEAU DE L’AGROPOLE DE MYCÈNES
Continuation des fouilles dans l’agora aux endroits où il n’y avait pas de stèles pour diri-
ger les recherches. — Découverte d’un autel de construction cyclopéenne ; cet autel se
trouve au-dessus du centre du grand tombeau, qui est le quatrième. — Ce tombeau
contient les corps de cinq hommes brûlés à l’endroit meme où ils reposent, chargés de
bijoux et recouverts d’une couche d’argile blanche. — Objets découverts. — Chaudrons
de cuivre. — Dans un de ces chaudrons, cent boutons plaqués d’or ornés d’intailles.
— Ce qu’IIomère dit des chaudrons. — Tète de vache en argent, avec des cornes d’or
et un soleil d’or sur le front : c’est une image de liera. — Têtes de vaches avec des
haches entre les cornes. — Épées et lances en bronze. — Fourreaux de bois dorés et
gardes d’épées ornées de clous d’or. — Trois masques d’or couvrant le visage des morts.
Quatrième masque représentant une tête de lion. — Deux anneaux à cachet et bra-
celet, avec ornements. — L’état de l’art correspond à celui que décrit Homère. — Cui-
rasses d’or sur deux des corps. — Couronne d’or près de la tête d’un autre, — Orne-
ment d’or des jambières. — Le borax servait alors, comme aujourd’hui, pour souder
l’or. — Plusieurs exemplaires du oiîtaç à!J.9ty.'J7T£A>.ov, et autres vases d’or et d’argent.
— Grande coupe d’or, avec des colombes sur les deux anses; elle rappelle la coupe de
Nestor dans V Iliade. — "Vases en terre cuite, à deux anses, modelés à la main, pareils
à ceux de Troie. — Ornements d’albàtre. — Baudriers d'or (Te)va[xa)vsç). — Autres objets
trouvés dans le tombeau, en cristal, ambre, albâtre. — Diadèmes d’or, dont quelques-
uns semblent faits pour des enfants; ceinture d’enfant; bandeau ou belle-Hélène, et
autres ornements d’or. — Haches d’armes à deux tranchants. — Les Grecs en faisaient
un symbole, particulièrement à Ténédos, — Fourche funéraire en cuivre. — Couvercles
de vases en os. — Vase d’argent et de plomb ayant la forme d’un animal. — Boutons
de bois, plaqués d’or, avec de magnifiques ornements. — Dessins et exécution de ces
ornements. Centaines de fleurs d’or, de boutons unis et autres ornements d’or. —
Boutons d’or plus grands, magnifiquement ornés. — Feuilles d’or répandues à pro-
fusion sous les corps, dessus et autour. — Peigne de bois à manche d’or. — Modèles
de tem[»les en or. — Plusieurs seiches en or. — Pommeaux pour gardes d’épées,
magnifiquement décorés. — Pointes de flèches en obsidienne. — Dents de sanglier. —
Grands vases de cuivre. — Habitude de placer des vases de cette nature dans les to:n-
TABLE DES MATIÈBES. iSI
beaux. — Trépied de cuivre. — Usages divers du trépied dans Homère. — Épées,
lances et couteaux de bronze. — Plusieurs épées avec des morceaux de leurs fourreaux
de bois, des pommeaux en albâtre, des clous d’or, etc. — Restes de fourreaux en toile.
— Écailles d’huîtres et huîtres non ouvertes. — Poterie brisée indiquant une cou-
tume funéraire qui existe encore. — Les os des morts. — Vases d'albâtre. — Poterie
modelée à la main et très-ancienne poterie fabriquée au tour. — Fragments de coupe
d’une forme caractéristique, tantôt en terre cuite et tantôt en or. — Autre type de
coupes. — Deux pierres à aiguiser. — Une poignée d’un travail unique, en or, avec
incrustation de cristal de roche : OotOixa tolaQx'. : 291
CHAPITRE IX
LE CINQUIÈME TOMBEAU ; LES FOUILLES REPRISES DANS LE PREMIER
Ai»iès de longs siècles, il y a de nouveau une garnison et des feux de bivouac sur l’acro-
pole de Mycènes. — Exploration du cinquième tombeau. — Ses stèles funéraires. —
Description du tombeau. — Il ne contient qu’un seul eorps. — Diadème d’or et autres
objets trouvés dans ce tombeau. — Vases de terre cuite modelés à la main; l’iin d’eux
est orné de mamelles de femme, comme les vases préhistoriques de Santorin et de
Troie. — Poterie faite au tour. — Achèvement des fouilles du premier tombeau. —
Sa position et sa construction. — Il contient trois corps; celui du milieu a été dérangé
et dépouillé de ses ornements. — Grande taille des corps. — Masque d’or et état du
premier des cadavres. — Merveilleuse conservation Ru troisième. — Son lourd masque
d’or, sa face, ses dents. — Description du corps. — État singulier où l’a réduit la
compression. — Cuirasse d’or et feuilles d’or sur le front, les yeux et la poitrine. —
Émotion causée par cette découverte. — Mesures prises pour conserver et enlever ce
corps. — Son baudrier, son épée de bronze avec ornement de cristal, et disques
d’or pour le fourreau; tous ces objets ont été faits spécialement pour servir d’orne-
ments funéraires et non pour être employés aux usages ordinaires. — Description des
cuirasses d’or de ce corps et du premier. — Épées de bronze magnifiquement ornées,
et autres objets trouvés avec le troisième corps. — Feuilles d’or décorées d’orne-
ments, peigne de bois et épées de bronze trouvés avec le second corps. — Amas consi-
dérable de débris d’épées de bronze, avec des couteaux et des lances. — Autres armes,
généralement brisées. — Perles d’ambre et d’or, et différents objets d’or et d’argent.
— Vase d’albâtre. — Admirables plaques d’or. — Los deux masques d’or massif de la
première tombe. — La perfection du travail dénote une école d’artistes en possession
d’une longue tradition. — Plusieurs grandes coupes d’or et d’argent. — Objets trouvés
dans ce tombeau. — Vase d’argent, plaqué de cuivre sur l'argent et d’or sur le cuivre.
— Coupe à boire en albâtre. — Plaques d’or on forme de doubles aigles, etc. —
Fragments de vases d’argent; l’un d’eux a un orifice et une anse en or. — Plaque d’or
richement décorée, qui recouvre un cylindre de bois carbonisé. — Centaines de plaques
de boutons en or, grandes et petites, avec des ornements variés. — Nouveaux types.
— Plaques d’or, rubans et ornements de jambières. — Tubes et boutons en os ; à quoi
ils servaient probablement. — Plaque d’ivoire et objet curieux en porcelaine égyp-
tienne vernie. — Poterie faite à la main et au tour. — Sept grands vaisseaux de
cuivre, chaudrons et cruches. — Boîte quadrangulaire en bois, avec des reliefs très-
intéressants 371
CHAPITRE X
RAPPORT ENTRE LES CINQ TOMBEAUX ET LA MAISON ROYALE DES PÉLOPIDES
DATE DE L ’ A G O R A
Discussion sur ce point ; les cinq tombeaux sont-ils les mêmes que mentionne Pausa-
nias comme les sépultures d’Agamemuon et de ses comiiagnons'? — Opinions des
savants au sujet de la guerre de Troie. — Les anciens sont unanimes à affirmer qu’elle
a réellement eu lieu. — C’est parce que l’auteur avait foi dans les traditions qu'il a
ÈNES 31
482
TABLE DES MATIÈRES.
été amené à découvrir Troie et les cinq tombes royales de Mycènes. — La civilisation
était plus avancée à Mycènes qu’à Troie. — Dans les deux cités, la poterie est très-
primitive. — L’écriture alphabétique était connue à Troie, inconnue à Mycènes. — Les
deux civilisations, malgré leur différence, peuvent avoir été contemporaines. — La
disposition et l’apparence de toutes choses dans les tombeaux prouvent que certai-
nement ceux qui reposent ensemble dans le même, et probablement tous ceux qui
reposent dans les cinq, sont morts en même temps. — Vénération traditionnelle pour
ces tombeaux. — On élève à plusieurs reprises des monuments sur ces sépultures. —
11 n’y a pas de tombeaux entre les deux rangées circulaires de dalles obliques qui
formaient à la fois la clôture et les bancs de l’agora. — L’agora fut probablement
construite lorsque Ton renouvela les stèles funéraires; et l’autel fut bâti au-dessus du
quatrième tombeau, sous l’influence de renlliousiasme excité par les chants des rha-
psodes. — Ces monuments furent ensevelis dans la suite des siècles, mais le souvenir
de remplacement se conservait encore par la tradition, longtemps après la destruction
de la nouvelle cité de Mycènes. — Témoignage de Pausanias. — L’énorme richesse^
des trésors prouve que ce sont bien là des sépultures royales; or la royauté, à Mycènes,
prit fin avec l’invasion dorienne. — Cette invasion doit être antérieure à la date
généralement reçue (1104 av. J.-C.). — Réponse à une objection. — Honneurs rendus
aux princes tués, même par leurs meurtriers. — Coutume d’ensevelir les morts avec
leurs trésors. — Le trésor sépulcral de Palestrina. — Le tombeau de Nitocris à Baby-
lone. — Pyrrhus et les sépultures royales à Ægcæ. — Le tombeau de Corneto 417
CHAPITRE XI
TRÉSOR DU TOMBEAU SITUÉ AU SUD DE L’AGORA
Découverte et description d’un autre tombeau situé dans l’acropole, au sud de l’agora.
— La maçonnerie cyclopéenne de ses parois ressemble à celle des cinq autres tom-
beaux. — Bijoux d’or trouvés dans ce tombeau. — Gobelets à deux anses. — Coupe
d’or sans ornements (çtàXri). — Spirales et anneaux en fils d’or et d’argent, semblables
à ceux des tombeaux égyptiens. — Bague à cachet couverte d’intailies. — Description
complète du cachet. — Les objets qui protègent les figures des femmes prouvent que
les masques n’étaient pas réservés uniquement pour les morts, — Figure destinée à
représenter un jMÜaclium. — Six autres figures grossières qui ressemblent à des
idoles troyennes. — Elles rappellent le « casque corinthien » d’Athènè. — Le travail
de cet anneau fait songer à la description du bouclier d’Achille, dans Homère. Opi-
nion de M. Sayce. — Bague à cachet plus petite, avec quatre palladia et trois idoles
de Hèra. — Un beau lion en or massif. — Coulants d’or provenant d’un collier. —
Os d’animaux trouvés dans cotte tombe. — Les restes humains ont été probablement
enlevés quand on a construit la conduite d’eau, mais le petit coin où étaient enfouis
les bijoux n’a pas été pillé. — Trois curieuses gemmes lontoïdes pour colliers, trou-,
vées : l’une sur l’emplacement de Phœniké, les deux autres près de l'ancien Hèræon.
— La première représente des figures phéniciennes. — Description des deux autres.
— Fondations cyclopéennes de fancien Hèræon ; elles sont probablement aussi
anciennes que les murs de Tirynthe et de Mycènes. — L’ancien Hèræon a été détruit
par le feu en 423 avant Jésus-Christ, et l’emplacement en a été abandonné. —
Lettre de M. Sayce. — Lettre de M. Burnouf. — Télégramme au roi de Grèce, et
réponse du roi. — Conclusion 433
APPENDICE
Analyse des métaux de Mycènes,
46b
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES GRAVURES
Figures. Pages.
1. Carte do l’Argolide 49
2. Vache de terre cuite, trouvée à Tiryntlie 59
3 à 7. Vaches de terre cuite, trouvées à Tirynthe 60
8 à 11. Idoles de terre cuite, trouvées à Tirynthe 61
12. Figure de bronze, trouvée à Tirynthe 64
13. Vase de terre cuite, trouvée à Tiryntlie 67
14. . Vase de terre cuite, trouvée à Tirynthe 67
15. Fusaïole en pierre, trouvée à Mycènes 68
16. Ruines du pont cyclopéen à Mycènes 75
17. Murs de la première période 81
18. Murs de la seconde période 81
19. Murs de la troisième période 82
-20. Entrée de la galerie pratiquée dans les murs de la citadelle de Mycènes... 84
21. Porte des Lions 84
22. Plan de la porte des Lions 88
22 a. Les deux montants de la porte des Lions 89
23. Élévation et plan de la poterne 89
23 a. Vase de terre cuite.: 107
24. La première des stèles funéraires des tombeaux de Facropole 109
25. Vase de terre cuite 119
26. Cruche de terre cuite 120
27. Vase de terre jaune clair, orné de lignes noires et jaunes 121
28. Vase de terre noire et jaune 122
29. Vase de terre cuite; bandes jaunes et rougeâtres, lignes noires 122
30 à 34. Fragments de vases peints de Mycènes 123
35 à 37. Fragments de vases peints de Mycènes 121
38 à 44. Fragments de vases peints de Mycènes 125
45 à 49. Fragments de vases peints de Mycènes 126
50 à 54. Fragments de vases peints de Mycènes 127
55 à 61. Fragments de vases peints de Mycènes 128
62 à 67. Fragments de vases peints de Mycènes 129
68 à 72. Fragments de vases peints de Mycènes 130
73 à 78. Fragments de vases peints de Mycènes 131
80. Vase peint, fond jaune, lignes noires, boucliers rougeâtres 132
81. Tète humaine sur l’orifice d’une cruche 133
82. Tête humaine sur un fragment de poterie 133
484 TABLE DES GRAVURES.
Figures. Pug-cs.
83. Coupe de terre cuite 134
84 â 89. Fragments de poterie peinte 135
90 à 93. Idoles de terre cuite 136
91 à 98. Idoles de terre cuite 137
99 à 102. Idoles de terre cuite 138
103 à 108. Idoles de terre cuite 139
109 à 111. Idoles de terre cuite 140
112. Idole de terre cuite 141
113. Figure de terre cuite 141
114 à 119. Figures d’animaux en terre cuite 142
120. Objets en bronze, en plomb et en fer 142
121 à 125. Couteaux de bronze 143
126. Pointes de flèche, hachette et autres objets de pierre C~ 144
127. Fragment d’une lyre en os 145
128. 129. Extrémités supérieure et inférieure d’une flûte 146
130 à 136. Peigne et aiguilles d’ivoire 146
137 à 139. Ornements en terre cuite 147
140 Seconde stèle funéraire des tombeaux de l’acropole 149
140 a. Dessins de méandres à lignes droites et à lignes courbes 151
141 Troisième stèle funéraire des tombeaux de l’acropole 155
142. Quatrième stèle funéraire des tombeaux de l’acropole 160
143. Fragment d’nne stèle 161
144. Fragment d’une stèle funéraire 162
145. Fragment d’une pierre tombale 163
146 à 148. Fragments de pierres tombales 164
149 à 150 Fragments de stèles funéraires 165
151. Fragment d’une colonne quadrangulaire de porphyre rouge 166
152 à 154. Fragment de frise 167
155. Poids de jaspe, avec un trou pour le suspendre 169
156. Fragment d’un vase percé de trous 170
157. Fragment d’un vase peint, provenant du dromos du trésor, près de la porte
des Lions 173
158. Fragment de la même poterie provenant du dromos 173
159. Idole de terre cuite à tête de vache, ayant formé l’anse d’un vase 174
160. Idole de terre cuite à tête de vache 175
161. Idoles à tête de vache de Hèra 176
162. Les deux faces d’un moule de granit destiné au moulage d’ornements variés. 177
163. Quatre faces d’un moule en basalte 178
164 à 166. Ornements d’argile vernie 178
167 à 169. Ornements d’argile vernie 179
170 à 172. Ornements d’argile vernie 180
173. Hache en bronze à deux tranchants 181
174 à 181. Gemmes lentoïdes 182
182 à 185. Gemmes lentoïdes et perle 182
186 à 189. Gemme lentoïde, cylindre et perles. . . 183
190. Disque de terre cuite avec une apparence douteuse d’inscription 184
190 a. Dessin des dalles formant le double cercle parallèle qui entoure l’agora... 187
191. Le village de Charvati avec l’ancienne carrière de Mycènes 189
192 à 196. Fragments de poterie peinte trouvée aux approches du trésor, près de la
porte des Lions 191
197 à 201. Fragments de poterie peinte trouvée aux approches du trésor, près de la
porte des Lions 192
202 à 204. Fragments de poterie peinte trouvée aux approches du trésor, près de la
porte des Lions 193
205 à 209. Perles de verre et de spath-fluor 194
210. Seuil de la porte des Lions 195
210 a. Banc de l’agora 198
TABLE DES GDAVURES.
48.3
Figures.
“211.
“212.
“213.
“213 a, b.
“2 U.
“211 a.
215 à 216.
“221.
222.
2“23.
2“21 à 2“29.
230.
“231.
232,
“231.
235.
236,
238.
“239.
210.
211.
212.
2i3.
211.
215.
216.
217.
218.
219.
250.
251.
252.
253 à 255.
256 à 260.
261.
262 à 263.
261. 265.
266.
267, 268.
269.
270, 271.
272.
273.
271 à 280.
281.
“282.
283, 281.
285.
286 à 288.
289 à 290.
291.
“292.
“293.
233.
237.
Poisson de bois
Curieuse idole
Fragments d’un vase peint représentant des guerriers armes
Type très-fréquent de poterie mycénienne peinte
Autre fragment du vase de la figure 213
Demi-colonne cannelée du trésor exploré par M™® Schliemann
Fragments de frises en marbre blanc et en marbre bleu trouvés dans
le trésor, près de la porte des lions
Bagues de bronze et fil d’or enroulé
Épée de bronze
Fragment d’une boîte eu ivoire
Plan de stèles trouvées en fouillant le premier tombeau
Objets d’ivoire
Pied d’un gobelet noir façonné à la main
Croix de feuilles de laurier en or
Fragment d’un vase très-ancien fait au tour
Plan des pierres sépulcrales du troisième tombeau
Objet en ivoire sculpté
Vases de terre cuite, modelés à la main
Grand poignard de bronze composé de deux lames distinctes soudées
entre elles
Plaque d’or
Plaque d’or ; une seiche....
Plaque d’or ; une fleur
Plaque d’or
Plaque d’or : un papillon
Plaque d’or
Plaque d’or
Plaque d’or
Plaque d’or : feuille
Plaque d’or ; dessin de feuille
Plaque d’or ; feuille
Plaque d’or : feuille
Plaque d’or : aster
Plaque d’or
Coulants en or perforés, décorés d’intailles
Ornements d’or
Ornement d’or : griffon
Ornements d’or : cœur et lion
Ornement d’or
Ornement d’or
Ornements d’or : femmes avec colombes
Ornement d’or
Deux seiches en or
Griffon volant en or
Ornement d’or
Ornements d’or
Magnifique couronne d’or trouvée sur la tète d’un des personnages du troi-
sième tombeau
Diadème d’or trouvé sur la tète d’un autre personnage du troisième tombeau.
Diadèmes d’or
Groix d’or
Ornements d’or.
Croix d’or
Croix d’or
B oche d’or
Ornement d’or
Page-s.
205
205
211
215
217
218
219
220
222
229
231
232
“^33
2.36
239
“241
241
243
244
246
2i6
“217
“247
248
“248
249
249
“250
250
“251
“251
252
“252
“254
“256
“257
“258
259
“259
“260
“260
“261
“261
“262
“263
“265
266
267
268
269
270
“271
O-v)
/t8G TABLE DES (iBAVEBES.
Figures. Pages.
!i94. Croix d’or 274
295 à 300. Ornements d’or pour tenir les cheveux, bracelets et ornements pour colliers. 275
301 à 302. Balances en or 276
303 à 306. Ornements d’or 278
307 à 308. Objets en cristal de roche 279
309 cà 310. Sceptres d’argent plaqués en or avec poignées en cristal de roche 280
311 à 315. Coulants d’agate et gemmes lentoïdes en sardoine et en améthyste 281
316. Roue d’or] 282
317, 318. Coupe et boîte d’or 284
310. Vase d’or, dont le couvercle est retenu par un fil d’or 286
320 à 322. Trois objets en or 286
323. Boîte formée de plaques de cuivre et remplie de bois 287
324. Vase de terre cuite. ^ 288
325. Objet en albâtre 289
326. Masque d’or en forme de tête de lion ] 291
327. Tête de vache en argent, avec cornes d’or 296
328. Autre vue de la même tête de vache 297
329. 330. Deux têtes de vache en or avec des doubles haches 298
331. Masque d’or, trouvé sur la face d’un des morts 300
332. Masque d’or 301
333. Deux bagues à cachet, en or 303
334. 335. Intailles sur les bagues à cachet 304
336. Bracelet d’or 307
337. Magnifique couronne d’or trouvée près de la tête de l’un des morts 309
338. Fémur humain portant encore un ornement d’or pour jambière 310
339. Coupe d’or à deux anses 311
340. Coupe d’or à une seule anse 312
341. Flacon d’or pour le vin 312
342. Coupe d’or 313
343. Coupe d’or massif, sans ornements 314
344. Coupe d’or massif, à une anse, pesant 4 livres 315
345. Coupe d’or à une anse 316
346. Coupe d’or avec deux colombes sur les anses 317
347. Grande coupe d’or 320
348. Grande coupe d’argent, richement plaquée d’or 321
349. Vase de terre cuite, fabriquée à la main 321
350. 351. Objets de porcelaine égyptienne 322
352. Modèle en porcelaine égyptienne d’une sorte d’écharpe nouée avec un nœud
coulant 323
353. Flacon d’argent 325
354. Modèle d’un baudrier d’or 326
355. Perles d’ambre pour colliers. 327
356. Grand vase d’albâtre â trois anses 328
357. 358. Ceinture et belle Hélène en or 330
359 â 365. Divers ornements d’or 332
366. Cylindre d’or richement décoré, provenant de la poignée d’un sceptre ou
de la garde d’une épée 333
367 â 370. Ornements d’or 335
371 â 372. Objets en cuivre. .. . 338
373 â 375. Deux couvercles de jarres en os, et un morceau provenant d’un vase d’albâtre. 339
376. Cerf composé d’un alliage d’argent et de plomb 340
377 â 381. Boutons d’os recouverts de plaques d’or 342
382 â 386. Boutons d’os recouverts de plaques d’or 343
387 â 401. Plaques d’or 345
402 â 413. Boutons d’or 346
414 â 422 a. Boutons d’or 347
423. Modèle d’un temple, en or 349
TABLE DES GRAVLBES.
487
Figures.
m.
4:25, 4“26.
427.
428.
429.
430.
431 à 434.
435.
436.
437.
438.
439.
440.
441.
442. 442 a.
443. 444.
445 a, b, c.
446.
447 à 449.
450.
451, 452.
453.
454.
455.
456.
457.
458.
459.
460.
461.
462.
463 à 466.
467.
468, 469.
470.
471.
472.
473.
474.
475.
476.
477.
478.
479.
480.
481.
482.
483.
484.
485. 486.
487 à 491.
492 à 506.
507 à 518.
519.
520 à 524.
Pages.
Seiche eu oi* 350
Les deu.\ moitiés d’un objet en forme de fusaïole, formé d’une épaisse plaque
d’or 351
Revêtement en or pour le pommeau d’une garde d’épée
Revêtement en or pour le pommeau d’une garde d’épée
Revêtement en or pour le pommeau d’une garde d’épée
Revêtement en or pour le pommeau d'une garde d’épée
Revêtement en or pour le pommeau d’une garde d’épée
Pointes de flèche en obsidienne
Grand vase de cuivre
Deux grands vases de cuivre soudés ensemble
Grand vase de cuivre à trois anses
Grand vase de cuivre à deux anses
Trépied de cuivre
Pointe de lance en bronze
Petites épées de bronze à un seul tranchant
Fragment d’une épée de bronze à deux tranchants. Autre arme, probable-
ment un poignard
Épée de bronze à deux tranchants, et pommeau d’épée en albâtre
Épée de bronze à deux tranchants
Deux épées de bronze et un pommeau d’épée en albâtre
Mâchoire humaine
Cylindre d’or et dragon d’or avec incrustation de cristal de roche
Coupe d’or richement décorée
Partie supérieure d’un corps trouvé dans le premier tombeau
Baudrier d’or avec un fragment d’épée â deux tranchants
Petite cruche en cristal de roche
Objet de cristal de roche, en forme d’entonnoir
Cuirasse en or massif, décorée de dessins
Petit os, avec le fragment d’un ruban d’or très-richement décoré
Deux épées de bronzeiâ garde d’or; boutons d’or, deux plaques^M’or, etc.
Gland d’or pour épée
Revêtement en or, pour gardes d’épées
Hache d’armes et épées en bronze
Garde d’épée, plaquée d’or et richement décorée
Objet curieux en or. Pinces d’argent
Plaque d’or, où est représenté en intaille un lion chassant un cerf
Plaque d’or, où est représenté en intaille un lion saisissant un cerf
Plaque d’or, avec décoration de spirales en intaille
Masque d’or massif du corps placé â l’extrémité nord du premier tombeau.
Masque d’or massif du corps placé à l’extrémité sud du cinquième tombeau.
Grande coupe d’or
Grande coupe d’or
Coupe d’or
Partie supérieure et partie inférieure d’un grand vase d’argent
Grande coupe en albâtre
Doubles angles d’or
Plaque d’or avec dessin au repoussé
Orifice d’un vase d’or
Anse d’un vase en or
Cylindre formé d’une plaque d’or
Boutons d’or avec ornements
Boutons d’or avec ornements
Boutons d’or avec ornements
Boutons d’or avec ornements
Ornement d’or pour les jambières
Tubes et boutons d’os
351
352
3.52
353
353
351
356
357
358
358
360
361
361
362
363
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365
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369
374
379
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382
383
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389
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391
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393
418
371
395
396
397
398
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401
402
4 92
403
404
405
407
409
410
410
488 TABLE DES GRA Y LUES.
Figures. Pages.
525. Morceaux d’ivoire ; peut-être le manche d’un poignard 411
526. Objet en porcelaine égyptienne 412
527. Vase de terre cuite, fait au tour 414
528. Coupe d’or avec des anses ornées de têtes de chien 433
529. Anneaux d’or; fd d’or en spirale; anneau d’argent 436
530. Bague à cachet, tirée du tombeau au sud de l'agora 437
531. Seconde bague à cachet, trouvée dans le premier tombeau 443
532. Lion d’or 445
533 à 538. Coulants d’or d’un collier 445
539 à 541. Trois gemmes lentoïdes de serpentine et d’agate, ornées d’intailles 446
542. Morceau d’une feuille d’or agentifère 468
543. Morceau d’or en feuille 469
544. 545. Fragment d’un vase d’argent ■ 470
546. Fragment d’une épée de bronze 472
547 à 549. Anse do vase en bronze 474
PLANCHES
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VU.
Acropole de Tirynthe
Acropole de Mycènes, côté ouest
Porte des Lions. — Entrée principale de l’acropole de Mycènes.
Trésor d’Atrée
Trésor près de la porto des Lions
Vue des tombeaux royaux et du cercle de l’Agora
Acropole de Mycènes. — Vue panoramique des fouilles
5o
81
85
97
Frontispice
.... 209
.... 225
PLANS
A.
B.
B B
C.
D.
E.
G.
Acropole de Tirynthe.
Acropole de Mycènes. — Agora circulaire avec les cinq tombeaux royaux.
Acropole de Mycènes (profil).
Plan de l’acropole de Mycènes avec les fouilles faites par M . Schliemann.
Plan de l’ensemble de la cité de Mycènes.
Façade, plan et profil du trésor près de la porte des Lions.
Autel funéraire construit sur le quatrième tombeau.
Acropole de Mycènes. — Plan et coupe du tombeau sud.
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Citernes. a', h', c', d' . — Profil des tombeaux
Trésors en dehors de la [)orte des Lions, (voyez plan filî).
/'A.I.V ('.
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Mycènks
l Acropole de MYCENES
AVKC l.l''S l'Ol ll.I.KS
SCHLI EMANN
l’iaii ({o I rnseiuMe
LA CITÉ DE MYCÈNES
par Va^tfws Drosmos
Lieutenant du Génie
l'I.A-N K
PROFIL PAR A 15
Façade, plaa et profil di trésor près de la forte des lions.
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!-Î.AX SUIÎ LE SOL
A U T i: I. U X E {\ A 1 1! E C O X S T lî T
PLAN V.
COUPE PAR K. B.
suRrAce: du sol avant les fouilles
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r sur. LE QUA'nUEMF. ToMlîEAl.
I»LAN
A c 11 0 1> (» i,i: i)i: Mycknks.
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